Skip to main content

Full text of "Supplement a l'Histoire de la guerre des Hussites, de mr. Lenfant ... par feu monsieur Isaac de Beausobre"

See other formats


SUPPLEMENT A 
L'HISTOIRE DE LA 

GUERRE DES 
HUSSITES, DE MR 
LENFANT ... PAR... 




Digitized by Google 



- 



10 

5 

26 5 

IFIWTEU HtZIÛNALE 
FXTRAU - P18EHZK 



/3 



sd by Google 



I 



Digitized by Google 



I 



.••*• 



Digitized by Google 



SUPPLEMENT 

L'HISTOIRE 

DELA 

GUERRE DES HUSSITES, 

DE M*. LE NF A NT; 
duquel on a joint 

i\ L'Examen de la nouvelle Hypothefe de Mr. Mosheim 
touchant les Nazaréens, 2°. JJes Obfervations critiques fur 
l'Extrait que Mr. Du Pin a donné des Livres d'O ptat. 

P AK U MONSIE UK 

ISAAC DE BEAUSOBRE. 




A LAUSANNE & à GENEVE. 

Chez Marc-Michel Bousquet & Comp. 



M D CC X L V. t 

Digitized by GoogI 



« ,- -< * .- • 



>- 



te • ■ * 



Digitized by GooqU 



A 

MONSIEUR 

MONSIEUR D'ARNIM, 

Confcillcr prive, Membre du haut Tribunal des 
Appellations, & de la Chambre de Juftice, Che- 
valier de l'Ordre de S. Jean, Seigneur hérédi- 
taire de Boytzjenbourg, de Ztchow , &x. &c 

Monsieur, 

Al ï honneur de vous offrir 
le Supplément à l'Hiftoire 
de la Guerre des Huflîtes 
de feu mon Pere. On y a 
joint deux Dijfertations fur 
cï autres Matières , four don- 
ner au Volume fa jufie grof 
feur. Ce mélange riejl pas af 
Jurement le plus achevé ni le pins considérable de fes 

* Z Ouvra- 



Digitized by Google 




E P I T R E 

Ouvrages ; mais cejl le premier que l'on ait impri- 
me depuis le moment que jai eu le bonheur de vous 
connoitre : Et comme jet ois impatient de vous dédier y 
Monsieur, quelqu'un de fis Ouvrages , feujfrez, 
que je vous conjacre celui-ci , comme un témoignage 
public de la haute ejlime que tout homme* qui a des 
fentimens , doit au meilleur $ au plus aimable des 
caraûères. 

Je ne parlerai point ici. Monsieur, de votre 
illuflre Sang. Rien riefl plus connu dans tHijloire 
d Allemagne que votre Mai/on, tune des plus an- 
ciennes f$ des plus considérables de la Noble jfe du 
Tais. Perfenne n'ignore quelle a produit depuis pris 
de cinq cens ans daufji grands Capitaines que d ha- 
biles Minijlres. L'on en voit encore un aujourd'hui 
dans la Perfenne de S. Exc. Mr. votre Pere, qui 
depuis un grand nombre d'années , exerce avec un 
applaudijfement univerfel, lune des premières Charges 
de la Robe. 

Etre ferti d'un iHujlre Sang, cejl un bonheur Ç$ 
non un fujet de louange. Je me trompe. La Naife 
fance mérite d'être louée dans celui qui la pojfede , 
lorfqùil la regarde comme un engagement à Je dijlin- 
guer dans la Société par un EJprit orné des plus bel- 
les connoijfances , par un cœur grand Ç$ noble, par 
des travaux glorieux utiles , itf plus encore lorfqù il 
remplit, avec la plus ferupuleufe exaâitude, un ji 



Digitized by G 



DEDICATOIRE. 

jujfe Ç$ fi indifienfable engagement. Il fait voir quil 
efi digne de fa Naijfance , & fi elie lui ouvre le che- 
min des Honneurs, fis qualités perfbnnelles lui don- 
nent droit de les poffeder. Or c efi là, Monsieur, 
le témoignage unanime que vous rendent ceux qui ont 
[honneur de vous connoitre. 'jamais vous ri avez, 
jette les yeux fur l éclat de votre Maifbn, que pour 
y trouver de grands Modèles , vous efforcer à les 
furpafer. 

On vous a vu, Monsieur» dés votre enfance, 
donner à l'étude des Sciences ces momens précieux , que 
dans cet âge on ne prodigue gueres qu'à de vains amu- 
fimens, § ne quitter 7 étude qu'à regret, pour pren- 
dre des récréations auffi innocentes quelles étoient né- 
cefj aires. Si ton a eu un reproche a vous faire, cé- 
toit de vous appliquer trop par rapport à la délicatejfe 
de votre tempérament. Lorfque votre âge vous a per- 
mis d entrer dans le monde , vous ne vous êtes atta- 
ché quaux Perfbnnes qui pouvoient vous inftruire $ 
vous former aux grandes affaires. Vous ri avez* jamais 
penfé à captiver leur ejlime leur confiance , que par 
un mérite réel, par une exaéle probité ', f§ par î amour 
du travail', joignant à cela cette polit ejfe de mœurs, 
qui naît naturellement d'un cœur honnête ç$ bon, 

Quelles efierances pour l avenir ne dévoient pas 
donner à S. E. Mr. votre Pere à vous, Mon- 
sieur, de fi heureux commencemens ? Une fi belle 

* 3 Aurore 



Digitized by Google 



. E P I T R E 

Aurore ne fimbloit-elle pas promettre un des plus longs 
i§ des pins beaux jours? Ou, pour parler Jans figu- 
re , un beau génie cultivé avec tant de foin , foutenu 
par tout ce qui peut donner du relief dans le monde ç$ 
faciliter la plus brillante Fortune : De puijfans Amis, 
des Alliances confiderables , de grandes Richejfes , U 
faveur du Prince : Que de fecours aux plus hautes 
Dignités ! Que de fources dagrémens ! Que d objets 
flatteurs! Mais , hélas! Mons i eur , que font les 
plus bel/es efperances ç$ les mieux fondées ! 

Arrivé au point où tout fembloit fi réunir pour 
votre bonheur , vous avez, éprouvé , Monsieurj 
une des plus cruelles affliclions , que puijfe fentir un 
cœur bien place. Le Ciel vous avoit uni à une des 
plus aimables Ç$ des plus ejlimables Perfonnes du Sexe, 
f$ vous la perdez, fubitement. Pénétré de la plus 
jufle douleur > vous travaillez, à la calmer par [ap- 
plication aux affaires ; mais un accident plus fâ- 
cheux fùccede au premier. Votre fanté s altère , vos 
forces diminuent , ç§ une maladie qui par oit incura- 
ble furvient. Cependant on ne peut vous refifer cette 
juftice, Monsieur > que fi vous avez, été fenfible 
à la perte de votre fanté £§* de vos forces, cét oit bien 
moins par le chagrin de quitter fi jeune tant d'avan- 
tages attachés à votre Condition , que par le regret 
de ne pouvoir remplir le beau Plan que vous vous 
étiez* forme pour la fuite de votre vie , tant par 

rapport 



Digitized by 



DEDICATOIRE. 

rapport au fervice du Prince y qu'au bien de t&at. 
Quel malheur pour un grand nombre de Perfonnes de 
mérite, que Dieu ne vous ait pas permis de [exécuter! 

Pour 'vous, Monsieur > adorant les voyes de 
la Providence , vous avez, pris votre parti avec une 
réfignation vraiment Chrétienne ; Dieu qui n'a- 
bandonne jamais les fans , vous fait goûter des con- 
solations que ton ne peut trouver quen lui. Inti- 
mement perjuadé des grandes Vérités de la Religion, 
vous attendez* avec une heureufe tranquillité î ordre 
de votre départ , bien convaincu que ce Dieu , qui 
vous a donné titre Ç$ tous les biens dont vous jouif- 
fez>, vous de fane un bonheur parfait y Jeul digne de 
fin infinie libéralité, $ de î excellence de la Nature 
Humaine. 

Daignez*, Monsieur > ni honorer toujours de 
votre tienveuiUance. Je ne négligerai rien pour 
tacher de la mériter , t$ pour vous convaincre du 
rejjteclueux attachement, avec lequel jai l'honneur 
detre , 

Monsieur, 

A Berlin le 28. Août 174T. 

Votre très -humble & 
très-obéïïTant Serviteur 

C. L. DE BEAUSOBRE. 



Digitized by Google 



■ 

t 




SUPPLE- 



Digitized by Google 



SUPPLEMENT 

A L'HISTOIRE DE LA 

GUERRE DES HUSSITES. 

Tiré du Journal de cette Guerre, parle Doclcur 
Laurent de Byzin, Chancelier de la 
Nouvelle Prague fous l'Empereur 
Wenceslas. 

Laurentii ByzJnii Canccllarii Nov* Urbis Pragcnfis 
fub Wenceslao Impcratore > origo Q 
Diarium Belli Huffitici. 




AVANT-PROPOS. 

Et TE Pièce a été publiée par le célèbre Mr. 
DeLudewig (Je*» Pierre) , Profcflèur en 
Droit à Halle, & Chancelier de l'Univerfité , dans 
le VI. Tome de fes Rdiquia Manufiriptorum im- 
primé à Francfort & à heipfic en 1724. En parcourant les 
feuilles de Œifteire de U guerre des Hujfttes , par feu Mr. 
Lenf ANT , mon très cher & très honoré Collègue , je me 
fuis apperçu qu'il n avoir point cité ce Journal i & quand j'ai 
comparé la Relation qu'il donne de pluHcurs faits , avec celle 
du Journal , j'ai jugé qu'en effet il ne lavoit point vû : c'eft 
ce qui m'a obligé de faire après fâ mort , ce qu'il auroit fait 
lui-même s'il avoit vécu , & de placer à la fin de fon Hiftoire, 
par voye & Addition & de Supplément , ce que j'ai trouvé de 
plus remarquable dans le Journal deBYZlNIl/s- L'Ouvrage 



Digitized by Google 



2 SUPPLEMENT AL' HISTOIRE 

de nôtre illuftre défunt en fera plus complet : maïs afin que 
le Lecteur fâche quel fond il peut faire fur le témoignage de cet 
Auteur, je vai rapporter ce que Mr. de Ludewig en dit 
00 Przfct. dans fa Préface 

ad Tom.VI. 

}foffcript *" « B A L B I N cite affez fouvent , dans fon Hiftoire de Bohême^ 
p. io. „ ce petit Ouvrage dcBYziNlus, mais c'eft fous le nom de 
3 , Maître Laurent {Magipi Laurcn/ii*) , ce qui fait 
3 , voir que les perfonnes qui manioient les plus grandes affai- 
„ res, fc faifoient autrefois un honneur de ce titre. Pour nous, 
,, nous avons fuivi le Manufcrit , où il cft qualifié , Chancelier 
„ de la Nouvelle Prague j le nom de B Y Z I N I u s lui cft donné 
„ parce qu'il étoit de Byzi». Il y a dans le Manufcrit qucl- 
ques lacunes qu'on pourroit remplir iî l'on avoit quclqu'autre 
„ Exemplaire. Le ftile de l'Auteur efl tout à fait barbare , 
,, comme celui de tous les Ecrivains de fon tems ,• mais il pa- 
5 , roit finecre & fidèle , quoiqu'il n'aprouve pas en tout la 
a, conduite des Hujptes y ce qui pourroit faire douter qu'il ait 
„ été entièrement attaché à ce Parti : cependant, toutes les fois 
3, que la vérité le demande , il décrit les artifices , la tyrannie, 
„ les perfidies , les méchancetés des Catholiques Romains ; avcc 
3, autant de liberté que l'auroit pu faire le plus zélé Sec-tateur 
3, de Jean H us. 

3 , Ce qui rend cet Auteur fort recommandable , c'eft qu'il 
3, raconte des particularités foit du Concile de Confiance, foit 
3, des deffeins & de la Guerre des Hujfttes , qu'on ne trouve 
3, dans aucun autre des Hiftoriens qui ont vû le jour jufqu a 
3, préfent. Cela fuffit pour montrer quel cas on doit faire de 
„ ce Journal , & combien il mérite d'avoir place dans ce Re- 
33 cmcU de Manufcrits. tc 

Je n'ai rien à ajouter au jugement de Mr. deLuDEWIG, 
fi ce n'eft qu'en lifant attentivement cet Ouvrage, qui eft d'un 
ftile barbare , équivoque & rebutant , j'ai reconnu par tout , 

qu'il 



Digitized by Googl 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. J 

qu'il étoit très zélé Catixtain, mais aufli fort contraire aux 
Taborites, dont il condamne également les Dogmes, & les 
avions. 

Q,UANT à l'Edition de Mr. de Ll/DEWIG, je croi que ni 
le Le&eur , ni ce fàvant Prorefleur lui-même, ne me fauront pas 
mauvais gré que j'y fafle deux ou trois légères obfervations. 
La première eft qu'à la page 157, où B Y ZI NI us parle des or- 
dres que SlGlSMOND envoya dans toute la Bohême , de per- 
fécuter & d'exterminer les Hujfues, Mr. de Ludewig a mis à 
la marge l'année 142 1 , ce qu'il fait aufli dans la fuite; mais & 
cet événement, & ceux qui fuivent, appartiennent à l'année 
1420. où Mr. LENFANTlcsa placés. La féconde, c'eft que 
B Yzinius ayant rapporté vingt Articles d'une Doârinc prè- 
chée par certains Prêtres Taborites , entre lefquels Martin 
Loquis tenoitle premier rang, Mr. <&LuDEWlG amisà 
la marge p. 107. Réfutation de ces me'cbans Dogmes (Confutatia 
borum improborum Vogmatum ). Cependant il eft certain , que 
dans cet endroit là & dans ce qui fuit , l'Auteur ne fait que 
rapporter les Principes fur lefquels ces Taborites fondoient leurs 
explications des Prophéties , & les preuves qu'ils alleguoient 
pour les confirmer. Du refte, je reconnois tout le mérite de 
Mr. de Ludewig, à qui la République des Lettres a de 
très grandes obligations , & qui l'enrichit tous les jours de 
nouveaux Ouvrages. 

Apre's ces Avertiffemens , je paffe aux Additions &aux 
Ecclàirciflcmens que le Journal de B Y z I N I u s m a fournis , & 
qui , fi je ne me trompe , ne nuiront pas à îHifloire de U 
Guerre des Huffites. Il eft feulement fâcheux que ce Journal 
fini/Te vers le Mois de Septembre 1420, foit que l'Auteur ne 
l'ait pas continué , ou , ce qui eft plus vraifemblable , que le 
Manufcrit de Mr. ^Ludewig né foit pas entier. Je com- 
mencerai par quelques Remarques qui appartiennent aCHifloire 
du Concile de Confiance y dont Byzinius parle un peu au com- 
mencement. 

A ? t On 



SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



(a) Hift. 



dû Concïl. / r ^\ ^ trouve (a) dans l'Hiftoire du Concile de Confiance , un 

de Conft. V>/ afiez ample dénombrement des perfonnes qui y aififterent , 

T. I. p. 8i. le dénombrement eft aulfi dans ( b) le Journal , avec certaines dirïe- 

(b ) Diar. ren ces que je Yai marquer. 
P.U6.127. 

M ON SI EUR Le N F A NT met vingt deux Cardinaux. Le J ou fi- 
nal en met vingt trois. L E N F A N T qttatre Patriarches. Le J o U R- 
N A L trois. LE N F A N T dix neuf Archevêques. Le JOURNAL vingt fept. 
L e N F a N T environ cent trente Evèqnes , fans compter les Tittdaires. 
Le JOURNAL cent ftx Evéques ç$ trente trois Titulaires. Il femble 
que ceux-ci fuùent des Moines , car il y a Epifcopi titulares de Ordini- 
bus. L E N F A N T tme centaine ctAbbez. Le Journal cent trois 
Abbez. L E N F A N T quatorze Auditeurs de Hfte. Le JOURNAL 
dix huit Auditeurs §•? tous Dodeurs. L E N F A N T dixbuit Secrétaires 
du Pape. Le Journal au lieu de Secrétaires , a mis dixbuit Qane- 
riers du Pape. L E N F A N T deux cens fvixante & douze Doiïevrs. Le 
Journal trois cens quarante trois. ( 344. ) Doreurs en Idéologie y 
Maîtres en Droit Canon et ès loix , fans compta- les Do&curs, Auditeurs 
(Bemptis Doïïoribtis , Auditoribus.) Le JOURNAL ajoute foixante & 
treize Pénitenciers du Pape & des Cardinaux. Mr. L E N F A N T n'en 
compte point. L E N F A N T douze cens Scribes ou Scripteurs, ce nom- 
bre eft aflurement excellif. Il y a dans le Journal vingt quatre 
Scripteicrs de la Pemtetxerie , & cent quarante deux des Bulles. L EN- 
FA N T : le Pape & les Cardinaux avoieut deux cetis foixiinte £5? treize 
Procureurs. Le Journal n'en mec que foixante treize. D 
ajoute ( I ) Portulani Papa, 24. autant de ( 2 ) Bedeaux du Pape avet 
leurs bâtons d'argent, Ç# ™igt huit Bedeaux du Çonfjioire. 

Monsieur L h n f a n t ne parle qu'en gros des Princes 8c Seig- 
neurs qui fe trouvèrent au Concile. Le Journal en parle en dé- 
tail. 11 compte vingt Intit tant Rois que Princes feadiers ; foixante eff 
dix huit Comtes i fix cens foixante & feize Barons , Gentils honunes , o/r 
Officiers militaires {Milites'). Je laifle les Orfèvres , les Cordonniers, les 
Tailleurs & autres Artifans, aiuTi bien que les Trompettes & les Joueurs 
(O Mere- d'Intlrumens , ces derniers étoient au nombre de cinq cens feize: 
irices, Vir- Mais je ne dois pas oublier (c) fept cens dix hût Courtifaues , que 
gincs pu- Mr. Len FA NT n'a pas comptées , au moins dans l'endroit que je ci- 
hiica: 718. tc> L e meme Auteur met autour de cent feize Envoyez ou Députez de 
!A. Diar * divers 



ibicL 



YO Je nofe définir ce que c'eft que Portnleoti , (feft vraifemblablemcnt , ou de* 
huijjhrs des Portiers, ou des Porte/art. Parti! 'anus k Uouve dans du Cange » 
Biais dans une lanification qui ne convient pas ici 
( a ; Ou Huijjïm , PaltUi. 



Digitizep" by Google 



3) 
)) 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. f 

divers lieux. Le JOURNAL qui les diftingue , compte vingt huit 
Ambaffaâeias ou Envoyez de Hpis , de Ducs , ou de Comtes , un grand 
nombre de Députez des Evoques , des Eglifes , des Univerfitez £<? de 
quantité de Villes , foixante fix Députez ou Envoyez de la part des Vi^ 
les Impériales. 

II. On met la détention de Jérôme de Prague au 2f. d'Avril, 

dans (a) l'Hiftoire du Concile de Confiance. Le Journal la met au («)Tom.l 
mois de May, (b) (De ntenfe Afaji) fans en marquer le jour. Mais 
les deux Hiftoriens s'accordent fur le lieu , où Jérôme fût arrêté , £ _ \ J Iar ' 
ce qui confirme la critique, que fait Mr. Lenfant du récit de 
REICHENTHAL. Selon le Journal , „ J I R ô M E de Prague fut ar- 
„ rèté a Hyrfau , par des Officiers de Jean, Duc de Bavierb, 
„ & fur des avis donnés par les Ennemis de J E r ô m E , ftiortan pro- 
„ ditione JEmulorum } de là il fut transféré a Sultzbach , Ville du Duc : 
„ dès que SiGiSMOND&le Concile en furent avertis , ils ordon- 
„ nerent au Duc de le faire conduire à Confiance. Le Duc obéit avec 
joye, & dans (c) la Lettre, qu'il écrivit à cette occafion au Con- (O Diar, 
cile, il fit un Eloge magnifique de cette Ailèrablée , l'exhorta à con- ' b, d p.«$*- 
„ tinuér vaillamment les Guerres du Seigneur, à extirper les Hérésies, 
„ & à faire périr Jérôme de Prague , & tous les femblables, 

III. Desclue ce faînt Homme fut arrivé à Confiance, (d) Jean (d) HiïL 
DE W&LLEMROD Arclyévcque de Prague le fit conduire fecrettement j( u J™- de 
dans wte Tour de PEglife de St. P A u L , oit on P attacha à un Poteau, les Xom L* 
mains liées au col d'une même chaim , en forte que les mains tiraient la p. ,g^." 
tète en b,u. Il demeura deux jours dans cette cruelle pofitare , jeun.ott 

au pain ej9* à Peau. C'eft ce que dit Mr. Lenfant, mais le Jour- 
nal porte (r ) qu'il fut mis dans une Tottr de la Ville, proche du Cime- (e) Diar. 
titre de St. Paul, (tnmeo impofitm gravi) lié a un gros pôteau ( i ) P- 
ayant les fers aux pieds & aux mains. On le laiifa près d'onze jows 
dans cet état , fans lui donner que très peu de nourriture , quoi qiCil fut 
nulade à la mort. 

IV. La Communion fous les deuxEipoces, fut introduite à Pra- 
gtte , par Jacob el, ou Jaques </« Misï. Mr. Lenfant 

parle de cette innovation en ces termes (/) Comme Jacobil étoit ( /*) Hift 
foutent par un de fes Collègues, notmué Sigismond Rzepansky , duConc. de 

A X il Conftancc. 

loin. !. 

( l ) Pedihtu ad compedtt fbritih , £f vbtStu undecim fere pendrkit didms, pan. 
tijjîmis cibiî rtfcSui £«f infimùtatt gravi fire ad mortem vexa/Ht. ibid. M»r. Pour 
bien entendre ce latin il faudrait fcvoir les différentes manières dont on tient 
les priionnici* aux fers. 



ef SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

il porta aifément tout le Peuple à communier fout les deux Efpeces , 
eLws la Paroijfe de St. Michel, ce qui s'exécuta avec Papplaudif 
feinent de toute la Vide de PUniverfité. Cependant, le Clergé ne mon- 
qita pas de faire fes diligences , pour s'oppofer à cette bmovation. J A C O- 
B E L fi:t chiffe de la Paroijfe de St. MICHEL, mais il fut reçu à 
bras ouverts dans celle de St. MARTIN, oît il continua de dogmatijcr 
fur le mime ton. L'Auteur ne marque pas le tems où cela arriva : Il 
a mis feulement au haut de la page , Pan 141 5. Il dit dans la Guer- 
(a) p. 7). re des Hufjites (a) que ceux-ci demandèrent des Eglifes , parce que U 
Chapelle, de BlTHLBHEM ne pouvait plus frire. Ce qui pourroit 
Faire croire au Lecteur, qu'on ne commuiùa d'abord à Prague fous les 
deux Efpeces , que dans cette Chapelle. Ecoutons B Y Z I NI V S té- 
moin oculaire de ce qui fe pafla , & témoin très digne de foi fur un 
tel fait. 

O) Diar. »(*) l'An de l'Incarnation 1414. la vénérable & 
p. i2±. „ très Divine Communion de l'EucharilKe , fous les deux Efpeces, 
„ commença d'être adminiftrée au Peuple fidèle, dans la Ville de Pra~ 
„ gue y par le vénérufele & excellent Muitre Jacobel de Mise, 

Bachelier en Théologie (Baccalsttreum formation) & par d'autres Prêtres 
„ qui étoient dans les mêmes fentimens que lui fur cette matière. iVf- 
„ mierement dans ( 1 ) l"Egl; } 'e de St. Adalbert qui eft dans la nouvelle 
„ Ville , & dans les l'Exiles de 5"/. Martin in Afuro , de St. Michel & 
„ dans la Chpe.'le de fothlehem qui font dans la vieille Ville , & même 

dans certains Mona Héros. Le Roi Wenceslas, l'Archevêque 
„ Conrad, les Prélats , les Moines , les Maîtres, les Docteurs de 
„ rUnivciiitc eurent beau ( 2 ) s'y oppofer de toutes leurs forces. 

Les menkes , les empnlbnnemens ne fervirent qu'à animer le Peuple 
„ rkk-le, de force que dans Pefpace de deux ans , la Communion du 

Calice fut établie dans presque toutes les Eglifes Paroilnaies de Pra- 
, y gue, & même dans certains Monaftcres, malgré les Excommunica- 
„ tions lancées , tant par l'Archevêque , que par les autres Prélats , Se 
„ les Interdits jettes fur la Ville. Ce faint ufage pafla bientôt dans 
„ les Provinces du Royaume , & dans le Marquifat de Moravie : par- 
„ tout , dans les Villes , dans les Villages , lç Peuple couroit en foule 

„ aux 

( 1 ) Michel de Cattfît l'un des grand» Adverfaires de Jean H v 8 , étoic 
Cutc de cette Eglife. 11 y a dans le Journal p. tzg. Mitlmlt <fc (apparemment 
Ctutjti a été omis ) P/elnu/o S. Adalberti de nota rivitate. 

( a ) Mugijbis Uttiverjtiath , Jhtdii Pragetifit ac Doâoril** torts viribm fttg* 
gntutibt* & UctwLottiliuf Jhjbcatiouem ntmpt ammumitmit fub mtraqut. ibiJ. 



>ogle 



DE LA GUERRE DES HUSSÎTES. 7 



,,aux Pafteurs, qui adminiftroient la Communion fous les deux Efpe- 
„ ces , & la recevoit avec une extrême dévotion. 

Il paroit par ce récit i*. Que la Communion du Calice fut don- 
née au Peuple dès l'an 1414. 2°. que J ac o bel ctoît foûtenû, 
non feulement par Rzepansky, mais par d'autres Prêtres ( Et 
altos fibi tune in bac tnateria ajjîflentes Sacerdotes) 3°. que l'on commu- 
nia d'abord le Peuple fous les deux Efpeccs , dans trois Eglifes Paroif- 
fia T es , & dans la Chappellc de Bcthlehem. 4 0 . Que cela ne fc fit pas 
ajors avec PapphuJijfement de P Univerftti. 

Monsieur Lenpant (a) montre fort bien , que Jean (a) Hift 
H us ne fut point l'Auteur du rétablilfement du Calice en Bohême, <ju Conc. 
mais ce qu'il ajoute, qu'on n'eut avis de cette innovation à Conjtauce que **• 
le 14. Mai 141 f, ne fauroit s'accorder avec le témoignage de B Y- 
zyhius; car (i Jacobel & les Prêtres fes Adhércns, communiè- 
rent le Peuple fous les deux Efpeccs ,' dans quatre Eglifes de Prague, 
dès l'année 1414, il n'elt pas poifible que le Concile n'en ait été averti 
que fix Mois après. * 

O N ne fauroit dire précifement le tems de l'entreprifc de J A c 0- 
BELi mais je eroi qu'elle précéda l'ouverture du Concile. En effet, 
mon Auteur la met auparavant ; car après avoir dit p. 1 24. Anuo In- 
carnationis Dominical c 1 3 C C C C X I V venerabilis ac Divina Commu- 
nio &c. il dit p. 125. Anno codent cl 3 CCCCXIV in die omnium 
SanBortmt wcipit générale Conciliant. Or cet Auteur écrit un Journal 
où il fuit Tordre des tems & des jours. 2. Mr. L E N F A N T remar- 
que ( b ) que Jean H u s écrivit étant à Confiance en faveur de la (b) Hifc 
Communion fous les deux Efpeces , avant que d'être mis en prifon , au du Conc. 
moins fi Pon en doit croire le titre de cet ouvrage. Or il écrivit ion f^p Conit. 
Traité fur cette matière, depuis l'entreprife de Jacobel, & il fut ' 'P a 7** 
emprifonné le 26. de Novembre. 3. Il faut que Mr. L enfant fe 
foit apperçû que la Communion du Calice ait commencé à Prague 
plutôt qu'on ne croit , puis qu'il dit dans la guerre des Hufites ( O ( r ) P- $4» 
JACOBEL prêcha , & admiwjira la Communion fous les deux Efpeces , 
en Pabfence de Jean H US , foit qu'il fut encore à Huliinetz , foit 
qu'il fut déjà an Concile ; l'Auteur comme on le voit par ces paroles, 
cft en doute , fi la Communion du Calice ne fut point donnée à 
Prague avant l'Ouverture du Concile , & lors que Jean H u s étoit 
encore retiré dans le Bourg de fa naiflànce. 

V. M 0 N- 



Digitized by Google 



8 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



( d ) Hift. V. Monsieur Lenfant rapporte ( d ) que Jean H u s 
du Conc. partit de Prague pour fe rendre à Conitance, environ le il. ou félon 
Tl \ ? JUtres le JOJobre 141 4. Mais cet Hirtorien ne dit pas le 
•P- 39- j our q U 5j| y arriva, le Journal témoigne que ce fut le Samedi après 
la Toujfaint , & par confequent le 3. de Novembre , cette Fête tom- 
(e ) Dîar. bant cette année là au Jeudi (e) Anna eodem 141 4. Sabbatho poji 
p. 117. omnium Sandorum fub fitlvo Bggis Hungari* conduBtt primion in Praga 
intimationibus & protcjiationibns publicis fatlis , quod feilicet coram Conci- 
lio Conjtantienji de J'ua fide cuilibet paratus fit reddere ratiouem, vaut. 

Qjjant au jour de Pcmprifonnemfnt de Jean H us, Mr. Len- 
(fflHift. du F a NT dit , que (a) le 2%. Novembre il fut mis en prifon, chez 
r° n ft T ' f & 3a}ltre ^ l* Cathédrale de Confiance , & que huit jours après , on 
DT7 à là ' e trans ^ ra dans une autre prifon chez les Dominicains. Le Journal 
îrierge p.çR. porte ( 1) que le lendemain de la fete de Ste Catherine le 26. Novemh e, 
$. ?8. p. 6c. le Pape f« Cardinaux, faifant Semblant de vouloir conférer avec lui , 
$• J9- le firent appeiier ; Et qu'à finjiigation des Prélats , g# des Doéleurs de 
Prague , il fut mis en prifon , d*)v le Afonafiere des Frères Prêcheurs , fi- 
tué proche du Lac , où on lui donna une Garde compofee de Soldats 
de diverfes Nations. 

VI. C'est une Queftion, fi l'Empereur fut ou foible, ou perfide 
dans Parfaire de Jean H u s , Mr. Lenfant ne la décide 
(fr) Hift. point (b) Il faut conduire dit- il, que Jean Hu s fut la victime, non 
du Conc f cn le,nent de la pajjion de jet Ennemis, mais auiji de la foiblejfe g£ de U 
ce T. L* fuperfiition de P Empereur , four ne pas dire de fa perfidie. On ne l'en 
p. W " croyait pas incapable en Bohême &c. 

L E même Hilbrien rapporte enfuitc un endroit d'une lettre de S > 
G 1 s M 0 N D , où ce Prince dit ( 2 ) Dieu fut & je tu puis rexpî-imr,^ 
combien foi été affligé de fon malheur (lavoir de Jean Hu s), Çff 
tous ceux de Bobetne, qui étaient alors auprès de moi , ont bien vu, quels 
tourmats je me fuis donné pour cette affaire , £«? que plufieurs fois je 
fuis forti du Concile en fureur. Les Bohémiens étoient effèétivement per- 
fuadés , que tout cela ctoit faux , ou n'étoit que pure comédie. Le 
Journal dit exprelfémcnt , que Sigismon 1» contribua beaucoup au 
Ce) Diar. fupplice de Jean H U S ( c ) Sigismundo ad ipfius multum cooptrtndo 
P* 'S 0, mortem. Et ailleurs ( 3 ) qu'il fut condamné à la fuggefiion de S I G I s- 
H o N D, de forte que Mr. L e N p a N T n'a pas ton de le foupçonner 
de perfidie, 

VIL On 

( 1 ) Diar. p. itj. Forenjî 6. poji Catberina. La St Catherine en le aç. de Nov. 
( z ) Ibid. Voyez laffi la Subftance de cette lettre dans la guerre des HtiJJïtcs. 
P- 74- 

( ] ) Ad Régis quoqut Sigisnuotdi fugg^JHoiwih. ibid pi Ij8. 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 9 

VIL On croit communément, fur la déclaration du Concile de 
Confiance , que Jean H L s fut condamne au feu à caufe de fes 
prétendues Hércfies. On ne le croyoit pas ainfi en Bolurnc, où l'on 
étoit perfuade de Ton innocence fur cet article. , , Mais on ne doutoit ( d) 

pas que fbn vrai crime ne fut (d) d'avoir découvert, & cenfuré P* **7» 
„ trop librement, PHypocrifie , la Pompe , P Avarice, U Luxure , la Sîmo- 
„ nie , Ç# les autres vices du Clergé , & d'avoir eu deflèin de le reformer 
„ fur le pian des Mœurs Apoftoliques. De là la haine implacable de tous 
1, les Ecclefiuftiques contre lui , mais ce qui acheva de le perdre , c'eft 
„ que fes Sectateurs en Bohême ayant vû fon livre touchant la Cotnmu- 
„ nion fous les deux Efpeces, ils furent extrêmement encouragés à la de- 
„ fendre par PEpée de la Parole de Dieu , & tonnèrent plus fort que 
„ jamais contre les déréglemens d'un Clergé entièrement corrompu. " 
Alors tous les Ecclefiaftiques , tant de Bohême que de Moravie , ou- 
vrirent leurs bourfes, & envoyèrent de l'argent à Conjiaiue pour faire 
condamner Jean H U s , à quelque prix que ce fût. L'Auteur ne dit 
pas à qui cet argent fut donné ; mais voici fes Paroles (a): Cleriuper- («)Diar. 
verfus , prteipue m fygtio BoWniac ǣ Marcbionatu Moravia; , qui con- 

p. ilî. 

denmationem ipfitu ( H U s s 1 ) contributione peamiarusn pocuravit. Et 
dans un autre endroit (b) : Peçtaùarum contributions ad ipfius extin3io- (b) Ibid. 
nem faciendo. Je ne me fouviens pas d'avoir vû ailleurs cette parricu- P- *fo. 
larite. Si le Clergé de Bohême, fit un tel ufage de fes richefles , faut- 
il s'étonner , que les fixités voululfent les diminuer. 

VIII. On rapporte, (c) dans PHiftoire du Concile de Conjlan- (c ) Hift. 
ce , la fubihmcc de la lettre que cette Affcmblée écrivit au Clergé , £ u C°"c- de 
& aux Grands de Bohême, pour leur notifier les Herefies & le Sup- j " 

plice de Jean H u s. Cette lettre n'eft pas datée dans l'Hiftoire 1 P ' 44 ' 
mais elle l'ell dans le Journal (d) du 2f. Juillet 141 f. On ajoute, (rf) Diar. 
qu'elle étoit cachttée du Cachet des Prêfidew des quatre Nations , /avoir p. ijo. 
Italienne , Gallicane , Germanique £<? Àngloife. 

IX. Mon Auteur remarque (e) que comme les Catholiques Ro~ C ' ) Ibid. 
mains de Prague , traitoient les Huffites de Wicleptes , les Hujptes à P **$ & . 
leur tour, traitoient les Çatholiques Romains, ou les Partifans du Con- ° an ^ ,a " jitc 
cile, de Mahomet ans, Machometica Pars ; apparemment Matbmnetù 
à caufe de la cruauté exercée par le Concile , contre la perfonne de nuneufatir. 
Jean H US. 

X. Jérôme de Prague qui étoit allé à Confiance pour affiner, & 
fortifier Jean H u s , eut la foiblelfc de fouferire à fa condamnation, 
& à l'abjuration que le Concile lui preferivit -, mais au heu de recou- 

fi vier 



igitized by Google 



I 



ia SUPPLEMENT A L> HISTOIRE 

vrcr fa liberté par là , on recommença fon procès fur de noicoelles acett^ 
(a) Hift. fations qui (a) furent apportées à Prague par des Cannes , dit Mr. Le nw 
du Conc. F A H T. Il y a là évidemment une faute , qu'il faut corriger , en met-, 
de Conft. tant ^ e jj es fargfig apportées de Prague , ou , eues furent apportées à Cou- 
P (* 4 fêi.ir» ft* nce - Tout ce que cet Hiftorien dit dans cet endroit elt confirmé'/») 
Ç.ij 7 , j'jg. par le Journal. „C'eft que les Cardinaux de Cambrai , des Urfrts r 
' ^ d'Aquilée , & de Florence , voyant la malice des parties de J E R 6- 
M E de Prague , & touchés de l'injultice qu'on lui faifoit, prirent fa 
„ defenfe , & demandèrent qu'on l'élargit. Comme ils parloient fbrte- 
„ment en fa faveur, dans une certaine congrégation, les Allemands. 
„ & les Bohémiens (c'efl ce que mort Journal i'joute) s'y oppolèrent , & 
„ fe mirent à crier de toute leurs forces , qu'il talloit b;en fe donner 
», de guarde de le relâcher ; Ce fut alors qu'un certain. Docteur nom- 
mé N AS ON , fe leva & dit aux Cardinaux qu'on vient de- nom- 
mer , les paroles infolcntes que Mr. L e n f a n t rapporte , mais avec 
quelque marque d'incertitude , On prétend meute, dit-il , qu'il y eut un 
nommé N A s o N qui ofa parler aux Cardinaux en ces termes £«5V. Je 
fuis bien aife de fournir au Lecteur un nouveau témoin de l'infolcnce. 
& de la fureur, où fe portaient les. parties de Jerôm.e de Prague. 

X I. C B Docteur fut examiné fur cent fept Articles qui furent pro- 

(a) p. nç. ^ u ' te 0000:6 J e note 06 nornbre qui elt dans le Journal {a), par- 

(b) Hift. 06 9 UC î c ne ^ 6 Mr. (i) Leneant l'a remarqué. Le dernier- 
du Conc. Auteur met le Supplice de Jérôme de Prague (c) au 30. Mai, le; 
de Conft. Journal (d ) au Samedi après FAfcenjion , qui fut le premier de Juin : 
& Suivante! ^ aobato P oft aicel ^ 10 » em > Domini,. alws prima Menfis Junii. 

( c ) Hift. 

du Conc. XII. Les Hiftorièns rapportent, que Jérôme de Prague dit aux. 
de Conft. Pères du Concile ( e ) fen appelle au Souverain Juge , devant lequel vous 
T. F. p <6. me re pondrez dans cent ans d'ici. Mr. Le N F A N T doute de cette Pro- 

(d) Dw. p net j e q U > on a appliquée à la grande Révolution, qui arriva dans PE-. 

(e) Hift. E"* 6 cmt après la mort de Jérôme. Tout ce que je puis dire,, 
du Conc. c'eft que nôtre Journal n'en parle point, & qn'il n'elt pas fort vrai- 
dc Conft. femblabîe , que l'Auteur eut ignoré, ni omis un mot fi remarquable. 
Î>,J6}. $64. 

XIII. L'Université' de Prague , contraire dans les commen- 
cemens , à la Communion fous les deux Efpeces , en prit hautement 
la defenfe dans une pièce dattée du 10. Mars 141 7. que Mr. Len- 
f A n T ( 1 ) rapporte toute entière , mais il y avoit eu auparavant 

une. 

(1) Guerre des Huffit. p. 6ft. Il faut«>rriger la due de cette Déclaration danv 
le Coociie de Conitance, où, elle eft mile au 17. Mars. T. II. p. 54.. 



^Digitized by Google 



DE. LA GUERRE DES HUSSITES.^ iï • 

tme Déclaration Royale , dont cet Hiflorien ne parle pas , & dont le 
Journal fait mention en ces termes (f): ,, La même Année ( 141 ) (/)Diar. 
„ vers la fetc de la Toufiàint , &. Tannée ( 1416) avant la fête de la p. M8- 

„ Purirkation (2) la liberté fut accordée à tous les Prêtres quï 

>, adheroient à Maître Jean H U s , & qui foutenoient la Commu- 
„ nion fous les deux Lfpeces , de faire le fervice Divin , & de prè- 
», cher la Parole de Dieu dans toutes les Eglifcs , & dans tous les 
„ Monaltcrcs tic Prague. A l'égard des Adverlaues de cette très Sainte 
,, Communion, auxquels on donnoit le nom de Aiahomettns , ils aile- 
„ rent de la Divine Prague à Viffegrade , & à l'Eglilc in Pfan , qui efl 
„ au delibus de Vijfegrade à Bubcn & à Ovenecz. Cela fut caufe que le 
ii Clergé de tPragur, & principalement les Prélats & les Moines, fourFri- 
. „ rent de grands dommages de la part du Peuple. Car plufieurs fu- 
„ rent chalTcs de leurs Egliles , & remplacés par des Prêtres attachés 
», àla Communion du Calice, & à la Mémoire de Jean II us. Le 
„ Roi W hnceslas le permettant , à la fuggeftion de quelques 
», uns de fes Confeillers. tlege W t H ces'lao hoc ipjïiut , ad fuo- 
ijrtun Confiliarioriun injigationetn admittente." Voila donc la Commu- 
nion fous les deux Lfpeces , permife dans toutes les Eglifcs de Pra- 
gue , dès la fin de l'année 141 f. plus d'un an avant la Ûcclaratkm de 
î'Uiuverilté. Je prie le Lecteur de comparer ce récit avec celui qu'il 
trouvera dans la guerre des HuJJiies. p. 72. 

»...•. . - 

XIV. Monsieur Lenfant (a) raconte , fur le témoi- (cil Guei* 
gnage tfAIhrt K R a n t z , qu'un Gentilhomme Huljite étant rc des 
à Qtttenberg , alla à l'rg'ifc, lorsqu'un Prêtre Catholique Romain Hulll l e8, 
y difoit la Melfe , qu'il enleva le Calice de dcifus l'autel , & PalU * " 7 *' 
boire au Cébaret, furquoi les Ouvriers des mines le ibuleverent, maf- 
f itrerent le Gentilhomme , & une vingtaine de fes Domcftiques. Ce- 
la doit être arrive en 1417- Je ne voi rien de pareil dans le Journal, 
qui parle en plus d'un endroit , des cruautés exercées contre les Huf . 
fîtes par les Ouvriers des mines; mais qui n'en parle que fous l'an- 
née 141 o. Il n'y a même nulle apparence que ce fait foit véritable. 

. * . B a Car 

( a ) J'ai mis des points , en la place de Ces paroles faâian tft interdit! uni 
Prag* sircbùpijcvpo , Pr* a:it , F ebunit £.-f Re igiqfit a Divims iej)imtibtm. Mr. 
de Lupfwio à ciû que l'Auteur puloit d'un Interdit , ou defenfe Je don. 
ner la Communion fous les deux Efpctes, ce qui lui a fait mettre à la marçe: 
Imerdi&unt adverftu conmumion t Jnb uttuque ; mais la fuite fait voir le cotu 
traire , car l'Auteur ajoute: Libtit^qiu fuit ytr omwt Etf.ejîj( ç$ Monufirria Çfc. 
D'ailleurs U n'y a pas dans le texte : T'uflnm ejf intndi&um ab /inbiepifcopo 
Mais, FaQum eji inttruiéium AnbiepjiViO &c. i'Auttur eft quelquefois 
obicur ou équivoque. 



Digitized by Google 



i* SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

v Car, outre que Mr. Lenfant n'allègue aucun Auteur Bohémien ni 

contemporain * quelle apparence qu'un Gentilhomme Hutfîte , Zéla- 
teur du Calice, & croyant la prefence réelle, ait fait une adion fi 
brutale & fi profane? Je foupçonne que l'on inventa ce menfonge, 
pour excufer les cruautés qui furent comniifes dans la fuite, par les 
Montagnards de Cuttenbng. 

XV. Voici un endroit de PHiflo'trt des HuJJttes où nôtre Jour- 
nal auroit fourni de grandes lumières à Mr. Lenfant. U s'agit 
de l'origine de Tabor > ce lieu fi célèbre , qui donna le nom au Parti 
qu'on appella Taborites. Mr. Lenfant raconte cette origine en 
(#)Guer- ces termes ( b) : ZlSK A ayant ramajje un bon nombre de gens de 
Hoflkei t0Ute ^ 0rte 9 ^ couroit la Campagne , & mettait tout à feu & à fang. 
p. 91. P'&merc courfe fut dans la Province oit le difrici de Pilfen , à quel- 
ques milles de Prague , ait couchant de cette Métropole. S'étant emparé de 
la Capitale du même nom , /'/ fe rendit aifément maître de tout le Pais , 
d'où il chaffa les Prêtres £ff les Moines , & t'enrichit des dépouilles des 
Monajîeres £5? des Eglifes. Il y établit par tout , la Communion fous les 
deux Efpeces , par le Mmifiere du Dodeur & Pierre Coran d a 
dont ou vient de parler. Mais comme il craignait d'être furpris dans quel- 
que entbufcade , n'ayant aucune Ville , où il put fe retirer en cas de be- 
foin , il refolùt de fe pourvoir d'une place de fureté pour lui , £«? pour 
les Jiens. Il choifit pour cet effet, dans la Province de Bechin , un endroit 
fort par fa fituation , oit il y avoit en autrefois une bonne Forterejfe, qui 
fut détruite par les Guerres. En attendant qu'on y put bâtir une Vide, 
il ordonna i fes gens , de drejfer des Tentes dam les endroits où ils 
voudraient avoir leurs majfous. Et c'eji là P origine du célèbre Tabor, mot" 
qui en Bohéttiien fignifie une Tente , ou un Camp , félon le témoignage 
des Hijioriens. Ce fut apparemment alors, qu'il fe joignit à Nicolas, 
Seigneur de Hussinetz, qui s'était retiré de Prague, fur la mena- 
ce que lui avoit faite le Roy , de le- faire pendre , parce qu'on Paccujoit 
Savoir afpiré à la Royauté. Ils avaient un fi grand nombre de Part ij ans ,. 
qu'il fe trouva plus de quarante mille perfoimes , qtù conontoùerent fous- 
les deux Efpeces , dans la Ville Payait /^Auft. Von drejfa trois cens Ta- 
bles , où il y avoit du vin & des Calices de bois , tels qifon les voit ià 
décrits. H A G E c met des Btfans dans cette multitude, mais il ne dit point 
qu'ils tonmutnierent. Il dit que les Prêtres n'avoient point d'habits Jacer- 
dotaux , £^ que tout ces Commotions s'appi'ocherent de la Table , Janr 
avoir été à confeffe , & fans nulle préparation , comme des Profanes „ 
ayant des Epieux, des Arbalètes, des Maffius x & A autres Armes qui 
étaient alors en ufage.. 



Digitizéd by Google 



DE LA GUERRE DES fi US SI TES. i? 



J'AI copié ce long partage , afin que le le&eur l'ayant devant les 
yeux , puiflc le comparer avec le récit du Journal. Mais, ayant que 
de produire œ Récit, je remarquerai que Mr. Lenfant rapporte 
un peu autrement l'origine de Tabor , dans PHifloire du Concile de Con- 
fla>tce. Il parle des deux Chefs des Httjites : après avoir fait mention 
de Z i s K a , qu'il met le premier , il ajoute (a) „ l'autre étoit Ni- (a) Hilt 
colas de Hussinetz, Seigneur du lieu de ce nom, zélé du Ç on f' 
>, Protecteur de Jean H u s , & qui depuis le fupplice de ce dernier ^ e t J nfc 
„ avoit en plufieurs occafions fignalé fon ièle pour le HuJJttifme. Le p.'jj." 
M Roi de Bohême ayant foupçonné ce Seigneur d'alpirer à la Royauté , 
„ il avoit été contraint de s'éloigner de Prague , & de fe retirer dans 
„ le DHtriclde Becliin , où étoit fitué Hujjmetz, & où par confequent, 
„ il avoit beaucoup d'autorité. Ayant attroupé là tout ce qu'il put de 
„ gens de fon Parti , il choifit la montagne qui fut depuis appellée Ta- 
», bor , à quelques milles de Prague , pour former leurs Aflèmblécs , 
„ & pour adminiftrer la Communion fous les deux Efpcces, à tout le 
„ Peuple. Dubravius rapporte, que, lorsque Nicolas de 
«Hussinetz, eut ramallé dans ce lieu jufqu'a quarante mille 
„ hommes, il leur propofà d'élire un Roi , qui fût de leur créance, 
«mais qu'un Prêtre Huffîte (c'eil Coranda) fit rcjetter cette pro- 
„ pofiuon. 

Monsieur Lenfant n r a point écrit tout cela je fa tête. 
Il a eu lès Auteurs, U les cite: Je voudrois feulement, qu'il eût com- 
paré ce qu'il dit dans la Guerre des Hujjîtes , avec ce qu'il avoit dit 
dans YHiJlcdre du Concile , car dans ce dernier Ouvrage , c'elt à Ni- 
colas de Hussinetz, & à la nécéifité , où il fe trouva, de 
fe fortifier contre le Roi, que Tabor, & les alfemblées de Tabor doi- 
vent leur origine: Mais dans la Guerre des Hujjhes , c'cft à / i se a, & 
à Z 1 se A cherchant à fe pourvoir d'une place de fureté. La vérité 
eft ,. qu'il ne faut attribuer , ni à l'un , ni à l'autre l'origine du Tabor , 
tomme on va le voir par le récit très fimple & très naturel , d'un E- 
crivain qui raconte ce qui s'elt parte de fon tems , & pour ainfi dire 
fous fes yeux. Au relte , je doute beaucoup qu'il faille dire Nico- 
las de Hussinetz, car je crois que le Village dont Nico~ 
las étoit Seigneur s'appelloit Ht* , & que fi on trouve Httf- 
fnetz. dans les Hilroriens , c'eft pour fignifier par un feul mot , le* 
Seigneur de llut~ Certainement fi Hujjlnetz, avoit été le Nom de 1* 
Seigneurie, on aurait appelle Jean H US, Jean HussiNETZi. 
car pourquoi aiuoit-on retranché une Syllabe de fon, nom ? 

* a - xvl 



Digitized by Google 



14 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

XVI. Ecoutons donc à prefent B y z i n i u s , racontant 
l'origine de Tabor. Il en parle en plus d'un endroit de fon Journal ; 
mais i! la décrit fur tout , lorsqu'il rapporte les caufes & les comrnen- 
cemens du Schdàic, entre les Odixtains , & les Taboritet» 

(a^Pter. («*) »La Communion fous les deux Efpeces faifoit de grands pro- 
p. x86. „ grès en Bohême , & en Moravie , favoriféc en quelques endroits par 
„ les Seigneurs , & par le Peuple , traverse ailleurs par les uns, & par 
,, les autres. Elle trouva de grands Adverfaires dans le Territoire de 
Becbht. Les Curés & leurs Vicaires chalfoient à miin armée les 
,, Prêtres Calixtahts de leurs Eglifcs , comme autant d'Hérétiques , & 
„ d'Excommuniés. Ainfi ( i ) ne pouvant faire le lèrvice Divin, dans 
„ leurs Eglifes , quelques uns de ces Parleurs conduisirent ceux de 
„ leur Troupeau , qui adheroient au Calice , ( 2 ) dans mie belle plaine, 
,, fituée au haut d'une montagne, proche du Château de Bccltin. «Là 
,, ils drellèrent une Tente en forme de Chappelle , y firent le fervice 
„ Divin , & communièrent le Peuple fous les deux Efpeces. Le Ser- 
„ vice fini , ils plièrent cette Tente , s'en retournèrent dans leurs mai- 
„ fons , & appellerait cette Montagne du nom de Tabor* ( On peut 
,, croire que c'elt à caufe de la Tente , qu'ils y avoient dreifée pour 
(b") Fa- f> f a i rc j e Service), (b ) Cela fe patfa en 141 9. De là le nom de Tabo- 

idTnno **** ' ^ ut au comrnenccme,lt ^ nom général de tous ceux qui 
Dominf communièrent fous les deux Efpeces. 

Diar „Ces Prêtres continuant d'aller faire leurs dévotions à Tabor , 
P* l *7* „ ceux des Villes & des Bourgs voulurent les imiter, ils convinrent d'un 
„ certain jour de Fête , ailcmblerent ce jour là le P.uple de leur 
„ Communion , & allèrent en procelHon à cette montagne, portant le 
Sacrement, & chantant des Cantiques. ( 3 ) Ils fe propofoient de 
„s'arfermir mutuellement dans la vérité, de confoler & de fortifier 
„ leurs Frères qui s'adëmbloient kTskar. Ceux - ci apprenant la venue 
„ des autres , allèrent en Proceflion au devant d'eux , portant le vené- 
», rablc Sacrement de l'autel, & les reçurent avec des grandes demon- 
„ ftrations de joyc> 

" „ Ces 

* * * * • 

( 1 ï jE,nulis ipjtw commumomt , pnpuium comnwnem in Lcdtfùt adjacentibtu 
Jk cQmmitniiare non permit tentibus. Diar. p 14a. 

( 2 * Monttm magnum magna planifie txarnatum afetudunt in ejus ftmmti- 
tate Tentorjum de HitUït panuis , modwn CapciU expaudnnê. Diar. p. 187. 

( a ) Pro vnitatis ibidem , ut dicebant , confirmatione , & Fratnm fotorwnque^ 
exifttniiitm conjinnatione xi confolmiwu. Diar.f, 187. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. i<ç 

«Cbs Affemblées étoient véritablement des Anemblées de Piété. On 
n y paifoit les Dimanches, les jours de fète , non en divertitlèmcns , 
« mais en de Saints Exercice», Les plus docîes , & les plus éloquens 

des Prêtres , eommençoient dés le matin , à prêcher la Parole de 
« Dieu , au Peuple partage en diverfes Troupes : les Hommes étoient 
„ à part , les Femmes & les Enfans à part. Là ils cenluroient Tans 
«craintej l'Avarice, & leFafte d'un Clergé qui les opprimoit. D'au- 
« très Prêtres ( i ) écoutoient les Confeflîons : Et d'autres enfin 
« diltribuoient la Communion , fous les deux Efpeces , depuis le point 
« du jour jufqu'à midi ( Diefcente. mqnt aA mendient ). Le concours fut 
„ fi grand , que le jour de Ste. M a r IB Magdelaine, c'étoit 
«alors le 2. d'Août, il fe trouva à Tabor (2) jufqu'à quarante deux 
« mille & environ vingt perfonnes , tant Hommes que Femmes & 
« petits Enfans, qui furent tous communies de la forte. 



«Le Service Divin étant achevé, ils alloient à midi, prendre leur 
-n repas , dans des lieux préparés pour cela. Ces repas étoient fobres» 
« (*■) on n'y bûvoit aucune boiifon capable d'enyvrer. Point de fbi 
« Danfes > point de jeux d'aucune efpece ; point de difputcs ni de vols. ?«° T £ 
«Comme au. tems des Apôtres, ces Fidèles n'étoient qu'un cœur, & 
«qu'une Ame. Ils fe nommoient tous Frères & Sœurs. Les riches par- Jjjjjr 
«tageoient avec les. pauvres , les vivres qu'ils avoient fait apporter. On An%w. 
„ ne s'entretenoit en ce lieu là , que de ce qui concerne le falut & la rat pro- 
„ Reformation du Clergé , fur le pied de Pfcglife Primitive.. f"*ui. 

« 

„ Le repas fini ,. 1» Prêtres fè levoient, Se rendoienr grâces à Dieu. 
«Puis prenant la vénérable Euchariftie, ils faifbient le tour de la 
« montagne en procetfion: les filles marchoient devant le Sacrement j 
« les Hommes , & les Femmes le fui voient ch des Troupes feparées , 
„ chantant des Pfeaumes & des Hymnes. La Proceifion achevée, ils 
« prenoient congé les uns des autres , & fe retiroient dans leurs 
«m.ùfons, fans.fe détourner, ni à droite, ni à gauche, pour ne pas 
« .gâter les bleds. 

«Le bruit de ces AïTemblées fe répandant de tous côtés, elles de- 
venoient tous les jours plus nombreufes. On venoit à Takor non 
feulement ( 3 ). des Villes & des Villages d'alentour, mais de Pragut- 

■ » dtr 

( 1 ) AHis pro ttme continue ad confyftonem «uricu 'aret* amftdatriha. Dnr: p. 1 « 7 „ 
(a) Ita qtiod in die Afaria Magdafam XUI. milita am aiiqnot té XX* 
tdrortrsjiy nwierum , £<f furvuimi.m tu.iter cttiunnotumtium fuotatt, Fnsbv- 
tern iom;rt:ati. f, 188. - ^ 

Hit 1 l n(m ^' Jtn, J ,,m A * Wodr.iaua,.Ne»li«, de He>man, d+ 

Uftu , de Janofitz , de fcedlezara, de h^U. 



Digitized by Google 



\ 



16 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ de Domaslicz , île Kwuigiu^retz & de plusieurs endroits de Moravie j 
n les uns a pied , les autres à cheval ; les uns par dévotion , pour en- 
„ tendre la Parole de Dieu , & pour communier avec leurs Frères, les 
„ autres par cunoiité, quelques uns pour épier ce qui s'y paùoit, & 
,, chercher quelque prétexte d'en médire. 
-« 

„Un fi grand concours de peuple devint fufped au Roi W £ N- 
„ ce s las, &à quelques Ennemis de la vérité. Us craignirent que 
i, cette multitude, comme on en faifoit courir le bruit, (Prout famaba- 
„t:o-) n'entreprit de s'élire un Roi, & un Archevêque, qui les pro- 
„ tegeallcnt dans leur croyance , & dans leur culte , & de fe faifir des 
„ Biens Royaux , & Ecclclialtiques , lorsqu'ils feroient ailèz forts pour 
„ le faire. C'eft ce qui nt que quelques Seigneurs défendirent à leurs 

Sujets d'aller à Tabor , fous peine de la vie , & de la confifcation 
„ de leurs biens. Mais les Padans méprifmt ces defenfes , & ces me- 

naces , ou plutôt, renonçant volontairement à leurs biens , ne laif- 
„ foient pas d'aller à Tabor , les jours de fête , avec leurs femmes 
„ & leurs enfans. Les Aftrologues de ce tems là difoient , que la 
„ conjon&ion de Saturne avec certaines conftellations , inclinoit 
„ les- Sujets à la rébellion contre leurs Seigneurs. " C'eft apparam- 
ment à caufe de cela, que fi yz in lus appelle dans un endroit, le 
Peuple de Prague , qui alloit ruiner les Monafteres , Saturnina Gens. 

Voila l'origine de Tabor. Le Lecteur peut la comparer avec 
celle que Mr. Lenfant rapporte fur le témoignage de fes Au- 
teurs i . Jeun Z i s c A , Nicolas de H V s , n'y paroiifent pas 
feulement. 2. Ce n^eft point une Armée de quarante mille hommes 
qui fe trouve à Tabor, dans un feul jour; c'eft une multitude 
d'hommes avec leurs femmes & leurs enfans. 3. Ces quarante mille 
perfounés, ne communient point à Auft , ViSe Royale: c'eft à Tabor. 
4, Ils ne communient point comme des Profanes, fans avoir été à 
confejfe ; la Confeljion Auriculaire fubfiftoit parmi eux ; il y avoit des 
Prêtres , qui confelîbient le Peuple, avant que d'autres le communiaient, 
f. On ne drefle point des Tables pour la Communion fur des Towieaux, 
aprùs en avoir bit le vin. 11 n'eft pas points de boire aucune liqueur ca* 
pable (Peuyvrer. 6. Le nom de Tabor n'eft point donné à la mon- 
tagne , parce que ZlSCA ordonna à- fes gens, de drejfer des Tentes 
dam les lieux oit ils foudroient avoir leurs maifons : C'eft parce que les 
premiers Prêtres , qui furent obligés d'y aller faire le Service, le rirent 
ious une Tente dreilëe en fonne de Cb.ipclle. On ne penfoit pas enco- 
re ni à fortifier Tabor , ni à y bâtir une Ville. 7. fct puifque Z 1 s k a 

. . étoit 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. ï? 

ètoit déjà Makre de Pilfett , & de toute la Province , il femblé 
qu'il ne falloit pas dire , que n'ayant aucune Ville, où il pht fe retirer 
m cas de befom , il refolkt de fe pourvoir d'une place de fureté , pouf 
lui , pour les fient. Nous verrons dans la fuite , à quelle occahon 
Tabor devint une Ville de retraite , pour le parti de Z I s K A» 
Faifons auparavant quelques autres Remarques. 

XVII. L'Historien de/* Guerre des Hu/jfîtes témoigne que 
H A G l C met . des Enfans dans cette multitude de quarante mille perfon- 
nes, qui fe trouvèrent un jour à Tabor, mais qu'il ne dit point qu'ils 
communièrent. Nôtre Journal le dit en propres termes ( a ) Virorum, («) Diar. 
mulienan , parvulorum tditer conmtmicantiton. En effet, la Corn- p. 188. 
m union fous les deux Efpeces , ayant été introduite à Prague des l'an- 
née 141 4. » celle des petits Enfans le fut l'année fuivante. On les 
communioit immédiatement après le Baptême. Jaques de Mise, 
& fes Adhérens, furent les Auteurs de cette innovation-, ce qui 
caufa d'abord un fâcheux Schifme entre les Sectateurs de Jean H u s. 
( b ) tropter quant infuntium commimionem ScNfma grave inter Magijîros (b) Dîat 
£5? Sacer dotes , veritati Dei çf? Magtjtro Jchanni H US adhérentes , p. ijo» 
m Praga & in Regno Bohemke. Les uns fondes fur les Canons, & fur 
la pratique de l'Eglife depuis quelques Siècles , prétendoient que la 
Communion des Enfans étoit illégitime : Et les autres , fondés fur un 
pafl'age du prétendu De n i s PAreopagite , & fur des autorités de quel- 
ques anciens Docteurs , foûtenoient , que tous les Sacremens recevoient 
leur confommation , leur entière efficace, de celui de l'Euchariftie. (c) ^ D; an 
Quod omne Ecclefia Sacratuetttttm Eucfjarijiia Divinjjjimo Sacramento perfi. p, iji. 
ciendwn ejl , £«? roborandnm. Cette dernière opinion l'emporta , & les 
Hujjltes continuèrent à communier les petits Enfans. C'étoit une con- 
féquence naturelle de l'application que Jacobel faifoit à l'Euchari- 
ftie , de ces paroles de notre Seigneur :(d) Je vote dis en vérité, que St 
fi vous ne mandez la chair du fils de Phomme , ^ fi vom ne buvez fon Jean. Ch. 
Sang, vous n'aurez point la Vie en. vom meute. VI» v. j j. 

XVffl. Puis q.u e nous en fommes fur PEuchariftie , il faut examU 
lier une calomnie qui fut publiée dans ce même tems , contre les Hufi 
fites. On les acculoit de permettre aux Laïques de la consacrer , & 
de l'adminiftrer. Mr. LtNFANT dit là delfus (e): Je trouve plu* (*) Guet* 
fieurs Auteurs qui P affirment : Il y en a auji m bon nombre , qui n'en re des 
difent mot ; mais je n'en trouve point qui ait formellement désavoué le Hufr,te ** 
fait. Cependant il raconte lui-même, que l'Evèquc de Lythomils , p ' 71, 
l'ayant avancé dans le ( oncile , tes Seignettrs de Bohême s'en plaigni- 
rent hautement, tomme d'une calomnie, dont ils dettuwdotent reptation. 

C Ils 



Digitized by Google 



18 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

Ils defavouoient donc le fait : Nonobflant ce defaveu , Mr. Le N- 
FA NT paroit être dans l'incertitude , «Se y laide le Lecteur ; car il dit 
C*)Guer- dans la fuite, (a) que cette Communion donnée par des Laïques , pourrait 
te des fa n être tute calomnie , in jentée pour ,mi nur le Concile i ou que , fi quel- 
" uff ques-uns le pritiquoient Minfi , c'était fans aveu. On peut 1 alfurer har- 
p ' 7Î ' dunent , ce tut une Calomnie i & voici ce qui en fournit le prétexte , 
«Se ce qui prouve en même tems , que le tait a été desavoûé. 

L E Parti contraire aux Catholiques Romains , netoit pas uni en tout, 
comme on le verra bientôt. Il y eut Taborites , & Taborites : les 
premiers , félon Byzinius, étoient purement Calixtams * mais le 
nom de . Taborites demeura à ceux , qui étoient proprement Yaudois. 
Ceux-ci portoient leur barbe j au lieu que les Prêtres Catholiques Ro- 
mains étoient rafes. Ils n'avoient point la tonfurt : Us étoient vêtus 
comme le rtfte du Peuple , & oîficioient dans leurs habits ordinaires. 
Ils n'obfervo.eiu d'ailleurs , aucune des Cérémonies delà xYleiiè, & cé- 
lébroient la Ste Cene fur des Tables, fans Aute's, dans des maifons 
(A) Drar. particulières. Byzinius (b) qui blâme cette préfotnptueufe préva- 
(O toid r * ca/ ' 0K ( ce *° nt f es propres termes ) , témoigne, ( c ) „ que cela caufa 
„ un grand fcandale dans toute b Chrétienté , & donna occaiîon de 
„ dirlamer par tout les Bohémiens. Car premièrement , il fe répandit 
„ un bruit dans le Royaume , & chez les Nations étrangères , qu'en 
Bohême , des Cordonniers , £«? des Tailleurs , faifoient le fervice Divin > 
„ parce qu'il n'y avoit point de différence, entre un Laïque, & un Prè- 
„ tre i les Prêtres allant avec la barbe, fans tonfure, & césebrant la Meilè 
(rf)Diar. ,, dans leurs habits ordinaires (d) : Primo enim cotunuoià per regnum, & 
p. 196. extevas terras vol.ibat enormis fama , qualiter in Rgyto Bobemiœ , Sato» 
res , S trtores, divina peragerent t eo quod non fuit dijferentia inter Lai- 
cutn , & Presbyterum mm bar bâti } & intonft t in propriis vejiibus t ntijfa- 
rumfolemnia celebrarent. 

XIX. Monsieur Lenfant nous dît, fous l'année 1419- 
(0 Guer- ( e ) q Ue fa Hittites , mécontens de ce jwWENtESlAS ne prévoit 
Huflltes ? M ^ f ' ,Yti ax ^ % clj *"detnent qu'ils tauroient voulu , délibérèrent entre 
p. 88. e,tx 101 *Htre Hpi y mais que Cokanua Pempéiba. Il raconte ail- 
leurs après DUBRAVIUS, que Nicolas de H U S propofa aux 
Hujjites d'élire un Rpi> mais que Coranda fie rejetter cette Proportion. 
(/) Dur. j e ne voi ritn^ ce | a fa ns \ e J owm ,/, où je trouve Amplement , ( f) 

I7Î * que Wenceslas, allarmé des grands atti oupemens qui fe rai- 
foiem à Tabor, craignit qu'on ne voulût le détrôner , & îuupçonna 
même , qu'on avoit deflèin de mettre en £1 place , Ni:oI<ts de 
Hu Çc. fouj^pn. éiok tondu Jiu; ce que, peu de jouis avant lagran* 

de 



Digitized by Google 



Ï)E LA GUERRE DES HUSSITES. 19 



de Aûemblée qui fe fit à Tabor , le Jour de St. Marie Magdelame, Ni- 
colas , accompagné d'une rtombreufe multitude , de l'un & de l'au- 
tre Sexe , vint trouver ce Prince à St. Apollinaire , ou il étoit avec 
toute fa cour , & lui demanda au nom de tout ce Peuple , la per- 
miifion de communier les Adultes , & les petits Enfans , fous les deux 
Efpeces. Cette démarche choqua Wenceslas, qui ordonna à ce 
Seigneur ( 1 ) de fortir de Prague. Il n'y a nulle apparence que les 
Hujjites penfaifent à s'élire un Roi : W E N c E s L A s ne leur étoit 
point contraire, comme on la vu ci-delfusi mais le Parti Catholique 
Rflwain, mécontent de la tolérance qu'il avoit pour les Htijites , penfoit 
à faire venir Sigismond en Bohême , ce que Wenceslas 
craignoit beaucoup. C'étoit un concurrent plus dangereux que le Seig- 
neur de H us, & qu'un certain Bourgeois de Prague, qui, à ce 
qu'on dit , afpira à la Couronne. 

HAGEC, (a) dit Mr. LenfaNT, raconte ici wte particularité , que ^ Guer 
je n'ai p,u trouvé ailleurs : un Bourgeois de la nouvelle Ville, nommé Ni- re d es 
colm G A N T Z , apparemment Hujjite , puis qu'il recommandoit la Corn- Huflîtes. 
munion fous les deux Efpeces, ayant parlé injblemment du Bçi, il le fit P- 9Ϋ 
mettre en prifon ,• muis les Hujjites ayant demandé fa grâce , il le mit m 
liberté , à condition qu'il s'abj'enteroit des Villes de Prague. Cet homme fe 
retira donc chez les Taborites , qu'il anhnoit contre le Roi , par des dif- 
cours Jeditieux. Il A G E C ajoute que peu de tems après , il courut un 
bruit , que les Taborites vouloient fe j'oulever contre W encEslas, £^ 
choifrr pour ï\pi , Nicolas G A N T z , ce qui nallarma pas peu ce 
Prince : c'ed fans doute ce qui t obligea à fe retirer dans une autre For» 
terejfe , qu'il avoit fatie à une lieue de Prague fous le nom de nouvelle For» 



C E s T un grand préjuge contre cette Particularité, qu'elle ne fe trou- 
ve que dans Hagec : c'en elt un autre bien fort, qu'un Bourgeois de 
h Nouvelle Prague , ait penfé à fe faire Roi , dans un Parti , où il y 
avoit quantité de Gentilshommes , & dont Z I s K A & Nicolas 
de Hus étoient les Chefs. Je foupçonne donc extrêmement, que 
Mr. Lenfant a été trompé par la Traduction Allemande de H A G EC, 
qui a écrit en Bohtmim , ou Sclavon ; & que Nicolas G A N T Z 
eft la même perfonne que Nicolas de Hus, que l'on a travefti 
en Bourgeois de la nouvede Prague. G a N t z en Allemand figniÊc une 

C 2 Oye. 

( 1 ) Le Journal a mis bawthcrat ce qui ne peut lignifier que bannir de Pra- 
gue ou de in Cour. 




* 



Digitized by Google 



20 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

Oye. Hus a la même lignification en Bohémien. Nicolas efi; 
le nom de ces deux Pcrfouuages ; & les Hiltoriens témoignent , que Ni- 
colu ^ Hus devint fufpett à Wen ceslas, d'afpirer à la 
Royauté , par la faveur des Hiijfites. 

XX. La fcéne tragique, q li fe piTH'rw ta nouvelle Prague le 30. 
Juillet 141 9. eft décrite par Mr. Lenf a NT avec beaucoup de viva- 
cité. Jamais l'infolence, & la cruauté ne furent portées plus loin: 
Ziska & fon Parti y font le Perfonnage des plus grands Scélérats: 
Abrégeons le récit des Auteurs de Mr. Unfant. 

(«)Guer- (a) Le Roi avoit ordonne aux Magiftrats de Prague* d'empêcher les 
re des Hwjîtes de porter ( 1 ) l'Euchariftie en Pompe dans les rues. En con- 
Hutfite» fçquence de cet Ordre , le Sénat l'avoit défendu. Bien loin Savoir égard 
£ m defenjés, les Huljites n'en font que plus d'éclat Le Dimanche 30. 
Juillet , ils vont en Proceilion avec l'Ëuchariftie ; ils mfultent les Egli- 
fes & les Momjleres. Le premier coup de leur fureur tombe fur le Cou- 
vent des Carmes: de là ils vont à PEglije de St. Etienne ,. £«f la trouvant 
fermée , ils en rompent les Portes., Ils pillent en pajfant , la maifon d'un 
Prjtre ; Z 1 s CA tue ce Prêtre, ou plutôt il fait "l'office de Bourreau : 
// le pend, aux fenêtres de fa propre maifon. Ils Javent que le Sénat dt 
la nouvelle: Ville ejt affemblé pour prendre des mej'ures contre eux : Ils 
courent en fureur, à la maifon de Vide : Onze d entre les Sénateurs écha- 
pent à leur fureur par la fuite. Us fe failjiffent de ceux qui rejt oient , 
les jettent p.<r les fenêtres, avec le Juge & quelques Citoyens. La Popu- 
lace tu furie reçoit leurs Corps, avec des lances, des broihes , £^ des 
-fourches. Pendant que Jean de Pre'montre* , nouvellement Hu jite, 
montre avec Ojtentation un Tableau , oit ejt peint le Calice , pour animer le 
Peuple au carnage. Ceux qui tombent en vie, on les tue avec des fouets 
ferrés.. La fureur n'en detneure pas là : Comme ceux de la vieille l ine , 
contre leur parole , ne fe joignent pas à ceux de la notnelle , ces derniers 
vont le même jour attaquer la vieille Ville , dans le dej'eiu d'y mettre tout- 
à feu Çf? a Jàng.. Ke pouvant en venir à bout , ils Je retirent pleins de 
fureur; & il y eut ce jour là beaucoup de fan£ répandu. 

B Y- 

(r) Mr. lîMfANT dit p. 96.97. Tâ Sénat avoit défendu de porter pu. 
bhumunt PEtubarijHe , ou 4e qifUs appelaient U monltrancc du Corps de L briji. 
Et dans la i>nifc : utt Prthe qui dans la ProceJJion avoit porté devant le Peuple 1 
ce proM appelle la monitrancc. Li monjinuice , eft ce qu'on nomme en Frange; 
le Soleil, c'eft un V.ife d'argent, ou de vermeil dans lequel on met l'Unie,, 
lorsqu'un la porte en Procc^on , & qj'on l'cxpufe fur PAurel. Du Cangk re-?. 
parque que le. met de monjhimce cit encore eh ufoge en Flandres. 



Digjtized by Googl 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 21 



Byzinius n'a pas oublie cette Hiftoire tragique : il en parle com- 
me d'une action énorme j mais je ne faurois concevoir pourquoi il en 
auroit oublié , ou fupprimé , presque toutes les ckconftances, les plus 
atroces , & les plus eilentielles : voici mot à mot , tout ce qu'il en dit. 
{a) ,, Le Dimanche après la St. Jaques ou le 30. de Juillet (1419) (a)Diar. 

le Bottrgmeftre & quelques ConfeiUers Çonfules aliquf) de la nouvelle P* '4?« 
„ Prague , • furent jettes d'une manière énorme , par les fenêtres de la 

maifon de Ville , par le commun Peuple , & par Z 1 s K a Gentil- 
„ homme du Roi de Bohême : la raifon de cette violence , c'eft ( 1 ) 
„ qu'étant ennemis de la Communion fous les deux Efpeces , ils in- 
„.fultcrent la Procetîion, qui paflbit devant la maifon de Ville, comme 
„ e l lc retournoit avec le vénérable Sacrement de l'Euchariftie , de P£- 
„ glife de St. Etienne in Rybinslç, au Monaftere de la bien-heureufe 
„ Vierge in Avena. " Celt tout ce que dk B Y ZI N I u s. Jean de?R E- 
MONTRE' étoit fànfl doute à cette Proceffion, car il étoit le Prédicateur 
de ce Monaftere là. Et ce pourroit bien être lui qui portoit, non 
un Tableau ou le Calice étoit feint ( ce qui n'a aucune vraifemblance ) $ 
mais PEuchariftie même , puisque la Procclfion étoit partie de Ion E- 
glife , & qu'elle y retournoit.. Aulfi Mr. Le Hf a NT dit-il dam un 
autre, endroit (b) , que Jean de Pre' montre' MÙmoit les Huf- (A)Gue«w 
fites par U montre du Cglke. Un des Auteurs de Mr. LENFANTre des 
raconte ( c ) qu'on jetta du Palais tau Pierre fur tm Prêtre Hérétique, Huffites. 
qui, dans la Procejfton , avoit porté devant le Peuple ce qu'on appelle la P ' *JJ* 
monlh-ance. Il y a bien de l'apparence , que ce fut fur le Prêtre qui p 9 ' 
portoit actuellement PEuchariftie : car ce n'elt pas la coutume que dans 
une même Proceifion, deux Prêtres fartent cet office fuccdfivcmcnt. 
Quoiqu'il en foit , ce mallàcre du Bourgmeftre, & de quelques Con- 
fei'lers feulement, fut l'elfet d'une "émeute foudaine, excitée par l'in- 
fulte que font à la Proceiiion des Huijites , & même au Sacrement, des 
Magillrats, contre lesquels , le Peuple étoit déjà irrité, parce qu'ils 
étoicnt contraires à la Communion fous les deux Efpeces. Je laiifeau- 
LecLur a juger, fi ce récit fort fimple d'un Auteur Contemporain, & 
duiuetier de la Ville, où Parfaire fe paiia, ne doit pas être préféré à- 
«elui des Auteurs de Mr. Lenpant. 

XXI. Tout ce que ce dernier Hiftorien raconte, après le Manu- 
fcrit de Rreslatt,, depuis ces mots {dj , Afr<s cette aaion , jurqu'à la£n 00 pçy. 
du $. X. femble pris de notre (e ) Journal. D faut feulement y cor- (t>^)W. 

C 3. rigcrP-HJ. 

* 1 

C ' ) Cmnfub in dits coumumiomt GUkk *mu!i. Pro to quod ProieûioMi Mi 
ivfumxotraut.* 



22 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



riger quelque chofe. Mr. Lenfant dit : après cette a3ion , tons les 
Habitans de la nouvelle Prague , taitt ceitx dit Pais , que les Etrangers , 
fur tout Us Adver foires de la Communion fout les deux Efpeces , furent 
inondés à la maifon de Ville , fom peine de la vie , ou de Pexil , par 
ceux qui avoient m.iffasrè les Sénateurs j avec Ordre d"y porter leurs Ar- 
mes. Voici comment s'exprime BTZIMl us: „ Le meurtre duBourg- 
, , mettre , & des Confeillers , caufa une extrême terreur à tous les 
„ Ennemis de la vérité , qui fe trou voient à Prague , car tous les Ha- 
bitaus de la nouvelle Ville , tant Citoyens qu'Etrangers , furent 
contraints , par les Auteurs de ce meurtre , de fe rendre en armes 
„àla maifon de Ville, fous peine delà Vie, ou du bannitTement : 
„ in anm's fuis fe ht Prttorio reprœfentare evocantur. 

Le Manufcrit de Breslati, & le Journal s'accordent dans tout le 
refte , & en particulier fur la mort de W" enceslas , que le 
fourmi raconte dans les mêmes termes que Mr. Lenfant. II 
n'en elt pas de même de la fepulture de ce Prince. Mr. L E N F A N T 
fuit Aeneas S y l v i u s , qui n'eit pas un bon Auteur. 

(a) Gucr- „ C E L u 1-cî dit (a): que les Hérétiques ayant détruit le Monaftere 
g des „ de Kouigsfoal (c'eft celui qui eft nommé Aida f{egia) t déterré les 
Huflîtcs. j} R 0 j s ? & jette leurs corps dans la rivière, un certain Pêcheur, nom- 
p ' I01 ' ,, mé Mu s c H a , enleva fecrettement le corps de Wenceslas, 
(*) Diar. » & le cacha dans fa maifon. (b) Le Journal porte, que We n c e»s- 
p. i44> „ L A s étant mort fubitement dans fon Château neuf, à une lieué 
'45. „ de Prague , on parta fon corps la nuit , & fort fecrettement , dans 
„ le Château de Prague , ou il fut dépofé dans la Chappelle de W E N- 
„ C E s L A s ; mais que quelques femaines après, on le tranfporta dans 
„ le Monaltere de Konigsfaal , où il avoit choili fa fepulture, & où 
„ il fut enterré ( I ) par quelques Pêcheurs quelques Boulangers, & 
„ par des Frères Convers du Couvent. 

(r)Guer- XXII. Monsieur Lenfant (c) raconte, que le lende- 
ic des main du malfacre des Sénateurs, ou le |l. Juillet, la troupe fedi. 
Huflltcs tigyfe alla fondre fur les antres Momjieres de la nouvelle Vide, & / e 
P' Monajlere de Zderaz fut pillé £f brûlé. De là ils pajferent avec la m ute 

fureur dans la belle Çhxrtretife de la vieille Ville. Le Prieur de cette Ak- 
b.rye étoit alors un nommé M A R Q.U A r d de Wartenberg qui 

avoit 

< i ) Et a Pifatoribut , Pijfoubm. , & com-erfu , ejwdem momjierii faultum. 
Dur. p. 144. ttf. 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 23 

„ avoit été un des plm ardeur ennemis Ç# accusateurs de Jean H u s , 
„ £f? que B A L B I N appelle le Fléau des Hérétiques. Celui-ci fe fattva ; les 
„ pauvres Uhrttreux furent traités le plm indignement du monde. On les 
„ mena en Spe&acle dans la vieille Vilie , avec des couronnes d'épines fin- 
„ la tète. On pétend qu'un Cottful de la vieille Ville, nommé (a) Jean 
}) 6 R A D A T I , injiigatetar de ces injùltes , avoit npojié un Tanneur de la 
y , nouvelle Vilie , pour marcher devant les Chartreux en habits facerdotaux, 
7 ,faittant £sf triomphant le Calice à la main. Qiund on fut arrivé au 
„ l'ont de Prague, U y eut un grand débat entre les Huttes, les uns 
criant qu'on jettùt les Chartreux dans la rivière , les autres s'y oppofmt. 
On fe querella : Il y eut deux bonnnes de tués. Enfin les Uhtrtrettx 
furent tramés en pifon dans la maifon de Ville de la vieille Cité. 
Voila ce que dirent les Auteurs de Mr. Lem a n i. Mais le Joional 
n'en dit pas tant i il s'en faut beaucoup. 

(a) Premièrement, ce n'eft point ta Troupe Jeditieufe , quia 00 niât, 
maflacié les Sénateurs : ce n'eft point elle qui va pilier la Chartreufe , ce P- *4S» 
font quelques gens du bat Peuple, qui fe font alfemblés : Quidam ex po- 
pulo communs, feu vu/go cougregati. Secondement, cela ne fe palfc 
point le lendemain du maffacre , ou le 31. Juillet. C'eft (b) le Vendre- (l>) ibi#, 
di après PAjfomption de la Vierge, le lendemain de la mort de Wen- 
CESLkSoule 17. d'Août. Forenfi quinto , pofi Ajfumptionem Maria, 
alias die 17. menfis Angujii , feilicet die poji mortem \\ ENCESLAI. 
Cette date elt trop circonftanciée pour être faune. 

V o 1 c î cependant ce que fit cette Populace avec le confentement 
du Bourgntejtre de la vieille Ville, (c) „ Ils fe mettent dit le Journal, (c)ibîdl 
„à courir ks Eglifes & les Monafteresde Prague, & à tarifer les Ima- 
„ ges , & les Orgues , principalement dans les E^lifcs , & dans les 
„ MonaÛeres , ou l'on n'avoit pas voulu admettre la Communion du 
„ Calice. Les Curés & les Religieux, qui étoient contraires à cette 
„ Communion , font faifis de frayeur , & s'enfuient. La Troupe arri- 
„ ve le foir à la Chartreufe, la pille, & après s'être enyvrce de diverfe» 
„boiHons ( potagut diverfis) quelle y trouve,. & avoir répandu ce 
„ qu'elle ne put boire , elle prend les Chartreux, les conduit , comme 
„ en proceiJïon , & en jettant de grands cris , par le pont , jufqu'à la 

maifon de Ville de la vieille Cité. Ces Chartreux avoient confènti 
» au fupplke de Jean Hl s, & s'oppofoient aduellement à la Conv 

„ munion 

(!) 11 eft nommé Farhati dam Te Journal ni yert qualité Bvmrpm'M* Magp* 
far. Gfefeas Jk non Conful ; uimc qui ne délire nue le* Séaaiturs , ou les CmJiiiUn, 



Digitized by Google 



SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



raunion fous les deux Efpeces. Le lendemain , jour de St. Agapet % 
„ qui étoit le troificme après la mort du Roi Wen CEslas, 
„ cette Populace mit le feu à la Chartreufe , dont il ne relta que les 
„ murs. Apres cela, entrant dans l'Eglife de la Sainte Vierge in La ut , 
„ elle y ruina le Tombeau d'A LB I tus, Pre vit de Wijfe^rade , & Ar- 

cheveque de Cefarée. Ce Tombeau étoit élevé dans une Chappelle , 
„ qu'il avoit rait bâtir. Ils brifercnt aulH les Images qui étoient dans 
„ cette Eglife. " On ne voit point dans ce récit , les Chartreux couron- 
nés d'épines y ni la Populace en venir aux mains , les uns voulant 
fauver les Chartreux , & les autres les jette»' dam la rivière. On n'y 
voit point un Tanneur porter le Calice , en fautant & triomphant , & 
pour dire le vrai , il n'y a nulle apparence que des Hittjites ayent 
voulu jouer de la forte , & la pallion de notre Seigneur , & le O* 
lice pour lequel ils avoient un fi grand zele. 



S I les Auteurs de Mr. LeNfant, ne faifoient qu'exagérer un peu 
les violences de la Populace Hujjitiqne , je leur pardonnerois ces exa- 
gérations, parce qu'elles font communes à presque tous les Hitloriens ; 
mais on ne doit pas leur pardonner les menfonges. \\ ' enceslas 



brûlant, & wafacrant tout avec tçne fto-eur, & une profanation fans 
exemple. Ce n'elt pas ainfî que parle Byzinius qui étoit pré- 
fent , qui marque exactement les Jours , où les chofes fe font paiTées ; 
au lieu que les Auteurs de Mr. Lenfant les déplacent, & les con- 
fondent. Il raconte que la Populace court dans les Eglifes , & dans 
les Monaftcres; qu'elle y brife les Images & les Orguesi qu'elle décruit 
le Tombeau d'Aikicus j qu'elle met le feu à la Chartreufe ,. parce que le 
Prieur de ce Couvent étoit leur Fléau, & que ces Moines (i) avoient 
confpiré au fupplice de Jean H us, & s'oppofoient à la Communion 
fous les deux Efpeces : mais elle ne piL'e pas tout ; elle ne bride pas 
tout, elle ne maffacrt pas tout, on ne voit pas même qu'elle ait maf- 
facré un feul Prêtre , un feul Moine. Et puifque dans la plus grande 
fureur, lors qu'elle s'eil enyvrée du vin, & de la bière, qu'elle a trou- 
vée chez les Chartreux , qui font les meurtriers de Jean H U s , & 
les plus grands Adverfaires de la Communion fous les deux Efoeces } 
puis qu'elle épargne ces Moines , & qu'el.e fe contente de Ks mener en 
Prifon i elWl croyable , qu'elle ait malfacré impitoyablement des Moines 

& des 



( i ) Pro eo 4tmd in moriem otim ma^îfbri Jo.vmis H u t cwtfenfnant , gjf 
çonhnwihiù u:riu,qut fpcciei refîjitbaïU. Dur. p. 14 j . 




Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. aç 

<& des Momejfes , qui ne leur avoient pas donné les mêmes fujets de 
les haïr & de les maltraiter ? 

O N peut afiurer que ces Majfacres font fuppofes, non feulement par- 
ce que Byzinius n'en parle pas, mais parce queSiGiSMOND 
lui-même n'en a rien dit dans une Lettre , où il reproche aux Magis- 
trats de Prague , les defordres commis dans leur Ville , depuis la mort 
deWENCESLAS. Mr. Lbnpant rapporte cette Lettre dans fon 
Hijloire du Concik de Confiance (a). Ces defordres font, d'avoir w« (") Hifc 
" le feu à la Clîartreufe, fondée par le Roi Jean fon Ayeul, & d'avoir ^ u ( ^ cn ( f* 
chajfé les Religion* g£ les Religieufes Je leurs Cauvens , parce qu'ils n'ont T o m ° n i i, 
pas voulu recevoir la Loi Je Dieu. Si Jès que WENCESLAS eut Us p xo 4. 
yeux fermés, la Populace Hujitique avoit tout Jarklé , tout mafacré , Si- 107. 
0 1 s M O N o ne l'auroitril pas dit , dans une Lettre , où il s'eft plu à 
exagérer les defordres que les Huflites avoient commis à Prague depuis 
la mort du Roi fon Frcre, 

Les ftiftoriens de Mr. L enfant mettent par tout les majfacres 
& les brklemens , s'il faut les en croire (b), immédiatement avant la (fi) p.* 0 * 
mort Je WENCESLAS, ou aufft-tôt après i les Hullites toujours fu- 
rieux , toujours incendiaires , ruinent ou reJuifent en cendres Jèize Ma- 
nières dans la feule Ville de Prague j encore de ces feize y en avoit- 
il quatorze dans ce que Mr. Le N pan t appelle le petit coté , & mon 
Auteur Parvapars , je l'appellerois le petit Quartier, ou la petite Ville, 
car elle avoit fes Magiftrats. 

Les Monafteres ( c ) Je la vieille Ptffe & de la nouvelle Ville, ne furent (O **** 
pat plus épargnés. Tout cela fut piUé & impitoyablement réduit en cendres. 
On n'eut pas plus de pitié des perfonnes que des édijices. On majfacra 
tout ce qu'il y eut de gens de T un & de î autre Sexe, qui ne purent échap* 
per à la fureur populaire &c> 

Comme le Journal ne parle point de ces exploits oes rîufïïtes, je 
ile doute pas que , s'ils font véritables , on ne les ait mal placés. La 
plupart de ces Monafteres ne furent détruits que dans la fuite > mais 
pour les majfacres des Moines & des k\eligieufes , j'ofe bien m'inferire en 
faux contre les Auteurs de Mr. Lenfant. Et afin qu'on ne croye 
pas que je les aceufe témérairement de fauûeté , je vais en donner une 
preuve évidente. Ces Auteurs difent (d) „ qu'un des premiers Mo- (i) Balbm 
,, nafteres qui fut détruit , fut celui des Dominicains de Pifek : que les dans Mr. 
„ Habitons de la ville y mirent tout à feu & à faug , tuèrent & ajfom- l^ t f <mts 

merent les Urètres & les Moines fans quartier. B Y z IN IV s qui parle 

D de 



Digitized by Google 



SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



(ODiar. de cette violence, & qui en marque le jour, raconte fîmplemcnt 
i4*« Que le Dimanche après Pajfomption de la Vierge , ou le 20. ttAoïtft' 141 9. 
le MouAjiere des Frères Prêcheurs de Pifck (in Pisly) fut brillé, Ç$ mai 
de fond en comble par lu Populace des deux Sexes , & queLjues-iots des 
Religieux furent mû en prifon. Religiofis aUqtùbut Monajierii captrvatù. 



if) Diar. Journal fur l'année 14^9- (f)- >> Les Fidèles de Bohême qui commu- 
P* J î a „ nioient fous les deux efpeces, efluyerent une infinité de tribulations, 
„ de vexations de la part des ennemis , des Blafphemateurs de la vé- 
„ rite. On les dépouilloit de leurs biens ; on les tenoit dans des prions 
„ cruelles ; on les tourmentoit par la faim , par la foif ; on les faifoit 
f , mourir dans les tourmens : Corporum trttcidatione munauiter apcicnti- 
bus. On alloit à la charte des Huffites , comme on va à la chalîe 
„ des bètes ; on livroit aux Montagnards ( 1) tous ceux qu'on pouvoit 
„ attraper ; on en vendoit quelques uns pour de l'argent : Les Monta- 
„ gnards qui étoient Allemands , & par conféqucnt ennemis naturels 
M des Bohémiens , étoient les plus cruels perfécuteurs des Seétatcurs de 
la vérité. Après leur avoir fait toutes fortes d'outrages, & les avoir 
„ tourmentés par divers genres de peines , ils les précipitoient la nuit 
„ dans les puits des Mines (ad foveas profwidijjhnas ( 2) feu fchali.vs) 
„ les uns tout vifs , les autres après leur avoir tranché la tète. Ils en 
„ jetterent fur tout un grand nombre dans la Mine de ÏEglife de St. 
„ Martin , hors de la porte de Grim , que ces Montagnards appelaient 
„ à caufe de cela, le Tabor des Hérétiques. .En fort peu de tems, ils fi- 
„ rent périr de la forte, plus de feize cent perfonnes; jufques-là que 
(f )Diar. „ les Bourreaux étoient fouvart las de maflacrer : (g) : Infra brève 
ibid, fj tempufy tdfta XVI centena bomhtUtn facratifnn*. Communioni Calicis fa- 
„ ventium , fmt per eos miferabiliter interempti , & ad fchaciaf proiedi , 



„ licloribus fepe pro fatigatione trucidationù lajfatis. tc Mr. LENFANT 
parle de ces cruautés fous l'année 1420-, une année trop tard; & en- 
core les raconte-t-it dans cet endroit là , d'une manière à faire croire 
au Leélcur, qu'elles n'étoient que la vengeance des violences commifes 



(1) Du»* a v ius dit h même criofc que Byzinius. LXX1V. p. 199. 
montanit pnacipue , quorum muguu numerut in montibut Cutbnk metaJ/a mer ce-, 
de fociicbiOtt , ditm omuibuf viis eos m^agant , captant , aipttfque in altos pmeos 
coujiciunt , brevi tempore mille fixeentot. On en precipita tant que les Mines 
de Cutcembcrg furent appdlces Hnfp;:iwn calutnitatis Taboritarum. 



(1) Sc/hirbt en un mot Allemand qui fignifie le puits, ou l'ouvcrturt de la 
Mine: c'eft par là que les Ouvriers defeendent, &. que l'on fait monter les mé.. 
t?ux. 




par 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. Vf 



parles Taborites. (h) Comme les Taborites , dit- il , étoient fnpérieurs A) Guerre 
en nombre , répandaient par tout la terreiar , non fans être pourtant des Hullie. 
quelquefois vigoureufement repoujfés. Us eurent furtout beaucoup a fou f t ir P* ,x *' 
des Montagnards de Cuttemberg qui travaillaient aux Mines : ces gens là 
comme des Dogues , allaient à la chaffe des Hujjhes , & tout autant qu'ils 
en pouvaient trouver , ils les jettoient dans des puits profonds. Il y en 
eut i6co. qui furent traités de cette manière dans cette conjoncture. 
Ailleurs Mr. L enfant qui revient à la même matière, en parle 
différemment. Ceux de Cuttemberg ( ; ) , dit-il , achetaient les Tabori- ( i ) Ibii. 
tes , domiant cinq florins pour un Prêtre , & toi florin pour un Séculier , P* I S l * 
ce qui caufa une horrible boucherie. On trouve ce qui fuit dans un cer- 
tam Manufcrit, félon le témoignage de ThERMANUS. En 1420. on 
jetta dans la première Minière environ 1700. hommes s dans la féconde 
1308., dans la troifteine 1334. Vefi powquoi le l%. Avril on célèbre 
tous les ans la mémoire des Martyrs , dans ce même endroit, oit il y a une 
Eglife qui fubfijie encore. Cela s'efi pratiqué jufqu'en 1613. que le Prefi- , 
dent de la Monnaye WresOwetz voulut t 'empêcher , mais inutile- 
ment. La perfécution augmentant, cette pratique cejft en 1621. C'elt 
'torique Ferdinand II. perfécutoit violemment les Proteltans de 
Bohême. 

Je ne fai pourquoi Mr. Lenfant a voulu contredire ce récit qui 
eft fi bien circontfancié. Je ne veux pas contredhe ce fait , dit-il , mais 
il y aurait plus d'une réflexion à y faire. Car potorquoi ces Taborites ai- 
loi eut-il s par milliers à Cuttemberg Y On ne va pas en fi grande foule 
pour des affaires particulières f fi donc c'était pour attaquer les Cuttember- 
geois , on ne doit pas les mettre au rang des Martyrs. Un Lecteur non 
prévenu ne fera pas frapé de cette objection. Si les Taborites étoient 
allés par milliers à Cuttemberg , il y auroit eu des combats, & PHiC- 
toire en feroit mention. Des milliers d'hommes armés ne fe laiflent 
pas précipiter dans des Mines fans fe derfendre. Mais la Bohême Se la 
Moravie étant pleines de HuHites difperfés , les Catholiques en enle- 
voient de toutes pans, & les menoient à Ctittemberg , où ils étoient 
allures de les vendre. Aulfi le Manufcrit ne porte-t-il pas , qu'on les 
précipitoit par milliers à la fois , mais que dans le cours de l'année 1420. 
on en précipita plufieurs milliers. Et cela eft fort pofTible, puifqu'on 
en jetta dans une feule fois deux cent vingt-cinq , que les Montagnards 
avoient enlevés à BresLut. ({) Mr. Lenfant le dit lui-même après ( k ) ttùL 
Dubravius. - p. 148. 

■ 

La féconde réflexion de Mr. Lenfant choquera beaucoup les 
Proteftans. VaiUeiars , pourfuit-il , quelle app.irence que Us Cuîtcmber- 

D 2 geois, 



1% SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



geoii , dont la plupart étaient Allemands Catholiques & Impériaux , euffent • 
foufert pendant tout un Siècle , que l'on célébrât chez eux la mémoire de 
ces prétendus Martyrs. i°. Cela dura plus d'un Siècle. 2*. Ce mot de 
prétendus ne devroîc pas être ici, ou il devrait être précédé par de 
bonnes preuves , mie ces Huilites ne mourraient pas pour la Foi dont 
ils failbient profeihoii. tour accommoder l'affaire , continue notre His- 
torien , il faudroit donc dire , que ceux de Cuttemberg étant devenus 
Haltes , comme il paroit qu'il y en avoit parmi eux , regardèrent comme 
des Martyrs les premiers Taborites que leurs Pères avaient ou noyés , ou 
brûlés. Si Mr. Lenfant avoit voulu la chercher, H aurait, trouvé 
la réponfe à fon objeâion , fans avoir befoin de recourir à des conjec- 
tures. Elle eft dans Paul Stransky» qu'il a cité plufieurs fois. 
Cette Ville , dit Stkansky, «n parlant de Cuttemberg , auparavant 
zélée pour la Religion Rpmaine , le fia extrétnement dans lajùite pour la 
Religion Evangeliqne* Elle a eu pendant hng-tems des Pajieurs , & même 
il) P. une ejpece de Presbytère, avec un Collège fon biett- réglé (l). Heligiow 
Su an r H IJrbs hax olbn Pontificia , pojihac repurgatiotm Evangelica. perqtiam fuit 
? cip £. Bo T .obfervans Minifterio facro Schoùfque bene ac fapienter oràinatu, ut Ç£ 
Col 4^ quodam quafi Eresbyterio longo tempore fioruit. Cuttemberg fut punir 
(«ODiar. de fis cruautés (m) deux ans après, & il y a bien de l'apparence 
I* iç i. ' que les Allemands y périrent pour la plupart , & qu'elle fut rebâtie 
& repeuplée par des Huûites. 

XXIV. Plaçons ici une AiTemblée des Huflîtes dont le Journal 
fait mention ($). „ Le jour de St. \\ l n ces las ( c'eft le 28.. 
„ Septembre 1419-)» «ne grande troupe de Peuple , hommes & fem- 
„ mes , s'aflembla fur le mont Krxiîkçn près de Ladwy. Après 
„ avoir oui les Sermons de leurs Prêtres , qui les exhortoient à l'a- 
„ mour fraternel, & à maintenir courageufement la vérité, Us com- 

munierent dévotement fous les deux efpeces } enfuite ils fe rendirent; 
„ à Prague, les Prêtres portant devant eux la vénérable. Euchariltie. 

Us entrèrent dans la Ville au fbn des cloches & aux flambeaux, fè- 

logèrent dans le Monaftere dé St. Ambroife,, où les Habitans leur 
,, fournirent des vivres pendant quelques jours. Ces Etrangers firent 
„ du défordre dans les Eghfes & dans les Couvens, & particulière-, 
fy ment dans l'Eglife de St. Miétl de la Vieille. Ville,.* 

XXV.. 

f î> Diar. p 14*. Ceft de la même Aflemblée que Mr. L'swfant parle 
( Guerre des HuJJttes p. y a ) Il fuit U a l a 1 n , qui témoigne qu'il fuit lui-même- 
un Auteur Hérétique, mais dont il loue l'exactitude ; le Journal ajoute des pas-, 
que Mr. Lini a* r n'a pas.. 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. a* 



XXV. Sophie de Bavière, Veuve de Wenceslas, fe trouva 

fcrt embarraflee après la mort de fon Mari. Mr. Len fa NT (m) OOGuem. 
parle de la Guerre qui s'éleva entre elle & les Habitans de Prague. d ™ Huffit . 
Le Journal marque le jour & l'occafion de cette Guerre (o). „ Le J 1 ^ 10 ]^ 
„ Mecredi ( Forenjt tertia ) après la St. Gai, ou le 17. d'Octobre, p , 47# 
„ certains Barons du Parti de la Reine, & principalement C ZEN KO 
„ de fVartetnkerg , autrement de fVefelé (4), Burgrave du Château 
M de Prague; Gtùlleaumc de Hazfnburg^,. furnommé Zagus, 
„ Jean Chudoba, furnommé Rarsko (5) ailiegerent le Château 
„ de Prague , le Monaltere de Strahou , ( c'eft celui qn'on a nommé 
„ depuis, le Mont de Sion) , celui de St. Thomas , & le Palais de l'Ar- 
t , chévêque > ils appellerait à leur fecours les Alletnands & d'autre 
„ Etrangers pour derfcndre contre les Habitans de Prague , les tréfors 
„ amafies par Wen cbslas. Ce fut ainfi que commencèrent dans 
>, ce tems 1 , des Guerres très fàcheufes entre la Reine & les Barons qu'ons 
vient de nommer , & entre les Citoyens de Prague , qui, de leur côté, 
„ vouloient (6) maintenir la Religion dejEsus-CHRiST, & en 
„ particulier la Communion du Calice, que la Ville demandoit avec 
„ inftance. " Ce n'el t pas ainfi que les Auteurs de Mr. Len an t 
rapportent ce commencement de Guerre. 

XXVI. Ces mêmes Auteurs ne s'accordent pas non plus, fur le 
eecit du combat qu'il y eut dans cette partie de Prague , que Mr. 
Le N P AN t appelle le Petit côté, & mon Auteur Parvapars. Je prie le 
Lecteur de comparer le récit de Mr. Lenfant LVIL i. VL p. ilf. 
& 116. avec celui du Journal que je vai traduire 

,,(7) Le Samedi après la Touflaint, ou le 4. Novembre 141 9. 
f, on fon na les grollès cloches de Prague, à la fbllicitation des Prêtres , 
„ & en particulier d' A mbroisb (8) de Hradecz Pagine , pour aiièm- 
„ bler le Peuple & aller au fecours d'une Troupe , qui venant de 
„ Tabor à Prague ne pouvoit palier , parce que quelques Barons du< 

î D 3 „ Royat». 

( 4 ) Le Journal ajoute Supremui. 

( ï ) Comme l'Auteur, do Journal ne s'exprime pas fort liien & qu'il peot man. 
fuer quelque mot , peut-être F ut il limiter ce iege au Monaftere & au Kilais de 
FArchevéque ; car il femble que la Reine «ivoit bar m fon dans le Château. Je 
aVofè pourtant rien changera 

( 6 ) Occajtane tiberanda Retigiotrir CbriJH , £f Jigmmttr CaHck Commwtnmt pro 
fm Ihragenjis Çivitui mJi.Urat. Diar. p 147. 

( : ) iJiar p. 147. Mr Linmnt parle de ceci fous Tannée 142a 

(S) C'eft la même qui eu nommée Kmni^ingrtn , & quelquefois Greta fimr 
plemçiiu. 



30 



SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



, Royaume & des Officiers de la Reine l'attendoicnt au paflagc , où 
, ils lui avoietit drefle des embûches. Aulli-tôt un grand nombre des 
, Hubitans des deux Villes prit les armes, & ayant à leur tète Afi- 
, colas de H u s , ils marchèrent droit au Pont > mais ils furent arré- 
, tés par les Royalties qui leur tiroient des flèches du Château de 
, Prague , du Palais de l'Archévèque , & du Palais de Saxe ( S.ixen- 
, baujen ). Cependant , ayant forcé la porte proche du Palais de Saxe , 
, ils pénétrèrent dans le petit côté , ou la petite Ville. Il y eut là un 
, rude combat , & du monde tué de part & d'autre ; mais enfin les 
, Royaliftes étant contraints de plier , les Bourgeois s'emparèrent des 
, poftes du Palais de Saxe & de l'Archévèque , & de celui du Mo- 
, naltere de St. Tîyomas , où ils firent un butin confiderable qu'ils em« 
, portèrent dans la Vieille & dans la Nouvelle Ville. Les cloches 
, Tonnèrent toute la nuit : Ce fut une nuit d'une grande tribulation. 
, La Reine allarmée fe retira cette nuit même du Château de Prague 
, avec Vlric de Rosenberg, & les Royaliftes eurent bien de la 
, peine à empêcher les Bourgeois de s'emparer du Château. Ceux-ci 
, le retirèrent enfin i mais ayant laiflé trop peu de monde dans cette 
, partie de la Ville qui eft proche du Château ( Parva Pars ), les Roya- 
, liltes firent une fortie , s'emparèrent de la Maifon de Ville , & du 
, tréfor qui y étoit , brûlèrent les Regiftres , & mirent le feu aux 
, maifons voifincs. " 



(j>) Guer- 
re des 
Huflites , 
P. iij. 
Ii6. 



I L y a dans ce récit non feulement de la naïveté , mais un détail 
très bien circonftancié , & qui ne peut avoir été fait que par un hom- 
me qui étoit fur les lieux. Celui que Mr. L E NFANT tire de D U- 
bravius a un air romanefque, & contient des particularités évi- 
demment ïaufles. En voici le commencement : „ (p) Des Hulfites 
de la Vieille & de la Nouvelle Prague vont communier fous les deux 



>> 



„ Efpeces à Tabor. Là les Taborites leur tiennent ce langage : Nous 
„ vous plaignons de n'avoir p<u la liberté de communier fous les deux Ef- 
„ peces , parce que vous êtes commandés par deux Forterejfes : fi vous 
„ votdez accepter notre fecours , nous irotts démolir $ nous abolirons le 
Gouvernement Monarchique , £<? nous ferons de la Bohême une Répu- 
blique. Ces offres font acceptées > lés Tâborites le joignent iux 
„ Praguois & aux Calixtains & vont aiîieger IVifrhade : ils l'em,- 

„ portent d'auaut , parce qu'il n'y avoit qu'une foible Garnifon. De 
„ là , fortifiés par la jondion de Z I s K a , Us vont attaquer le Petit 
9i ci/té par Saxenlianfen &c. 

Voila 



t7 
71 



(9 ) Cette Hiftoirc eft brouillée , & les Evcnemens y font dcplaccs & 



HJ Uy VjUU 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 3* 



Voila une Hiftoire étrangement défigurée, fî la Relation du 
Journal eft véritable ; comme je ne crois pas qu'on en puiffe douter , 
quand on confidere comme elle e(l bien circonltanciée , & qu'elle a été 
écrite par un homme qui paroit fage , éclairé & qui étoit fur les 
lieux. 

»(q) Le lendemain qui étoit le Dimanche, f. de Novembre , les (?)Dîar. 
„ Bourgeois des deux Villes reprirent les armes , Se panèrent après P* *+7- 

midi dans le petit Qttartier. Il fe domia là un nouveau combat en- 
,, tr'eux & les Royalties , où il y eut du fang répandu de part & 
„ d'autre : mais enfin , ceux-ci obliges de fe retirer dans le Château , 
t , après avoir mis le feu au Collège de St. Nicolas , & à quantité de - 
9t maifons fituées au pied de cette Fortereflè , emmenèrent prifon- 
, , ni ers les Bourgeois de ce quartier là , qui adhéroient à la Commu- 
,, nion du Calice. Ceux de Prague s'en vengèrent en ruinant le Pa- 

lais de l'Archevêque , & plufieurs maifons, avant que de s'en re- 

tourner dans leur Ville. Les deux Partis continuèrent à fe faire la< 
„ guerre & à s'incommoder mutuellement ; les Royalirtes fermant, 

autant qu'ils pou voient, l'entrée des vivres dans Prague, & tachant 
j, de ruiner les Forts & les Rctranchemens que les Bourgeois avoient 
M élevés de ce côté là , pour rdTerrer le Château.. 

XXV IL Ju 8 au' ici les aflemblées que les Hujfites foifoient à 
Tabor, ou fur quelqu'autre montagne , étoient des aflemblées pieu les,, 
chrétiennes, pailibles : ils ne cherchoient qu'à s'édifier mutuellement, 
& qu'à communier fans être troublés , félon i'infhtution de Jésus- 
Christ. Us ne portoient point d'armes dans leurs Aflemblées) le 
Sacrement étoit toutes leurs armes. Un Auteur cité avec éloge par 
BALBIN (r), témoigne, qu'il ne fe faifoit aucune bojiilité : les troupes (r)Guem 
marihoient comme des Pèlerins, avec un b.\ton feulement. Et un Gcn- desHuffit.* 
til-bomme ayant exliorté le Peuple à dédommager un pauvre homme dont ?• 9 2 « 
©m avoit gâté les bleds , il fe fit une fi bonne Couette que cet homme n'y 
perdit rien. Sur un pareil témoignage , Mr. Lekfant auroit pû 
corriger, ce me (èmble , le récit de Hagec , qu'il rapporte au haut * 
«le la même page. Ceft que les Huiîitcs de Tabor faproclmient de la 



qui etoient alws en ufage. Les Hufites ne commencèrent à porter des 
armes , que depuis qu'on les attaqua par tout dans leur route C'eûY 
ce que dit Mr. L e n f a n t lui-même , après l'Auteur allégué par 
B albin. „(s) Les Hullites manhoient comme des Pèlerins avec un (/) , 

bâton feulement i mais les chofes changèrent bien-tôt de face. En 
„ partant d'un lieu nommé les Croix, les Prêtres avertiront le Peuple . 




» oe 



* 



3î SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ de fe rendre k Tabor avant la St. Martin (c'eft en 141 9) : mais 
„ toutes les Garnifons qu'avoit alors Sigismond dans les Vailles & 
„ dans les Châteaux, fe joignirent enfemble pour s'oppofer à cet attrou- 
„ panent " Ce ne font donc pas les Hujites qui font Aggrcfleurs : 
Ce font les gens de Sigismond & de la Reine Sophie qui" at- 
taquent , les armes à la main , des Chrétiens qui vont prier Dieu dans 
les dcfccts & fur les montagnes, afin de le pouvoir faire fans être 
troublés. Cela mérite d'être remarqué. On a vû ci-delTus N° XX VX 
comment une Troupe de Taborites fut arrêtée en revenant de Prague, 
par des Seigneurs qui l'attendoicnt dans une embufcade* & que Xi- 
cola* de H u s allant avec les Bourgeois de Prague pour les dégager , 
les Royaliftes les attaquèrent au paîfage du Pont j ce qui fut une in- 
jufte & violente hoftilité. 



CO Gaerr. Mr. L ENFANT raconte (t) un combat entre les Taborites & les 
des Huflît. Officiers de la Reine & de Sigismond; c'eft le même dont notre 
f 9 -\ Tï h J ournaI P af k en ^ urines («) : „ Le Jour de St. Léonard (le 6. 
p. iao!*'* " d'Octobre 1419.)» quatre "mille Taborites, dont les principaux (Se* 
„ niores) étoient les Seigneurs Brenko de Snhou, & Cmwal de 
„ MaJçnvicz (autrement nommé de P&epuz £ff KuneJS) , proche 
„ Parent du premier (ipfîus Germant*), eurent une rencontre avec les 
„ Royaliftes dans un certain lieu ûtaé à un mille ou environ de Knm. 
„ Ils les repoufferent vigouieufement , leur tuèrent quelques Soldats , 
„ & leur enlevèrent quantité de leurs meilleurs Chevaux. Les Chefs des 
, , Royaliftes étoient les Seigneurs Pierre de S t e r n b t r g , Praczek 
de Bftétj , Jean furnommé Swidniczki , Koldïcz fils de 
„ Michalezou de Michelsberg, & Wenceslas; furnommé 
„ Don in ski, Juge des Montagnes de Cuttemberg. Les Taborites 
„ victorieux arrivèrent à Prague, où ils furent reçus avec beaucoup 
„ de joye. " Le Lecteur peut comparer ce récit avec celui de Mr. 
L ENFANT qui commence par ces mots (p.9*- à la fin) : quand ils 
furent arrivés } & finit avec le Paragraphe III. Ces deux Relations ne 
font pas femblables. Mr. Lenfant a mis en note p. 93. Cet Hif- 
torien ( Balbin ) témoigne que ce morceau. AHifloire ne fe trouve pas dans 
les Livres imprimés. Cela fait voir que Mr. Lenpant n'avoit pas 
vû le Journal de Byzinius, qui eft à la vérité imprimé depuis 
B ALBIN i mais qu'il n'auroit pas manqué de citer s'il l'avoit vû. 

M ^ U ^ T ' XXVIII. Les Bohémiens fouffrant de part & d'autre de la Guerre , 
116 1 ^ m Chefs des deux Partis négocièrent une Trêve. Mr. Lenpant (x) 
\y) Di«r ,a met ^ ous tannée 1420., & dit qu'elle devoit durer quatre mois. 
jTfctf. ' EUe fut conclue (j) le jour de St. Brice, qui clt le 13. de No- 
vembre 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 33 

vembre de Tannée 1419» & de voit durer jufqu'à la St. George ; c'cft- 
à-dire jufqiTau 43 d'Avril 1420. A l'égard des conditions llipulées , 
l'Auteur de la Guerre des Hujjîtes les rapporte en ces termes : ( a ) (a)Gucr. 
Qu'il y aurait liberté de fart & d'autre , de communier ou fous les deux rc de* 
Ejp.ces , ou fous une feule , £5? qu'on ne troubleroit perfonne , dans fi <n Nudités 
Ht dans l'autre ufage i Que les Huflïtes ne chajferoient point les Religieux, p ' 
ni les i\eligieufes de Iturs Couverts , £5? qu'ils rendraient Wifrhade. JE- 
NEAS Sylvius, qui parle de cette Trêve > dit quelle fe fit par la 
médiation des Ambajfadeurs de SlGISMOND, qui étoient venus pren- 
dre les rênes du gouvernement , en t attendant. Il ajoute quW des condi- 
tions du traité, étoit que ZiSKA reflitueroit Pilsen, & les autres pla- 
ces dont il s' étoit emparé, 

„ Lé Journal porte, (b) que la Reine, fes Barons, à ta tètedef- (6) Diar. 
„ quels étoit le Burgrave CzEKKO de Wartenberg , & les autres P- '49- 
w Capitaines qui fe trou voient dans le château de Prague , d'une part » 
y, Se de l'autre, la communauté des deux Villes de Prague, s'obligeoient 
„ réciproquement fous la peine de fo mille gros. ( P<ena L millium grojf.) 
„ de garder la Trêve jufqu'à la St. George , Les conditions de la part 
„ de la Reine & de fes Barons, étoient : ( I ) qu'ils maintiendraient de 
„ tout leur pouvoir dans le t\oyaume de Bohême , la Loi de Dieu , la 
„ vérité Evangelique , & en particulier la liberté de communier fous les 
„ deux Efpeces i & de la part de la communauté de Prague , qu'ils ne 
„ briferoient point les Images : qu'ils ne détruiraient point les Eglifes» 
„ ni les Monafteres : qu'ils rendroient mjfegrade. 

„ D E s Q.U E la Trêve eut été ratifiée , les Bourgeois de la nouvelle 
„ Ville cédèrent IViJfegrade aux Royaliftes > dequoi ils eurent beaucoup 
„ de fujet de fe repentir, comme on le verra dans la fuite : car leurs 
„ Ennemis proôterent de l'avantage que leur donnoit ce Pofte , pour 
„ leur faire beaucoup de maux. 

Faisons à préfent quelques Remarques fur leur Pacification i Q . 
On y trouve une preuve évidente , que les Huifites n'avoient ni majfa- 
cré, m brûlé les Moines & les Religieufes , dans la Ville de Prague : 
qu'ils ne l'avoient point fait encore le 13 Novembre 141 9. trois mois 
après la mort de WtNCESLAS : car la Reyne & fes Barons ne le feroient 

E pas, 

( r ) Reginâ cum Baronilmt fe commtmitati Vragcnfi ad âefmâenàum £f pro 
fofie prr Rtftnum Botumi* Legem Dà y f$ vmritattm Evangtinum, & Jîguanier 
fpuui utriùj'qut communiwem libtrandam , yrofcribentt. Diur. ibld. 



34 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

pas contentés d'exiger d'eux qu'ils ne chajferoient plut les Moines , Ç£ 
les t\eligieufes Je leurs Couvent ; mais qu'ils ne les tueraient plus , qu'i/r 
ne les m ijfécreroient plus. D'autre côté les Hulfites de Prague fe fe- 
roient obliges , non feulement à ne plm brifer les Images , à ne phu ab- 
attre ni Eglifes , m Monajieres ; mais à ne plus tn.tjfacrer ni brûler les 
Moines. Les conditions de cette Trêve montrent, que tout ce que les 
Huifites avoient fait jufqu'alors aux Moines, étoit de les chaûer, & 
d'abattre leurs Maifons. 

2. I L n'eft point parlé dans la Relation de nôtre Journal , ni de 
S I G I s M 0 N D , m de fes Ambadadeurs i moins encore de Z i s K A, 
& de la Reftitution de Pilsen , ou Plezna. iËNEESiLVlus brouille 
toute cette Hittoire. Z I s k A ni fes Taborites , ne voulurent point 
accepter cete Trêve , & ne s'obligèrent point par confëquent à rendre 
ïilsen, dont ils étoient maîtres. On verra dans la fuite par quel Traité , 
& à quelle oocalîon, cette Place fut rendue aux Royaliftes. 

3. Il faut louer la prudence de Ziska & de fon Parti, & blâ- 
mer ou l'imprudence , ou la trahifon des principaux Citoyens de Pra- 
gtie, d'avoir confenti à une Trêve, qui mettoît la divifioit dans leur 
Parti , puifque les Taborites s'y oppofoient > & dont Punique but étoit 
de donner à la Reine , à fon Parti , à S 1 G l s m o n d , le loifir d'aC- 
fembler leurs forces pour venir fondre fur Prague au Printems, avec 
l'armée de la Croizade. D'ailleurs, en rendant IVijfegrade à la Reine , 
ils lui mettoient entre les mains , une des Clefs de la Ville , pour y 
entrer avec une Armée , quand elle en auroit l'occaiîon. 

é 

4. Enfin ,1e Ledeur doit remarquer, que Pragtte, cette Ville 
qu'on nous reprefente fi infolente > fi féditieufe , fi furieufe , nous 
donne , dans les conditions de cette Trêve , une preuve inconteftable, 
que ce n'eft point un Efprit de rébellion , qui lui a tait prendre les ar- 
mes contre la Reine, puifqu'elîe les pofe, & remet entre les mains de 
cette Princelfe, une Place tout-à-fait necelfaire à fa propre fureté , fans 
exiger autre chofe de fes Ennemis , que la liberté de prêcher l'Evan- 
gile , & de célébrer la Ste. Cene conformément à l'iiiftitutiou du Sei- 
gneur» Si feu Mr. L t N F A n t vivoit encore , je fuis perfuadé qu'il 
me fauroit bon gré de ces réflexions. 

* * 

Ziska , qui jugeoit bien que cette Trêve n'avoît été négociée > 
que pour amufer, tromper, & divifer les Hujites , fortit de Piaguer 
avec fes Troupes , & y laiùa des marqués de fon indignation. Car le 

Journal 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 3f 

Journal (a) ajoute , qu'avant que de fe retirer , les Taboritts firent ( * ) 
beaucoup de défordre dans la Ville , pillèrent & ruinèrent quelques P* 
niaifous , qui fans doute appartenoient aux Ennemis du Parti. 

XXIX. Ce fut dans le même tems (b),au mois de Novembre 14 19, ( 6 ) Diat. 
qu'un Prêtre, nommé Jean & furnommé Naakuasa, qui alloit par P» I S | « 
les Villages communiant le Peuple , & fur-tout les malades, fous les 

deux Efpeces , fut pris proche de Glakpw, par RiTZKO Seigneur de 
Ryvnbergl^, & livré à des Bavarois , qui venoient au fecours de ce Sei- 
gneur contre les Bourgeois de CUkpw. C'étoit pour les Bavarois un riche 
préfent ( iVo magno Aattu ntuntre ). On le preifa d'abjurer la Commu- 
nion du Calice ; mais comme il le refufa conltamment , on lui fît 
mille indignités : on lui perça les mains avec une Epée : on palTa fa 
ceinture dans les trous de fes mains , & l'ayant lié de la forte à un ar- 
bre, on le fit brûler vif (c). Probris variis blapbemiis ac probris af- ( f ) Ibii 
fe8m ad arborem quandam Yjonis per marna ipftus gladiis perforait* per- p. i$a. 
traBis , efi alligatut , & fepiton Brise ac Jïramtmbus chevan pofttus , igtuum 
fiammù confwnptus. 

Les Montagnards de Ùatemberg firent auffi dans le mois de 
Novembre 1419» une coûrfe à Grim , d'où ils enlevèrent quelques tau 
des Ecbevins , les Chefs de la communauté ( Settiores ipfnis civitatis ), qui 
adheroient à la communion du Calice , un Curé , nomme ( 1 ) Jean 
Chodeck, & quelques autres Prêtres : ils mirent tous ces prifonniers fur 
des chariots , & les menèrent enchaînés dans leur Ville de Cuttembetg, 
où il les retinrent en prifon chargés de fers. 

XXX. S 1 gis mon d voulant fc mettre en pofîeflion du Royau- 
me de Babette , mais n'ofant aller à Prague , convoqua les Etats de ce 
Royaume , & des Provinces qui en dépendent, à Brinn ou Bruna Ville 

de Moravie. Mr. Lenfant (d) parle de cette Dietc fous l'année 00 , Gucr * 
1420 , & marque que l'Empereur s'y rendit , accotnpagné de la R^inc jl cs 
Sophie fa Belle S*ur, le 15 Décembre. Un Lecteur, qui ne feroit "° " 1? 
pas beaucoup d'attention aux dates , pourrait croire que ce fut au mois 
de Décembre 1420, au lieu que ce fut au mois de Décembre 141 9. 
Je vai ajouter au récit de Mr. Lenfant, quelques particularités pri- 
fes de notre Journal» 

E a Mr. 

( 1 ) Le Journal dit de ce Curé I A Rege olhn Wencetlm\ ibidem pramtato 
Diar. p. xja. . 



Digitized by Google 



SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



(«) Tbid. Mr. L E N F A N T dit (a) que, i°. totis les Ordres de la Province (de 
p. 117. Moravie ) promit- mt à Penvi à t Empereur , de facrijier leur fortune, cff 
leurs Enfant pour fa défenfe , POURVU Q.U' il prit celle de 
la Religion du leurs Ancêtres, et que l'FIeresii 
put extirpe'e de la Province. Les Etats de Moravie ne 
promettent d'obéir à Sigismond, &dele fervir , que fous les • 
conditions , qu'il défendra la vieille Religion , & qu'il extirpera l'Héré- 
fie.^ Je demande, fi les \ Hujîtes n'étoient pas en droit d'exiger de leur 
côté , comme une condition préliminaire , la liberté de fervir Dieu fé- 
lon les lumières de leur Confcience , & félon l'Evangile. 

(*) 2*. (b) Sigismond, dit encore Mr. Lenpant, écrivit Je 
Wd. Brinn , à la noblejfe aux M.igijhats de Prague, de rendre inceffxm- 
ment. Ils y entrèrent avec toute forte de démonjiration de joye, ç£ y fia» 
(c) Drar. rent reçus de -mens:. Ils entrèrent à Brinn (c) le jour de St. Jean PE- 
P« '$}• vangeliiîcs , ou le 27 de Décembre, précédés par des trompettes ( cwn 
Tubicinibm ) , & il faut que leur Equipage fut fort lelte : Car le Jour- 
nal ajoute , que qtbmtité de Seigneurs fpirituels , Çf? féculiers qui les vi- 
rent entrer , «dmiroient cette Amktjfade ( fteSantibus „ &f adimranti- 
bus). 

3 # . Cependant^ continue PAoteur de la Guerre des Huflïtes, on pt{t 
comprendre dès le lendemain de leur arrivée , fur quel pied ils avoient def- 
fein de traiter » fuifque les Prêtres , qtCils avoient atn.ntét avec eux , don- 
nèrent la Communion foits les deux Ej'peces, dans tôt Poêle , à quiconque: 
la vouloit recevoir , malgré les exhortations des Prél.tts à éviter cet éclat. 
( d ) Diar. Le Journal ( d ) confirme une partie de cette Relation , & n'en parle 
ibid, pas comme d'une entreprife audacieulè» mais comme d'une entreprife: 
légitime & modelle, remarquant qu'ils ne donnèrent la Communion 
de la forte , que dans les Hôtelleries , où on les avoit logés ( In bofi> 
fitiis duntaxat ) : Et il eft furprenant qu'on y trouvât à redire , pu& 
que par la Trêve conclue fixfcmiines auparavant r &, s'il en faut croi- 
re Mnsas Syhius , négociée parles AmbaiTadcurs de Sigismond, 
la Reine & fes Barons , s'étoient obligés à maiiuenir le libre u&ge (fa» 
Calice dans tout 'le Royaume» 

(r) Guerre 4, 0 . (e ) Le M.mitfcrit de Brestau , ajoute Mr. LïNFAST, por- 
des Huffi. u jnfrne , qu'à caufe de cette entreprife P Interdit fut mis à Briim feulant 
tes jx n 7. ^ fljQtar que les Députés de Prague y firent. Le Journal dit quelque 

( H Diar cno ^ e ^ e P^ USi ^ P orte (f) ^ ue ^ cs £v ^1 ttes ( fpirittules ) interdirent 
ibid. le ièrvice Divin dans la. Ville de Brim » à cauiè de la prélcnce des 

Dépu^ 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 



37 



Dépotés de Prague , & du Seigneur Czenko, comme on le 
frèfima ( ut prafwnitur ). Il faut que par Politique, les Prélats 
qui jetterent l'Interdit , n'en puhliaiTent pas la raifon » ce qui effè&i- 
vcment n'eut pas été propre à paciBer les dùTérens. Le Seigneur Czen- 
KO eft le Grand Burggrave de ÏVarttemberg, qui (a) étoit (Soupçonné de 
Huilitifme. 

5*. Le 8 Députés de Prague ( b ) eurent audience quelques jours après. 
Byzinius marque ce jour, qui fut le troifiéme depuis leur arrivée, & 
par confêquent , le 29 ou le 30 de Décembre. Die tertio, (c) Ils de- 
vtrmierent £ abord pardon au Kpi, & protmrent de le reconnoitre. Le 
Journal en dit d'avantage ( d ) „ Ds furent préfentes au Roi le troi- 
„ liéme jour depuis leur arrivée , & demeurant pendant un ailes long 
„ ten» à genoux, ils le fàluerent de la part de la Ville de Prague , 

„ & LE RECONNURENT POUR LEUR ROI, ET S E I G N E U R 
b He're'ditairi° ( Ipfion, foxn ad fatis longurn tetnpus , cor ara 
eo genibtts , Prageufiion falutaverunt ex parte , PRO R EG E AC Domi- 
no il.îR EDITA Rio ÀCCEPTANDO). 



( Guer- 
re des 
Huflir.es. 
p. lar. 
(/») ( iucr- 
re des 
Huilites. 

Guerre 
des Huf- 

fites ibitf. 
(d) Diar. 
ubi fuprab. 



P- II! 



6*. Mr. Lenpant (e) ajoute, furie témoignage de Theobalde, fr) Guet», 
qu'ils demandèrent à l'Empereur , de leur laijfer la liberté de la Cow- re d*s 
fcience,8c qu'ils donnaient de grands éloges à Jean H US: qu'ils fàifoient Nullités, 
des plaintes, de fa tragique fin. L 'Empereur, poÛTfuit Mr. LENFANTne 
fit que fotarire de CES PRE' TENTIONS , Q.U'lL TROU VOIT 
EXORBITANTES, ET DE CES DISCOURS T E' JLE'RA I R E S 
ET hors DE propos. Me* chers Bohémiens , leur dit - il 
Lxijfés cela à part &c. Notre Journal garde un profond filence fur tout 
cela j & porte fimplemenf. : (/) „ Qu'après avoir fait aux Députés des (f) Dia». 
„ reproches aiies durs , Sioismond les congédia , en leur ordon- UD » ^P 1 * 
n nant d'ôter toutes les chaînes, & d'arracher les ( 1 ) barrières qui fer- p * x ^ 
m moient leurs rites , de combler leurs retranchemens , & de ru mer les 
» fbrti6cations , qu'ils avoient faites depuis la mort de W E nceslas * 
* contre le Château de Prague : ajoutant que c'étoient là les preuves. 
„ qu'il leur demandoit de leur foumiffion. Que du relie ils cuilènt 
»à ne plus molejier les Moines & les Religieufes, mais à les trai- 

e a , 



C » ) Mr. tin Mwra ow'p r 1 8". Qu'Ut ptrtafflttt ttmter Tes bnrres , f? kt 
€■ '••«•'/ > , &f autret maibintt , dam la fotterel/e. Je ne fui pas Jes termes qui font 
«kins les Auteurs. 11 y a dan* le mien Cutet,*t faUurton , utta cum Jiutais. Staltm 
tft une Barrière, on une pioce de boi* eu u*vei!> ^u'oo met à l'entrée des Villes* 
«lui k lève, & qui s'abaillc. 



Digitized by Google 



, 38 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

> 

„ ter honnêtement jufqu'à - ce qu'il vint à Prague u ( Quodque Religio- 
fos ac MêniaLs non MOLESTENT per ampli us qttovis modo , fed éd ip* 
fins ufqtie HONESTE TRAC tarent adventum ). Ces exprelnons 
ûifinuent bien , qu'on avoit maltraité les Moines ; mais je ne penfe pas 
que Sigis mon D fe fût exprimé de la forte , fi on les avoit mailà- 
crés de toutes parts. 

7°. L'Empereur, dit encore Mr. Lenpant, h ordonna que 
„ les Bourgeois de Prague dégageaient de leur ferment , tous les Gou- 
„ venieurs & Commendans qu'ils avoient mis dans les Places , & 
( a ) Ces » qu *' s y re Ç u fl* ent 1^ fi<-' ns » fur-tout , qu'au lieu du Gouverneur (a) 
mots font » ( J iÉ * M I L I c ) qui occupoit la Forterette Caroline , ils y reçuûent 
à la mar- „ pour Gouverneur , celui qu'il leur 'nommerait. « Le Journal s'expri- 
gep. ti8. m e bien autrement (h) ,, Sïgismond étant encore à Brinn, caf- 
(6) Diar. ^ yjj tous fa Officiers (omîtes & Jtugulos) 8c (c) Gouverneurs de Pla< 
n qui avoient été établis par le feu Roi "Wenceslas, & qui adhé- 
( c ) Caf. » roient à la Communion du Calice , & aux Citoyens de Prague. Il 
trorum „ leur en fubltitua d'autres , qui étoient ennemis déclarés de la véri- 
Burgr/u „ té , & qui aceufoient , & calomnioient les Praguois ( Ipforum blaf» 
» phematores ). Il cafta en particulier Janhp de Ali licz in , ou de Kojiélecz 
„ furnommé Sadlo , qui avoit été favori de Wenceslas , & qui étoit 
Gouverneur de Charleflahl , place ou fe gardoient les riches tréfors 
„ du feu Roi , & ( 1 ) les Reliques que l'Empereur Charles IV. avoic 
„ amaueesà grands frais, Ml Liez IN rendit cette Fortereife à (2) IVetu 
» ceslas de BurzeNicz, furnommé Tlusk* , & remit entre les mains du 
„ Roi S 1 G 1 s M o n d , tous les Châteaux qu'il avoit fous fon com- 
„ mandement Ces Préliminaires dévoient faire juger à ceux de Pra- 
gue, quelles étoient les intentions de SiGismond. r 

( A ) Guet». 8*- Les Députés , dit (d) Mr. LekfaNT, s'en étant retournés 

re des chez eux. (e) Ils arrivèrent à Prague le Vendredy veille de PEpipba* 

Huffites tue, ou le 5 de Janvier 1420. Forenfi V. ante Epiphaniam. 
p. 118. 

p içaT* l ' e mème Auteur dit encore: (f) on fit laleBure des ordres de S I- 
</") Lfn- GISMOND, & on les exécuta de point en point. Le Journal (g)', 
w a n t on 
ibid. 

(g ) Diar» ( t ) R'Uqtti* Impériales. Mr. L e n ? a NT dit, les Reliques Imperiafet. Si G 1 5- 
ibid. mono les emporta hors de la Uohénas ; ce qui fut un des grands Griefs des 
Bohémiens. 

( 1) Air. Lr v fan r a mis à la marge , Sdeslaut Tluxeiu Bnrgztmccius , ou 
SarfAi^il faut corriger $ad\o , qui étoit le furnom de Miiiczi* , & non celui ckr 



Digitized by Googl 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 39 

on vta aujji-tèt les chaînes des rues , on arracha les barrières , & on por~ 
ta le tout , non (l) dans la Forterejfe , mais dam la niaifon de Ville 
( ad Pratorium ) » on démolit Us Fortifications élevées contre le Châ- 
teau de Prague. Tout ce que Mr. Le n F an T ajoute, ett conforme 
au Journal. 

XXXI. Il faut placer ici le Martyre de quelques Prêtres Huflî- 
tes , que le Journal raconte en ces termes ( 2 ) : „ Le 9 de Janvier 
„ 1420. à la pointe du jour, ( In galli cantu) les Montagnards pri- 
m rent le Curé de Gtarim , Jaan Chodko, & les Prêtres Jacques , Mar- 
w tin , & Léonard , & les précipitèrent dans les Mines. Le Curé les 
„ exhorta à fe repentir des cruautés qu'iis exerçoient contre les Fidè- 
„ les , qui célébraient l'EucharilHe félon Pinftitution du Seigneur ; leur 
„ annonçant les Jugement de Dieu , s'ils ne les prévenoient par leur 
„ répentance. La même nuit , ces Montagnards tuereut aulfi plufieurs 
„ féculiers , parce qu'ils comraunioient fous les deux Efpeces , & les 
» jetterent dans leurs Mines. 

XXXII. „ Ce fut (m) dam ce tems-là, au commencent deC'OH'j" 

9 l'année 1420 , que ( b ) quelques Prêtres Taborites fe mi- Eî^nL 

„ rent à prêcher au Peuple, un nouvel avènement de J. Christ, p US , Çç ! ar ' 

„ dans lequel tous les Ennemis de la vérité dévoient être punis , & (b) S*cer- 

n exterminés , & les Gens de bien confervés dans cinq Villes feule- dotes qui. 

j, ment. Ce fut pour cela que quelques Villes qui avoient la liberté j* an ? Ta- 

„ de communier fous les deux Efpeces , & en particulier celle de PleZr jjjj 11 

„ no y ou Pilfen ( 3 ) ne vouloient faire aucune Paix , avec les Enne- 

„ mis de là vérité Cela veut dire, qu'elles ne voulurent pas accepter 

la Trêve. Mr. Lenïant dit en parlant des Taborites : (c ) /// (O 

j- g ubi fup. 



p. 119. 



(OMr. LivrART fait dire à Sigismond qu'on eut à porter tout ce- 
la dans la ForterefTe. lbid. 

y. x ) Dm. p. h 4. Ferià tertia poji Epipbiuàam. Les .Montagnards, avoient eiv 
levé ces Prêtres , au mois de Novembre. Cy deflus p 47. 48 Ils les gardèrent en 
prifun jufqu'au 9. d* Janvier. 

( î ï lout ce que dit Mt- Lsnfamt p, itov dépits ces mots » ces Pridic* 
nom , jufqu'à la fin do L XL A qu'il tire du Mdnufcript de Hrtt au, paroit pris 
mot a mot du Journal , ce qui me fetoit juger que l'Auteur de ce Mf avoit xù 
k Journal de By/.inils. iT y a dans cet Auteur : Qua de c*uj* Civitattt <,n.. om, 
m quitus Hlttrtattm Caiuii communia habtbat , mtlam ctrm adetrjariit htirt ro e- 
han: < .uarduim , Ç(f praciptte CMtM Tl-inenfa. iVir Lsniah r rnduit : mt vou- 
loient pus avoir autant correj pondante. Four mot j'ai cru , qu'K falote traduire 
tu vouloient faire aucun* paix(\nul'am hure contaràiam ), & que cela regardoit la 
Tievc La ûriteconfiinacra ce que je dis. 



Digitized by Google 



4 o SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



fe mêloient même de prophètifer. Je ne voudrais pas m'exprimer de 
la forte , parce qu'ils ne prétendoient ni être infpirés , n'y avoir des 
Révélations j ils fe mêloient feulement d'expliquer les Prophéties de 
l'ancien & du nouveau Teftament, dont ils croyoient que l'accom- 
pliifemcnt étoit proche. Il ne faut pas dire non plus , Us Taborites , mai» 
Q.U E l Q.U E s Prêtres Taborites , comme s'exprime nôtre Journal. Je 
parlerai amplement dans la fuite , du fyftème prophétique de ces Prê- 
tres, qui prèchoient dans le Diftria de Becbin, où étoit Takor u . 

XXXIII. Le Journal surprime ici d'une manière fi embarralîee, 
& fi obfcure , que n'ofant en déterminer tout-à-fait le fens , je vai en 
tranferire les propres termes. L'Hiftoire doit être traitée avec une for- 
te de Religion timide & fcrupuleulè. Cela ne la rend pas agréable > 
l'Efprit , l'Imagination font à la chaîne : mais il vaut mieux plaire 
moins au Le&eur que de le tromper. Voici donc les Paroles de B y- 
(a)Diar. ziNius : ( a) Jam qttoque Z I s K A familiaris %egù olim.BolieniU Wencef- 
P- 1 S 6 - lai , ami certa fua comitiva de Praga convenerunt c# fe , ipfa civitate 
donulis veritatis exptdfis , contra Heginam Sopbiam Baron efqtie ac ctteros 
Hçgales prtxluferunt* Il femble que cela veut dire i „ Que ZisKA , 
„ & le Parti qu'il avoit dans Prague , refolurent de chailèr de la Vil- 
„ le» tous les Adverfaires de la vérité, & de fe fortifier contre la Reine So- 
„ phie & fes Barons. " Ce qui fuit eft clair. Ils déclarèrent , „ qu'ils 
„ne vouloient abfolument faire ni paix, ni trêve avec des gens , qui . 
„ étoient ennemis de Dieu , & de la Loi. Et à l'inftigation de Wat- 
n cesl<u Cor AND A, qui étoit alors celui de tous leurs Prêtres, 
„ qui avoit le plus de crédit , ils dctruifirent les Monaitères de Pra- 
n gue , des Eglifes , & certains Palais qui tenoient à la Ville 

C' EST dont ici , c'eft depuis la Trêve conclue entre la Reine , & 
les Citoyens de Prague i mais fi mon Auteur à bien placé les Evéne- 
mens , comme je n'ai aucun lieu d'en douter , c'eft depuis la répon- 
fe nere , que SiGisMOND fit aux Députés de Prague , depuis que 
l'on fut ce qu'on devoit attendre de ce Prince , fur l'article de la Re- 
ligion} c'ell dis-je, au commencement de 1420. qu'il faut mettre la 
deftruclion des Monafteres & des Edifices, dont Mr. Lenfant a 
parlé beaucoup trop tôt, & qu'il place immédiatement après la mort 
de Wen ces L a s. Je ne l'en blâme point i fes Auteurs font con- 
fus : ils ne gardent pas l'ordre des tems , ou le gardeut mal , quel- 

Îjue important qu'il foit à PHiftoirc , & quoique fans cela on ne puii- 
e juger de la Juftice , ou de l'injuftice des actions. Car fi une vio- 
lence vient après un outrage reçeu , elle' eft tout aif plus, vengeance, 
teprciailles i au lieu que fi elle précède, c'eft une injure, c'eft une 

injulUcc. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 41 

injuftice. Si donc Z I s K A & fon Parti détruifent les Monaftères de 
Prague , quelques Eglifes , quelques Palais des Adverfaires de la Com- 
munion fous les deux Efpeces , c'eft depuis que les Moines Tonnent de 
toutes parts la trompette, pour alfembler l'armée de la Croiiàde, qui 
doit fondre en Bohême, & lorique SlGISMOND ait lire d'un fi puif- 
faut fecours, ne ménage plus les Bohémiens , & ne leur laînè que l'al- 
ternative , ou de fouicrire au Coufilc de Confiance , & d'abjurer leur 
Religion , ou de périr par le fer , & par le feu. Au relie , je prie le 
Lc&eur de bien remarquer ; que Bvzini us, qui étoit à Prague , 
& qui raconte la deltruction des Monalleres par Z 1 s K A , ne parle 
pas d'un feu! Moine tué ou malfacré. ( a ) Ad ïnduhliontm ergo facerdo- (*) Diar. 
tuni , & praciptu Wenceslai di&i Coranda, qui pro urne inttr ip- P- 1 * 6 ' 
fos capitalis erat , Monajieria Civittùs ipfius , Ecclefut , Curiaque cer- 
ta Qvitatis } dejlrtamtur diruuntur. Ce n'eft certainement que de- 
puis la levée du Siège de Prague , & en repréfailles des cruautés com- 
mifes par les Croifés , contre les Hujites , que Z I s K A eut de vio- 
lons emportemens contre les Moines. Les Hiftoriens que fuit Mr. 
Lenfant, ont transformé un grand Capitaine , dans le plus inhu- 
main , & le plus fanguinaire de tous les hommes , & lui ont même 
fuppofé des cruautés, qu'il n'a point commifes. 

XXXIV. ZisKa n'ayant point accepté la Trêve, Ce mit en Cam- 
pagne y & ce fut alors qu'il fut attaqué par Bohaslas de Svam- 
bergk, un des Officiers ou Généraux de la Reine. Mr. Lenfant 
(b) parle de ce Combat fous l'année 141 9 ; mais le Journal le met (b) Guet- 
à l'année 1420. & voici ce qu'il en dit ( 1 ) „ Le Seigneur Boh as- re d . es 
„ las de Swambekgk, ayant attaqué le Camp de Z 1 s K a , Hu( f rtes * 
„ fut repoufle avec perte. Là-dcifus la Reine , les Barons, & les Offi- p * i0t * 
» ciers du Royaume (2) afTemblcrcnt une armée confiderabîc pour 
„ afltéger Plez/ia ( c'eft Pilfen ). Ils élevèrent des Forts aux environs, 
„ & bloquèrent la Place : ce qui donna lieu à de fréquens Combats 
„ finguliers , dans lefquels ils s'eitropioient les uns les autres. " On ne 
fauroit accorder cette Relation avec celle des Auteurs de Mr. Len- » 

f ant qui témoignent (c) „ que la Cavallerie de h Reine , & de ( f > 

F <J w 4 m Guerre 

fîtes 

( 1 ) Diar. p. 1 ç<î. Scion Mr. Linfant, la Reine étoit à l'armée de S w a m- p. 10 z. 
kirg x lors qu'il artaqua Z i s k a. Je doute beaucoup de ce fait. 

( O Regina datent Buhcmi* , S'pbia £f Barmti , ac Rtgni Officialei gentem 
non modkam miftrunt ad objidinuem Funenju Civitatis , &f chermt arcu in certh 
fe ponentibut Fropugnaculk , ad hmeem }*pius ducLubunt , Je ipjoi 
but ac keiùlw truntaado. Diar. Jbid. 



Digitized by Google 



43 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ Swambergk, ayant été repouflee & battue , fe retira à Pilfen , 
„ ou elle fut fort bien reçut , parce qu'on y étoit irrité contre Z I s K A , 
„ Je ce qu'il avoit détriùt les Monafieres de cette Ville , & nt;ms ce qu'il 
„ y avoit de ces gens en furent cbajps w . Cela eft impotfible , fi Pil- 
fen étoit au pouvoir de Zis K A, & que la Reine ait t'ait aifiéger cette 
Place , qui ne fut pas prife. Mr. Lenfan t dit lui-même après le 
(n)Gucr- Manufcrk de Breslau, que cette Ville ( a) ne voulait plus avoir aucune 

re des correfpondance avec les AÀverfasres du Calice. 
Huiïîtcs 

p. no. XXXV. Il ne fera pas moins difficile d'accorder la Relation que 
les Hiftoriens de Mr. L I N F A NT nous font de la prife d'Aiijl , avec 
S^lSS? ce 'k ^ e notre I ouma '- C^) » BMbin place au commencement de l'an 

te? p. ni! » I42 °' ia âe f intJion de la Ville ^«e Vi,, e fituée au pied 

„ du Mont Tabor , avoit pour Seigneur (0 Ulrich de Rosemberg, 
„ alors zélé Catholique Romain , & fort animé contre les Huilitcs. 
„ Zisk A craignant que ce ( 2 ) Gouverneur n'inquietàt les Tabori- 
& tes y & ne les empêchât de bâtir leur Ville , alla furprendre cette 
„ Ville la nuit dans le tems du Carnaval , & en l'abfence du Gouver- 
„ neur. Comme ces jours là font des jours de débauche , tout le 
„ monde étoit endormi, & la Ville fut prife avant qu'on s'apperçût 
ju qu'elle fut attaquée. Tous les Habitons furent paffes au fil de Pefée , 
„ ou écrafés fous les ruines de leurs Maifons , ou de leurs mta- ailles. Le 
„ Monaitere des Dominicains fut rafé , & on ne fit aucun quartier aux 
n Moines. " Comparons ce récit avec celui du Journal qui eft conçu 



en ces termes . 



( e ) Diar. „ ( c ) Dans ce tems là, SiGlSMOVD Roi de Hongrie expé- 
P« "57- „ dia des ordres par écrit (Utteras) à tous les Barons, & fur - tout 
„ aux Officiers du Royaume , favoir , au Grand Maître de la Cour , 
„ le Grand Burgravede Bohême (fupremo Regm Burgravio) : aux Bur- 
„ graves ( c'eft-à-dire aux Gouverneurs) des Châteaux appartenais à 
„ la Couronne i aux Bourguemeftres , aux Sénateurs , & aux Juges 
„ des Villes , d'inquiéter & de perfëcuter par toute forte de moyens , 
„ les WicUfites y & les Hufjites , & en général tous ceux qui commu- 
9 nioient fous les deux Lfpeces i ( 3 ) & de faire tous leurs efforts 

pour 

( i ) Paul Sti ahiii Reipublicte Boiemia Cap. I ?. col. m. 4z6\ dit que la 
Ville d'Auji appartenoit au Haron de Sefyme. Barwit Sezynut opi lum. 

( ï ) Ce Gouverneur étoit donc UHch de R o s c m ■ * & g. Comment étoit il 
Stigntttr (k. Gouverneur de la même Ville? 

(O Mr. Lrnfant parle de ces ordres p. i r 9. Il ajoute : II «V» fa/ut p*» 
davantage pour enflammer les Catholiques Romains , fort ukerù de tant de pn'et 

qu'ils 



Digitized by Googl 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 43 



„ pour les exterminer entièrement. Quatenits Widefitas & Huflîtas , 
„ £ef Calicis pr,i3icantes cotnmunionem t modis omnibus or ce ont , per- 
n fequantiar, £«? pro poffe ufqtu in finem exterminent. 

„ Ce s ordres étant publiés dans tout le Royaume , un Prêtre 
„ Taborite nommé WanczecH, & un fonneur de cloches appel- 
„ lé ( I ) Hrokadka, qui avoient été les premiers Auteurs des Af- 
„ femblées du Peuple fur les Montagnes , formèrent le deifein de fur- 
„ prendre la Ville cTAuJl , dans laquelle ils avoient des Intelligences. 
„ ( Elle eft nommée Ujtia ). Pour cet effet , ils prirent avec eux un 

nommé Jean Je BYDLIN, un autre Jean fur nommé SMOLIN, 
„ & un certain nombre de Frères Taborites , & de Paifans. Cette 
„ Troupe alla fe cacher dans les Bois voifins fAuft. Après avoir de- 
„ meuré quelques jours dans cette embufeade , ils en fortent le me- 
„ credi des cendres , qui étoit le 2 1 de Février , à la pointe du jour, 
„ furprennent les Habitans endormis , & encore y vres , ou fatigués 
„ des danfes , & des divertiifemens du jour précédent , s'emparent de 
„ la Ville , font prifonmers tous les Ennemis de la Vérité , tant Ecclejiaf- 
„ tiques , que jeeuliers. Quelques uns fe fauverent par deffus les mu- 
M railles ( ter muros ) ; d'autres furent chafTés , & leurs biens furent 
„ confifqués au profit des conquérans. Cette Ville devint un azyle, 
„ ou fe réfugioient tous les jours des environs , ceux qui adhéroient 
„ à la Commuiuon du Calice u . 

Cette Relation eft fi bien circonftanciée , que je ne croi pas qu'au- 
cun Ledeur punie douter qu'elle ne foit véritable : Mais fi elle l'eft, 
que peut on juger de celle des Auteurs de Mr. Lenfant? La 
feule chofe que je prie le Lecteur de bien remarguer, Ceft que les 
vainqueurs ne majfacrent ni Ecclejîaftiques , ni Séculiers. Ils fe conten- 
tent de faire les uns prifonniers de guerre , de cbajfer les autres , de 
s'emparer de leurs biens. Moxque veritatis antuios , tam fpirituales quam 

F 2 feculares , 

qu'Ut avoient faites , $f de tant de tnaffacret , fe? d'incendies , qu'ils avoient fouf- 
fertt. Cela n'elt point julte: ces majjacret , vrais ou fuppofés, fuivirent, & ne 
précédèrent pat. Il ne paroit pas non plus , que ces Catholiques fe jetterait avec 
fureur , fur tout ce qu'Ut purent remontrer de Hufjitet , Umt dont la Ville qu'ait- 
lettrt. Pour aiileurt je ne le nie pas; mais dont la Ville de Prague, ils n'en 
^voient pus le pouvoir. Ils n'y étoient pas aflës forts. On en peut juger , par ce que 
Mr. L b n r a n r dit lui-même à la même page : Sicismondhc trouvant 
de fureté a aller Jt tôt à Prague &c. 

( i ) Ceft apparemment cet hc<n;me là , dont Dubiatui & fait un des 
Chefs des laborices : Leur Chef nommé H t. ou ad a fut conduit a Chrudirn avec 
trois tritret. Guerre des Huflites p. 147. 



44 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

feculares captivant; quibttfdim ex eis per muros fu*ienlo t quofdam 
de ctvitate expeUunt , fe de eorwn bonis intromittendo. Il netl donc pas 
vrai , que tous les Habit ans furent pajfés au fil de PEpée. Il n'eft pas 
vrai , qu'on ne fit aucun quartier au< Dominicains. Il n'elr. pas vrai , 
que les Habitons furent écrafés fous les ruines de leurs maifons , ou de leurs 



\o\tilles. Les Hufîtes , ou Taborites n'avoient garde de ruiner les 
maifons, ni les murailles d'une Ville, qu'ils nefurprirent que pour s'en 
faire un azile contre leurs Perfécuteurs. 

XXXVI. Lu prife £Aufi fut l'occifion de la fondation de la Vil- 
le dç Tabor. Nous avons vu l'origine de Tabor comme d'un lieu , 
où les Hulfites perfecutés s'alfemblo'ent pour fervir Dieu, félon les 
lumières de leur confeience. Nous allons voir l'origine de Tabor , 
comme d'une Place de retraite & de fureté pour les Hulfites. Ce n'ett 
point (i) Ziska , qui, dès l'an 141 9. cherchant un endroit, où 
il put fe retirer en cas de malheur , choillt la montagne de Tabor pour 
y bâtir une Forterelfe; Ce font les mêmes Frères Taborites, qui ont 
Surpris la Ville d'AuJl , & qui fe trouvant incommodés par le voifma- 
ge ( 2 ) d'Hradifi , s'en emparèrent , & s'y fortinerent , vers le com- 
ta) Diar. raencement de l'année 1420. Voici ce que dit notre Journal »: „ Peu 
P 1 * 7. „ de jouts après la prife d'Aufi , ces mêmes Frères Taborites , qui s'en 
Dierum ^ étoient emparés , alfiégerent le Château d y Hradi/l , apartenant aux 
m " m "J' n Seigneurs d'AttJl. II y avoit eu autrefois dans cet endroit là , une 
eoinur. » Ville forte , dont les murailles fubliftoient encore. Le Château (i) 
v fut bientôt pris , & donné au Seigneur Procope de Rameniez , parent 
n de ceux à qui il avoit apartenu. La Ville d'AuJl (4) uyant en- 
w fuite été confumée par les flammes , les Taborites fe tranfporterent , 
„ avec leurs femmes & leurs enfans , fur la montagne , qu'ils appel- 
„ loient Tabor , pù ils fe fortiSerent de jour en jour , & bâtirent des 



( 1 *) Mr. Lisîant le die aînfi , après /Enf'i Syltius, Guerre des 
Huflacs p. 9 1. Mais comme je l'ai remarqué , £ni'i S ri v 1 v s ne mérite pas 
la confiance du Public. 

(2) Hraiiitl cft un mot Bohémien, qui fignifie Cajhrum , un Château , un lieu 
fortifié. S r r a v sk 1 dit , en parlant d'Hradet* : îsomen traxit a niumendo , 
qnol bomhm nn'M Hraditi dieunt Stranski Rcip. Bojem. col. 432. 

(OSriANSKi dit, qu'il ne tint que fix jouis : Cajîellum , JaSa impreffh. 
m,Jexro il Me (i.nilittr tx(>:tt>nwt. ub. fup col. 418. 

(4) CivitaU Uftijc ign* coujumpta voragme Diar. p. iç 7 . L'Auteur ne dit pas 
<jue les T.d'oritrt la brùlctenc à deflein : Cependant Stxansxi J'infinue. Ap» 
p ircmmcnt ce l'ofte u'etuit pas fur , & .ils ne vouloient pas que leurs Ennemis 
piuTent s'y lojjcr. î>U4nsk. ub. fup. col. 416. 4a 7. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 



„ maifons. Ce fut de là qu'ils incommodèrent extrêmement les Habi- 
„ tans des lieux voifins , qui ne vouloient pas fe joindre à eux 

Comme notre Auteur fuit exactement l'ordre des tems , ceci doit 
s'être paile vers le mois de Mars 1420. Il faut donc placer la fon- 
dation de la Ville de Tabor à ce tems là. S T r a n s k 1 le confir- 
me ( *) : Caftrum montis Tabor ab Huss I Difcipulù , quinto poft fup- (tft Rcip. 
plicium Doctoris fui anno , fundatum fuifft • , ac aJificari capiffe, publi- Bojem. 
ce conjiat. Le fupplice de Jean Hus arriva le 6. de Juillet 141^., Ca P U ' 
& la Ville de Tabor fut fondée la cinquième année après cette barbare coL * l6 ' 
exécution. 

1 

XXXVII. L'Empereur, que le Journal qualifie prefque tou- 
jours Amplement de Hpi de Hongrie , fe rendit à Rreslau , où il don- 
na fort mauvaife opinion de fa clémence. Il y fit mourir des gens , 
coupables à la vérité , mais à qui W en c e s l a s (on frère avoit fait 
grâce. Mauvais augures , mauvais commencemens de règne i qui pour- 
tant , lui nuifirent peut-être moins, que le fupplice d'un Hullite, dont 
Mr. LENPANT parle en ces termes : ( b ) Il y avoit alors à Bres- (h) Guer- 
lau un Huljite de Prague nommé Jean C K A s A ; qui préchoit la Commit- rc des 
nion fous les deux Efpeces , çf? préconifoit Jean Hus, blâmant haute- H unîtes . 
ment le Concile de Confiance, qui Pavoit fait brû'cr. Les Religieux de p ' ,ïo * 
Breslau Pavoient fait mettre en prifon , avec un Etudiant de Prague , qui 
et ou dans les marnes fentimens , £5? que ceux de Prague avoient envoyé 
à l'Empereur , pour lui offrir de le recomoitre , s'il vottloit leur per- 
mettre la Communion fous les deux Ejpeces. Jean de C R A s A fut tiré 
à quatre chevaux dans les rues -, mais t Etudiant fe fauva la vie en fe re- 
tra&ant. 

I L y a certainement quelque faute dans PAuteur que Mr. L EN - 
tant a fuivi. La Ville , ou les Vailles de Prague étoient fi puilfan- 
tes , & l'on avoit une fi grande confidération pour elles en Bohême , 
qu'il n'eft pas poifible , qu'elles ayent député un Etudiant à l'Empe- 
reur , pour lui faire des proportions de la plus grande importance. 
Si je favois qui eft l'Auteur qui raporte ce fait, je le confulterois pour 
fàvoir d'où vient l'erreur : mais Mr. Lemfant n'en cite aucun à 
la marge dans cet endroit là. Ne feroit-ce point que cet homme au- 
roit été furnommé Scbolajticus , car on trouve à la p. 114. de la Guer- 
re des Hnjjitts , un Recteur de l'Univcriité de Prague , nommé Jaques 
& furnommé le Scholajiiqtte. Un homme de ce caradere pourroit avoir 
«u une telle commiiUon, 

F 3 - A L'E- 



Digitized by Google 



4* SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

A l'égard du martyre de Crasa, l'Hiftoire mérite d'en être 
mieux circonftauciée , que ne l'ont fait les Auteurs de Mr. Lbnpant- 
(rt)Diar. La voici telle qu'elle ell racontée dans le Journal (a). „ Le if. de 
p. i$S. „ Mars de la même année ( 1420) , Jean de Prague furnommé Kra- 
n sa, grand zélateur de la Communion fous les deux Efpeces , Fut 
„ condanné à une mort cruelle par Fernand, Légat, ou Nonce du Pa- 
n pe , par les Docteurs & les Moines , parce qu'il ne voulut pas fouf- 
„ crire aux Articles fuivans : 1°. Que le Concile de Confiance a été 
„ légitimement alTemblé , au nom du St, Efprit. 2°. Que tout ce qui 
„ a été décidé par ce Concile eft ju [te , faint , & doit être tenu par 
„ tous les Fidèles , à peine de péché mortel : Qu'au contraire, tout ce 
„ qu'il a condanné a été jultement & fàintement condanné. 3°. Que 
n Jean Hus & Jérôme de Prague avoient bien mérité le fupplice 
„ qu'on leur a fait foufFrir , & que le Concile a fait jultement & fain- 
„ temeut , quand il les a livrés au Bras féculier , pour être brûlés. 4 0 . 
„ Que le même Concile a agi catholiquement & faintement , lorfqu'il a 
„ défendu de donner le Calice au peuple. K rasa ayant refufé de 
„ fouferire à ces Articles , il fut condanné à une mort très infâme w . 

S) Diar. Son fupplice ell décrit en ces termes ( b ) : Per tortores ut que liùiores , 
id. cquis per civitatem tr. ictus , blafphemiis ac probris diverjîs afficitur , £5? 
ign'u confumitur voragine. Cela veut dire , „ que les Bourreaux atta- 
„ cherent K r a s a à la queue d'un cheval , ou à deux chevaux , le 
„ corps étendu à terre ( peut-être fur une claye ) ; qu'ils le trainerent 
„ de la forte par les riies de la Ville jufqu'au lieu de fon fupplice , 
„ où ils le firent brîiler "-. Le Journal ajoute , qu'avant que d'allumer 
le feu , on le prefla d'abjurer , mais qu'il fut inflexible ; qu'il foutfrit 
le fupplice avec une extrême patience,- & qu'il expira en priant Dieu 
pour fis emetnit. Orans p-o fuis nùmicù. 

L E Lecteur me permettra de faire quelques reflexions fur ce récit , 
& fur celui de Mr. L enfant. i°. U faut que Jean y funiommé 
Krasa, citoyen de Prague, fut un homme de mérite & de poids : 
car , bien que S 1 01 smon D eût fait périr quantité de Hullîtes, les 
Etats confédérés de Bohême lui reprochent fur tout le fupplice de Kra- 
sa, & le mettent entre les griefs & les motifs , pour lefquels ils l'ex- 
cluent pour toujours, de la Couronne de Bohême. 2°. On ne peut re- 
fufer à Krasa l'honneur du martyre , puifqu'il meurt volontairement, 
plutôt que de renoncer à des vérités , qui font iucouteltables ; & qu'il 
conferve , jufqu'au dernier foupir , la charité pour (es ennemis. 3 0 . U 
ll'cft point vrai qu'iV //// .thé a quatre chevaux : les mots , per civitii- 
tem tracius , il fut traîné par la ville , contredifent ce fens là i & les 

Etats 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 47 

Etats confédérés difent pofitivement dans leurs griefs, que Si GIS- 
M o n D le fit traiwr tout autour par un cheval : ( i ) Mit dem t\oJf 
kerurnb jlbleppen. 4 0 . Les Auteurs de Mr. Lenfant donnent a Kra- 
SA un zèle infolent , au moins un zèle imprudent. 11 va braver , irriter 
le Cierge Catholique Romain , en p-échaut la Commotion fotu les deux 
Efpeces , en préconisant Jean 'H u s , en bUmant hautement le Concile de 
Confiance , qui ta fait brûler. Dans une ville où ce Clergé domine , 
les Anciens auroient peut-être trouvé de la Magnanimité, un zèle héroï- 
que dans cette conduite. Les Modernes y trouveront de l'impruden- 
ce & de l'oftentation. J'en laine le jugement à Dieu , qui connoit les 
cœurs : Je remarquerai feulement , que le Joiaual fe contente de dire, 
que K R a s A étoit grand zélateur de la Communion fous les deux Efpe- 
ces y & que d'ailleurs , il n'y a point d'homme de bien , qui n'aimât 
mieux mourir , que de fouferire , contre fa confeience , aux quatre 
Articles qu'on lui propofa. 

XXXVIII. Ce fut par le facrifice de ce généreux Hujjîte , que 
l'Empereur , le Nonce du Pape , & le Clergé de Breslau imploroicnt 
la bénédiction du Ciel fur les armes de la Croifade , qui fut publiée 
le lendemain, ou deux jours après. Dans ce mêmes tems , (a) dit(a)ubi 
Mr. LtNFANT, Ferdinand Evèque de Lucques , Nonce du Pa- fu P- 
fe , fit publier & afficher à Breslau , la Croifade ^Martin V. con- 
tre les HuJJites. Le Journal particularife davantage cette publication. 
(b) „ Le Dimanche Ut. ne , qui fut le 17. de Mars , 1420. ( Il y a ($) Diar. 
„ en parenthefe le \6.) la Croifade du Pape contre les Bobénùens , & P- 
„ en paniculier contre ceux , qui adhéroient au Calice , fut publiée 
„ & prèchée dans toutes les Églifes de Breslau, par ordre du Non- 



XXXIX. JEne'e Sylvius C c ) dit , qu'une des conditions de (e) Gaa- 
h Trêve conclue au mois de Novembre 141 9, entre la Reine & les jj *■ 
Gtoyens de Prague, étoit, que Ziska reftitueroit Pilfen & les au- ™ jJJJ" 
très Places qu'il occupoit. J'ai montré que cela étoit faux. Pilfen , ou 
Plezfta ne tomba entre les mains des Royaliltes qu'en 1420, plus de 
cinq mois après la Trêve j & l'Hiftoire mérite d'en être rapportée , 
pour kire voir la perEdie de ce Parti là. 



(<0 » Dans le tems que la Croifade fe publioit à Breslau , les 00 Diar - 

Royaliftes P* Ht» 



( O 11 y a ainfi dans rAlkmand. apud Goldafi Comment, de Rcg. Bohem. 
Junb. Tom il. col 267. 



48 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

(a) Mo- u Royaliftes tâchèrent, (a) par toutes fortes de rufes, d'engager les 
dis variis ^ Taborites , qui s'étoient enfermés dans Plezna , à traiter avec eux , & 
* aft .^ 'n à leur céder cette Place. Ceux-ci ne vouloient entendre à aucune 
„ propoikion de la part de gens infidèles, hérétiques & perfécutcurs 
„ de la vérité. Cependant , à la follicitation , & par le confeil de 
n quelques Députés des Villes de Prague , ils convinrent enfin avec les 
„ Royaliftes , de fortir de Plezna , à condition , que la Communion du 
u Calice feroit permife dans la Ville , & qu'ils pourraient fe retirer en 
n toute fureté à Htadijl avec leurs erfets , leurs femmes & leurs en- 
„ fans. Les Royaliftes acceptèrent ces conditions , bien réfolus de 
M ne les pas tenir, ( fe à dolofe): Car le Traité ne fut pas plutôt con- 
M clu, qu'ils mandèrent fecrettement à(i) Mikaussek Diwo- 
„ K i , Prélldcnt de la Monnoye , à Pierre de Sternberg, au 
„ Seigneur de Strakowicz, Grand Maître de l'Ordre de St. 
„ Jeun de Jeritj'.ileui ( Magijiro Ordiuis ) , & aux autres Officiers de 
„ leur Parti , qui avoient un Corps confidérable de Cavalerie dans le 
„ Diftrict de Plezna ; d'attaquer les Taborites dans leur marche , ce qui 
„ fut exécuté. Le 2f. Mars, jour de l'annonciation de la Vierge, les 
„ Seigneurs Brzenko de Swihou, Walkun de Adlar, 
„ Je an Z I s K A , & tous les Frères Taborites , qui s'etoieut enfermes 
„ dans Plezna , pour s'y défendre contre les Royaliftes, fortirent de 
„ la Ville avec leurs Prêtres, parmi lefquels étoient Coran d a & 
„ Markold; & remirent la Place à W enceslas L E s s r- 
„ N A, Sous-Chambellan du Roi. Mais lorfque cette Troupe écoit pro- 
„ che de Sudomertz , elle fut attaquée brufqueraent & à l'impourvû 
„ près d'un Etang , par la Cavallerie. Royale : Les Taborites fe firent 
_ un rempart de leurs Chariots , & fe défendirent vaillamment. On 
„ perdit du monde de part & d'autre. Le combat dura quelques heu- 
„ res , & le Seigneur de Swihou y fut tué. Mais vers le coucher 
„ du Soleil, les Royaliftes abandonnèrent le champ de bataille, ayant 
n fait une trentaine de prifonniers , que le Prélident de la Monnoye 
n emmena dans les Montagnes. Les Taborites de leur côté continue- 
_ relit leur marche jufqu'à Hradijij laiifant leurs bleifés dans les Vit 
„ lages w . 

C'est évidemment de ce combat , dont Mr. L e w f a n t parle 
à la p. 1 1 8T de fa Guerre des HuJJites , & qu'il place au commence- 
ment 

( 1 ) Mr. L e n f a n t Guerre des Huflites p. 91. Pierre Stienbkrg , 
VrèfiAtnt tH la Momtoyc. Et p. Un lertum Prifiamt de la Monnoye , nommé 
Nicolas. Je foupçonne là quelque faute. 



Digitiz.ed by Google 



DE LA GUERRE DfcS HU S SITES. 49 



ment de Janvier 1420 , immédiatement après que ceux de fragile eu- 
rem ôté les chaînes & les barrières de leurs rues, & exécuté ponc- 
tuellement les ordres de Sigismono. Voici ce que dit Mr. LlN- 
P A N T. Les Taborites forthtnt de Prague fur le champ , & allerittt , let 
uns trouver ZlSKA à Tabor , les autres , Nicolas de Hufiinetz à Su- 
domirtz. Us furent attaqués en chemin far quelques Grands de Bohême, 
jtdehs au /(pi. Le combat fut long & rude , mai m préttnd ( I ) que 

t'avantage dimeura aux Httjjîtes Z I S K A étoit à cttte ad ion , à ce 

que quelques uns prétendent. Tout cela n'eft point jufte. Le Combat 
fe donne le 2f. Mars , plus de deux mois après lafoumiïTon des Ha- 
bitans de Prague. Les Taborites ne fortent point de l'rague : ils for- 
tent de Plezna > qu'ils ont rendue volontairement aux Royalties , par 
un Traité dont ceux-ci violèrent les conditions. Que le Lcâeur no- 
te bien ces endroits-ci , parce qu'ils font voir , que les Auteurs de Mr, 
Lenpamt ne font ni exacls , ni fidèles , & que les HtuJ,tes avoient 
affaire à des ennemis très per6des. 

X L. L'Es p E* F» A N c E de la paix à des conditions équitables , avott 
engagé les Citoyens de Prague à fe foumettre à Sigismond. Mais 
les ordres qu'il envoya depuis en Bohême , le fupplicc de Jean K P» k- 
S a, & la publication de la Croifàde , les convainquirent qu'il ra'oit 
abjurer la Communion (bus les deux tfpeces , renoncer à toute Ré- 
formation , fouferire aveuglément au Concile de Conj.unce, & fe re- 
mettre fous le joug d'un Clergé violent & vindicatif : ou que , s'ils 
ne prenoient pas ce parti , il ne leur reftoit que l'alternative , d'être 
égorgés comme des brebis par l'Armée de la Croifade, ou de fe dé- 
fendre en gens de cœur , & de vaincre ou de mourir. U étoit con- 
tre leur Confcience d'abjurer des vérités connues : mais pour défendre 
ces vérités au péril de tout ce qui leur étoit le plus cher au monde , 
ils avoient befoin d'être encouragés par dts Prédicateurs zélés & in- « 
trépides. Entre tous ceux qu'il y avoit alors à Pragtw , l'Hiftoire par- • 
le beaucoup de Jean , que Mr. Unfant appelle de Prémontré , & 
dont il ne fait pas un beau portrait f a) 1 mais je crains qu'il n'em- Ub| 
prunte un peu trop fes traits & fes couleurs des Ecrivains Catholiques fup.p i<y. 

G Romains, & 

fr) Mr. Lisfant parle à la page irfo , dVn Seteneur , qui n'eft paa nom. 
mé , m-is qui étoir dans lé* intérêts du Foi. Il dit, ;pics quelqu'un de fes Au- 
teurs , que rr Sei^urur avoit mk tu fuite Nicolas de Hifl reiT , çV n'wtr/ Chefs 
des r*bo>ittt dam un mtlroit ufftffé Sudomir LtU ne l'accorde ni avec le Jour- 
mat , ni avec les autres Auteurs de Mr. L s n r a n r , qui parlent par fa bouche 

ihp. ne. 



Digitized by Google 



fo SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

Romains. Ce qu'il y a de certain , c'eft que Jacobsl lui - même , qui 
n'étoit pas un Picard ; un Taborite , & le Parti Calixtain de Prague en 
ont fait un faint Martyr : pendant que les Htftoriens de Mr. Len- 
(a) Ibid. FA NT (a) en font an homme audacieux, capable de tout entreprendre, 
p. 96.198. Séditieux, prrjide , fanguinjire. Le Le&eur en jugera par fes a&ions. 

§'il y en a qui paroilïènt violentes, il faut favoir, fi elles ne furent 
pas nécelfaires pour, prévenir des violences incomparablement plus gran- 
des. Aulfi Mr. Lenfant me paroit en doute fur le fu jet de ce 
Moine. Voici fes paroles à la fin du Caractère , & de l'Hiltoire qu'il 
en donne. Quand je confidere tout ceci , j'ai du penchant à douter, que 
TheOBALL) s'en, eji trop légèrement rapporté aux Auteurs Anti-Huj- 
fites, nomme HaûEC & ,£»EA8 Sylvius; & que Jean de Pié- 
montre n'étoit pas fi méchant qu'on le fait. Cefi de quoi je laije le Juge- 
ment au Ltcleur. Fort bien ; mais il fidoit le mettre en état de juger» 
en examinant en Critique, les aceufations qu'on lui impofe. Animer 
le peuple à changer le Sénat d'une Ville, quand le Sénat eft fufped 
d'intelligence avec l'Ennemi , n'eft pas exciter la révolte * c'elt fnnver 
le peuple. 

J E ne fài pourquoi Mr. Lenpakt appelle toujours ce Moine 
Jean de Prémontré 1 car pour moi , je croi qu'il faut dire Jean le Pré- 
montré i parce que je ne faurois me perfuader , qu'il fût du lieu nommé 
Frémontré, dans le Diocefe de Laon. Je ne doute pas qu'il n'ait été 
Bohémien. Il y avoit en Bohême plufîcurs Monaileres de Prémo>itrés : 




s 



feW* Mirnm.Jràu» B,,»,., ,ui l'a certainement 

rc des .coiuiu » dit , qu'il étoit extrêmement fuivi , à caufe de fon éloquence, 

Huflîte'. quoiqu'il n'eut qu'un favoir médiocre, (c) Propter ejus eloquentiam , 

P »fî« (tuamvii non mulLi polleret feientiâ. 
( c ) Diar. T 

C4)Gucr- Les Bohémiens^ dlt Mr ' LENFANT (d), étoîent principalement 
je des ~ animés par, un Moine, nommé Jean de Prémontré, qui avoit embrajfi 
Hufliccs jettr Potitrine , ^? qui s 'étoit déjà fignali dans une Guerre bttefime. Ce 
p. iao. prêtre prêchant le Qtréme à Prague , élevoit jusqu'aux nues WiCLEP 
Jean Hus, déclamait contre l'&npereur , & tappello'j le Cheval 
«vil* de l Apocalypse. Mes chers Praguois , leur difoit-il % ne voyez vom 
pas de quel efprit P Empereur eft porté è votre égard ? Il eji ewmni juré 
du Caiice. Cejt lui qm nà*s a fait excommunier. Croyez-vous quikvam 
traite autrement que ceux ie Brcslau? ' ' : - • '» • 



1 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. fi 

J E ne fai dans quelle Guerre htteftiue ce Monte s'étoit déjà fignolé. 
Mr. L E N F a n t ne le dit pas , ni mon Journal non plus -, & je ne 
durais le deviner : Mais s'i/ élevoit jufqu'au Ciel WiCLlP & Je/m 
H us; que faifoit-il que rendre juftice à la mémoire de deux grands 
hommes , qui avoient aimé la vérité plus que leur vie ? S V déclamait 
contre SlOiSMOND, qui fe préparait à porter le fer & le feu dans 
toute la Bolxme , fous prétexte , qu'on ne vouloit pas y recevoir les 
Décrets du Concile de Confiance ; il ne dédamoit au fonds , que con- 
tre l'ennemi de la Religion & de la Patrie. S i g i s m o n d avoit un 
Droit héréditaire à la Couronne de bohème i mais ce Droit s' et en doit- 
il , jufqu'à forcer les confeienoes , & à faire pendre , noytr , brkltr , 
tous ceux , qui oferoient refifter à fes ordre en matière de Religion ? Au 
refte ce n'eft pas au (a) Cheval roux de l'Apocalypfe , que Jean coin- (a) Apoc 
paroit Sigismondi c'eft au (b) Dragon roux: Et ce qui lui en v ' ,2 - 
fournit l'occafion , quoique Mr. Lenfant ne le dife pas, c'eft que poc * 
ce Prince donnoit à fes favoris un Dragon for, qu'ils portoient fur *' 
la poitrine , & qui et oit la marque de je ne fai quel Ordre , ou de je 
ne fai quelle Allocation dont ce Prince étoit le Chef. ( c ) Ipfe nanujHe ( c ) Diar. 
(Sigismun DUS) Draconem aureum fuis dileSoribm , m fignum fo~ p. i6i, 
cietatis , deferendum peSore , concedebat. On ne fàuroit blâmer la con- 
duite de ce Moine, qu'en fuppofant , que Sigismond étoit en 
droit de forcer la Bohème , à recevoir les Décrets de Conjlance , & que 
la réliftance des Etats de ce Royaume étoit une violente Rébellion. 

XLI. Des-q.uk la nouvelle de la publication de la Croifade fut 
venue à Prague , les Adverfaircs de la Communion fous les deux Et 
peces , ne purent dillimuler leur joye & leurs cfpérances. Tous ceux 
qui fe trouvoient dans cette Ville , tant les Eccléfiaftiques que les Sé- 
culiers , difoient publiquement : „ C'eft à cette heure , que ces fcé- 
n lerats d'Hérétiques feront tous brûlés, ou qu'ils périront par l'épée 
„ du Roi de Hongrie , eux , leurs femmes & leurs enFans. C'eft pour- 
quoi forions au plutôt de cette Ville, de peur que nous ne nous 
„ trouvions enveloppés dans le maffacre , que l'on en fera", (d) Ont- ( O Diar. 
nés , tam fpirituales quant feculares , gaudentes dicebant : Jam ijii pejjimi 
Haretià omnes comburentttr , aut omnes , amt mulieribus parvulis , 
gladio piribunt Hegis Hwtgariai. 

S I la Populace Hitffitique eut été auflî furieufe , & auflî fanguinai- 
re, que les Auteurs de Mr. L enfant la repréfentent ; fi elle allait 
bridant & majfacrant tout , cjuand perfonne ne lui faifoit aucun mal ,• 
d'où vient qu'elle ne fc jette pas fur tous ces Catholiques j^ptnains , &> 

G 2 tlefiaf. 



<2 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

cléftafiques & féaihers , qui fc réjouiflènt par avance de la voir brkler y 
maffacrer par les Troupes vidkorieufes de Sigismondî 1 Elle pou voit 
au moins s'en faifir , & les mettre aux fers , foit pour lui fervir d'O- 
tages , en cas de befoin , ou pour les empêcher de fe joindre à Tes en- 
nemis» quand la Ville (croit alfiégée. Cependant , voici comme on 
(a)Diar. en ufc avec eux. (a) n Les Bourgmeftres & les Confeillers des deux 
n Villes leur permirent de (s retirer avec leurs ramilles , & leurs meil- 
„ leurs effets , dans le Château de Prague & de Viffegrade. m Environ 
„ fept cens des principaux de la Vieille Prague y & autant de la Nom- 
„ veile, parmi lefquels ctoient les Allemandt, allèrent chercher un Azy- 
M le dans ces deux Fortereifes. On ne les y reciit qu'en prêtant fer- 
„, ment , qu'aulfitôt que la Trêve, qui finilToit à la St. George r fe- 
„ roit expirée, ils fe joindraient aux Gamifoos, & aux Troupes du 
„ Roi de Hongrie , pour attaquer les deux Villes, & exterminer tous les 
(6) Ibid. » Adhérens au Calice, (b) Jurainentum fidelitatû fecerunt, ut pojl fef- 
p. jtfi. „ ttan Georgii , trcugis pacù exprratit , jurent eos Pragenfem propriatn ex- 
„ pugnare Civitatcm , .... fautoribm utr'mfque fpedà interemptu Çf? «&- 

... • 

X L I L Les Huflxtes de Prague voyant l'orage prêt à fondre fur 
eux , commencèrent à prendre des mefnres pour leur défenfe. Mr. 
(c) Guer- L.E M F an t ( c) dit : Là deifus , ( après avoir oui les exhortations de 
rc des j ean de Prémontré) „ le Peuple de Prague aflembla la Bourgeoifie & 
Huflitcs ^ l'Univerfité. Ils jurèrent tous de ne jamais recevoir SlOiSMOND 
P * "°' »po«r h* W > de défendre la Communion fous, les deux Efpeces juf- 
„ qu'à la dernière goûte de leur fang } & ils commencèrent les hoihlités 
„ à la Ville & à la Campagne. Ils écrivirent des Lettres circulaires 
„ par tout le Royaume, pour exhorter les villes, à n'y point laiûer 

^entrer Sigismond Ceft ce qui fit réfoudre S igismo nd* 

pleur faire une guerre ouverte. " Voilant comment Mr. Lenfant 
raconte cette affaire. Voici comment elle eft raportée dans le Journal 
(<0 Diar ^ " ^ a Veille ^ e Pâques , ou le troifiéme. d'Avril, les zélateurs de 
p. 1-6», ' » la Communion du Calice , voyant qu'ils n'avoient rien de bon à at- 
tendre de la part de Sigismond, & à l'initigation de quelques 
w .Eccléfiaftiques, fur-tout de Jean, Prédicateur à Ste. Marie m Are- 
„na, allèrent accompagnés de leurs Prêtres & de leurs Dodeurs, à 
„ la Maifon de Ville de la Vieille Prague. Ce fut là qu'ils s'obligèrent 
,, tous à défendre !a Communion du Calice , au péril de lturs biens. 
„ & de leurs vies, contre tous ceux, qui voudraient les en- priver.. 
„ ils firent aulîi jurer aux Echevins , qui reftoient , de demeurer &■ 
deles à la. vérité. Ils établirent quatre Capitaines dans PAncienne fV*. 



Digitized by Googl 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. î3 

„ grn i autant dans la Nouvelle : auxquels ils remirent les Clefs des 
„ Portes , & de la Maifon de la Ville. Ils leur donnèrent plein pou- 
„ voir , de faire tout ce qu'ils jugeroient à propos , pour la défenfe de 
„ la vérité , promettant dé leur obéir en tout. Ils créèrent aulli qua- 
„ tre vingts Capitaines , qui (broient fous les Ordres des huit premiers 
n Chefs: fa voir quarante pour chaque Ville, & après avoir dreffé un 
„ Ade authentique des réfolutionsqu'ilsvenoientdc prendre, chacun fe 
„ retira dans fa maifoa rt - 

Je ne voi point dans cette Relation, le Feitple de Prague, ( c'eft- 
à-dire le bas Peuple, puifqu'il eft diftingué de la Bourgeoifte ,) ajfembltr 
la Bourgeoifte Ç$ P Unèverfité : Je n'y voi point la réfolution de ne ja- 
mais recevoir Si G I s MO N d four leur I{pi : Je n'y voi point à'hojli- 
tilités recommencées à la Ville & ' à- la Campagne } quoique la Trêve n'ex- 
pirât que vingt jours après x lavoir le 23 d'Avril. 

Au reste , je croi qu'on- peut corriger hardiment , fut le témoi- 
gnage d'un Auteur préfent à ce qui fè paffa, ce que Mr. LenfanT 
dit (a) quelque part: Que l'on créa à Prague quatre Chefs de Milice, OOGuer- 
lettx à la Vieille Ville, Çf? dea 



deux à la Vieille Ville, Çf? deux à la Nouvelle , à qui le Sénat donna le JJ 
Sceau, £5? la Clef des Archives, & leur «joignit enfuite quarante autres p"^?*" 
perfonnes , pour leur fervrr de Confit/. Il faut aiîur 'ment mettre huit 
Capitaines, ou Chefe principaux des Corps de Milice j & quatre vingts 
Ctpitaines fubalternes. 



NB. Il y a dans cet endroit du Journal p. une Lacune, que 
Mr. de Ludewig a trouvé dans fon Manufcrit: Défunt hic aliqm 
fcheaU in. codice manuferipto* 

XLIII. Nous avons vû ( b ) que la Ville d'AuJl fut furprife le ( * ) D»m. 
Si. de Février 1420, par un Prêtre Hujfite , à la tète d'un Corps de * 
Taborites & de Paifans. Les Hiftoriens de Mr. LenfanT ( f) attri- (<•) Gaer^ 
buent cette Conquête à Zl SK A , qui feloiv notre Journal, n'étoit pas r e des 
même à cette action. Ges mêmes Hiftoriens difent qu'aulfitôt après " u " lte8 - 
cette Expédition, ZlSKA & fis Taborites allèrent aujji fiafmnàre la \ x l X% * 
Fortereffê de Sedlitz, oit étoit Ulrich de Rosenbero: Elle fut ré. * 
duite en cendres, les pauvres Moines maffatrés. Ces Majfacres de Moi- 
nes reviennent toujours.: Je ne fui même, fi. on ne les fait pas revi- 
vre , pour les faire matracrer plufieurs fois. Quoiqu'il en {bit , je' 
trouve à la p. 1 s 2 , de l'Hiftoire de Mr. Lt nf ant , qu'un an après,, 
tn 1421 , Us. Taborites majfaçrerent dans le Monaftere de Sediitz , 500;. 



Digitized by Google 



SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



Rsligiettx des Cl)artreux de Prague ç$ de Podiebrad , qtù s'y étoient re- 
tirés comme en un lieu de fureté. Sedlitz étoit au pouvoir , des Taborites 
en l'année 1420. Ils en avoient malfacré cous les Moines ; & fans 
qu'on voye un nouveau Siège, une nouvelle prife de Sedlitz, c'eft un 
lieu de fureté pour les Moines : Il sy en trouve à la fois 500. tous 
étrangers i & je crois devoir fuppofer , qu'ils y avoient été reçus par 
les Moines du Couvent. 

Poursuivons. Ulrich ^ Rosenbero, quîfe trouva à Sed. 
Z\ quand cette Fortereilè fut prife en 1420, fut affommé i coups 
de fléaux. On lui coupa après fa mort les pieds & fa mains, & on les 
jetta au feu avec le rejie de fon corps, C'elt (i) The'obalde qui 
le dit. Voila donc Ulrich de Rosenbero mort dès le mois de Fé- 
vrier 1420. Il va revivre au mois de Juillet, où ilalfiege Tabor. Le 
même T H e' o b a l d e , qui l'a tué dans Mr. Lesfant, le ramené au 
C«)Guer. combat près de cinq mois après fa mort. The'obalde, (a) dit 
Huflitcs ^ENFANT, met au ftxiéme de Juillet de cette amue la défaite du 

p. ia8. ' M éme Rosenbero devant Tabor , où il avoit mis le Siège par or» 
dre de F Empereur. Mais Nicolas de HussiKBTZ, à qui ZlSKA 
avoit confie cette importante Place, avec la fleur de fon Armée, fit une 
- fi vigoureufe fortie , qu'il mit les Allégeons en déroute , après en avoir fait 
un grand carnage. Il n'y a rien d'exact dans ce récit de The'obal- 
D B. Cette victoire fut remportée le 30. Juin , & non le 6* de Juillet. 
Nicolas de H us n'étoit point enfermé dans Tabor avec la fleur de t Ar- 
mée Taborite. Il étoit à Prague quand Tabor fut ailiégée i comme on 
va le voir. 

Apres la Lacune , que je viens de remarquer , B y z i n i u s ra- 
conte (2), qu'Ulrich de Rosenbero ,, dépouilla de leurs Cures 
„ les Prêtres de fes Terres , & défendit à tous fes fujets de commu- 

nier fous les deux Efpeces , faifant voir par là l'inconltance de fon 
,, Efprit peu droit, laquelle fembloit indiquée par fes pieds, car il étoit 

boiteux. Indirect* mentis inconjlantiam , quam pedum ipfms claudicitas 
„ demonfirabat ". Ulrich avoit été Huifite , & Mr. Lenpant ( 3 ) 
raporte, après l'Auteur du Mars Moravique, la Légende, c'elt- à-dire 

l'Hiltoire 

( t ) Guerre des HuTres p. lit. Bien loin devoir été tué en 1411 , î! vivoit en» 
eorc plus de |o. an> après , lor(qu'/ft'W? Syfviut vint en Bohème. 

( z ) Oiar. p. 16; Il y a dins le Journal : Deponi m miavit ; ce que je raporte 
aux Pr»7w , ou auv Curés. 

( 3 ) Guerre des HuiQxes p. «7. On peut voir cette fable daruj l'Auteur. 



xl by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. ff 



r*Hi(toire ^pmanefque de fa Converfion. C'eft pour cela que le Jour- 
nal le taxe tintconfiance. „ La vengeance divine, continue mon Au- 

teur , ne manqua pas de l'en punir : Car Nicolas de H u s ( i ) , 

r un des qnatre Capitaines des Taburites , ( Unm ex quatuor Taborita- 
„ rum Capitaneis) ayant appris, le 2f. de Juin , l'extrémité, où fe 
„ trouvoient les Frères & les Sœurs de la Montagne tfHradiJi , partit 
„ de Fragne à la tète d'environ trois cens cinquante Cavaliers , pour 
„ aller à leur fècours. Avec cette petite Troupe il approche d'Hradijl 
„ ( 2) le Dimanche 30. Juin , Fête de S. Pierre , à h pointe du jour. 

Il attaque le Camp des Ennemis , pendant que les Taborites, qui 
„ croient avertis de fa venue , fondent fur eux de leur côté , en jet- 
11 tant de grands cris. Alors , Dieu répandant de la terreur parmi 
„ les Aifiégeans , ils font très peu de réfiftance , & quoi qu'ils fuflènt 
„ plus de vingt contre un, ils prennent la fuite, laiilant armes , ba- 
„ gages & machines de guerre. Les Taborites les pourfuivent, en 
„ tuent beaucoup , en bleflent plufieurs , font les autres priibnniers v 
„ & après avoir rendu grâces à Dieu de leur va 1 1 cure , fur le champ 
„ de bataille , ils rentrent dans leur Ville. Le butin tut très riche > 
w en or , en argent , en vafes , en vétemens précieux , en armes , 
„ bombardes , tentes , provifions de vin & de vivres. Le tout fut era- 

porté fur la Montagne tfHraâifi , & partagé entre les Vainqueurs p 
», félon le befoin de chacun. Ils y emmenèrent aulli une Machine éç- 
M de guerre , après en avoir détruit une autre. 
« 

H Rosenlerg, irrité autant qu'abattu- de fa défaite, décharge» 

fa colère fur les Prêtres de (es Terres , qui avoient donné la Corn- 
„ munion fous les deux Efpeces. Il les fit prendre , & enfermer dans 

les Tours de Tes Châteaux, faveir, à tri.ybénicz, Cbicuu\, Helfein- 
„ bourg, KrumJow, Rpfenberg, & au Oùteau-neuJ afin de les obli- 

ger à abjurer la Communion du Calice. Mais Dieu les fortifia telle- 
„ ment , qu'il n'eu put venir à bout ; quoiqu'il en fit mourir deux. 
w dans fon Château d'Helfembourg t & que pendant près de fix mois U 

j» } * 

( 1 ) On voit ici, que les Taborittt -avoient quatre Chefs principal». Ceprn- 
iam les Hiftoricns ne parlent que de Z 1 s k a : Or certainement Xuota de 11 u s 
a'etoit point fous les ordres de ce Générai. 

( 2 ) il y a d.ms 1c Jnunia! p. 16 Die XXX. J*oni\ Tkminietfàlhet $. Pé- 
tri. Comme la Fcte de S. Vitrrt fc? de S Paul eft le 29. Juin , & <H>'en l'an*, 
née 1420, te \o. Juin ctoit un Dmuanbe, il faut que l'on ait omis dans le Ma* 
naferit , ou dans l'Imprimé , la prcpoGtion j-ojt. Aflurcment Uyzinivs a écrit 
£>/> XXX. Ju»ii % Ft iniiuco fiùùet poft S. Pttri. C'eft ainû qu'il a coutume 
4e dater les Evénement. 



<6 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ ne nourrit les autres que du pain Je tribidation Çf? de Peau fangoif 
9 , fe, u ( c'elt-à-dire , qu'il les fit jeûner pendant près de fix mois au 
pain & à Peau ). ,, U défendit auiîi abfolument de donner la Com- 

munion fous les deux Efpeces dans toutes fes Terres. Ce fut là la 
„ cauje des grands ravages , que les Taborites y firent dans la fuite. Prop- 
n ter qnod multa damna , tu patebit inferius , in bonis fuis excepit per 
„ Taboritarum gentem, bon i jiia midtipliciter devajiantem , Ç£ invadett- 

tem ". Je prie le Leâeur de faire beaucoup d'attention à cet en- 
droit. L'Hiltoire de la Guerre des Huljites raporte les ravages , que 
les Taborites on fait dans les Terres de RosenberG; mais y ra- 
porte-t-ou la caulè de ces ravages ? Cet homme fut d'abord Hullîte : 
Il change de Parti , quand Sigismond entre en Bobétne , & de- 
vient l'ennemi juré des Hulfites. Il alfiege Tabor : il emprifonne les 
Prêtres qui donnent la Communion fous les deux Efpeces : il en fait 
mourir deux , 9c tient les autres pendant fix mois au pain & à l'eau. 
Doit -on s'étonner après cela, que les Taborites fe vengent de leur 
perfécuteur 

Mr. Lenfant «lit ft la page ttf. Un incendie , un majfacre it at- 
tendait pus l attire. Prachatitz fumoit encore du fang de U fureur Huf- 
Jkique , que Z I s K a partit de là pour enfangUmter d'autres lieux. Cela 
eft bien vif, & bien fort, & peut-être plus d'un Orateur que d'un 
Hiftorien. Je ne voi rien de cela dans mon Journal, qui devrait 
pourtant en parler , fi ces Evénemens étoient places dans leur 
rang: Car Mr. Le NEANT les raporte au tems , où la Reine So- 
phie fe retranchoit dans Prague , & avant la Diète de Broun , ou de 
Brin, qui fe tint au mois de Décembre 1419. Mais la vérité elt , 
comme je l'ai déjà remarqué , que Mr. Lenfant, trompé apparem- 
ment par fes Auteurs , ne fuit point l'ordre des Evénemens. La pri- 
fe , ou la déflation de Prachatitz. n'arriva que depuis la levée du Siège 
de Prague, comme on le peut voir dans fon Hiitoire, p. 131. 

Mr. Lenfant pourfuit. // y avoit , dit-il , fur Us Terre des Sei- 
gneurs de RostNBERG, un vajte Ç$ riche Monajiere de Citeaux , que 
le monde alloit voir par curiofué. Les raborites fe ferv'rrent de ce pré- 
texte pour Palier détruire , & les Moines , qu'on put attraper , furent 
pendus à des Tilleuls. Suppofous que cela ioit vrai , cela n'eft arrivé 
que depuis que Ko sensé kg eut fait mourir des Prêtres Hu'Jites , 
& tenus les autres prifonniers au pain & à l'eau. Byzinius nom- 
me les M madères détruits pendant les années 1419, & 1420. Crum- 
louv n'y eft point. 

XLIV. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. S7 



XLIV. J E ne fai, fi Mr. Lenp ant parle quelque part de lapri- 
fe d'Hradecz, dont les Hutfites s'emparèrent le 26. ou le Vf. Juin de 
Tannée 1420. Cette Entreprife ne doit pas être oubliée, (a) „ Dans ( a ) Dur. 

ce tems là , dit notre Journal , les Seigneurs A l s s o de JVrzcfsliouv, p. 164. 
„ H l NES si us de Mokrowkz , & (l) SlNICZKOde ÙJwaH^wmcz, 
„ tous trois zélés pour la Communion fous les deux Efpeces, & pour 
„ d'autres vérités de la Foi , penferent à mettre leurs frères à l'abri 
„ des perfecutions , qu'on leur fàilbit dans la Ville de Srens : ( 2) lu 

civitate Srenenfi ). iCeXk là qu'en proye aux Prêtres & aux Moines, 
„ on employoit toute forte de violences & de cruautés pour leur fai- 
„ re abjurer leur créance ; jufque là , que les Catholiques tant Regni- 
„ cotes , qu'étrangers , ( 3 ) viobient leurs femmes & leurs filles. Ce» 
i, Seigneurs , touchés des maux que fouifroient leurs Frères , alfem- 
„ blerent ( 4 ) un bon nombre de Paifans & de Charbonniers , & al- 
„ lerent fe porter fur le mont Tztmieticz , Montagne haute & d'un ac- 
„ ces difficile , fituée au den*us de farduficz » afin d'y donner retraite 
„ à ces pauvres perfécutés. Atnbroife , Prêtre de Srecz , qui avoit été 

ch aile par la Reine Sophie, & par fes Officiers , fe trouvoit alors 

à Prague. Dés qu'il eut appris , que fes Frères s'étoient retirés fur 
„ cette Montagne, il réfolut de les aller trouver, quelque péril qu'il 
„ y eût à faire le voyage. Il part: il arrive fatn & fauf, prêche la 
„ Parole de Dieu à un Peuple , qui en étoit affamé , & leur donne la 
„ Communion fous les deux Efpeces. 

„ (O Le troifiéme jour après la S. Jean, il fait préparer des échel- 
„ les , dit qu'il veut aller au fecours de Podlazicz , & fe met en mar- 

H che 

C 1 ) II eft nommé dans la fuite , Ginic7.ro. 

( a) Je ne fai quelle eft cette Ville. Seroit-ce la même que Srws, dont il eft 
parlé dans la fuite ? Comme Mr. de Lddivig n'a eu qu'un feu! Manufcrit , 
où il y a bien des fautes , il peut y en avoir dans les noms des Villes & des 

lieux. 

( I ) Virghntm ac mu H mon molationibt* tnsrfibtu. Diar. p. 164. 
. ( 4 ) Je (oupçonne , que ce font ces Cburbomners & ces P «y fans , qu'on t nom. 
mes Oribita , & à qui les Hiftoriens reprochent tant de cruautés. Si ma conje* 
fture eft jufte , comme je le croi ( car mon Auteur ne parle point d'Orëbittt , 
quoiqu'ils exiftaflent déjà ) , on verra dans la prife à'Hrmdect , qu'ils n'étoient pas 
nuffi barbares , qu'on le dit. C'eft eux erftdtiveraent , qui font les OrHritet ; com- 
me on Je peut voir en conférant ce qu'fi Ni't S y l v 1 u s dit de ces derniers, 
Wfl. Bob. Cap. 4?. 

( O Il y a Feriu III. pojt Joannif BaptiR* : mais il faut que ce (bit Ftria II; 
ou qu'au lieu du XXVl de Juin, qui iftdnns la fuite , on mette le Z7. Car Am- 
Inoije part le loir , & attaque la Ville le lendemain matin. 



Digitized by Google 



58 SUPPLEME NT- A L'HISTOIRE 

» 

„ che le foir , avec les Seigneurs que Ton a nommés , & avec toute 
i, la Troupe réfugiée fur la Montagne. Les Habitans ( i ) d'Hradecz , 
,, trompés par leurs propres Efpions , croyent qu'crfedivement les Huf. 
„ fîtes marchent à Podlazicz » & ne font pas la nuk auill bonne gar- 
de , qu'ils auroient fait. Ambroife , de fon côté , change tout d'un 
„ coup de route, marche droit à Hradecz 7 où il arrive vers la poin- 
„ te du )our s fait planter fes échelles contre les murailles , & fe rend 
en très peu de tems , maître de la Ville. Les Habitans furpris ne 
„ firent que très peu de rélillance , & ne penferent qu'à fe fauvcr, les 
i, uns dans les Tours des Portes, les autres dans le Château, ou ils 
furent bientôt obligés de capituler & de fe rendre : le relie demeu- 
ra prifonnier. Les vainqueurs fe partagèrent les biens des vaincus, 
qui fe retirent ailleurs ; & donnèrent leurs mailbns aux Habitans , 
qui adhéroient au Calice. Ils fortifièrent la place , & en confèrent 
,V le Commandement aux Seigneurs , qu'on a nommés ci-delTus. 

L A nouvelle de la prifè d'Hradecz déconcerta le Roi & fes Par- 
„ tifans. Il faut que la Place fût importante : car ce Prince ordon- 
„ na auflitôt à plulleurs Seigneurs du Royaume, d'aflèmbler uneAr- 
„ mée & de Palfiéger , avant que les Taborites euffent le tems de s'y 
„ fortifier. Ces Seigneurs eurent bientôt formé un Corps de dix miL 

le hommes , avec lefquels ils s'approcherait à une demie lieue de la 
„ Ville. Là ils fuppoferent une lettre , de la part des Hujjites de i¥*- 
*t £" e t laquelle ils notifioient à ceux dUHradecz , qu'ils avoient 
„ fait une Trêve avec le Roi , pour un certain tems , & les exhor- 
„ toient à l'accepter auifi pour leur Ville. Le but ctoit de les en- 

dormir, & de les furprendre ; mais ils ne furent pas les dupes de 
„ cet artifice : ils fe tinrent fur leurs gardes , & ne penferent qu'à fe 

mettre en bon état de défenfe". 

' XLV. PENDANT que ceux d?Hradecz> fe fortifioient , SlGIS- 
(«) Guerre M O N D alTicgeoit Prague. Mr. Lenfant dit (a), qu'on a peu de 
des Hulïît. détail de ce premier Siège. Le Journal lui auroit fourni des particula- 
p. rités, qui méritent l'attention du Lecteur. Je vaien traduire la Rela- 

tion toute entière , afin qu'on la puiue comparer avec celle des Hifto- 

rïens de Mr. Lenfant. 

(b) Diar )„ Le 30. de Juin , qui étoit un Dimanche ( 1420 ), le Roi de 

d 166. » Hongrie, à la tète d'une puiûante Armée, compofée de Bohémiens 

( a ) Us font nommés Grenenftt dans le Journal 



Digitized by Googl 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. f 9 



„ & d'autres Nations , s'approcha du Château de Prague , où il entra 
au fon des Cloches , comme on célébroit la Méfie. Le Clergé le 
reçut en Proceiïîon , chantant des Hymnes & des Cantiques. Son 
„ Armée* occupa la Plaine entre Bruskçm , Ovenecz & le Parc. La 
„ Croifàde ayant été publiée par tout contre les Bohémiens , cette Ar- 
„ mée groilidoit tous les jours par de nouvelles Troupes , qui venoient 
„ de tous les endroits de l'Europe , attirées par rÊfpérance de ga- 
„ gner les Indulgences : le Pape remettant à tous les Croifés la Peine 
ii la Cou/pe. On voyoit dans cette Armée , qui fut bientôt forte 
„ de plus de cent cinquante mille hommes, le Patriarche d'Aquilée , des 
„ Archevêques , des Evèques , avec quantité de Prélats , de Docteurs 
„ & d'autres Eocléfiaftiques. Les Ducs & les Princes féculiers étoient 
au nombre de quarante. On ne dit pas celui des Comtes , des 
„ Marquis , des Barons & des Gentilshommes. Seigneurs , Vaffaux , 
„ Bourgeois , Païfans , tout voloit à cette Expédition. Voici les noms 
,, des Nations différentes , qui fe trouvoient réunies fous les drapeaux 
i, de l'Empereur : Bohemi Moravi , Hungari ǣ Croati , Dalntati & 
„ Butgari , Walachi Ç£ SiaciU , Cuni , Jafi , R^ttem , ■ Bgfi , Slavi , Pru- 
tetu r Suevi , Turingi , Styrii , Mifnenfes , Bavari , Attfrales , Franci, 
„ Francones, Angli, Brabanti, Wejiphali , HolanJi , Hehetii , Lufatii, 
„ Silefii , Carinthii, Arragonii , Hifpani , Poloni , Teutomd de Blieno , 
& alii quant pltoimi. 

„ Cette prodigieufe Araée couvrait toute la Plaine, où elle étoit 
„ campée en trois Corps, qui faifoient comme trois grandes villes. 
„ Les Aifiégeans venoient tous les jours au fommet de la Montagne, 
9 i au pied de laquelle pa(Te la Moldave, & qui cit vis à vis du Monaftere 
„ de Ste. Croix, & de St. Valentin. De là ils crioient aux Habitans 
„ de Prague, (r) ha! ha! Hus! Hus! Kacer! K a c e r ! Si 
„ quelque Bohémien tomboit entre leurs mains , ils le brùloient fans 
„ miféricorde , quoiqu'il n'eût jamais communié fous les deux Efpeces : 
„ à moins que quelqu'un des Barons de l'Armée ne le délivrât. H 

y eut d'abord de fréquentes Efcarmouches entre les Aûlégcans & les 
„ Alfiégés , foit; dans le Jardin du Palais Archiépifcopal , ou dans la 
„ Place nommée Y Arène ( in Harena ) ; mais les premiers eurent tou- 
„ jours du deflbus , jufque là qu'on voyoit cinq , dix Bourgeois de 
„ Prague, qui n'étoient ( 2 > armés qu'à la légère, attaquer des trou- 

H 2 pes 

( i ) Il faut que ce fuffent des Allemand» : Htm défignoit Jean Hus; & Ko» 
cet fignifie Uèritiqtu. 
i a ) Jl y a dans l'Original : So/ùm Zofuik iwbttû 



60 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



„ pcs beaucoup plus nembrcufes , bien armées & équippccs de ( I ) 
n féaux bien ferrés ; en coucher une partie fur le carreau, & mettre 
le refle én fuite. Les Ennemis tentèrent pludcurs fois de ruiner Se 
„ de brûler les Moulins , qui font vis-à-vis de Ste. Croix j mais ils fu. 
„ rent toujours repouûes avec perte. 

„ Il y avoit une hauteur ou Montagne proche du Gibet , appellée 
„ Witkpvea hora ; ou Ja Montagne de Witlp. S i g i s M o N d voulut 

s'emparer de ce Poltc ; parce qu'alors il aurait eu comme un troi- 
„ fiéme ( 2 ) Château , qui aurait reflerré la VUle , & fermé l'unique 
„ avenue , par laquelle on pou voit y introduire des munitions & des 
„ vivres. Z i s r a prévit les intentions de ce Prince , & les prévint. 

Il le i ai lit de la Hauteur, y conltruifit deux Forts de bois (mmo- 
„ Mon ftiéarim ) , les entoura d'un petit folle , & d'une muraille de v 
„ pierre & de terre. Cette méchante fortification arrêta les Enne- 
», mis, qui l'attaquèrent pluûeurs fois inutilement, & fauva la Ville. 

XLVL Le iixiéme de Juillet, le Duc d'Autriche, paflant par 
yy Miliczm , à la tète d'une forte Armée , qu'il couduifoit à Prague $ 
n une troupe d'environ foixante Cavaliers , fe détourna dans un Vil- 
„ lage nommé Arnojfovticz. Il y avoit là un bon Curé , appellé H"en- 
„ ceslas f homme cher à Dieu & au monde. Ces Cavaliers , à la fol- 

licitation de quelques Prêtres de Bohême , fe faifirent de ce Curé & 
„ de fon Vicaire , les mirent tous deux for un même cheval , les me- 
„ nerent dans le Village de Bifpzicz , où *toit le Quartier du Duc , 
„ & les préfenterent à ce Prince comme deux Hérétiques. Le Duc 
„ les renvoya à l'Evèque , & l'Evêque au Duc, & l'on ne fit autre 
„ chofe toute la nuit , que les promener de la forte de ( 3 ) la mai- 
„ fon de Ca/phe à celle de Pilate. On leur enjoignit enfin d'abjurer la 
„ Communion fous les deux Lfpeces, à peine d'être brûlés. Wenceslas 

répondit avec humilité : Cette Communion ef ? Evangile tout fur ; c'efi 
„ la pratique de P ancienne Eglife } elle eft écrite doits votre propre Miffel : 

Effacez donc cet endroit de vos Livres, Çf? dévorez cet Evangile. A 
„ cette réponfe un Officier , qui avoit à la main un gantelet de fer, 
„ lui donna un foufflet, & lui mit le vifage tout en fang. 

„ La fentence fut bientôt prononcée : Le lendemain qui étoit un 

Dimanche* 

( I ) Triharit btm fttratit. 

<» ) Le Roi tenoit les Châteaux de Prague, ou de St. Wencer!*t , A celui de 
WiJJ'tgrade , qui commandoient l'un la Vieille Ville , l'autre la Nouvelle* 
( j ) Ce (bat les termes de l'Auteur. 



/ 



Digitized by Google 



■ 

DE LA GUERRE DES HUSSITES. 6*1 

Dimanche , on prit Wenctsltu , fon Vicaire , trois vieux Païfàns , & 
„ quatre enfans dont l'un n'avoit que fept ans , un autre que huit ; 
„ le plus âgé n'en avoit qu'onze : On les mit tous fur un tas de bois 
„ fec , proche d'un Etang du Village ; & alors on leur donna le choix, 
„ ou d'être brûlés vifs, ou d'al)urer la Communion du Calice, W - 
„ ces las répondit : A Dieu ne pUùfe , que nous fajjîom ce que vom cxi- 
n gez de nom. Nom foujfririons cent morts, s'il étoit poljlble , plittbt 
„ que de renoncer une vérité fi clairement enfeignée dans P Ecriture. H 
„ n'eut pas prononcé ces paroles , que le Bourreau mit le feu au bûcher. 

Les jeunes Enfans étoient dans les bras de JYetueslat, & perfévé- 
„ rerent comme lui dans la Confelfion de la vérité. Ils furent bien- 
„ tôt étoufés en chantant un hymne. Les uns expirèrent plus tôt , 
„ les autres plus tard , Wencesltu le dernier ". L'Auteur 6nit ce trif- 
te récit par cette réflexion : Malheureux que nous fontmes f Des Patfans 
ignorons, des Enfans s'élèveront en jugement contre nota. Ils reçoivetit 
ta Couronne du Martyre , & parviennent au Ciel par là : Et nom qui vi- 
vons dans les délices , nom nom avançons tous les jours vers t Enfer. Dieu, 
fui eft beni éternellement, Ç# qui vit & régne aux Siècles des Si é de s, veuille 
nous en préferver. 

„ Dans le même tems , Woinech, Curé de Cbelczicz, Villa- 
„ ge proche de Wodnian , homme craignant Dieu , & qui avoit de 
„ l'horreur pour les incendies & les meurtres , que commettoient les 
„ Taborites , fut pris par Hrzko, Vanal de Turouv ( Cliente de 
„ Turmeu ). Tout fon crime étoit la Communion du Calice. Ce bon 
„ Eccléfialtique fut conduit à Budweù avec un autre Prêtre ; & comme 
„ ils refuferent d'abjurer leur croyance , on les fit brûler tous deux hors 
„ de la Ville , au bout de trois femaines 

Ces exécutions fe faifoient pendant le Siège de Prague , & avertif- 
foient les Citoyens de ce que S 1 G I s M o N D & fes Croifés leur prépa- 
roient , s'ils fe rendoient maîtres de leur Ville. Je reviens à PHiltoire 
de ce Siège. 

X LV1 I. LE Roi irrité de la réfiftance des Habitans de Prague, 
& réfolu d'emporter leur Ville l'épée à la main , fit les difpofitions né- 
ceiTaires pour un A (faut général. „ Un Corps de plufieurs mille hom- 
„ mes d'Infanterie & de Cavalerie , eut ordre 'd'attaquer les petits 
, Forts conftruits fur la Montagne par Z iska, pendant que le réf. 
„ te de PArmée attaqueroit la Ville par trois endroits à la fois. Les 
» Bohémiens, forts de feize mille hommes, dévoient fortir du Châ- 
p teau de Prmie, & forcer le Pofte du Palau de Saxe, fitué de c* 
W H 3 côté 



Digitized by Google 



62 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ côté là. En même tems deux autres Corps de Troupes dévoient 
„ fondre , l'un , du Château de Wiffcgrade , fur la Nouvelle Ville ; 
„ & l'autre du ( i ) Camp , ou du Champ des Hofpitaliers , fur la 
„ Vieille. 

,. C E s difpofitions étant faites , toute l'Armée fut fous les armes 
„ le Dimanche 14 de Juillet, ou le lendemain de la Ste. Marguerite, 
„ & fc mit en mouvement fur les quatre heures du foir. Alors un 
„ gros Corps de Cavalerie s'avança dans le Champ , ou le Camp des 
„ Hofpitaliers , & ( 2 ) le Roi fe polta de l'autre côté de la Molda- 
„ ve , avec trois gros Efcadrons , pour voir de là tout ce qui fe paf- 
„ feroit , & attendre le fuccès de cette Journée. En même tems les 
„ Troupes de Mifitie , foutenues de fept à huit mille chevaux , mon- 
„ terent la Montagne, & donnèrent tin rude Anaut aux Forts de 
„ Z 1 s. K A. Ils avoient déjà traverfé le Folïe , & tenoient la Tour de 
„ la Vigne ( Turrim Vint* ) -, mais voulant monter fur la muraille , 
„ qui n'étoit que de pierre & de terre , deux femmes & une fille , 
„ qui fe trouvèrent dans le Fort , avec vingt-fix hommes feulement , 
„ les arrêtèrent , & foutinrent leurs efforts , fans autres armes que (3) 
„ des pierres , & des lances : car ils n'avoient ni dard ni poudre pour 
„ les moufquets. Z I s K A accourut au fecours des Cens ; mais , étant 
„ trop foible , il auroit été tué , fi fes gens ne l'avoient arraché des 
„ mains des Ennemis, à grands coups de fléaux. C'étoit fait de la 
„ Ville : tout y retentiflbit des cris des femmes & des enfans , qui im- 
„ ploroient le fecours du Ciel ; duquel feul elle attendoit fa délivran r 
„ ce : Lorfqu'un Prêtre arriva , portant le Sacrement du Corps de J. 
n Cbriji , fuivi de cinquante Archers feulement , & d'une troupe de 
„ Paifans , qui n'avoient pour armes que leurs fléaux. A la vue du 
„ Sacrement , & au fon de la petite Cloche , qui le précède > au bruit 
„ des cris du peuple , une terreur panique faifit les Ennemis •> ils tour- 
„ nent le dos , s'enfuient, f« précipitent l'un fur l'autre} & comme la 

„ pente 

» ■ 

( 1 ) 11 y a Campo Hofpitaltnjt , & Campus HofpUaBunu Je ne fàotoi» définir 
fi Campus lignifie ou Camp , ou Champ 

( 1 1 Rege ex altéra parte Mol.tavia jluminis in Campo , cum tribut magnis Tur- 
mis expeciaute , ut finem rei centeret. 

( ^ ) lApidihut £sf cufpidibut refîftentes , telit yempe pixidnm pulvere car end- 
but. Dian p 17* Du Camos dit fur le mot l'ixit , que c'eft une machine 
de guerre. C'en cil une effectivement. Je traduis Pixit par un monfquct , que 
les A'Mnands appellent Rucbje : Vu accentue de la forte fe prononce . comme un 
i t Bicbfe. . ,* 



* 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 6z 



w pente étoit afiez rude, plufieurs tombent des rochers, &fe brifent: 
„ trois cents font tués , & un grand nombre blefles. Le Roi , qui 
„ voit cette défaite , fe retire dans fa Tente , rongé de chagrin ; pen- 
„ dant que les Habitans de Prague fe jettent à genoux dans le Champ 
„ des Hofpitaliers , & chantent le Te Deum en actions de grâces d'u- 
„ ne victoire , dont ils font redevables à la protection miraculeufe du 
„ Seigneur. Ils rentrent triomphans dans Prague &c. Le Prêtre C z a- 
„ pho N compofa en mémoire de cette Journée un Cantique, que les 
•„ enfans chantoient dans les rués 11 eft dans le Journal en Bo- 
bemien. 

XLVIIL Je croi qu'on peut corriger fur cette Relation , écrite 
par un Témoin oculaire , quelques endroits de celle de Mr. L E N - 
F AN T. Il dit 1°. que (a) l'onzième de Juillet P Empereur fit former C«) Guets. 
le Siège en trois ou quatre endroits devant la Vieille & la Hotevelle Vil- r *J* 
le de Prague. Il veut parler apparemment des quatre attaques, qui p.ViS!* 
fe rirent le 14 de Juillet, (b) In crajiino feilicet Die Dominko poji tz^ 
Margaretha proximo. 2°. Il dit , que Z 1 s K A s 'étoit retranché jufqtC aux (£) Diar. 
-dents fur la Montagne. Ce Général y avoit conftruit deux petit Forts, P* «7*. 
qui croient fort peu de chofe. Duo , ht modum fiubarum , difpofuit fie- 
ri lignea propugnacula , qtia parvulo fojfato ciraonfodi mandavit , Ç# mu- 
ro ex bumo £5 lapidibm circumdari. C'étoit apparemment comme deux 
Tours de bois, environnées d'un petit Folfé, & d'une muraille , dont 
les pierres n'étoient liées qu'avec de la terre détrempée. Il dit encore, 
3°. que parmi les Ajftègés il fe trouva deux femmes, & une fille les or- 
nus à la tnam , qui aimèrent mieux périr que de fe rendre : Qu'on trou- 
va entre les morts les deux fttmnes la fille , dont on vient de parler. 
Le Journal porte , qu'il n'y eut qu'une de ces femmes , qui fut tuée, 
en combattant avec un courage héroïque , & difant , qu'il n'étoit pas 
permis à un Chrétien fidèle , de Licber le pied devant P Antéchrist. ( e ) (0 foïd. 
Una itaque ex prataBis tnulieribus, licet inermis , vironon vincebat ont- P- 17*, 
mum t nolens , a locofuo pedem rctrahere; Antichrilto, inquit , non li- 
cet fideli Chriftiano pedem retrah.re , aut cedere : Et animosè pugnans 
interféra fprritum exhalavit. \*. Mr. Lenfant dit, que Z I s K A 
lui-même étoit aux abois , fi les Taborites de la Nouvelle Ville ne fuffent 
accotant à fon fecours. Z 1 s K A n'étoit point dans les Forts , quand 
ils furent attaques. 11 n'y avoit que 26« honnnes & les trois femmes , 
dont on a parlé. Z 1 s K a quoqtte veniens & ipfe profiratus fuiffet , tti- 
fi fui cwn trititris eum de mambus hojtium mùjfent. Il y a de l'appa- 
rence , que les Habitans de Prague ne s'attendoient pas que l'effort des 
Àffiéprtms dût tomber de ce côté là, f\ Enfin Mr. Lenf a n t dit 9 

-~ . . que 



« 



6\ SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

que PaSion dura tout le jour , & que Z i s k a y perdit la moitié de fes 
meilleurs Taborites. Elle ne commença que fur les quatre heures du foir 
(a) Diar. / a ^ ft WA q lurta vefperarum \ & il n'eft nullement vraifemblable , que 
7X * la perte des Taborites ait été fi grande : Le Journal en auroit dit quel- 
que chofe. 

X L IX. „ Le lendemain de la Victoire (le if . de Juillet ) , Z i s- 
„ k a , voyant le danger que la Ville avoit couru , allèmbla un grand 
„ nombre de Paifans , de Bourgeois , des Femmes même & des Fil- 
les , & fit travailler en diligence à fortifier le Pofte de la Montagne. 
„ On creufa de nouveaux folles > on élargit , on approfondit les pre- 
„ miers : on éleva davantage les murailles , & l'on ( i ) conftruifit de 
„ nouveaux Forts. C'eft à caufe de ces ouvrages, que quelques uns 
„ appel lerent depuis cette Montagne le Mont de Z 1 s K A. Mais d'au- 
„ très l'ont nommée Eogifslic , en mémoire de la défaite des Allemandr. 
„ Et d'autres , avec plus de raifon , le Mont du Calice , en mémoire 
„ de la victoire remportée par les Défenfeurs du Calice fur ceux qui 
„ en étoient les ennemis : Car les premiers portoient fur leurs habits, 
„ fur leurs armes , & dans leurs Drapeaux , les uns , un Calice rou- 
p i les autres , un Calice blanc , afin de fe reconnoitre. 

„ Le deuxième jour après la victoire (te 16 Juillet), Coran- 
D A , ( 2 ) Prêtre violent Ç£ turbulent ( Proper* Ç£ infâme mentit Près- 
„ byter ) , mena (l) les Saurs de Plezm dans l'Eglife de S. Michel de 
„ la Vieille Ville} & fans refpecter le Sacrement , qui étoit expoféfur 
„ l'Autel , il leur ordonna d'ôter les Sièges des Prêtres , & tous les 
n bancs , difant qu'on en avoit befoin pour la condruction des nou- 
veaux Forts , qu'on élevoit fur la Montagne. L'Auteur ajoute que 
n ce n'étoit qu'un prétexte , & que (4) Coranda en vouloit à cet- 
„ teEglife, & à fes Miniltres. Il fonde fa conjecture fur ce qu'on ne 

tranf- 



( 1 ") ? luribuf lignorum propugnacuHt fwrtiffime nuvuvit , ut rei vifu 
NH Cela fait voir , que l'Auteur parle de ce qu'il a vû 

( a ) Je ne veux pas iuftifier les tdtfons de Wmcetl* C o a a m d a ; mais il 
ne faut pas fouferire aveuglément au jugement de l'Auteur du Journal , qui étoit 
Çalixtain* ft rien de plus. 

(? ) Ce font les femmes Taboritet de cette Ville là 

(4) Cela pourroit bien être. Mr. Lin fan t parle p. 11,7. de Pierre d* 
MaUomwit* , Prédicateur à S Michel* qui fut l'Orateur des Maîtres de- l'Uni- 
verfité, lorfqu'il fut queftion de critiquer devant les Magiftratt delà Vieille ViHs 
les Articles des Taborittt. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE Ï)ES HUSSITES. *f 



„ tranfporta fur la Montagne , que peu fort de planches de l'Eglife de 

„ S. Michel. 

L. „ Les Troupes étrangères , mais fur tout les Troupes AUeman- 
„ des , au defefpoir d'avoir été battues par des Paifans , accufoient les 
„ Bohémiens de les avoir trahies i & toute l'autorité du Roi put à peine 
„ les empêcher d'en venir aux mains les uns contre les autres. Les 
„ premiers déchargèrent leur colère fur les Villes & fur les Châteaux 
„ des environs de Prague , où ils mirent le feu , après les avoir pil— 
„ lés & faccagés. Ils jettoient dans les flammes tout ce qu'ils pouvoient 
„ attraper d'hommes , de femmes & d'enfans , comme autant d'Héré- 
„ tiques. («) Mulieres cum parvulis , quot râper e poterant , inhumant (a) Diw. 
„ ad injiar Gentilium , in ignem projiciunt. " p. «74- 

Mr. Lenfant parle (b) d'un incendie, qui cwfuma quantité Je g u erre 
richtjfes & £ effets de grand prix dans le Camp Impérial , mais jurtout des Hufli- 
les E<.helies pour le Siège. On dit que le feu y fut mis par une femme de tes p iaç* 
Prague, qui rodoit incognito dans le Camp. Le Journal fait mention 
de cet incendie, & en marque le jour (.c)zu 19. de Juillet. Mais (c) Diar. 
il ne parle point de cette femme, ni d'aucune perfonne , qui ait été P* 
foupçonnée d'avoir mis le feu. Il ne parle point non plus ^Echelles 
br niées. On pourroit bien en avoir fait courir le bruit , pour exeufer 
la levée du Siège. 

LI. » La Journée du 14 Juillet ayant rallenti l'ardeur des A£. 
n fiégeans , ils ne donnent plus d'aifauts à la Ville : on ne les entend 
„ plus crier Hut ! Hw? Katzer : ils ne foupirent plus que pourfortir 
„ de Bohême, & retourner dans leur Pais. C'eft ce qui obligea les 
„ Barons du Parti du Roi, à tenter une Négociation avec les Citoyens 
n de Prague , qui demeuraient au delà du Pont , & de leur propofer 
„ une Trêve entre la Ville & le Roi , tant pour prévenir la ruine to- 
„ taie du Pais , que pour fournir à ce Prince un prétexte de fe re- 
„ tirer avec quelque honneur. Les (1 ) Magijirats , ou les Capitaines 
„ de cette Partie de Prague répondirent , qu'ils ne pouvoient traiter 
„ fans le conftntement des autres villes confédérées i mais qu'ils fup- 
„ plioient très humblement le Roi , pour leur honneur , & pour ce- 
„ lui de tout le Royaume , de vouloir bien donner une Audience pu- 
„ blique à leurs Docïeurs & à leurs Prêtres ; que là ils expoferoient à (a 
„ Majefté , & à toute fon Armée en Bohémien , en Allema)ui , en Hon- 

1 . 
( 1 ) 11 y a dan* l'Original , Hajktoru Crwfttf*. 



Digitized by Google 

, ! 



té SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ groù , en Latin , les quatre Articles , pour la d^fenfe defque's î's 
„ avoient été contraints de prendre les armes contre le Roi : Qu'ils 
feroient voir clairement & évidemment, par des partages de l'Ecri- 
ture , que c^s quatre Articles ne contenoient rien que de vrai ; & 
„ convaincroient toute la Terre de leur propre innocence , & de l'in- 
t , jullice qu'on leur faifoit , en les accufajit d'Hérélie : Que ces éclair- 
„ ciiTemens étoient néceiraires, pour dilïipor l'opinion injurieufe & in- 
„ famante , que l'on avoit par tout du Royaume de Bohème. Et qu'en- 
„ fin , s'il p'aifoit au Roi d'ordonner une Conférence entre fes Docteurs 
„ & les leurs , ceux-ci s'engageoient de repoudre à toutes les Objections 
„ des pi entiers. 

„ C et T t Audience ( i ) fut accordée far le Légat ( ou le Notice) , 
a> & P' r Barons , qui eu fignerent la promejfe , §3* la feeélerent de 
leur Sceau : Particularité bien remarquable. Mais quand il en falut 
venir à l'exécution, & que la Ville demanda des Û)efs de P Année 
(Duces) pour otages, les Barons répondirent, qu'il ne ftroit pat 
„ bienfeant de dofmer en otage des Chefs de P Armée pour des DoSeurr t 
„ m lis qu'on ojfroit des B irons & des GenMls-homm:s ( Baronet & Mi" 
lit et ). La Ville ayant accepté ces conditions , on ne parla plus de 
Traité. C'elt pourquoi les Docteurs de Prague drelferent un Ecrit 
„ en Latin , en Bohémien & en Alhmani, contenant les quatre Articles, 
„ qu'ils demandoient , & les preuves de ces Articles. " 

<*) Diar. LIT. On trouve ici cet Ecrit, qui commence par ces mots*. (*) 
p 175. Sous les Bourgmestres , les Séuatarrs on Confeillers (Confules) , les Eche- 
«t ic<|. vins , &. toute la Communauté de la Ville de Prague , Capitale du ^oy- 

Aume de Bohême , nous faifons la préfente déclaration , tant en notre nom, 

ptah nom de tous les Fidèles du Royaume. 

Q_\?i L fort notoire à tous les Chrétiens , que les Fidèles du Royaume de 
lohéme , demandant , éj5* f* propojhit d'obtenir , avec Paide de Die* , 
Joit p tr la vie, fuit p tr la mm, & en employant toutes leurs forces , Ut 
Ar;..ies fiuvans. 

L b Premier : Qiie la Par >'c de Dieu foit prêchée par tout le Roy- 
auiue ùm aucai empêchement. Le fécond : Que la Communion fous 

les 

Cl) Quant qniàrm (^uiUentiam ) ut fraftrtur , Sert a Legato fc? 
Mitait & faum i }wu M um. ijiar. p. 4 7 j. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 67 

les deux Efpeccs (bit adminiftrée au Peuple, félon Pinftitution de J. 
Chrift. Le troiftéme : Que les Eccléfiaftiques ne poflfedent , ni Terres, 
ni Seigneuries > & qu'ils reforment leurs mœurs fur le modèle de la 
vie Apoftolique. Le quatrième ; Que tous les péchés mortels , & par- 
ticulièrement les péchés publics & fcandaleux , (oient corrigés , & châ- 
tiés par ceux qui en ont le pouvoir, de quelque état & condition que 
foient les coupables. Ils cenfurent dans cet Article les vices du Cler- 
gé , & toutes les efpeces de Simonie , introduites par les Evèques & 
par les Prêtres , fous différens prétextes i & finiifent par les protefta- 
tions fuivantes. (a) „ Que s'il y a des gens , qui leur imputent des ( a ) Ibid. 
„ impudicités , des tnarmités , ils conjurent tous les Chrétiens de re- P* lSOr 
„ garder ces gens là comme des calomniateurs & des faux témoins i 
„ parce qu'ils n'ont point d'autre but que celui de plaire à J. Chrift, 
,, de garder inviolablement fa Loi , & d'obferver les quatre Article* 
„ précédens : Qu'en cas , qu'il y ait quelqu'un allez méchant , pour 
„ entreprendre de mettre des obftacles à l'exécution de ces mêmes Ar- 
„ ticles , & de les perfécuter fous ce prétexte i Us déclarent , qu'ea 
„ vertu de la Puiflance feculiere , que Dieu leur a donnée , & pour 
„ lacis hure à l'obligation , où ils fout , de défendre la vérité Evangé- 
„ lique , ils lui rédigeront de toutes leurs forces , & jufqu'au dernier 
„ foupir , comme à un Tyran & à un Anteclïriji très cruel : Que fi 
„ quelqu'un des leurs a commis quelque action mauvaife & feanda- 
„ leufe , ils proteftent qne cela eft arrivé contre leur intention , qui 
eit d'abolir tous les crimes parmi eux : Et qu'à l'égard des domma- 
„ ges qui peuvent avoir été faits aux perfonnes , ou aux Eglifes , l'in- 
„ évitable nécelfité de fe défendre, eux & la Loi de Dieu, contre 
„ une violence tyrannique, les en exeufenc fuffifamment : Qu'au relie, 
„ s'ils font dans l'erreur, ils font prêts à fè retracker, dès qu'on les 
„ en aura convaincus par l'Ecriture ". 

Cet Ecrit fut envoyé à l'Armée de S 1 G 1 s M 0 N D. D eft daté 
de l'année 1421, dans l'Imprimé , & fans doute dans le Manufcrit 
de Mr.de Ludewio. Si cette date étoitjulte, il n'auroit pas été 
fait ou publié , pendant le premier Siège de Prague , cet événement 
apartenant à l'année 1420. où Mr. Llnfant l'a placé. Je croi 
donc qu'il y a faute dans la date du Manufcrit : Car on ne peut fup- 
pofer , que l'Auteur du Jownal fe foit trompé , & qu'il ait fuppofé au 
premier Siège , ce qui ne feroit arrivé qu'au tems du fécond. Au ref- 
te on peut voir ce que Mr. Lem fant dit ( b ) de la Conféren- (*) Guerre 
ce demandée par les Huflitcs de Prague. Il n'en parle qu'en gros , l,es 
& en met la propofiuon après le if. de Septembre , fix ièmaines ou J',/' 

I % deux 



Digitized by Google 



I 



(S% SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

deux mois depuis la levée du Siège. Le Leâeur pourra comparer le 
rccit de cet Hiltorien avec celui de notre Journal. 

LUI. Les cruautés des Allemands , qui faifoient brûler les Bohé^ 
(a)Diar. miens , eurent de facheufes reprefailles. (a) ,, Le jour de la Ste. Mag- 
P- |8 J- delaine , (ou le 22 de Juillet, ) les Taborites & les Bourgeois de 
Prague ie préfenterent à la Maifon de Ville , & demandèrent aux 
„ Magiltrats de leur livrer les prifonniers Allemands , pour les traiter 
„ comme ceux de leur Nation avoient traité les Bohémiens. Les Ma- 
„ giftrats auroient voulu les refufer , mais ils n'oferent le faire , & 
„ les livrèrent ( I ) avec d'autant plus de regret , que ces pauvres 
„ captifs avoient embraile la vérité. On en fie brûler feizt , dans un 
lieu hors de la Ville , & à la vue du Camp des Allemands. Ou ne 
,, fit grâce qu'à un Moine , ( qui étoit apparemment du nombre des 
„ feize , ) parce qu'il promit de communier le peuple fous les deux 
„ Efpeces 

(O Guer- LIV. (b) Mr.Lenfant parle du Couronnement de S i G i s- 
Huflka M ° N D > <V*\\ mct après Balbin , au 30. de Juillet , le jour même 
„ ia s de la levée du Siège j ce qui n'a aucune vraifemblance. Thibaud, 
ou The'obalde, le met au 20 ; & Czechorod au 2g. Cet- 
( e ) Diar. te dernière date e(t confirmée par le Journal , qui porte ( c ) que 
P- *8o. „ le Dimanche 2%. Juillet , jour de S. Agapet , SlGiSMOND fe fit 
„ couronner Roi de Bohême dans le Château de trapue , & créa quan- 
„ tité de ( 2) Cnrtils hommes ; quoiqu'aucim d'eux n'eût encore tait 
„ aucun exploit militaire , pour le bien de la Patrie : Aulfi le Peuple 
„ les nomma-t-il des Gentils-hotmnes en peinture. Et a vulgo , non veri , 
„j'ed depiJi milites junt nmcupatù 



(<0 Guer- LV. (d) Comme ce Prince manquait toujours forgent, il enleva 
te des les tréfois que fou P re ç£ fou Frère avount caches à Carllrein , & ail- 
nullités. { eursi fa i ams j or & £ argent dont les Tombeaux des Saints étoient 

(O Diar cmtvt rts * <i ' mi la B-'W'V* Je S ' ^enceslas. Le Journal porte, (e) 
p iSi. " I e i onr m me d e i on Couronnement, ç$ le lendemain, SiGIS- 

1 1> 2, „ MON 13 en'eva de \*Eglife de Prague ( c'eft celle du Château ) , & 
du Couvent de S. George , tout ce qu'il y avoit de précieux , Tans 

épargner 

■ 

C > ) T ictt ntviti , f»/î ad veritattm accélérant. Ibid. 

< i ) Milites. Ce pourrait écre du ClhWttrs ; les Rois ayant coutume d'en 
créer à leur bacic. Mais MUei lignifie plutôt ua fimpie Gautl-bomme , qu'ua 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 69 

épargner les offrandes faites aux Saints , comme des têtes , des mains 
„ ( 1) d'argent ou d'or , afin d'en payer Ton Armée î promettant au 
„ refte , que , lorfqu'il feroit paifible poiTelfeur du Royaume , il ren- 
„ droit aux Saints avec ufure, tout ce qu'il leur avait pris. " L'Au- 
teur demande à cette occafion , qui étoient les pltts facrileges , ou ceux 
qui abattoient des jiatues de bois , ou ceux qui pilloient £5 mettoieut en 
pièces celles £ urgent '{ 

LVI. (a) ENFIN, dit Mr. LENPANT, le 30 de Juillet, Sl-(«> GoCT - 
OISMOND leva le Siège , de l'avis de tous les Chefs de l'Armée. Le j| u flj" s 
Jottrnal ajoute à ce récit deux circonstances remarquables, (b) La p , a? . 
première , qu'on brûla toutes les Tentes , ce qui marque plutôt une fui- (ô) Diar. 
te qu'une retraite. La féconde, que les Etrangers donnoient des maie- p . i8z. 
dirions au Hpi , Pacmfant d'être un Fauteur d'Hérétiques , & de les avoir 
trompés. t\egi Sigismundo, velut Hœrcticorum fautori , & De- 
ceptori , turfiter maledicentes. Cette dernière circonltance fait voir , qu'il 
y eut beaucoup de difeorde dans l'Armée. 

» 

(c) Le Siège étant levé & l'Armée Impériale prefque toute difli- 
pée , les Citoyens de Prague allèrent alfiéger les Châteaux voifins de 
leur Ville , & obligèrent les Rebelles ( Rebelles ) à fe confédérer avec 
eux. Ils emmenèrent quantité de beftiaux pour la nourriture des 
Bourgeois & des Etrangers. Le Roi de fon côté fe retira dans les 
Montagnes , où il alfembla plufieurs fois fes Barons , afin de prendre 
des mefures avec eux pour leur défenfe commune. 

LVII. Monsieur Lenfant(<0 parle d'une Affèmbléc des (<t)Gue* 
Çalixtains & des Taborites , qui fe fit cette année à Prague , mais dont Jj ?es 
il ne marque ni le jour , ni le lieu. Pierre de Maldonorvitz , alors Pré- Hul | ltcs » 
dicateur à S. Michel , y lue 31 Articles des Taborites , en Lutin & en 4 f u j£ 
Bohémien , avec leurs qualijications. J'examinerai dans la fuite tous ces 
Articles : J'avertirai préfentement le Ledeur , que la relation des Au- 
teurs de Mr. L E N F a N T eft pleine de confulion , comme on le ver- 
ra en la comparant avec celle de Byzinius, que je vai rap- 
porter. 

(e ) „ Le s d*Août; les Prêtres Taborites, accompagnés de leurs ( # j „, 
» Capitaines, préfenterent à la Communauté de Prague XII. Articles, p. 181. 

I 3 deman- 
( t > II f • dans l'Original un mot dent j'ignore la lïgni6cation. Ccft celui de 
Mattffbanttit : Capitibut , mauibut , m.>itfph<>n k , c*:trifaur de attro gf 
Y auroit.il Êuue? pu fook.ee des Vafca, où «Uoia* les Cliques t 



Digitized by Google 



70 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ demandant que ceux-ci les acceptaient , & s'engageafiènt à les dé- 

„ fendre } ajoutant qu'en cas de refus ils fe retireroient de leur Ville. 

„ Le Peuple de la Nouvelle Ville les accepta fans difficulté j mais fans 

„ avoir confulté les Docteurs. L'Ancienne Pragtu ne fut pas Ci facile, 

„ ou ii complaifante. Elle demanda du terns pour en délibérer avec 

„ les Docteurs de l'Univerfité. Le Sénat les ayant mandés , Pierre Pàju 

» gfoù ( c'elt le même que Pierre de Maldonowitz ) examina tous ces Ar- 

„ ticles , en préfence des Magittrats & des Chefs du Peuple ( Senio- 

„ non de Comnmùtate ) , rejetta les uns , admit les autres , & en allé» 

„ gua les raifons ". Voici ce que contenok l'Ecrit des Takorites. 

„ Nous, tout le Corps des Taboritcs & des Etrangers , qui nous 
„ trouvons maintenant dans cette Ville , préfentons ( i ) à toute la 
„ Communauté de Prague les Articles fuivans. 

/. „ Q_u £ ( 2) les Traités faits entre nous feront en tout & partout 
„ fidèlement obfcrvés par les deux Parties. 

II» Q_U E les Articles , approuvés par les ( 3 ) Capitaines, par les 
„ Magiftrats , & par la Bourgeoifie ( Communitas ) , & qui depuis long- 
„ tems , ont été prèchés & foutenus ( procLttnati ) par les Prédicateurs , 
„, feront gardés fous les peines ftipulées. 

II L » QP E tous les Pécheurs notoires & fcandaleux , les Adul- 
„ teres, les Fornicateurs , ceux ou celles qui font le métier de prof- 
„ tituer des femmes & des filles , en général toutes les perfonnes de 
w mauvaife vie , les Faineans & Fainéantes , les Voleurs , les Médi- 
„ fans , les Blafphémateurs , tous les Ennemis de Dieu , de quelque 
„ ordre & condition qu'ils foient , feront punis févérement. 

/ V. „ Q_u' o N tiendra la main à l'exécution des Loix , qui défen- 
„ dent d'aller boire dans les Cabarets , & qu'on punira les contreve- 
n nans des peines ordonnées par ces mêmes Loix. 

V. „ Qu'on ne permettra à perfonne de porter des habits fomp- 

tueux, 

( 1 A toute la Conummastt* : Cofwnumtati. Je me fers du terme de Cont. 
munauri dans un Cens qui n'exdud pas, les Migiftrats : Car je ne crois pas qu'il 
faille les exclurre Cepend-im l'Auteur les diftingue dans l'Article fuivant ; C«- 
fitanei , Çtatiultt , £f Co.mnwiiUu. 

V») l'rollriptio inttr im f«* uor preferipta. Dîar. p. 

Ô5 f° nt ' cs Capitaines, ou les Chefs, à qui les deux Villss de* Pragut 
avaient remis le Gouvernement & la dvfcnlv de la Ville. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 71 

„ tueux , ni des omemens fuperflus -, tout cela n'ayant été introduit 
„ que par l'Orgueil , & par la Vanité , & étant contraire à la Modcf- 
„ tie prefcrite par la Loi Divine. " On parle en particulier d'Ecar- 
latte, ou de Pourpre y iïhabits hodés , galonnés for ou dWgetttj dé. 
chiquetés , &C. 

V I. „ Qju'on défendra , fous certaines peines , toutes les fraudes 
u dans le Commerce , les Ufures , les Sermens , & qu'on ne permet- 
„ tra point aux Marchands , d'avoir dans leurs Boutiques , ni de vcn- 
9 dre , tout ce qui ne fert qu'à la mondanité & à la vanité. 

■ 

VII. n Qju'on abolira toutes les Loix ( I ) Payâmes , ou 4Ktm<m 
„ des y qui font contraires au Droit Divin , auquel les Juges & les Ma- 
„ giftrats auront à fe conformer dans leurs Jugeraens. 

VIII. n Qjj e les Prêtres , ( 2 ) deptrt £f <P autre, fe conforme- 
„ ront en tout , aux Règles préfcrites par la Loi de Dieu , & à la vie 
„ des Apôtres & des Prophètes. 

IX. „ Q_u E lesDodeurs, les Maîtres (de l'Uni verfité) feront Ibu- 
„ mis, comme les autres Chrétiens, aux Ordonnances divines, & qu'ils 
„ remettront leurs Statuts (fuas Prqfcriptiones ) à la Maifon de Ville, 
„ pour être examinés félon ces Ordoiuiances. 

X. „ Q_UE tous les Revenus Eccléfiaftiques feront appliqués au 
„ bien public ; Que toutes les Ufures, de quelque nature qu'elles foyent, 
„ feront abolies , & les Contracte , qui leur fervent de prétexte ou de 
„ fondement , annuités. ( VfurarU Profcripùones j, 

X I. n Qji E la Ville de Prague chafTera tous les Ennemis de la vé- 
m rite , & ne recevra point ceux qui auront été chaflés d'ailleurs : 
„ parce qu'on ne peut prendre aucune confiance en des gens qui ont 
9 , manqué de foi à Dieu , & à eux-mème. Ex quo Deo £5? jibitnet Jùlem 
„ non temurvmt. 

XI I. „ Qju'on détruira tous tes Monaferes Hérétiques , les Egtifes 
„ & les Autels qui ne font pas .nécejfaires i les Images expofees en pu- 
„ biic , ou gardées en fecret : Qu'on abolira l'ufage des vètemens fu- 

peibes 

< 1 ) Ut Loix Payennes font apparcm.uent le Droit lotiuù*. 
<i)Ext*rte. 



72 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



„ perbes ( dans le Service Divin ) , les Calices d'or & d'argent : Et 
„ cjue toutes ces plantes antichrétiennes , & idolâtres, aufli bien que toute 
„ iorte de Simonie , feront totalement arrachées. 

Tels font les XII. Articles , que les Taborites prefènterent par 
écrit le f. d'Août 1420. aux deux Villes de Prague. Ils finilloient, 
par ces paroles : ,, C'cft pour la défenfe de ces vérités , que nous avons, 
chers Frères , expofé nos biens & nos vies , & que plufieurs des nô- 
très ont verfé leur fang. Nous fommes réfolus de les maintenir 
„ avec l'alfiltance de Dieu ; & nous fouhaitons , que vous ayez là- 
„ delfus les mêmes fentimens que nous : Eu ce cas là vous pouvez 
„ compter fur notre fecours , tant que nous vivrons 

L V 1 1 1. Le Journal ne dit point ce qui leur fut répondu ; mais 
(a)Diar. il raconte (a), que, des le lendemain 6. Août, les Taborites, s'em- 
p. i8y. parèrent du Monajiere des Porte-Croix : que trois jours après ils ruinè- 
rent celui de S. Clément , & que le jour de la S. Laurent , ou le 10. 
d'Août, les mêmes Taborites, ayant à leur tète C or an d a, & quel- 
ques autres Prêtres, allèrent au Monafiere (1 ) de la Cour Royale ; 
qu'ils en brûlèrent le Cloître , & rentrèrent triomphans dans Prague. 
Ds en emportèrent auifi beaucoup de bled , & l'on dit que leurs Piè- 
tres , leurs Soldats & quelques Laïques , avoient dans leurs Cappes 
des morceaux des Images £^ des Tableaux , qtt'ils avoient brifés , déchirés. 
Mr. LenfanTj qui parle de la défolation de ce Monaftere , s'ex- 
prime en ces termes : Qtielques jours après ( 2 ) , les Moines de î Ordre 
de Citeaux fubirent le même fort dans leur Monaftere de la Cour Royale. 
Plufieurs de ces Moines furent brûlés : On épargna pourtant un certain Ja- 
ques fumommé le Scholaftique $£c. 

Monsieur Lenpant fuit fes Hiftoriens ; je n'en doute pas : 
mais falloit - il les fuivre fi aveuglément '< Pour moi , je ne faurois dif- 
fimuler la furprife , où je fuis , qu'il ne fe foit pas défié de leur té- 
moignage. Notre Journal raconte la deftruQion du Monaltere de S. 
Clément le pillage , Yincendie de la Cour Royale. Il en marque les 

jours; 

( 1 ) La Cour Royale , Aula Regia ou Kàuigsaat , étoit fituée à un mille ou en- 
Tiron de Prague , au Confluent de la Moldave & de la Wattt. 

v a Guerre des Huflltes p. 114. 11 n'y a point d'époque , qui détermine le 
fens de cet après On voit en général , que Mr. Linfant met la ruine de 
plufieurs Momfteres de Piague quelques mois avant le Siège , au l«u qu'il ne 
feUoit les meure qu'après. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITËS. 73 

jours ; il en nomme les Auteurs , ou du moins 1c principal Auteur , 
Coranda, qu'il n'a certainement pas favorile. Il parle des Ima- 
ges bri/ces , des Tableaux déchirés : Mais il ne dit pas un mot d'un feul 
Moine brûlé , ou majfacré. Son filence ne peut être un filence arTedé. 
Il b!amc, & les Taborites , & leurs violences. Auiïi dans les XII. 
Articles, qu'ils prcfcnterent à la Communauté de l'ancienne Prague , 
ils demandent bien , que l'on détruife Us Monafieres hérétiques , mais ils 
ne difent pas qu'il en faut brûler & majfacrer les Moines , à caufe de 
leur Héréfie. Ces majfacres , ces brkknuns de Moines font pour la 
plupart des Calomnies toutes pures. 

L I X. (a) Le même jour 10. d'Août, & après avoir pillé &brû- (a) Diar. 
lé le Cloître de Konigfaal , les Taborites firent une entreprîfe témérai- P- 
re & tumultueufe contre le Château de VVijfegrade , dont les Auteurs 
de Mr. L E N F A N T parlent comme d'un Siège (b). Voici ce qu'il en £ * J£ uer " 
dit. La pr entière tentative contre ce Château fut faite par quelques Ta- Huflïtci 
bo rites , Ç£ par les Habitons de la Nouvelle Ville j mais elle ne réujjît p. j 3 1. 
pas : Car la Gamifon du Oh'tteau , voyant les feux & les lanternes des 
Ajjiégeans , ne fit femblant de rien , jufqtCà ce qu'ils fujfent prêts de forcer 
la porte de la Forterejfe. Alors elle fit une fortie , fe jetta fur les Tabo- 
rites y £•? en tua wt grand nomh'e. Les Fuyards eurent bien de la peine 
à éebaper , parce que la porte de la Nouvelle Ville fut fermée par ordre 
du Sénat \ & ils aiQoiettt tous péri , fi la Gamifon , craignant ime fortie 
de la Nouvelle Ville , ne fe fût retirée dans le 0)àteau. Les Taborites 
s'en plaignirent au Sénat comme d'wie hqjtilité , difant qu'il n'avait fait 
fermer les portes, qn'afin qu'ils périffent feuls. 

Il y a dans ce récit des faits qui paroiflènt peu croyables , à moins 
qu'on ne fuppofe , que le Sénat de la Nouvelle Ville ne fut un Sénat 
de Traîtres, i*. Il n'y a nulle apparence, que des gens, qui veulent 
furprendre la nuit une ForterelTe , allument des feux , & marchent avec 
des lanternes. 2°. Les Habitans de la Nouvelle Ville , s'étant joints aux 
Taborites , pour s'emparer d'une ForterelTe , qui les incemmodoit beau- 
coup , c'eût été une trahifon de la part du Sénat de la même Ville , 
que d'ordonner , qu'on fermât les portes pour couper la retraite aux 
fuyards. 3 0 . Comment les Taborites pouvoient-ils fe plaindre , que le 
- Sénat avoit votdu les faire périr feuls , puifque les Habitans de la Nou- 
velle Ville étoient enveloppés dans le même péril ? Tout cela eft très 
fufpcd , & d'autant plus fufped , que le Journal n'en dit rien , & qu'il 
n'auroit pas omis des circonltanccs fi remarquables. Voici comment il 
raconte cette entreprife. 

K „ A 



Digitized by Google 



74 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

(a) Diar. ( a ) „ A une heure de la nuit , les Taborites enivrés du vin, qu'ils 
■h f , avoient trouvé dans le Monaftere de Kônigfaal, s'avifent à Pinftiga- 

,, tion de leurs Prêtres, de former les Cloches de la Vieille & de la 
Nouvelle Ville, mettent tout en rumeur, & vont attaquer tfijfe- 
„ grade. Mais ce fut à leur grande perte : Car ayant mis le feu à 
„ une petite maifon ( Cafula ) , ils furent apperçus , & repoufles fur 
„ le champ avec des pierres. " Le Lecteur remarquera que la Nou- 
velle Ville étoit favorable aux Tabwites, & avoit accepté leurs Articles, 
de forte qu'il n'cft pas vraifemblable , que.ce Sénat eût eu delTein de les, 
faire périr.. 

LX. L'Ancienne Prague refufant d'accepter les XII. Articles 
des Taborites, & ceux-ci, de demeurer dans la Ville qu'à cette con- 
dition > il fe fit un complot pour changer la Magiftrature de cette Ville 
là. Mr. Lenpant parle fuccintement dé cette affaire à la p. I f 6, 
& fous l'année 1420. Quelque têtus après, dit-il, Jean de Prémontré 
compofa un Sénat de Picards , qui ïavoieirt nommé pour leur Chef. Dans, 
la fuite & fous l'année 1421. (p. 169. ) il entre dans le détail de cet- 
te révolution , & en dit Poccafion & les motifs. A la nouvelle de 
cette exécution ( Il s'agit du fupplice de Martin L O Q.U is) , ceux d'en- 
tre les Picards , qui fe trouvaient à Prague , furtout dans la Nouvelle 
Ville, allèrent trouver Jean de Prémontré, qui pajfoit pour Picard, afin 
d'en délibérer avec lui. S" étant ajfentblés dans un Cimetière , ils fe plai- 
gnirent hautement de la tyrannie de Z 1 s k a , & du Sémtt des deux Vil- 
les contre ceux de leur Religion -, & «'* fou de la Cloche , Jean de Pré- 
montré réfolut de former un nouveau Sénat, compofè pour la plut grande 
partie de ces Picards , qui étoient venus le trouver. Enfuite il les amena 
dans la Maifon de la Vieille Ville de Prague , où , après avoir aceufe d'in- 
fidélité & d'autres crimes V ancien Sénat , ih le c afférent , Ç«? élwent qtta- 
tre Picards pour gouverner F une t autre Ville , dont ils ne firent qu'une , 
en attendant la Q-éation des nouveaux Coufuls , laquelle Création fe fit bien- 
tbt après.. 

S 1 on en excepte le changement du Bottrgmefire , & des Coufeillers 
de la Vieille Ville ( car c'eft ce que fignifie Confules ) , tout cil faux 
dans ce récit, le tems , l'occafion, les motifs. Encore une fois, je 
n'aceufe pas Mr. L E n fan t : Je ne m'en prends qu'à fes Hiftoriens , 
que je fuppofe qu'il a fuivis. Ils ne font pas exacts: ils tranfpofent 
les événement , & les attribuent à des eau fes qui n'y eurent aucune 
part. Byzinius, qui les a vus , les raconte bien autrement , & 
los circonftancie d'une manière qui ne permet pas de douter de la fi- 
délité de fon récit. Eu voici la fubftance.. 

„Le 



DE LA GUERRE DES H U S S I T E S. 7f 

(a) „ Le Dimanche 18 d'Août (1420. ) les Prêtres publièrent (a) Diar. 
„ dans les chaires, qu'il yauroit l'après midi une Affemblée à la Mai- p. *8J« 
„ fon de Ville , pour y traiter d'affaires importantes. Cela fe fit à 
la prière de quelques perfonnes du Peuple, & fans que les Chefs 
- "„ de la Bourgeoifie ( Seniores ) fuflènt dequoi il s'agiflbit. Jean , Pré- 
„ dicateur de l'Eglife m Arma, fe trouva à cette AlTcmblée : On y 
„ dépofa les Magilbrats ; on en créa de nouveaux , à qui Jean remit , 
„ avec le confentement du Peuple , le Sceau de la Vieille Ville. La 
„ raifon de ce changement étoit , que l'on avoit befoin du fecours des 
Taborites , & qu'ils ne vouloient pas demeurer à Prague tant que 
„ 1 ancien Confeil fubfifteroit. Cela n'empêcha pas que le cinquième 
„ jour fuivant , (avoir le 22. d'Août , ils ne fortifient de Prague , 
„ fans en avoir d'autre raifon , finon que les Do&eurs de l'Univerfité 
„ refiifoient d'approuver leurs XII. Articles. 

C'est donc en 1420, & non en 1421. C'eft dix-neuf jours après 
la levée du Siège , que Jean le Prémontré , qui avoit un grand crédit 
dans Prague , changea , non le Sénat des deux Villes , mais celui de 
Yandenne Prague j & cela par des raifbns au moins bien fpécieufes. La 
Ville ne pouvoit maintenir fa Religion & (à liberté fans le fecours des 
Taborites : Or ceux-ci refufant de continuer leur confédération avec 
elle , à moins qu'elle ne reçût leurs douze Articles ; le Confeil de la 
Vieille Prague refluant auflî de fon côté de les admettre , le Peuple , 
excité par le Prédicateur de Ste. Marie in Arena , crut , que fa fure- 
té & fa liberté vouloient, qu'il dépofàt l'ancien Confeil, & qu'il en 
créât un nouveau. 

LXI. J'Ai raportc les Articles des Taborites tels qu'ils font dans 
notre Journal. Pour ceux-là, ils me paroiflènt inconteftables , parce 
qu'ils furent préfentés par écrit aux Magiftrats de Prague , & que B y- 
z 1 n ius les a vraifemblablement copies. Il n'en cft pas de même 
des Articles de Doctrine qui leur font attribués par les Catholiques Ro- 
mains , ou par les Calixtains. ^ Comme ils étoient à peu près également 
ennemis des Taborites, leur témoignage doit ètrefufped. B yzinius 
lui-même, tout équitable & tout modéré qu'il paroit, n'a pas laitier 
d'outrer les chofes , lorfqu'il nous a donné la fubftancc de leur Doctri- 
ne. Mais au moins a-t-il été allez fage & aflez fidèle Hiftorien , pour 
ne pas mettre fur le compte des Taborites en général , ce qui ne fut 
que les opinions particulières de quelques-uns d'entre eux. C'eft ce 

Îjue Mr. Lenfant n'a pas fait. Je n'en fuis point furpris. Il a 
uivi fon Manufcrit de Breslau, dans lequel tout eft confondu. S'il 

K 2 avoit 



Digitized by Google 



7* SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

avoit vu notre Journal , je ne doute pas qu'il n'en eût profité , & qu'il 
n'eût bien diltingué la Dodrine commune à tous les Taborites , des 
fentimcns nouveaux & particuliers à quelques uns de leurs Prêtres. 
Comme Dieu l'a retiré dans le tems qu'il travailloit encore à fa Guer- 
re des Hujltes , je prendrai fa place , & je lui rendrai le fervice , que 
je voudrois qu'on me rendit en pareil cas î ou plutôt , que l'on ren- 
dit à la vérité , que Mr. Lenpant cherchoit , & de la quelle il 
ne s'eft égaré, que parce que fes Auteurs le trompoient. 

( a ) Ubi I L raconte donc ( a ) , que dans une Aflèmblée , dont il ne mar- 
fupp.iî7- que, ni 'e jour, ni le lieu, compofée d'une part, des Prêtres & des 
Dodeurs Calixtains > & de l'autre, des Prêtres & des Docteurs Tabo- 
rites ; Pierre de Maldonomtz, alors Prédicateur à S. Michel, tut eu Latin 
& en Bobétnien ( I ) XXXI. Articles , contenant la Dodrine des 
Taborites. Aufli a-t-il rais à la marge , Articles des Taborites. Cela 
fait croire à tous les Lecteurs , que les Taborites en général enfci- 
gnoient tous ces Articles , & les enfeignoient tels qu'ils font raportés. 
Je vai donc defabufer les Ledeurs là-deifus : diftinguer ce qiû eft ef- 
fentiel au Taborifme , de ce qui ne fut qir 'accidentel à ce Parti , & com- 
me un Phénomène pafiager , apparut & difparut aulfitôt. Byzinius 
m'a conduit à cette diltindion. Il rapporte premièrement les Dogmes 
communs des Taborites , & enfuitc certaines opinions particulières 
à quelques uns d'eux. Ceux-ci ajoutaient au fonds de la Dodrine, 
qui e(t toute Vaudoife , des explications des Prophéties , qui au fonds 
n'etoient point des Héréfies. Je ne les traiterai pas de Fanatiques , & 
(6) Ubi je ne dirai pas même avec Mr. Le NEANT (b) qu'ils fe meloient de 
fup.p.119. prophétifer , parce qu'erfedivement ils ne prétendoient point être Pro- 
phètes .' ils n'étoient qu'Interprètes des Prophètes , & croyoient que 
leurs Oracles alloient être accomplis. 

Je vai donc en fuivant notre Journal, raporter premièrement, les 
Articles enfeignés par tous les Taborites : Et fecondemeut les Articles 
attribues à quelques uns de leurs Prêtres. Je nommerai les Prêtres , 
qui les premiers prêchèrent ces nouveaux Articles. Je marquerai le 
tems où ils commencèrent : mais je joindrai à tout cela quelques ob- 
servations critiques , parce qu'autrement , j'en impoferois moi-même 
au Ledeur. C'elt ainfi qu'il en faut toujours ufer ,. quand on écrit 
VHiftoire, & que l'on n'a pour Auteurs que des Ecrivains fufpeds, ou 
de prévention , ou de palfion. 

LXIL 



(1) Mr. LsNFAN-rîes a diftingués & numérotes de la forte. On en pou», 
toit fcixc beaucoup davantage. 



DE LA GUERRE. DES HUSSITES. 77 



LXII. Le premier Article eft conçu en ces termes : (1) «Les 
„ Fidèles ne doivent point recevoir , ni croire comme des vérités ca- 
„ tholiques, ce que les Pères difent dans leurs Ecrits, mais uniquc- 
ment ce qui eft clairement contenu dans les Livres Canoniques de 
„ la Bible. A Pegard de tous les Livres des Pères , il faut les re- 
„ jetter , les détruire , les brûler , parce que tous ces Livres ne font 
„ que des rufes de l'Antcchrift. 



On reconnoit dans cet Article le Principe de toute la Doctrine 
VauJoifei c'eft que l'Ecriture eft l'unique Règle de la Foi, & qu'on 
ne doit lui aûocier en cette qualité , ni la Tradition , ni les Décrets 
des Conciles , ni les Ecrits des Pères , ni les Décidons des Papes : Qu'in- 
troduire une féconde Règle de Foi n'eft qu'un artifice de PAntechrijl , 
qui pour autorifer ce qui ne fauroit l'être par l'Ecriture, fuppofe, 
qu'elle eft obfcure , imparfaite , infuffifante - y qu'elle a befbin de la 
lumière & du fupplément de la Tradition & des Percs. Voila ce qui 
eft vrai. Mais il n'eft nullement vrai , que les Taborites cnfeignaf- 
fent , qu'il faut abolir , brûler tous les livres des Percs , & en particu- 
lier ceux de (2) DENYS, d'ORIGENE, de Cyprien, de 
Chrisostôme, de Jérôme, d' Augustin, puifqu'ils les 
ont cité eux-mèmc dans leurs Ouvrages. Il n'eft pas moins faux , 
qu'ils aycnt dit ce qu'on leur fait dire dans le ( a ) Manufcrit de Bref 00 Gaeiw 
lau : qu'il ne faut ni lire ces Pères , ni Us alléguer pour confirmer PEcri- |* jjcs 
tiare. Les Taborites les ont lus & allégués , comme on le peut voir i 11 "''^ 
dans les Waldenfta de Balthazar Ly dius -, mais il ne les ont pas allé- p * 
gués pour confirmer l'Ecriture. Cela ferait trop abfurde 

2. Article. ( 3 ) ,, Quiconque étudie les Arts libéraux , & 
„ prend des Degrez ( de Bachelier , de Maître , de Do&eur ) , eft un 
^, homme vain , un Payen , & pèche contre l'Evangile de notre Sei- 

gneur J. Chrift. " 

K 3 Les 

( 1 ) NttDa fcripta , tntt diiïa Patrum , m FiJeUtna furti tenenda , eut Catbolice 
trcdmda , nifi qu* in Canone B>l>H* exp/in/e cmlmentur , quia omnes abri talium 
fimt ajhtri* Anti-Chilii , £<? ab\i< icndi , deflrutndi attt comburemii. Diar. p. 191. 

Comme ce Latin eft aflcz b.irb.ire & équivoque , on pourroit nuflï traduire : 

On ne doit point recevoir ce que its Pures difent dans leurs Ecrits , ft te 

m'ejl qut cela fait clairement contenu dans les Livres Canoniques. 



( 2 ) Ces Pères font nommés entre ceux qu'il faut brûler , dans le MS. ic 
Voyez Guer. des Huilit. p. 139. 



(?) Ornnif komo , quo i fiudet in Artibus libcrnh'bsts , met gradtu in ripent 
criait , tji tonus Qtntiiig , fcf ptecat contra E&atgeliuM D. tf.J.CDiar. p.'x»u 



78 



SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



(a)Matth. Les Taborites avoient en vue ces paroles de notre Seigneur: (a) 
XXIII. 8. tfe foujfrez point , qu'on vous appelle notre Maître } car vous n'avez qu'un 
10 ' feul Doïlettr, qui eji le Cfiriji: Et ils n'avoient pas tort d'en faire l'ap- 
plication aux Maîtres & aux Docteurs de leur tems. Sous prétexte 
d'un Titre, d'un Degré pris dans une Univerfité, des hommes fu- 
pcrbes s'arrogeoient une forte d'Empire fur la Foi. Les Taborites n'a- 
voient pas tort non plus , de ne faire aucun cas de la Scbolaflique , 
qui étoit devenue une fcience de Sophitle , & qui ne fervoit qu'à gâ- 
ter PEfprit, & la Religion. On fait comment les plus habiles gens 
du XVI. Siècle jugèrent de cette fcience. Les Taborites , les Vaudois 
n'étudioient que l'Ecriture Sainte : ils croyoient cette Etude fuflùante 
au falut: ils ne foummettoient leur foi qu'à l'autorité de la Parole 
de Dieu. On n'entendoit point chez eux, ARISTOTE Pa dit, le 
Prince des Pbilofophes Pa dit i THOMAS, SCOT, Hon aventure, 
le Do&ettr hréfragable Pa dit. Peut-on nier , que l'Ecole , & les Maî- 
tres de l'Ecole, n'eufTent fuccédé à la Synagogue, & aux Pharifiens, 
& ne fe fuflent empares d'une autorité divine ï On peut bien croirt 
que l'Univerfité de Prague n'approuvoit pas ce fécond Article. 

3. Article. ( 1 ) „ Il ne faut garder aucuns Décrets des Pères , 
f , aucune Ordonnance des Anciens, nul Rit, nulle Tradition humaine : 
„ Tout cela doit être aboli comme autant de Traditions de l'Antechrift, 
„ parce que , ni J. Chrift , ni fes Apôtres , n'ont rien commandé de 
„ pareil dans tout le Nouveau Tcftament. u 



S 1 la Do&rine des Taborites eft bien raportée dans cet Article , U 
faut avouer qu'ils portoient les chofes trop loin. Mais c'eft ce qui 
arrive ordinairement, furtout dans les commencemens d'une Réforma- 



autre. Cependant , extrémité pour extrémité , celle des Taborites va- 
loit mieux que celle de l'Eglife Romaine. Le Culte Chrétien pcrdroit-il 
donc beaucoup , fi on le réduifoit à la Hmplicité des tems Apoftoliques ? 
Et l'Eglife perdroit-elle aufli beaucoup, fi on la déchargeoit d'un joug 
de Cérémonies , dont l'origine elfc évidemment Payenne , ou Judaïque ? 
Du relie on ne fauroit difeonvenir, qu'entre tant d'Ordonnances & 
de Cérémonies d'inltitution humaine , il n'y en eût plufieurs , qui n'a- 
voient été introduites que par l'avarice des Prêtres , & pour fonder un 
Empire Ântkhrèt'wu 



( 1 ) ÏJuCa Décréta faniiorum Patrum , ont Seniorum Infiituta , nuBus aHquk 
Riruf , aut traditio hwtuxuitw inventa , fiait ttnenda Sed omnia talia fiatt abo- 
ItuUa £f deJWuenda , ve ut Anti-CbriJH traditions i cum Cbriflw , &ejwA?oJhii, 
ta fini miUtbi ht Novo Tejiamento expr^Jerunt. Diar. p. xyi. 




extrémité, on fe jette dans une 



4. Le 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 79 

4. Le quatrième Article explique le précédent Du Principe qu'on 
vient de pofer , les Taborites concluoient ( î ) l'abolition du Chrême , 
des finîtes Huiles, de Pextreme OnBion , de PEau bénite, de PExorcifi 
me, de la bénédi&ion de Peau du Baptême, des Calices d'or ou d'argent, 
des ornemens des Prêtres & des Autel»; de la coutume de confacrer 
toutes ces cbqfes j des Cérémonies qu'on y employoit, des Hits Ç5* Cè-émo- 
nies de la Mejfe , des Vêtement Sacerdotaux; du Û)ant Eccléfiafiique 9 
des Heures Canoniales &c. 

Il paroit que notre Auteur, qui étoit un bon & zélé Calixtain, 
étoit fort choqué de tous ces retranchement Mais un homme éclai- 
ré ne le lèra pas> D communiera dévotement , quoi qu'on ne lui 
préfente qu'un Calice tPEtain ou de bois. Il croira,, que l'Euchariltic 
conferve toute fa vertu , quoi qu'elle fe célèbre fur une Table , & non 
fur un Autel conficré; dans une maifon particulière , & non dans une 
Eglifè : Il croira que le pain & le vin deviennent le Sacrement du 
Corps & du Sang de Jv Chrift , bien que le Prêtre foit vêtu comme 
un Laïque j qu'il ne faiTe aucune des Cérémonies de la Meife ; qu'il 
prononce feulement à genoux YOraifon Dominicale, & enfuite les pa- 
roles de notre Seigneur : Ceci efi mon corps ; ceci ejl mon fiug. Un 
homme éclairé ne s'imaginera 'point que le Diable , ou quelque vertu 
maligne , réfide dans les Elemens ou dans- les Corps mixtes , & qu'il 
faille l'en charTer par l'Exorcifme, avant que de les faire fervir à des 
ufages religieux &c. En un mot , un homme éclairé croira , que plus 
il s'approche de la fimplicité des tems Apoftoliques , de l'ufage des 
premiers Difciples du Seigneur, plus il s'approche delà perfection: Et 
qu'au contraire , moins il attribue de vertu aux Cérémonies , aux 
chofes fenfibles, à de l'huile, à de l'eau, de quelque manière qu'on 
les ait bénies , plus il s'éloigne de la fuperitition. C'étoit là la- penfee 
des Taborites. 

Byzinius ajoute dans la fuite (a) que lés Tahorites , brifoient („) Di 3 r.: 
les Bétiitins, & les vafes où Ion gardoit les faintes huiles; ou qu'ils p. 15^. 
les profanoient d'une manière fort indigne, (vel in ea Jlnxorifintes). Si 
cela eft vrai , ce font des excès de quelques hommes ivres & empor- 
tés , dont la. Société entière ne doit pas répondre.. 

v £ AktU 

( 1 ) Ex pradiclk cmtcludtbant ftquentia r Qitod nuBum Cbrifina\ mit fier mn 
oleum y aut aqua baptifmalit , fiait confervanda , vel Jcmclificanda : Similitcr calix' 
uuUm y corporaUy ornai ut , £e? de aJim rebut in Eccltjta fin cmtfuetit , fuitt exorci-- 
fund* , benedieeutU , aut finèlificajul*. Sinùliter nutia bora ctoimlc* fitnt dit end*. 
Às'ec rittu MUja ht ornatn , fe 5 Jtgnis , ae ordine dudttm ab Ecclejia t on Haute , née 
CMttw Ecclejiajlici fttnt ttnendi^ }ed yotnu tanquam traditiones , £jf Legis Dei inu- 
$editiva fiait abjicienda Atlcnda. Diar. p. 191. 



Digitized by Google 



80 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

5. Article. ( 1 ) „ Il ne faut point exorcifer les Enfans avant 
„ que de les baptizer. Il n'elt pas néecuaire qu'ils foient préTentés 
„ par des Parrains & des Marraines. On peut les baptizer dans une 

eau pure , qui n'a été ni bénie ni confacrée. " A l'exception des 
Parrsbu & des Marraines , dont l'ufage pourroit être utile , il n'y a 
rien dans cet Article , que la Religion , & le bon fens n'approuvent. 
L'Exorcifme des Enfans , quoiqu'ancien , eft une Cérémonie monftru- 
eufe , qui femble être née eu Afrique , & qui choque également & la 
( a ) Ub. Raifon & la Religion. Notre Auteur ajoute dans la fuite ( a ) , que 
fup.p. 1 > y. n les Taborites baptifoient les Enfans dans de l'eau de Rivière, ou 

de Fontaine ( in aqua fiuente ) , fans dire autre chofe que ces paro- 
„ rôles: Je te baptife au nom du tere, du Fils, & du Saint Effrit, 
„ & qu'auifitôt après leur Baptême ils les communioient fous les deux 
„ Efpeces , fans les oindre du Chrême. " 

6. Article, (a) „ Tous les MifTcls , les Rituels , les Livres qui 
„ contiennent les Hymnes , les vètemens Sacerdotaux , les habits pré- 

cieux , brodés & de diverfes couleurs ; les ceintures d'or & d'argent , 
„ les Calices , les Soleils , & en général tous les riches ornemens des 
Prêtres , lors qu'ils difent la Meflè : tout cela doit être ôté ou 
brûlé. Il vaudroit mieux officier en habit de Paifan , & employer 
ces riches étoffes, à faire Jappât & matùcat, que de dire la Melfe 
„ avec des vètemens fi fuperbes. " 

Faisons quelques notes fur cet Article. 1 °. Je fuis en doute , 
fi les Taborites veulent parler des livres mêmes , ou des ornemens des 
Livres car il y en avoit de très riches. La fuite demande qu'on 
entende cet Article des ornemens. Aulfi le Journal remarque-t-il , que 
les Taborites enlevoient des Livres des Kgliles , & les vendoient à vil 
prix, de forte qu'«« Livre, qui valoit Jtx ou huit écus , fe domioit pour 
(M Diar- m demi écu , pour vingt gros , & même à meilleur marché, (b) Ut 
p. 198. librum fex aut oefa valentem fexagenis, pro média fexageua, aut pro vi- 

gmti 

( 1 ) Infantes Mon debent cum exorcifmis , £ef foHtk in baptifmate comptUribus , 
in aqua ad boc bcnediila £e? confecrata baptizari. Sed pojfwtt in quacunque aqm 
tecenti , 6f ubi UbuerU , baptizari. Diar. p. 199. 

( z ) Omnei libri nvfjaks , aut caittuales , Jimitittv & viatici , Mm bymno- 
rum , fc? ow/if ornait» feu veftes milfales , aut alia Jpiritualia , pro peragemUt di- 
vin* , mdmuent» , monjhan'i* , aut calices , aut singuli Mgentei vef aurei , çî? otrt- 
vefHt jf) 'ymita & conjptrfa , ont quovis modo depiila : hac omnia fttnt dcjhrtten* 
da vel tvmbrtrenJa ,• magifyue licet rufiick y ur diftis fiait , vejtibuf incedtre, quant 
presbjttru in tit peragere Diviiuu lbid. p. 191. ïjz. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUS SI TES. 81 

ginti gros Mit remijjms dabant eiuere volenti. 2°. Je croî que JoppA ou 
JappA font des Veftes , ou des Twtiques ; car on les portait fous la robe. 
L'Auteur dit dans la fuite, que des Taborites prenoient les ChafMs 
des Prêtres y & s'en fàifoient (a) Joppas , vel Joppularum manicas-, de («) Ibi** 
forte qu'on voyoit des Paifans , porter fous leurs robes des vêtement i\oy- ^7* 
aux. Et rujiici fié togis regio habitu fitertatt vejliti. Manica fignifie des 
gants i mais il doit fignifier dans cet endroit - ci , ou des Manches , ou 
des faremens de Manclxs. 3*. Je remarque en troifiéme lieu , que 
cet Article eft couché bien diversement dans l'Hiftoire de Mr. Len- 
pan ou dans le Manufcrit de Breslau , d'où Mr. Lesfant 
l'a tiré. Voici comment cet Article y eft conçu : ( b ) Qtie dans le ( b ) Guer* 
Royaume de J. Chrift , lorfqu'il aura été reparé , // n'y axera pohtt |f <*e« 
d'habits facer dotaux, qui ne font que des motnmeries : que Us Jupes Hu j^ tc ** 
(J«pp*) des Laïques, & autres uf âges hnpertinens n'auront plut de lieu: P ' 
qu'on retranchera toute fuperjluïté dans les habits , parce que les fem- 
mes qui s'en fervent , ne font que des Courtifanes parées. C'eft peut- 
être là ce qui a fourni un prétexte d'aceufer les Picards de nudité. 
Les Jupes des. Laïques font mifes au rang des ufages hnpertinens , qui 
feront abolis lorfque PEglife aura reçu toute la perfection, qu'elle .peut 
avoir fur la terre. On voit bien néanmoins qu'il ne s'agit pas là des 
habits proprement, mais de la fomptuofité dans les habits. 

Pour revenir à l'Article même, fi les Taborites ont négligé la bi«n- 
féance dans le Service Divin, ils ont eu tort : Mais en avoient-ils de 
bannir ces ornemens fi fuperbes des Prêtres, quand ils officient? Les 
Prêtres doivent prêcher la modeftie} ils en doivent donner l'exemple: 
ils le doivent fur tout lorfqu'ils font les fonctions du miniftere; & 
ils affectent alors de paroitre vêtus comme des Rois. 

Je ne veux pas au refte difllmuler ce que dit Bt/inius, fup- 
pofé qu'il n'y ait point d'exagération. Il raconte , que des Pai- 
fans, des Soldats Taboritts, qui pilloient les Eglifes, prenoient les 
Corp oraux des Autels , & les Aubes des Prêtres , & s'en faifoierit , non 
feulement (a) des chemifes , mais des Caleçons ( bracca ). 11 faut a- (c)Diar. 
vouer que c'était porter la licence bien loin : Mais un peuple qui p. 197. 
n'a point de frein , fe jette dans toutes les extrémités *, & des Prédi- 
cateurs , emportés par un zele indiferet , oublient aifément ce que la 
bienféance , & le fuport pour les foibles , exigent d'eux. Des actions 
de cette nature n'étoient propres qu'à irriter les peuples, qu'à les 
fouîever contre des vérités Evangéliques , & à faire palier les Tabori- 
tes pour des Sacrilèges. 

L 7.ART1- 



Digitizedby Google 



8a SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

% Article. ( 1 ) „ Que la confcffion Auriculaire ne doit point 
„ être obfcrvée : Qu'on n'y doit obliger peribnnc , non pas même 
„ ceux qui font coupables de crimes : Qu'il fuifit au pécheur de fe 
N jj confefier à Dieu. " 

C'est ainfi que l'Article eft conçu: mais l'Auteur nous apprend 
quelle étoit la Di ici pli ne des Takarites. Ils exclu oient à la vérité la 
Confeljion Auriculaire, Ils difoient , qu'il fttffù Je Je confejjèr à Dieu : 
) Dur. Mais ils limitoient cette Ckmfeifion aux péchés véniels, (a) Décentes de 
venialibus peccatis fujicere foU Deo confiteri. A l'égard des ( 2 ) cri- 
tnes ou des péchés mortels, ils exigeoient la Confejfîon Publique: Et 
quand quelqu'un a voit offènie Ton frère , il étoit oblige de recon- 
noitre fa faute, & de demander pardon à ion frère en public. l'E- 
glife les réconciliait enfemble : Elle prioît Dieu de faire grâce à 
l'Offenfeur, & les Prêtres lui impofoient des peines proportionnées à 
(on péché. Ainli Ton peut dire , que les Téarites ramenoient l'an- 
cienne Difcipline , en aboliûant la nouvelle* 

S. Article. 3 ' „ Les Jeûnes de Carême, des quatre tems, 
„ des Vigiles, & les autres Jeûnes introduits par les hommes, ne doi- 
i} vent point être obfervés par les Fidèles. Il eft permis à chacun 
Jy de manger, dans ces jours la, ce qu'il a chez lui, ou ce qu'il 

peut fe procurer u 

Tout le monde connoit aflez Porîgine du Carême , & des au- 
tres Jeûnes, ordonnés par l'Eglife Romaine. On en connoit auift 
les abus. Cependant il ne faut pas croire que les Taborites abolit 
fent les Jeûnes: Us les ordonnoient & les pratiquoient dans les 00 
calions j & alors ( 4 ) ils jeûnaient véritablement un jour entier , fans 

pren. 

Ci) COnfeJ/iatts attricu lares mm Jim* ttnmd* , ont obfervantU , me ad eut pet* 
eatoret , «MM crimùudes , eb&gantur : fed fidi Deo fujjtcit mente tenut cottflterL 
Diar. p. 1^2^ 

( î ) De morktlibut «ero pubhcam , entam fieatribm fororibw debere jieri com- 
ftjjkmtnu. Diar. p. 199. 

( 1 ) Jejuma quadm^tfîmaH». . . . ttmterstq m bumanitut mut eouTuehtdim intr*- 
iucl* , non futtt « /ide/ibut obftrvemda , Jed Y ff> relit fut btnepiaàti , w tuf qui j que 
bu liiebut corne Lu qwdqtùd babet % mt qmdjtbi apparalnt. Diar. p 151. 

( 4 ) Tttnc omnitto iJtb die tue comeiere me bibere Uctbat ; quidam ufqtte ait vef» 
feront , quidam ufque ad a/ter um diem abfhneutet. Puéril etiam infuntUn* mm 
dulKOtt edere, net mammut fugtre ... . ad inftar jejtuui NjiùvUarwn , uifi grim 
ifufa. cogiofit lacbrimk uluJarvtt* Diar. p. xja. 



Digitized by Googl 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. S) 



prendre aucune nourriture jufqu'après le coucher du Soleil. Quelques- 
uns attendoient jufqu'au lendemain : On ajoute même , qu'à l'exera- 
pies des Nmivites, ils fàifoient jeûner jufqu'aux enfans à la mammelle. 
Au moins les mères ne leur donnoient à te ter, qu'après qu'ils avoient 
verfé bien des larmes. 

L E Journal ajoute une particularité que je ne veux pas négliger. Il 
porte, ( a ) que „ dans ces jours de Jeune, quelques femmes Taboritet («) Di«. 
„ avoient la préTomption de recevoir deux (bis l'Euchariftie, Tune en la p. fu 

place du dîner , l'autre en la place du fouper. " La coutume faifoit 
de cela un grand crime ; & les anciens n'auroient pas permis de 
prendre l'Euchariftie un jour de Jeûne, à moins que le terme fixé 
pour le Jeûne ne fut fini. Alors le corps de J. Chriji étoit un aliment 
oui romooit le Teûne. 

9- Article, (x). „ Les Fidèles ne font point obligés à garder 
„ aucune Fête , fi ce n'eft le Dimanche. " On ne nous dit point , 
s'ils n'exceptoient pas auifi les Fêtes Chrétiennes de la Pàque, de 
la Pentecôte , & de la Naifance de notre Seigneur. ( 2 ) Mais il eft 
bien vraifemblable , qu'ils n'excluoient que les Fêtes des Saints > parce 
qu'ils bannûToîent toute invocation, & tout culte des créatures. Y 
a-t-il d'ailleurs un abus plus vifible & plus onéreux au pauvre Arti- 
lan , au Laboureur , que cette multitude de Fêtes , qui lui ôtent le 
moyen de gagner fa vie, & qui, fi on a voit 1 aille faire les Evoques, 
l'auroient enfin réduit à paner fes jours dans l'oiûveté, & à mourir 
de faim? Il n'y avoit point autrefois d'Evèque, qui , pour s'immortali- 
fer, n'inftituât une Fête dans fon Diocefe. 

io. Article. ( a) „ Tout Prêtre qui officie avec la Tonfure, 
„ avec le iurplis , & les autres ornemens facerdotaux ; ou qui dit la 

La aMeûe 

(O Die Dambàn ixeefto , ttuSa alla FeftiviUt eft ex aUqtn débita célébrant* 
« FideHbm. Diar. p. 19». 

( x ) Ce qui confirme ma penfée là-deflus , e'eft ce que dit le Jottntal p. soi. 
VmBUm , quantumnotque SanSi , fr*tcr Cbrifti , jejunabant mgUiu. lia jeûnoient 
donc la veille des Fêtes de J. Chriil , & par conféquent ils gantaient ces Fêtes là. 

( » ) Omnit Fretbjter cum Flatta , 6? m ornatu vel fuferfeDkio Divhta peragetts> 
eft Jteut iBa meretrix , de qua feribitur in dfOGafafi , a Fidelibut contemntnda. 
Sed Mijfa eji , ad inftar CbriJH 6f Apofiolorum , cum bar bit fef Jtu: h ma , itt 
communi vefte , Çs? Jbte ait un , in quoeunque loco contigrrit , ce/ebranda. Et Sacra, 
mentum Eucbarijii* ait a vote, profter a fautes , eft tonfciendufn , & ipfutn non eft 
elevanduto , nec in craftmmt eft swfervandurn. Diar. p. 19* 



Digitized by Google 



84 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ Mené félon le Rit accoutumé, doit être méprife des Fidèles comme 
„ la Projiituée de CApocalypfe. Un Prêtre doit , à l'exemple de 
J. Chrift & de fes Apôtres, conferver fa barbe, n'avoir point de 
„ tortfure, célébrer la Meflê dans fes habits ordinaires, fans Autel, 
„ & partout indifféremment. Le Sacrement de l'Euchariftie doit être 
„ confacré à haute voix , à caufe des Aiftftans : il ne faut ni l'élever, 
» ni le garder pour le lendemain. " 
.-«••■• 

Cet Article ne choque ni le bon fens, ni l'Ecriture, ni la pra- 
tique de l'ancienne Eglife: mais il choquoit la Coutume , qui eft la plus 
impérieufe de toutes les Loix. Il eft vrai pourtant , que ce n'eft , 
ni la Couronne Cléricale, ni la barbe rafee , ni le furpUs, qui font la 
Projiittiée de tApocalypfe. : mais il eft vrai auflî qu'elle eft reprefentée 
(a) Apoc. (a) vêtue de pourpe & d'écarlatte, parée d'or , de pierres prétieitfes 
A vu. 4. ç$ de perles i & que des Prêtres, qui affectent défaire le fervice 
divin dans des vètemens femblables à ceux de cette femme, donnent 
une occafîon bien naturelle de les regarder comme fes Sacrificateurs, 
comme fes Miniftres i furtout fi la Puiflànce , à laquelle ils fe dé- 
vouent , a quantité d'autres conformités avec cette Profiituée. Au fonds, 
eft-ce un mal, que des Prêtres imitent J. Chrift, fes Apôtres, les pre- 
miers Prêtres de l'Eglife Chrétienne, qui n'a voient ni tonfure, ni bar~ 
be rafée , ni habits facer dotaux ? 

Quand les Taboriter n'ont employé d'autre prière , dans la cé- 
lébration de PEuchariftie que l'Oraifon Dominicale , ils n'ont fait que 
fe conformer à un ufage très ancien. Pour les Autels, perfonne n'i- 
gnore , ou ne doit ignorer , que les Chrétiens n'en avoient point 
dans les prémiers tems : Qu'ils ne (avoient ce que c'étoit qu'Eglifes cott- 
facrées : Qu'ils, failbient le fervice Divin , & communioient enfèmhle 
dans des mahons particulières. Il faut pourtant remarquer, que les 
Taborites ne defaprouvoient . pas l'ufage des Eglifes , ou des Temples. 
Ils y raifoient le fervice, comme les autres , quand ils le pou voient. 
Ce n'eft que dans le cas de néceiiké, qu'ils le cl- le broient ailleurs. Os 
ne condaïuioient pas même les Autels, & ne ruinoient que ceux, 
qui étoient dédiés à quelque Saint. Pour les Autels & les Eglifes dé- 
diées i Dieu feul, ils les confervoient. C'eft ce que témoigne B \ z 1- 

VIUS (I). 

J* 

( 1 ) Ecchjî.u ÇfT a/tmria, qna nmfoK Deo, fed titulo aRcujut SanSi 

fturuat dtdicata .... maitdiÛm Dtar. p. zox. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 



J E ne dirai rien fur la confécration à haute voix. J. Çhrift par- 
la-t-il à l'oreille d'un de (es Difciples , quand il leur dit : Prenez Man- 
gez , ceci eji tnoit corps ? Eleva-t-il le pain , pour le faire adorer ? 
Et les anciens Chrétiens gardoient-ils PEttchariJiie pour le lendemain ? 
Tout cela ,n'eft ni Apoftolique , ni de la primitive Eglife. 

11. Article. ( i ) » Qu'il n'eft point permis aux Prêtres Evan- 
liques , d'habiter des maifons que des Laïques ont données aux 

„ Prêtres à perpétuité, & à titre d'aumônes: Qu'ils ne peuvent 
„ pofléder aucuns biens 'temporels -, ce Droit de polfciÏÏon leur étant 
entièrement ôté: Qu'on ne doit point recevoir le Sacrement de 
„ la main des Prêtres , qui confervent des PolTeifions , quoiqu'ils fâchent 
„ que cela cil illicite. ** 

Je ne fai fi B Y z I N I u s n'a pas outre la croyance des Taborites 
fur cet Article , ou fi effectivement ils portoient plus loin que les 
Calixtains, le renoncement aux biens temporels. Quoi qu'il en foit, 
un fi parfait defintéreflèment leur fait honneur. On voit que ces 
gens-là fe proposent d'obferver exactement la pauvreté Apoftolique, & 
de ne prendre des Eglifes , qu'ils fervoient , que leur vêtement & leur 
nourriture. S'ils ont porté le fcrupule au delà des bornes , que 
la prudence leur auroit marquées , il faut s'en prendre à l'avarice in- 
fàtiable du Clergé régulier & féculier. Ce n'étoient qu'ufurpations , 
que moyen* illégitimes d'acquérir, que Procès fcandaleux , qu'Excom- 
munications pour conferver des richeffes bien ou mal aquifes , que fou- 
cis temporels , fans parler du Fafte , de la MolefTe , de la Débauche , 
entretenues par les richeflès. Frappés d'un fi grand defordre , ces 
Réformateurs crurent, qu'il falloit en couper la racine, & interdi- 
re au Cleigé toute pofieflîon de biens temporels. Le remède n'étoit 
pas fans inconvénient i mais après tout , ce n'étoient qu'eux & leurs 
fuccefieurs , qui dévoient en foufrir : ce qui ne fait que rendre leur 
zele plus eftimable, " 

M « 

12. Article. (2) „ Qu'il ne faut pas croire, qu'il y ait un 

L 3 „ Purga- 

( I ) £ un doits E/ofOtgfKci domos , tis ratione Lleemofyn* pro ptrpetuo a Laie* con- 
tejfitr , oui deyutataf , non pojfttnt licite inbubitar* , net pqjffiUere botta tempora.'ia , 
jure crùiii ab iïfdem Jmbtmih peniiw abiato i nec a tu'iter b.ibentibui accifien- 
da fient Sacramettta , qiuunvû jui Jh babendi tk eJJ'e t Huit ion notori* recognoj'caitt. 
Dtar. p 19;. 

(2 ) Pofl mort eut torpara'em <, tovmarum Fidelhtm non t fi credendm loctu pttr- 
gationh , aut tenendtu : Stultumqttt attt imne eji pro fidtiÛ/uf dtfunUis txorcoe , 
mut ait* pietatit opéra exeriere. Dut. p. 193. 



%6 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ Purgatoire pour les Ames Fidèles après la mort : Qu'il eft inuti- 
„ le & infcnfc de prier, & de faire d'autres bonnes œuvres pour 
„ le foulagement des morts. " * 

Je ne dirai rien fur cet Article. On (ait l'Origine du Purgatoire. 
On en peut excufer , pardonner l'opinion : mais qui ne rougiroit pas 
à la vue de la manière indigne & criante , dont on en a abufè ? Le fea- 
timent des Tahorites eft plus amplement expliqué dans la fuite. Ils 
(a) Diar. difoient (a), que „ ceux qui meurent en péché mortel, vont en enfer: 
P- *99* „ Que pour les péchés véniels, Dieu en châtie & en purifie les hom- 
„ mes dans ce monde , par des affliûions , par des maladies , par 
„ des douleurs; en forte qu'ils n'ont pas befoin d'en être purifies 
„ après la mort : Que tout autre Purgatoire n'étoit qu'une invention 
„ des Prêtres , pour exercer leur Simonie , en vendant leurs MelTes 
„ & leurs prières. " 

13. Article. Ci) „ Que toutes les Prières , que l'on adreûc 
„ aux Saints, qui font dans la Patrie céïefte , pour obtenir leurs fuf- 
frages, ou leur interceffion, fentent l'Héréfie ou l'Idolâtrie." Cet 
Article eft fort modéré. 

14. Article. (2),, Qu'il ne faut avoir aucune Image, ni 
aucune reflèmblance des chofes , qui font au Ciel & fur la Terre , 

* „ à peine d'Idolâtrie ; & qu'on doit au contraire abattre & brûler toutes 
„ les Images, comme autant d'Idoles." On allègue le chap. XX. 
de l'Exode. 

(A)ibid. Notre Auteur remarque (*) que cet Article fut approuvé, 
p. zoo. non feulement par les Tahorites, mais par un grand nombre des 
Habitans de Prague, qui fe joignirent aux prémiers pour détruire les 
Images , dans toutes les Eglifes de la Ville. ( 3 ) „ Ils n'en laifTe- 
„ r eut aucune , ni de fculpture , ni de peinture. Tout ce qui refta 



( x ) Invocationes «ut Poftu/atioues noftra , Utm mentales quant vocales , ad Sanffot, 
qui fiait in célefti Patria , pro aliquibta fujfragilt , fapiunt barejtn oui idolâtrions. 
Diar. p. 19 j. 

( a ) XuUa imago, ntc aliqua Jttnilitudo tartan , qtu funt in c*h y Sfa , fuè 
fana idotolatrU eft babenda, fei qutlibet talis eft , tanquatn Jdolum deftruenda & 
tomburenda, Ibid. 

( O }fulla pro tune in Ecclefin fcutfta babebantur , neque Imagines , fed in ont. 
nibus E' c/rfiit, fuper aitari rmjori , fiebat de lapidibut Hrcba , in quacorpm CbriJH , 
y monJhaMiia , pro adoramio pideUbut locabatm. Diar. p. aoi. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 87 

a 

„ dans les Eglifes , étoit une efpece de cof&e , ou d'Arche , faite de 
„ pierres, dans laquelle on mettoit le Soleil, ou la Monfirance, avec 
„ le corps de J. Chrift, afin qu'U fut adoré des Fidèles. " 

A u refte on ne trouve point dans ces Articles ceux que Mr. Len- 
f a n t a raportés , & qu'il a pris de fon Manufcrit de Breslau : la- 
voir (a) 1°. Que /. Chrift n'eft pas corporellement (l) & facramen- (a) Guerre 
tellement dans PEuchariftie. 2°. Qu'il ne faut point adorer , ni fléchir des Hufli- 
les genoux devant le Sacrement. 3°. Qu'on prend aujfi-bien le corps & tcs 
Je fang de J. Chrift dans le repas ordinaire , que dans PEuchariftie , pour- 
vu qu'on foit en état de grâce. 4*. Qu'on ne fauroit dire U Meffe plus 
d'une fois dans un jour, dans toutes les Paroiffes. 5°. Qu'un Laïque peut 
fe communier lui - mime. 6*. Qu'il n'eft pas permis aux Chrétiens de 
manger de la viande étouffée , ni £ aucun animal avec fon fang. On ne 
trouve point tout cela dans le Journal du Chancelier de Prague, 
& fon iilence eft une preuve inconteftable , que cela n'eft pas vrai. 
Car animé, comme il eft, contre les Taborites , il n'auroit jamais fup- 
primé des Articles qui paflbient alors pour très impies. U eft vrai 
que , parmi ceux que l'on nommoit Taborites , il y a voit des Prêtres, 
qui ne cru voient pas la préfènce réelle , mais ce n'étoit point encore 
là le fcntiment du Parti ; quoique ce fentiment ait prévalu dans la 
fuite. C'étoit là proprement l'opinion des Picards ; celle pour laquel- 
le Ziska les fàifoit brûler. 

LX1IL Ceft ici proprement, & depuis la levée du Siège de 
Prague, qu'il faut mettre l'Epoque du Taborifme. Jufques-là, Httjfî- 
tes , Taborites n'étoient prefque que des noms duférens, qui dcfigwoient 
un même Corps religieux & politique tout enfemble. Ce n'eft pas 
qu'il n'y eût déjà de la diverfité dans les fèntimens & dans les Rits , 
mais il n'y avoit point de divifion , point de guerre ouverte. Elle 
commença à Prague, où les Taborites ayant voulu faire approuver leur 
Doctrine & leurs mages ; & plufieurs Prêtres de la Ville s'y oppo- 
sant avec l'Univerlné, la divifion fe mit entre les Chefs, d'où elle pafla 
auiïkôt au Peuple j ce qui caufa de grands maux. 

Lorsque les Taborites furent à Prague, où ils étoient accourus 
pour fa defenfc » ils y firent le fervice divin ielon un Rit , qui 



uni Vt? ut: ij a r 

es fignificationt 
frijetue Jactun 



Digitized by Google 



88 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

» 

parut tout nouveau. Notre Auteur le décrit , & c'eft d'après lui que 
j'en ferai la defcripuon. 

(«) Dîar. (4) Les Prêtres Taborites portoient leur barbe, n'avoient point 
p. 194* la Couromte Cléricale , ne difoient point les Heures Canoniales. Ils étoient 
I9Î * vêtus de gris ou de bru» ( in grifeveflibm ), & officioient dans ces 
habits -là. Quelquefois ils le faifoient en plein air, d'autres fois dans 
des maifons particulières , évitant les Eglifes , foit parce qu'elles étoient 
dédiées à des Saints, {bit à eau le qu'elles étoient profanées par des 
Images , qu'ils regardoient comme des Idoles , & par une confecration 
vénale & Simoniaque. Ils n'obfervoient aucune des Cérémonies de la 
Mené, s'abftenant en particulier de lire, ou de reciter le Canon. A- 
Vant que de communier , l'Aifemblée fe mettoit à genoux la tète in- 
clinée julqu'à terre , & dans cette polture ils recitoient tous l'Orai- 
fon Dominicale ; après quoi celui des Prêtres , qui devoit officier , 
s'approchoit d'une Table , couverte d'un linge blanc , fur laquelle 
il y avoit du pain & du vin. Ce pain étoit coupé , ou rompu : 
car ils n'avoient point l'ufage des oublies. Le vin étoit , non dans des 
calices d'or ou d'argent , qui avoient été confacrés > mais dans des 
vafes d'étain , de bois , de terre i félon qu'on les leur préfentoit. A- 
«►lors le Prêtre prononçpit à haute voix, & en Langue vulgaire, les 
paroles de la confécration. Ils en ufoient de la forte , afin que le 
Peuple )ieût attaot doute, que ce qu'il recevoit ne fût le vrai corps » 
Ç£ le précieux fang du Seigneur. La confecration faite de la forte , 
l'Officiant communioit les Prêtres préfens & le Peuple. On n'élevoit 
point l'Euchariftie après la confécration, & par conlequent, on ne 
l'adoroit pas. On ne la gardoit point non plus pour Je lendemain. 

Ce Service fi 1 impie, fi nouveau, choqua PUniverfité & le grand 
nombre des Prêtres de Prague. ( 1 ) Us avoient bien baitni de la Afefe 
les ornemens pécieux & fttperftus, mais ils avoient gardé tout le relte- 
de l'ancien Rit, & en particulier le Canon de la Mclfe. Zélés pour 
le vieux Service , ils ne cejfoient point de crier en public contre les Ta- 
( b ) Ibid. horites , qui le négligeointt. (b) Non observantes publiée arguere non de- 
Jijhbaut. Ceux-ci ne manquoient pas à leur tour , de blâmer le cul- 
te & les cérémonies des autres $ fondés fur ce qu'on n'en trouvoit 
nulle trace dans l'Ecriture. Ils les traitoient de Pbarifiens , & s'il en 
(c) Ibid. faut croire Byzinius (c) , ils les menaçaient de les cbajfer delà 
p. i>6. ytfjg ^ jnàne de les tuer. Ils n'en tuent pourtant aucun , 8c 

ils 

( 1 ) Superfluitatan , f/ ommnentomm prttiojitatcm dtpanmttt. Diar. p. «9$. 



ized by Googl 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 89 

ils ne chafient, ou ne font charter qu'un Curé, ou Prédicateur de 
S. Michel. Le Peuple fe mêle dans les querelles de fcs Prêtres : L'un 
approuve le Rit Catholique Rçmam, ou Calixtahti l'autre le Rit Ta- . 
borite. L'Auteur remarque à cette occafion , que les ( I ) Béguines 
de Prague ne vouloieut pas recevoir la Communion de la main de 
leurs^Prètres, à moins qu'ils ne quittancent leurs habits Sacerdotaux: Et que 
dans l'EgUfe de S. Piètre in Portiez, les femmes , à rinltigation de leurs 
maris , empêchoient les Prêtres de faire le fervice avec leurs ornemens. 
C'elt ainfi qu'en 1420. la divifion fe mit parmi les Hiyjites : que les 
uns furent Taborites , les autres Calixtams : & qu'un Peuple , uni aupa- 
ravant pour la âéfenfe de fa Religion & de fa liberté , fe partagea en deux 
Se&es différentes, ou plutôt en deux Sectes ennemies. 

LXIV. J'ai raporté les XII. Articles, que les Taborites préfente- 
rent à la Communauté de Prague , & dont ils exigèrent l'acceptation, 
qui leur fut rtfufée. J'ai raporté enfuite les XIV. Articles de Doc- 
trine , qu'ils prèchoient , & les cérémonies de leur Mefle. C'étoit là 
proprement le Taboriftne: la croyance commune de toute la Société. 
Mais voici ce qui fut particulier à quelques Prêtres d'entr'eux. Fort 
exercés dans la lecture du Vieux & du Nouveau Teftament, ils ne 
fe contentoient pas d'en appliquer quantité d'Oracles à l'Eglife Romain 
ne , qu'ils prétendoient être la Prqftituée de PApocalypfe. Ils fe 
croyoient de plus arrivés au tems, ou Dieu devoit venger le fang 
de fes Martyrs fur elle , & fur fes fuppots -, où J. Chrift devoit dé- 
livrer l'Eglife de la Tyrannie de VAntechri/l , la purifier des fuperfti- 
tions & des vices , & couronner fes fouftrances d'une paix & d'une 
félicité , qui ne feroit terminée que par celle de la vie à venir. 

Cette Doctrine fut prêchéc dans le Diftrict de Bechin , où ctoit 
Tabor , (2) au commencement de l'année 1420. Martin, furnommé 
Loqttis, à caufe de fon éloquence, jeune Prêtre , mais qui pofledoit 
l'Ecriture par cœur , en fut , ( a ) à ce qu'on dit , le principal Au- ( a ) Diar. 
teur & Défenfeur. Il eut pour Aflociés J ean Oilczin, le Bâche- P« 10 *• 
lier Markold, Coranda & d'autres Prêtres Taborites. Mais ils 
avoient tous une grande déférence pour un certain (3) Wenceslas, 

M Echan- 

( 1 ) Soroies Pragenfet , qu* Begtttu fwtt vocat*. Ibid. 

(1) In bifee tentporibut , dit le Jour ml p. içç; c'eft. à-dire , depuis la Diète 
de Brin , & après le retour des Députés de Prague : ce qui arriva au commence, 
ment de l'année 1421». 

( 1 ) Je croi que ce W l s c a s l a s Tinctrna eft le môme dont parle Dubrju 
vius, UiJI. Bob. L. XXVI. $. ai}. oSqu'U appelle Wïncisuj Gwpo. 



\ 



Digitized by Google 



90 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

Ichanfon ( Phtcernam ) , qui demeuroit à Prague , & qui étoit célèbre 
parmi eux , à caufe de fa Science dans la Bible. Celui-ci expliquoit 
le Nouveau Teftament par le Vieux , & le Vieux par le Nouveau : 
ce qu'on regardoit comme une méthode tout-à-fait abfurde d'expli- 
quer l'Ecriture. C'eft ce qu'en dit B Y z I N I u s , qui raporte enfui- 
te le Syfteme prophétique de ces Prédicateurs. Je vai le traduire, & je 
(«) Guerre prie le Le&eur d'en comparer les XX. Articles (a) avec les dixneuf pre- 
de« Huffit. miers , que Mr. Lenfant le.ur attribue, après le Manufcrit 
P- f î7« de Bresltm. On y trouvera des conformités & des différences. 

( b ) piar. *• ARTICLE, (b ) ,, Que dans la confommation du Siècle préfent 9 
P« zoj. " » J« Chrift viendra fecrettement comme vient le voleur , & reparera 
„ fon Royaume : Que c'eft là le Règne , dont nous demandons l'a- 
„ vénement, quand nous difons dans l'Oraifon Dominicale, Que ton 
„ Règne vienne ; Que ce nouvel avènement du Seigneur, ne fera 
„ point un avènement de grâce, mais de vengeance, & de rétribu- 
„ tion par le fer & par le feu, de forte que tous les adverfaires 
„ de J. Chrift périront par les fept Play es , qui leur font dénoncées 
„ dans l'Apocalypfe, & à l'exécution des -quelles on doit provo- 
„ quer les Fidèles. 

// „ Qu E dans ce tems de vengeance , 3 ne faut pas imiter la 
>, douceur de J. Chrift envers les pécheurs i mais exercer contre eux 
„ le zele, la fureur, & leur rendre leur jufte rétribution. 

///. „ Qu E non lèulement tout Fidèle , ( r ) mais tout Prêh-e , 
„ toute perfonne Jpirittielle , eft obligée à peine de malédidion , de 
>, tirer l'épée , de verfer le fang des adverfaires de la Loi de J~. 
„ Chrift, de laver, & de fànâSier fes mains dans leur fang. 

. IV. „ Qu E quiconque entendra prêcher cette Parole de J. Chrift , 
„ Que ceux qw font en Judée /enfuient aux montagnes ; & ne fortira 
ras des Cités, des Villes, des Bourgs, des Châteaux, pour 
* retirer aux montagnes , où s'aflemblent à préfent les 
Taburites & leurs Frères j il péchera mortellement contre le 
„ commandement de J. Chrift, & périra dans fon péché: parce 
„ qu'il n'y aura que ceux qui s'enfuiront aux montagnes, qui échap- 
„ perout aux Playes du Seigneur. 

T. „ Qu e 

( i ) QtûM'et Pretbyttr , qi anfwniHuque fitritmlk : Spritttel fignifie ici la mê- 
me chofe ya'EccliJiaJtiqttt. 



M P s 

„ fe 



I 

Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 



9i 



V. „ Que dans ce tems de vengeance, toutes les Cites, Villes & 
„ Bourgs feront détruits & brûlés j parce que le Seigneur Dieu n'y. 
„ entrera plus , ni qui que ce foit. 

* • 

VI. ,, Q_u E les Frères de Tabor font les Anges , que Dieu a eti- 
voyés, dans ce tems de vengeance, pour retirer les Fidèles des 

„ Cités , des Villes , des 'Bourgs , des Châteaux , & les conduire fur 
„ les montagnes i comme Dieu envoya autrefois deux Anges, afin de 
„ retirer Lot de Sodome , & de le fauver : Que ces Frères de 
Tabor & leurs Adhérens , font ce Corps , auprès duquel doivent 
,, s'affembler les Aigles, quelque part qu'il loit: Que c'eft àeux-mème , 
„ qu'il a été dit , la Terre , fur laquelle vous marcherez , e il à vous : Qu'ils 
„ font l'Armée que le Seigneur a envoyée pour purger le Royaume 
„ de J. Chrift, qui eft PEglife militante, de tous les fcandales i pour 
„ féparer les Méchans d'avec les Juftes , pour exercer la vengeance 
„ divine fur les Nations ennemies de la Loi de J. Chrift , & détruire 
„ leurs Cités , leurs Villes , leurs Fortercûes. 

VII. ,, Qu'il ne demeurera (i) que cinq Cités auxquelles 
'„ tous les Fidèles doivent fe réfugier , pour être fauves , toutes les au- 
„ très devant être ruinées comme Sodome. 

; 

VIII. „ Que les maris, fans le confentement de leurs femmes i 
„ les femmes fans celui de leurs maris , doivent lailfer toutes chofes , 
„ & leurs propres enfin» , pour fe retirer aux montagnes , ou dans 
„ quelqu une des cinq Villes. 

IX. „ Que les Fidèles doivent dépouiller de leurs biens , les en- 
„ nemis de la Loi de J. Chrift , ravager ces biens , les ruiner , les 

réduire en cendres. 

X. tf Que, dans la fin de cette confommation du Siècle, J. Chrift 
„ defeendra du Ciel en perfonne , d'une manière vifible , pour prendre 
„ pofTeftton de fon Royaume dans ce monde : Qu'il fera , fur les mon- 
„ cagnes , un grand Feftin , tel que celui de fes Nopces avec l'Eglife 
„ fon Epoufc : Que Chrilt le Roi viendra à ce Feftin , verra tous ceux 
„ qui feront à table , & jettera dant les Ténèbres extérieures , ceux 

M 2 qui 

( i ) On dit que cet Cités font , Vlnna , ou Tilfem , Zattc» , Luna ou Latm , 
Slana , & Uwtvnia ou Glaiettv* Diar. p. i jy. Voyez la Note de Mr. Linvavv 
pag. no. 



92 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

„ qui n'auront pas la robe de nopces : Et comme , au tems de Noe', 
„ tout ce qui n'entra point dans l'Arche , fut fubmcrgé par le Délu- 
„ ge; ainfi tous les médians , qui ne fe trouveront pas fur les mon- 
, , tagnes , feront confumés dans un i ni tant , & tous les fcandales ban- 
„ nis du Royaume de J. Chrift. 

XI. „ Qu'après ce fécond avènement de J. Chrift, lequel doit 
„ précéder le Jugement dernier , & lorfque le Royaume du Seigneur 
„ aura été reparé , il n'y aura plus ni Rois , ni Princes , ni Prélats , 
„ ni Exaâeur, ni Tribut > parce que les enfans de Dieu mettront le 
„ pied fur le col des Rois , & que tous les Royaumes , qui font fous 
„ le Ciel, leur feront donnes. Les Elus ne fourfriront plus aucune 
„ perfécution j au contraire ils rendront à leurs Periecuteurs la jufte 
„ rétribution , qui leur eft due. 

XII. ,, Q_u E dans ce Royaume reparé par le Seigneur , il n'y au- 
„ ra , ni péché , ni fcandale , ni abomination , ni menfonge i parce 
„ que tous feront les Elus , les Enfans de Dieu. Les fouifrances de 
„ J. Chrift , & de fes membres , cclferont pour jamais. 

XIIL „ Q.UE dans cette Eglife , dans ce Royaume, les femmes 
„ enfanteront fans douleur i leurs enfans feront exemts du péché ori- 
„ ginel. Efai. LX V I. (ï ) Les hommes engendreront fans aucu- 
„ ne paffion. 

XIV. ,, Q_u E les enfans , qui naîtront dans ce Royaume , s'ils 
„ font véritablement de ce Royaume , ne mourront jamais i parce que 
p la mort ne fera plus. Apoctl. XXI. 

X V. „ QjD E la gloire de ce Royaume , reparé de la forte dans ce 
„ Monde ( In hac via ) , & avant la Réfurrcdion des morts , fera plus 
, „ grande que celle de l'Eglife primitive. 

X VI. Qv E le Soleil de l'intelligence humaine n'éclairera plus dans 
„ ce Royaume j parce que perfonnc n'inftruira plus fon prochain , cha- 
cun recevant fes inltru&ions de Dieu - même. ^ 

- 

( i ) Gmerabwtt Mue perturbatione. Perturbatio ne peut fignificr que paf- 
Jîo» , concupifcmce : On fait que S. A u g u s t i n dériroit le pèche originel de 
la concupifcencc , qui accompagne la génération des enfans. On cite ici , Et U 
Joannis ultinio : xnau il faut qu'il y ait faute. 



■ 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 93 



XVII. » Q_u E la Loi de Grâce , cette Loi très parfaite , ceffera 
„ dans ce Royaume , quant à racle à exécution ( Quoaâ afihm 

„ executionem ). Pojiqttam non erit alia horninis dircSiva hoc via & 
„ regno ". Je ne fai pas bien ce que veulent dire ces dernières paro- 
les : fi ce n'eft , qu'un peuple exemt de péché , inftruit par une infpi- 
ration immédiate , n'aura plus befoin , ni de prédications , ni d'exhor- 
tations , ni de Sacrement. La fuite confirme que c'eft le fens. 

XVIII. „ Q_UE le commandement d'aflifter aux fai n tes Aflèm- 
„ blées n'aura plus de lieu dans ce Royaume , parce que tous les Fi- 
„ deles feront infirmes , & qu'il n'y aura plus de Temple \ le Seigneur 
M tout-puiflant étant lui-même le Temple de fes Fidèles. Comme la 
„ Foi & l'Efpérance ne fubfifteront plus , il n'y aura plus auffi de 
} , Temple. 

XIX. „ Q_u E J. Chrift viendra d'une manière vifible , fur les 
„ nuées des Cieux , dans une grande Majefté , & accompagné de fes 
„ Anges t Qu'alors tous ceux , qui font morts ( 1 ) en J. Ch-ijl , ref- 
„ fufeiteront , & viendront les premiers avec lui , pour juger les vi- 
„ vans & les morts : Après quoi , tous les Elus , de tous les endroits 
„ de la Terre , qui fe trouveront alors en vie , feront enlevés en 
„ corps dans les nues , devant le Trône du Seigneur , comme dit l'A- 
„ pôtre : Que tout cela doit arriver bientôt , dans peu d'années ; de 
„ forte que quelques-uns de ceux , qui vivent à prefent , verront les 
„ Saints de Dieu reflufeités , & parmi eux Jean H u s } parce que 
„ Dieu abrégera ce tems de vengeance , & hâtera la conlommation 
„ du Siècle, à caufe de fes Elus. 

XX. „ Ces Elus qui feront en vie ( lorfque J. Chrift viendra du 
„ Ciel) y feront rétablis dans l'état d'innocence, où étoit A D A M dans 
,, le Paradis. Us feront comme Enoch, & comme E L i E. Us ne 

feront fujets , ni à la faim , ni à la foif , ni à aucune peine fpiri- 
ruelle ou temporelle. Dans unfaint mariage, & d'une couche fans 
„ tache , ( 2 ) il leur naîtra , fur la terre & fur les montagnes , des 
a , fils & des petits fils , qui n'étant point les fruits de la concupit 
„ cence , feront exemts du péché originel , & ( 3 ) ne feront point fu- 
„ )ets à la mort. Ils n'auront point befoin du Baptême d'eau, parce 

M 3 qu'ils 

( 1 ) C'eft apparemment pour J. Cbriji : les Martyrs. 

( a ) Gmerabunt carnalittr abfqut dolore ptrturbatione. Diar. p. 207. 

( î ) Je prens ces mon de l'Article XIV. 



\ 



9+ SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



„ qu'ils feront baptifés du S. Eprit Alors le Sacrement de la Ste. 
„ Euchariftie ne fera plus d'ufage, parce que les Fidèles feront nour- 
„ ris d'une manière toute nouvelle , & angelique ; non plus en mé- 
„ moire de la Paillon du Seigneur , mais en mémoire de fa Jufti- 



» ce 



Tel eft le Syftème prophétique , que l'on attribue à certains Prê- 
tres Tâborites \ & voici les Principes , fur lefquels on nous dit qu'ils fe 
C a ) Diar. fondoient : Le premier , ( 4 ) Qu'ils étoient parvenus au tems défigné 
P- 2 ©7- dans YApocalypjé Chap. X. 7. par le feptiéme Ange fonnant de la Trom- 
pette y & au-quel le Myjlere de Dieu devoit être accompli. Le fécond , 
Qu'après que toutes les fourFrances dej. Chrilt, prédites par les Pro- 
phètes , auroient été confommées , alors, & non auparavant , s'élè- 
veront , dans toute la maifon de Dieu , les derniers Prophètes , ceux 
qui annoncent & qui prédifent fa gloire. Le troifiétne , Que les paro- 
les des Prophètes , & du S. Efprit , doivent fe prendre dans leur fens 
propre & littéral , & s'accomplir dans ce fèns là jufqu'au dernier Jota. 
Le quatrième , Qu'on ne doit rien ajouter à la Parole de Dieu , ni en rien 
retrancher. 

Ces Principes étant fuppofés , les nouveaux Interprètes des Oracles 
de l'Ecriture , entalfoient un grand nombre de pa/fages du V. & du 
N. Teftament , & en déduifoient , à ce qu'on prétend , la Doctrine 
comprife dans les X X. Articles , que je viens de rapporter. Le Lec- 
teur me permettra bien à prefent, de faire quelques réflexions là-dcflus. 

L X V. On fait dire à ces Tâborites , dans le Manufcrit de Bres- 
(/>)Guer- lm (b), I*. Que cette année 1420, feroit la confommation du Siècle. 
rc des Tous ceux , qui liront ces paroles , s'imagineront , que ces Prédica- 
pVt" tcurs enfeiguoient , que le monde finiroit cette année là: au lieu qu'ils 
vouloient dire fimplcment , que la déformation de PEglife , & la puni- 
tion des médians commenceroient alors. C'eft ce que Byzinius 
nous apprend- Il définit ce qu'ils entendoient par la confommation du 
< c ) Diar. Siècle. ( c ) Quando notabilu fit mutatio , tum faxulum confummatinr. 
P« 2 °9' Confummationcm igitur fxculi appello , bouorum in melius commntationem, 
& malorton extermiuationem ,• quia feriptum ejl , Quia faciam confumma- 
tionem in multis gentibus , te autem non faciatn in confumuutionem. Je- 
rem. XXX. 

00 Gucr- 2 0 . O N fait dire encore à ces Tâborites (d) , que la Bible fera dé- 
lïulïftes n trHlte - e & tro P fort » & fufceptible d'un mauvais fens. Ils di- 

ij8 n°.i2. foi cnt tout au plus, qu'elle ne fera pas d'ufage. 

3°. On 



DE LA GUERRE DES HUSSITES, M 

3°. On leur fait dire (a), qu'après la Btfwre8im générale, les (a) Ibid. 
hommes engendreront des fils çf? jtffar. L'Article X V. comparé avec n°. 14- 
le XIV. porte tout le contraire : Avait* Lt Héfurreiïion des morts. Ce 
ne font pas les hommes reffufcitcs , qui engendreront des entans : Ce 
feront ( 1 ) les Elus qui feront en vie , lorfque J. Chrift viendra pour 
la première fois. 

4 0 . On leur fait dire, (b) que les femmes m rendront fins le De. (5) ibid. 
voir conjugal à leters maris , farce qu'elles enfanteront fans cela : Us di- n°. if. 
fent le contraire dans l'Article X X. Dans toi faint mariage , dans 
wte couche fans tache , ils engendreront charnellement des fils & des pe- 
tits fils : Les hommes engendreront fans pajfion , fans concupifctnce ( fine 
pertio'batione ). 

fV On leur Eut dire (c) , que le Biptème & tBicharifiie , aufft (O Ibid * 
tien que Us autres Sacreftwts , ne ftéfijlerout point jufqu'à ce que J. Cfoïjl n " a+ * 
vienne. Cela n'eft pas jufte ; ou cela eft équivoque. Ils fublifteront 
jufqu'au premier avènement de J. Chrift , mais non jufqu'au Juge- 
ment dernier. Quand le Seigneur aura établi fon Règne fur la Ter- 
re | quand il enfeignera immédiatement tous les Fidèles , alors le Bap- 
tême , ni l'Euchariftie , ni le Miniftere &c. ne feront plus d'ufage. 

M A féconde réflexion eft , que , ne tenant ce fyftème des Prophé- 
ties , que de la main des Adverfaires des Taborites , nous ne devons 
pas croire qu'on l'ait raporté fort exactement , m fort fidèlement. Il 
y a en effet dans ces Articles des chofes , qui n'ont aucune vraifem- 
blance. Telle eft celle-ci par exemple: Qu'il ne devoit fubfifter dans 
toute la Bohême que cinq Villes , & que tout le refte, Cités , Villes , 
Bourgs y Cbâteattx, devoit être ruine, réduit en cendres , en un monceau de 
pierres. Byzinius s'exprime encore plus fortement ailleurs : C'eft 
que tout le monde feroit détruit > excepté ceux qui fc refugieroient 
dans quelqu'une des cinq Villes , que l'on a nommées : ( d ) Totum ( <0 Dîar. 
muudton , bis folum demtis , qui ad pr.ulùt.u crvitates quinque confuge- P* 1 î 6 - 
rent , vuit delere Deui. Cela eft trop extravagant pour croire que des 
gens , qui ne manquoient , ni de feience , ni de raifon , a y en t été ca- 
pables de le prêcher. Quoi donc , la Bohétne , ou plutôt cinq Villes de 
la Bohême, feront le Rendez -vous de tous les Elus de Dieu, difperles 
dans toute la Terre ? Quelle folie î 

Trot- 

( 1 ) Dans l'Article X X. ÎJH cU&i , qtdjlc vivi relinqumtttr , gamabtatt &c 



Digitized by Google 



96 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

* 

Trosieme reflexion : Les extravagances qu'on impute aux Ta- 
borites , font démenties par des faits certains, avec lefquels on ne fau- 
roit les concilier. 

1°. Les Taborites prêchent, dit-on, au commencement de 1420, 
que toute la Bohême fera renverfée de fonds en comble, excepté cinq 
Villes. Prague n'eft pas du nombre des Villes confervées : Cependant, 
quand elle eft afliégée quelques mois après, par une Armée de cent 
cinquante mille hommes , ces Taborites accourent à fa défenfe. Que 
ne la laûTent - ils périr ? Veulent ils donc fe referver la gloire de la 
faccager eux-mème , & de la réduire en cendres ? 2°. Ils font plus. 
Quand le Siège fut levé , ils préfentent aux Magiftrats & au Peuple 
de Prague XII. Articles , qu'ils les prient d'accepter , & à cette con- 
dition , ils leur offrent de les défendre jufqu'à la dernière goûte de 
leur fang. ftague n'eft pourtant pas une des cinq Villes élues : C'eft 
une de celles, que les Anges de Dieu, c'eft-à-dire , les Taborites, doi- 
vent réduire au même état que Sodonte & Gomorrhe. 3 0 . Pilfen, ou 
Plezna , eft , à ce qu'on dit , la prémiere des Villes de Pelcdion i c'eft 
r»Gucr- celle qu'ils appelaient (a) le Soleil : Cependant les Taborites en for- 
re des tent (b), & la cèdent aux Royaliftes par accord , au mois de Mars 
p 11T J * 2 °> dans le même tems qu'ils exhortent tous les Fidèles à s'y re- 
(£) Voyez t * rcr » comroe dans une autre Pella , où ils feront à l'abri des Juge- 
ci. deflus. niens de Dieu. 4 0 . Les Etats confédérés de Bohême font afièmblés à 
p. 48. Czaslavic au commencent de l'année 1421. Là ils s'unifient plus que 
jamais pour leur défenfe, & pour celle du Royaume. Les Taborites 
entrent dans cette Ligue i ils y font exprelïement dénommés : ( I ) 
Der Gemein ztt Tabor j La Communauté de Tabor. Z 1 s K A eft un des 
vingt Régens, à qui les Etats confient le Gouvernement & la défenfe 
du Royaume. Les Villes de Prague , les Seigneurs du Royaume , la 
Noblelfe , toutes les Villes confédérées , pouvoicnt-cllcs admettre dans 
leur Alliance des gens , qui fe vantoient d'avoir une vocation Divi- 
ne , pour ruiner tout le Royaume, à l'exception de cinq Villes. S*. Ce 
fut dans cette même Diète, que les Etats remirent aux Envoyés de 
Sjgismond, un (2) Alémoirc contenant leurs griefs , & les rai- 
Ions, pourquoi ils l'excluoient de la Couronne. Ils l'accufent d'avoir 
porté le fer & le feu dans toute la Bohême : Sigismond leur ( 3 ) 

répond, 

(i") Voyez la Rcfolution de celle Diète ap. Goldast. Commentât, de Re- 
ffti Bob. Jitrtbtu. T. II. Col 174. dans les Additions , ou Beylagtn. 
( a ) Voyez ce Mémoire dans les Additions , que je viens de citer. 
{ j ) La réponfc fe trouve aufli dans ces Additions. 



Digitized by Google 



DE LA GUEPE DES H U S S l T £ S. 97 

rérond , que c'eft eux qui l'ont fait. Mais fi les Taborites , avoient 
prêché, depuis un an, que Dieu les avoit envoyés, pour faccager f 
bitJer, raalTacrer tout en Bohême: excepté cinq Villes, SiGlSMONp 
auroit-il fupprimé un fait, qui lui donnoic un fi grand avantage ? 
N auroit-il pas dit aux Bohémien! : fi vous vous liguez, pour fauver le 
Royaume i commencez donc par unir toytes vos forces, contre des 
fcélérats , qui prêchent , qu'ils font les Miiuttres du Ciel , pour en 
égorger tous les Habitans , & en ruiner toutes les Villes , tous les 
Châteaux, & ne 1 ailler pierre fur pierre qu'à Pilfen, à Zatecz, à Lou- 
ât , à Statu , & à GLrtou. 6°. Ln h u 3 y z I N I u s nous a confervé 
un aflèz ample ( i ) Extrait de la Doclrine prophétique des Tabmitti} 
Mais on n'y voit rien , d'où l'on puillè inférer que le Seigneur alTern- 
blcroit tous fes Elus dans la Bohême, & en particulier dans les cinq 
Vilits qu'on vient de nommer. 7°. Mais voici une preuve évidente 
de la fauûeté de ces Articles. Elle fe trouve dans une Pièce authenti- 
que , raportéc par B v z i M i u s , dans les XII. Articles préfentés par 
les Taborites , a* la Communauté de Prague , après la levée du Siège 
de cette Ville, le f. AoCit 1420. Les deux derniers Articles portent 
C 4 ) , que la Ville de Prague chaflera tous les ennetuù Je la vérité , £«? ( « ) Diw. 
ne recevra point ceitx qui auront été chaifés d'ailleurs : Qu'on détruira P* l8 4> 
les Monalteres Hérétiques , les EgUfes & les Autels qui tu font pas pé- 
cejfaires , les Images &c. Voila *tou* fe que les Taborites ont exigé : 
Non , que l'on majfacreroit tous les ennemis de la vérité , qu'on les 
feroit périr par le fer par le feu j mais 411 un les chaferoit , & 
qu'on ne leur donnerait aucune retraite , comme étant Jet traStres 
des infidèles : Non, que l'on majfao-erçit , que Pon brUleroif les Moi- 
nes, les Prêtres Hérétiques ; mais qu'on abattroit les Monafieres , les Egli- 
fes t les Autels fuperflus, & les Images, que le* Tafaritcs regaraoient 
comme des Idoles. 

I l ne faut pas infitter davantage là-defius. Il eft évident , que 
les Seigneurs, la Nobleûe, & les Villes de Bohême, ne pouvoient 
faire aucune alliance avec une Fa&ion, jqui fe difok envoyée du Ciel 
pour les detrii re eux & tout le Royaume. J'ajouterai feulement une 
nouvelle raifon contre Yéleèlion de Plevia. Cette Ville étoit la Patrie 
do fVenceslas CORANDA; de ce fameux Piètre Taborite , que l'on 
rend rcfponfable d'une partie des violences de Ziska. Ceft le feul 
endroit par lequel les Taborites pouvoient avoir quelque prédilection 

N pour 

(.1) Voyelle dani le Journal, depoU la p. J07. jufqu'àla fin. 

■ V ► ' ■ • ' • 



Digitized by Google 



SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



pour elle. Mais quand je confidere, que les mêmes Taborites la 
rendirent aux Royaliltes, je foupçonne, qu'elle leur étoit mil af- 
fectionnée , & qu'ils y craignoient les ennemis du dedans , autant 
que ceux du dehors. En elfet Paul Stranski témoigne ( i ) , 
que cette Ville fut toujours fort contraire aux Hittites i qu elle leur 
réfitta dans les années 1421 , & 1433 i & qu'on y difoit , en fe 
moquant de leur Religion , qu'il y avoit à Pilfen un Gibet plus an- 
cien que PHêréJie de Jean H us. 

A propos de ces Villes élues , je remarquerai deux ou trois par- 
ticularités, qui ne déplairont pas au Lecteur. La prémiere eft, que 
( 2 ) Zitecz & Launa furent les deux Villes où s'arrêtèrent les Di]ci~ 
fier de Pierre Waldo, lorsqu'étant challes de France & d'Alle- 
magne en l'année 1 1 76 , ils vinrent chercher une retraite en Bohê- 
me. Il eft bien vraifemblable , qu'il y avoit encore des Vaudois dans 
ces deux Villes, lorfque les troubles de Bolxtne arrivèrent i ou que les 
Habitans avoient au moins confervc quelque teinture de la Doctrine 
Vatidoife. C'eft fans doute ce qui fit , qu'ils fe déclarèrent hautement 
pour les Taborites, dont la croyance étoit Vaudoife. De là encore 
la bonne intelligence qu'ii y avoit entre ces deux Villes: car S t r a n s- 
<<OReip. Kl remarque (a), que dans la guerre des Hutjïtes, ceux de Lawut 

Bojem. f e gouvernaient par les eonfeils de ceux de Zatecz. 
Cap, VII. 

coL 441. f ccolî( } e particularité, dont je ferai part au- Lecteur, regarde 

la Ville de Slan y qui étoit auifi, à ce qu'on dit, une des Villes 
élues. Elle prend fon nom d'une Iburcc falée , qui étoit autrefois 
dans ce lieu là : Mais les Taborites n'étoit pas infpirés , quand ils 
en firent un des objets de l'élection Divine. Slana n'étoit pas en 
bonne réputation r puifque c'étoit un proverbe en Bohême , ( 3 ) 
que les Filles de Prague, les 0)evaux de Cuttetnberg, la Jettneffè 
de Slan ne valoient pas grand' cbofe. 

A cette petite dîgreilion j'ajouterai une Remarque , qui ne con- 
forme pas le récit des Auteurs de Mr. Leksinx fur l'élection- 

des 

(t) P.Stkanui in R ci pub. Bnjemie, Capt H- col. 434. 4K. PrOpudiofe 
iSufit , Rabatum feu fuream. afud fe vetujhorem eff'e diSitaru , quant effet BnjJUa^ 
non irre.'igiojli H*refts. 

( a ) Pétri Waidi TiifcipuH . . . .. de>e8o ad Zatcciunt , Laupanupu Dww- 
«V/o.. . SrtA.N9Ki Rein. Bojcia Cap. Vil. col. çn.. 

{il Cria ejje, qu* fcrruro fiuu boita. S irausjci ub. fup; col 44JK. 



DE Là GUERRE DES HUSSITES. 99 



des cinq Villes. C'eft que Tabor , la chere Tabor , la Jerufalem des 
Taborites , n'eft point du nombre des Villes confervées. Elle com- 
mença pourtant d'être fondée au mois de Mars 1420 ; & je ne 
penfc pas , que les nouveaux Prophètes duifent le mettre à l'interdit. 

LXVI. Mais quelle étoit donc la Doctrine prophétique des 
Taborites ? Qui eft-ce qui pourrait la définir au jufte, puifque nous 
ne la tenons que de la main de leurs ennemis ? 

I. Mr. Lenfant raconte (a), qu'après la lecture , qu'un (a) Guerre 
certain Docteur de l'Univerfité de Prague, nommé Pierre de M A L- de» Huffit 
DONOW1TZ, eut fait des 31. Articles que l'Univerfité ceufuroit P* ,4 °* 
dans les Taborites, quelques mis de ces derniers les foutittreut tous 
véritables. Je ne ioute point que l'Hiftorien de Mr. L enfant 
ne le dife : mais je fuis perfuadé que cela n'eft pas vrai. Cepen- 
dant, cela fait voir, que je n'ai pas avancé fans fondement, qu'il 
ne falloit pas mettre fur le compte de tous les Taborites , des opini- 
ons palfageres , qui fureut propres à quelques tots de leurs Prêtres. 
Aulfi BY ZI NI es dit-il, qu'elles furent prèchées par quelques Prê- 
tres Taborites i (b) Sacerdotes quidam Taborienfes. 2. Mr. Lenfant (é) Ditf. 
ajoute, que d'autres plus modérés exceptèrent quelques Articles oit Us lh «ïï» 
trouvaient du venin, & qu'ils difoient leur avoir été fauilcment im- 
putés. Cela elfc bien vague. Si les Hitlériens étoient exacts , équi- 
tables, ne diroient-ils pas ce qui fut reconnu, ce qui fut defavoué? 
Mais partiaux , comme ils font , ils ne veulent pas décharger leurs 
Adverfaires , de ce qu'il y a de plus odieux & de plus infenfé 
dans ces Articles. , Quoi qu'il en foit , ils conviennent qu'il y en 
eut, qui furent defavoués hautement. 3. L'Hiftorien de la Guerre 
des HuJjîtes pourfuit : Au Concile de Confiance, dit l'un d'entre eux 
( des Taborites ) , on n'a mis fur notre compte que quarante Articles 
Hérétiques , vous nous en hnpofez plus de foixante dix. On doit 
conduire de là , qu'ils en defavouoient la plus grande partie : Car Ci 
le Concile de Confiance , qui ne leur avoit impofé que quarante Articles , 
leur avoit fait tort , que doit-on penfer de ceux , qui leur en im- 
pofoient plus de foixante & dix ? 4. On demanda copie de ces Articles 
pour y répondre , dit encore Mr. Lenfant. Quels Hiftoriens a- 
vons-nous de la Doctrine des Taborites ? Ils nous racontent bien les 
Dogmes , les opinions , que leurs Accufateurs leur ont attribuées : 
Mais ils n'ont garde de nous dire ce que les Accufés ont répondu. 
Mr. L t n F A N T n'en dit rien , fans doute parce qu'il n'en a rien 
trouvé dans fes Hiftoriens. f . Il dit enfin , qu'tttf certain Nicolas 

n a v bhco. 



Digitized by Google 



ioo SUPPLEMENT A V HISTOIRE 

BisCUPEC, qite les Taborites avoient pris pour leur principal Prêtre , 
prenant la parole , nom n'agiterons , dit-il , pour le préfent , que cette 
Qtiejlion, [avoir lequel ejl le mieux ( i ) de faire la Cene ( c'ell à di- 
re de La confacrer ) en habit facerdotaux , oh avec l'habit ordinaire. 
Je m'étonne que notre Hiftorien ne fe foit pas apperçû , que ce AT/- 
colas Bis eu rte eft Nicolas Episcopius, ou Episcopus, 
fi célèbre entre les Taborites ; & que le nom de Bifcupec * n'eft que 
le mot d'tpifcopus en Bohémien, & peut-être un peu défiguré. Mais 
qui croira, que cet habile homme fe foit avifé de mettre fur le ta- 
pis la feule Qitejiion des Vitemens Sacerdotaux, & qu'il n'ait rien dit 
fur tant d'Articles , paradoxes , infenfés , pernicieux , qu'on imputoit 
à fon Parti Je remarque même , que c'étoit alors une Queftion 
déjà vuidée , que celle des vètemens > & que dès l'an 1420, les 
Prêtres de Prague, de l'avis des Maîtres de l'Uni verfité, avoient re- 
noncé à la mondanité , à la fuperfluïté des riches vètemens , dans la. 
célébration de la Meife. Le Journal le dit expreifëment , & je ne croi 
pas qu'on puilfè contredire là-deifus le témoignage d'un Chancelier de 
C")Diar. Prague , qui a été préfent. (a)Àfagijtri vero.cwn Presbyteris , qui pro 
io£., tune in Praga remanferant , de contrario Taboritis f, ta eut es , oranem ab- 
ufum? fuperfluitatem, & ornamentorum preriofitatem déponentes. 

J E ne trouve donc rieri , dans PHiftorîen de la Guerre des Hnjites , 
qui puifTe nous inftruire au jufte des explications , que quelques Prêtres 
Taborites doimoient aux Prophéties : J'y vois feulement, qu'ils ^l'avouè- 
rent le plus grand nombre des Articles qu'on leur imputoit ; & je ne 
doute pas , que ce defaveu ne tombât fur un Syftème prophétique , qui 
eft plein d'abfurdités , & qui devoit armer contr'eux tous leurs Conci- 
toyens, comme contre des ennemis jurés de la Patrie (2). 

D u refte je n'ajoute aucune foi , à dès Articles ramafles par des 
Uaitres de l'Uni verfité , qui ne cherchoient qu'à rendre odieufe la 

Doctrine 



• ( 1 ) Cmuun cwtjictreé. 

( z ) Je n'avance pas cela comme une fimplè conjecture; J'en ai la preuve 
én main. Les Prêtres Ttiùoritet tinrent un Synode en 1422.. Là Us dreflerent 
divers Articles , dans lefquels ils condamnent entr'autres , les defordres commis , 
dans la guerre, par des Soldats Hcemicux ; & en particulier ils delavouent , ils 
condamnent les impertinentes applications , que quelques Prêtres faiioient des pa» 
rôles, de l'Ecriture , pour autorifer cette liceoce. Sive ineptit Scripturarum pet Sa- 
cerUote, txpUitutonilHu VHé Confejffùm.. Taboritar. à BiXitbafar. Ltdio ttiit. in 

Wattutljbmi. Tom. I. c*p. 48. -p. 2jt.. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 101 

Doctrine des Taborites. Ne fait-on pas que ces fortes de compilations 
d'Articles , fon remplies d'exagérations , de malentendus , de conféquen- 
ees bien ou mil tirées, en un mot, de beaucoup de faux parmi très 
peu de vrai ? En vit-on jamais , qui n'ayent eu ces défauts ? J'aurois 
ïbuhaité, que Mr. L en F A NT, qui a étudié PHiftoire de ces tems-là, 
fc fût donné la peine d'examiner en Critique , des Articles qu'il n'a fait 
que copier. Il examine bien d'autres chofes, qui ne le méritoient pas 
mieux. Je tacherois de fuppléer à ce défaut , fi j'en avois le loiur ; 
mais mes occupations ne me le permettent pas : Et tout ce que je puis 
faire à préfent pour la fatisfaction du Lecteur , c'eft de lui donner une 
idée de ce qu'il peut y avoir de vrai dans ces Articles. Je la tire de 
Byzinius lui-même. 

LXVII. Apres nous avoir raporté les Principes des Taborites , cet 
Auteur a voulu nous laifler un Plaît de leur Doctrine , touchant le 
renouvellement de PEglife, & le Règne de J. Chrilt. (a) afin etapprtn- (a) Dîar. 
dre, dit-il, à la Pojièrité , comment ces mfenfes féduifoient des peuples finu P- *°7- 
pies* Ce n'eft qu'un entafiement de pafTages des Prophètes , par lefquels 
ces Interprètes prétendoient prouver cette Thefe, favoir (bj, » Qu'a- Ibîd. 
„. lors ,. dans l'année 1 420 , la confot/tmation du Siècle alloit commencer ; p ' 
si Que J. Chrilt alloit venir, pour fubjuguer & punir les Rebelles, 
«rétablir fon Eglife, ou fon Royaume dans ce monde, en bannir les 
„ fcandalcs & tous les Ouvriers d'iniquité, en forte qu'on y verroit 
„ régner une vertu toute pure , & une paix parfaite. " 

La confommation du Siècle n'eft pas, comme je l'ai remarqué, la fin 
du monde , mais la fin de l'état où fe trouvoit alors PEglife , opprimée 
par les méchans , & corrompue par les erreurs , par les fuperftitions & 
par les vices. V Avènement de J. Chrift , n'eft pas cet avènement glo- 
rieux , dans lequel il jugera toute la Terre. C'eft un avènement fecret 
{occulte), femblable à celui du voleur, qui fc cache, & qui furprend. 
Nulle apparition vifiblc de la perfonne du Seigneur. Il ne vient que 
pour déployer fes Jugemens fur les fuperbes , les rebelles , les hypocrites,, 
les vicieux , les opprefleurs de PEglife : que pour aûembler fes Elus, 
les< purifier de leurs défauts ,- en multiplier le nombre , les faire jouir 
d'une profonde paix, les rétablir dans un état plus parfait & plus, 
heureux que celui de- PEglife primitive. Tout cela «ft confirmé par* 
an grand nombre de paflages du Vieux & du Nouveau Teftament.. 

C'est en fubftancc ce que Byzinius raporte de là. Doctrine do? 
nouveaux Interprètes des- Prophéties.. Elle fc réduit en général aux. 

N 3 



xl by Google 



102 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 



- Articles fuivans. i°. Que le tems étoit venu, où le Régne de l'Ante- 
chiift devoit être détruit , où les Anges dévoient verfer toutes les phioles 
de la colère de Dieu fur les médians. 2*. Que le tape étoit cet Ante- 
chrill , iypw/f la troJHtuée de ? Apocalypse , & que leur punition étoit 
proche. 3 0 . Qu'à ce Régne Antichrétien devoit fuccéder le Hépie des 
Saints , où l'Eglife purifiée de toutes les erreurs , & de tous les vices, 
jotnroit fur la terre d'une paix parfaite. 4 0 . Qu'il y auroit une pre- 
mière Réfurrcction des Juftes , & qu'ils vivroient & régneroient fur la 
terre , jufqu'au tems de la Réfurretfion générale , & du dernier Ju- 
gement. 

Ces gens-là pou voient être dans l'opinion des Millénaires , dans la- 
quelle ont été plulîcurs Anciens , & d'habiles Modernes ; & qui certai- 
nement n'ell pas dellituée de probabilité : ce que je dis fans prétendre 
l'approuver. Si du relie, ces Taborites ont fait à la Bohême , à leur Parti , 
des applications téméraires de quantité de pallages de l'Ecriture*, c'eft 
ce que je ne voudrois ni affirmer , ni mer ; parce qu'il ne nous relia 
rien là-deflus, que ce que leurs ennemis en ont publié. Mais j'ofe 
bien alTurer, qu'ils n'ont jamais enfeigné, que Dieu les avoit envoyés 
pour mettre la Bohême à feu & à fang j pour n'épargner que cinq Villes 
de ce Royaume , pour renverfer le Gouvernement , & dépouiller les 
Princes & les Magiftrats de toute autorité. Ce que j'ai dit ci-deffus , 
ne permet pas de doutér de la fauûTeté de ces imputations. 

L XVI II. C'est ici que finit notre Journal. J'en regrette beau- 
coup la fuite : Car bien que l'Auteur ne foit pas tout-à-fait impartial , 
il paroit exact & fidèle , & il nous ferviroit à en corriger d'autres , 
que Mr. Lenfant a fuivis avec trop de confiance. Il s'ell aflii- 
rément trop fié à Balbin, qui a été Jéfuite , & il ne s'eft pas 
allez défié de Theobalde ou Thibaut, qui, pour avoir 
été Protellant, n'en a pas été moins palfionné contre les Taborites , 
parce que ceux-ci faifoient , ou firent bientôt profeifion ouverte de 
î'Héréfie des Sacramentaires. Or l'on fait, que les Luthériens rigides 
n'ont pas moins haï ces prétendus Hérétiques, que lés Catholiques %p- 
mains ne l'ont fait. Ce n'eft pas fans raifon , que Balbin loue 
Theobalde. Pour moi , j'avoue , que fi j'avois eu à écrire les 
Guerres des Huljites , je n'aurois pas été fi crédule fur les matfàcres , 
qu'on dit avoir été commis par ces gens-là : Non que j'eulle vou- 
lu trahir ou dilfimuler la vérité ; mais je n'aurois fuivi des Guides fi 
fufpccls , qu'avec beaucoup de précaution. Au relie , je n'ai pas def- 
fein de faire la Critique d'un Ouvrage , dont j'ai toujours ellimé & 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES H US SITES. 103 

aimé l'Auteur : mais je dirai mes penfées au Public, parce que je 
ne puis plus les lui dire à lui-même. 

Il y a deux fortes de violences , dont on aceufe les Htijfites ou 
les Taboritcs. La première eft la nùne des Eglifes & des Monafteres : 
La féconde eft les manacres impitoyables des Moines, des Religieufes 
& des Prêtres. 

A l'égard des Egtifes , il eft certain que les Taborites en ruinèrent 
plufieurs. Mais en parlant de cette violence , n'étoit-il pas jufte de 
dire leurs raifons? I*. Ils ne détruifirent aucune Eglife confacree 
à Dieu, au Fils de Dieu, ou au S. Efprit, 2°. Ils ne détruifirent 
pas les Eglifes paroiflïales 3 0 . Celles qu'ils abattirent , appartenoient 
aux Monafteres. 4 . Leur raifon générale étoit , que le Culte des 
Saints, des Reliques & des Images, étant un Culte idolâtre, ils ne 
regardaient pas comme des Edifices làcrés, ceux qui étoient élevés 
en l'honneur des Saints, & profiuiés par un tel Culte. La Pruden- 
ce , la Raifon , & fi je puis m'exprimer de la forte , une efpece d'Hu- 
manité pour de beaux édifices, devoit arrêter de pareils excès de 
ïele. Mais fi on vouloit les exeufer, manqueroit-on d'exemples dans 
l'Antiquité? Les anciens Chrétiens n'ont-ils pas détruit des Temples 
confacrés aux Idoles ? N'y ont-ils pas mis le feu ? Sans parler de 
l'Egliiè Upmabte , qui s'eft fait un honneur d'abattre , de rafer les 
Temples des Proteftans, ou de les employer aux ufages les plus vils 
& les plus profanes. Cette Eglife a bien plus (ait : Elle a brûlé leurs 
Bibles j quoiqu'on ne puûTe difeonvenir , qu'elles ne contiennent la 
pure Parole de Dieu. Il n'y a point de guerre , où les Partis , 
animés l'un contre l'autre , ne commettent de grandes violences. 
Les Soldats, les Chefs même, infolens, irrités, ne connoiifent plus 
la modération , ne distinguent plus le Sacré du Profane. Qu'on life 
feulement ce que les Grecs nous racontent des Sacrilèges commis 
par les Croifés , quand ils s'emparèrent de Conjiantinr.ple au commen- 
cement du XIÏI. Siècle , & l'on verra cette Milice facrée , fouler 
aux pieds tout ce que la Religion Catholique a de plus vénérable. 
Eglifes, Autels, Images des Saints, Vafes,. Vëtemens facrés , Sacrer 
mens même, tout fut profané de la manière du monde la plus im- A p. 
pie. Mais fans parler des Croifes du XIII. Siècle , ceux de Bohéute Goldaft. 
que firent-ils ï Non feulement (a) „ ils mirent le feu aux Villes % ou gomment 
„ aux Villages , ravagèrent les Cités -, mais ils firent brûler les- nom- B^Murib 
» mes , les femmes ,, les petits enfans : ils violèrent les filles , 8ç Tom l". 
» firent aux femmes des outrages ûifuportables. " C'eft ce que les Etats p. rx?. in 

• • • • _ - . - _ conté* Appendice* 



Digitized by Google 



104 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

confédérés de Bohême difènt dans leurs griefs contre Sioismoko. 
Les Hiftoriens ne devroient pas tant s'arrêter à relever des excès, 
que l'on trouve dans tous les Partis , ' quand ils ont les armes à 

la m ain . 



LX IX. Je fuis moins feandalifé de voir les Taborites abattre des 
Monaderes , que des Eglifes ; parce que je ne crois pas que la Sain- 
teté ou la Profanation s'attachent au bois ni à la pierre. Je ne crois 
pas qu'un Temple en foit moins propre au Service Divin , quoi qu'il 
y ait eu des Idoles. Mais pour les Monaifceres, rien n'obligeoit 
les Taborites à les épargner, que l'utilité qu'on auroit pu tirer de 
leur confervation , en les employant à d'autres ufeges qu'à celui d'y 
loger des Moines. Ainli, quand les Citoyens de Prague donnent aux 
( a ) Diar. À}U man As ( a ) le Monajiere du S. Ejprit , pour y faire le Service Divin 
dans leur Langue : quand ils convertiuent en Arfenaux les Monafte- 
res de S. François , & de S. Jaques , ils font beaucoup mieux que 
de les abattre , ou de les brûler. Mais fi l'on n'avoit pas , ou le def. 
fein | ou le pouvoir , d'employer ces Edifices à des ufages utiles à 
la Société , étoit - ce donc un il grand crime aux Taborites que 
de les détruires? 

• • 

N'examinons pas s'ils raifonnoient bien ou mal :' Voyons 
feulement comment ils raifonnoient. (i) i°. Us étoient perfuadés, que 
le Motutcbifiite ett une Inftitution humaine , plus pernicieufe qu'utile 
à la Religion , & qui devant fon origine à la fuperftitiun , n'a tra- 
vaillé depuis , qu'à l'entretenir & à l'augmenter : Que les Moines ne 
font qu'une multitude de gens oilifs, dont les uns polledant des Biens 
immenfes , ne penfent qu'a amaiïèr des Trélbrs , à faire de nouvelles 
aquifitions, pendant qu'exempts des charges publiques, qui ne di- 
minuent point, le Peuple en demeure accablé ; dont les autres fous 
prétexte de pauvreté, dévorent les aumônes néceiTaires au foulage- 
ment des vrais pauvres: qu'en un mot, les Monafteres font un 
fardeau très onéreux à la Société , qui n'en tire d'autre avantage , que 
celui de s'y décharger d'un nombre de gens , qui pourroient cultiver 
les Terrres , les Arts , le Commerce , les Armes. 2°. Les Taborites 
croyoient, que tous ceux, qui font revêtus d'un Miniltere Ecclé- 

fiailique , 

( i ) Monacborum Monafleria pradicabani effe latrottum fortune tu , & contra 
legem CbriJH mule fundata : Çum Clmjhu mandavit fuit Difci[>utif , & fer to$ 
. omKibw Pmltyteris , quod ft non reeluJermt , ftd vadant ht univerjutn orbtm, fra- 
. dicaju<s & baptiiontes &c. D'ut. p. 197. 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. lof 

ûaftique, doivent travailler à l'inftruâian & à l'édification des Peu- 
ples , & non demeurer enfermés «dans des maifons , où , fous pré- 
texte de prier Dieu pour le refte des hommes , ils vivent dans une 
profonde oifiveté. 3* On ne fait que trop l'hiftoire fcandaleufe des 
Ordres Monaftiques Leurs vices étoient très réels, & leur dévotion 
n'étoit prefque qu'oftentation & qu'hypocrifie. 4°. Us avoient été les 
violens perfecuteurs de Jean Hus & de Jérôme de Prague : Et 
s'ils en avoient été les maîtres, ils auroient traité de même tous les 
Se dateurs de ces faints hommes. Ils étoient actuellement les plus opi- 
niâtres âdverfaires de la Communion fous les deux Efpeces , & en 
général de toute Réformation. Faut-il s'étonner -après cela > fi les T«- 

Wm * ■ WW^»* V^F m ^ W m ■ ■ ™ ™" w» mm mm. mm* m. m m mmm mm w m mm m* m m+mr vmr m m» J MM m.mf\f A ^ 

hontes ruinèrent leurs maifons, dans la vue de les diffiper, de les 
chaner , & de les empêcher de revenir, en leur ôtant leurs retraites? 
Ils regardoient ces maifons comme des Tanières , où fe retiroient des 
Betcs farouches , qui ne refpiroient que le fang & le carnage de tous 
tes Hujjites. Remarquons cependant qu'ils épargnoient les Monafteres 
dont les Moines admettaient la Communion fous les deux Efpeces ; & 
que, dans les Articles présentés à la Communauté de Prague, ils ne 
propofent que la deftruûion des Monafteres Hérétiques. Us auroient 
donc laine fubfifter les autres. 

Telles étoient les raifons des Httffitet. Je n'examine pas 11 elles 
font juftes : C'eft au Lecteur d'en juger. Mais il me femble auffi , 
qu'il étoit du devoir d'un Hiftorien de les dire. J'ajouterai à ces 
raifons deux Remarques. La première eft, ou que Mr. Le mf an t 
»'a aucunement gardé l'ordre des Evénemens, ou que l'on a ex- 
trêmement groin le nombre des Monafteres , qui furent ruinés par 
les Taborites. By / in ils (a) fait le dénombrement de ceux, qui (a) Diar. 
avoient été détruits dans Pefpace d'une année (l), P- J97» 

LXX. «>•• 

( 1 ) Je vaî mettre ici la lifte de ces Monafteres. Elle fera voir l'exactitude 
de l'Auteur. 

Mon AiTiiiA TMatorum Momacborum : Carthufia , Straho wia , Brzeonio. 
wia, Fedepontis , St. Maur , Zdcras, Ambrofii, A nia Regia , Milerosko, Nep*. 
œuk, InfuU, Kladrup, Czcdlicz, Opatowicz, WylemouT , Hxadifft. 

M o n a s r r k 1 a Mendicantitmt : Thomz , Clementia , m Botiecz > in Zaxx 
duo y in Plzna duo , in Luna duo , in Grecz Regia* dm , m Utk duo , m Picska 
union , Glatoviz unum , in Nymburgk union. 

Claustra Monialiion : In Luniowicz , in ter Lunam Zacz , Sanctx Cr- 
tharinac in Pnga , Sandz Anna: m Majoré farte Pragenfi , Santoe Mariz Magdt. 
knjc, Chotieflbw , Boyûm. 



Digitized by Google 



toc SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

LXX. On pardonnerait peut-être aux Taborites la ruine des E- 
difices : Mais peut-on leur pardonner les Maifacres , les incendies, 
des Moines , des Religieufes * les horribles violences commifes contre 
les perfonnes ? L'HiJioire de la Guerre des Huffîtes eft remplie de ces. 
Scènes fanglantes. Partout , Moines , Moinefles , tout eft envelop- 
pé dans les ruines de leurs raaiibns , ou confumé dans les flammes. 
(a)Guer- A Prague même, ces furieux (a) n'ont pas plus de pitié des Perfon- 
te «les nés que des Edifices: ils majfacrent tout ce qui Je trouve dans Us Mo~ 
HuUnes najieres de Ptin & de P autre Sexe. Cela eft bien barbare. J'ai pen- 
f . 104. £ jj re ^ ç e | a ^ Catholique: Car on n'ignore pas comment. 

les Catholiques , ayant à leur tète leurs Evèques, «Se leurs Moines , 
ont traité les pauvres Hérétiques i c'eft à-dire , des gens qui avoient 
eu l'audace de lècouer leur joug , & de leur reprocher leurs fuper- 
fbtions, leurs vices fcandaleux , 8c leur tyrannie. Mais j'aime mieux 
dire , Cela ejl bien barbare. La queftion eft de favoir , fi les Hiijji- 
tes l'ont fait. Mr. Lenpant le dit après fes Auteurs. Je veux 
croire pourtant , que s'il avoit vu le Journal de Byzinius, il 
auroit un peu modéré fa narration) & fe feroit plus déhé qu'il n'a 
fait, de la fidélité de fes Auteurs. Le filence feul de Byzinius 
eft une démonftration , que ces rnaflacres, ces incendies de Moines & 
de Religieufes , font des fables , des Légendes écrites par des Moines 
même, pour animer toute la Terre contre les Hujîtes , «Se pour Ce 
donner & à eux «Se à leurs Ordres la gloire d'avoir eu quantité 
de. Martyrs.. 

J B dis que le filence de cet Auteur eft une démonftration dè la 
feulfeté de ces maifacres. Byzinius eft Chancelier de la Nouvel- 
le Prague fous Wencbslas, & depuis la mort de ce Pnncc. 
Il eft à Prague : il eft témoin auculaire de quantité des faits qu'il ra- 
conte ,. & en particulier de la deftrudion des Monafteres de cette 
Ville-là. Il date les Evénemens, «Se en marque les années «Si le jour. 
Il n'eft point Taborite ; il s'en faut beaucoup : il condanne leur 
Dodlrine , «Se leur conduite. Quand il parle de la ruine des Monas- 
tères,, & qu'il raporte les. raifons, ou, fi Ton veut, les prétextes 
que les Taborites alléguoient pour autorifer ces violences ; il traite 
<■*> Diar. j e conc l u f 1(m p : rfide (b) ( ex quaperjida conclufume ) , celle qu'ils ti-- 
'* 7 ' roient de ces Principes. S'il eft partial ,, fa partialité n'eft point en. 
faveur des Taborites.: elle eft toute contre eux, Ce que je dis là eft 
conftant & prouvé par l'ouvrage même. Cependant cet Auteur, 
qui conte les Monafteres brûlés, ou ruinés, qui, les. nomme, qui 
les diftjngue , ne dit pas un mot des. malïàcres des Moines & des> 

Moimfc- 



Digitized by Google 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. 107 

1 

Momejfes. Il n'a pù les ignorer > car ils étaient aufil publics que la 
ruine des Monufteres : Et il n'a pû les fuprimer pour favorifer un 
Parti , qu'il, condannoit. Quoi ! il n'a pas oublié , il n'a pas dilîU 
mulé les violences commues contre les Edifices ; & il oubliera , il 
duTimulera celles , qui ont été commifes contre les Perfonnes ? Encore 
une fois , le filence de cet Ecrivain eft une démonltration de la fauûeté 
de tant de maffacres , & de brûlemens d'hommes & de filles. 

J e fui bien qu'on met de la différence entre un argument négatif, 
& un argument affirmatifj & qu'on donne la préférence au dernier. 
On a raifort. Un même Hilton en ne fait pas tout, ou ne dit pas 
tout. Un autre peut favoir & dire ce que le prémier a ignoré. Mais 
Byzinius, qui a bien fù que les Taboritcs avoient détruit à Pra- 
gue tels & tels Monafteres , a-t-il pû ignorer qu'ils en avoient maflacré 
les Moines & les Religieufes ? S'il ne l'a pas ignoré, par quelle rai- 
fon ne l'auroit-il pas dit , lui qui n'exeufe , qui n'exténue nulle part 
les violences des Tabcaritesï 

Q_u an D on donne la préférence à un argument pofitif , fur un 
argument négatif , au témoignage d'un Hiftorien fur le filence d'un 
autre ; c'eft toujours en fuppofant , que le premier . a été bien infor- 
mé , & qu'il n'eft point menteur : que le fécond n'a pas été inftruit , 
ou qu'il a eu des raifons pour taire ce qu'il a fà. Mais qui peut 
avoir été mieux informé de ce qui fe paffott à Prague, qu'un Chan- 
celier de cette Ville ? Et par quelle raifon auroit-il fupprimé les 
manacres des Perfonnes, lui qui raporte la deftruclion, les incen- 
dies des Edifices? Je prie le Lecleur de fe fouvenir, que les Hifto- 
riens de ces maffacres & de ces brûlemeus font ceux, qui nous di- 
fent, que les Picards s'étoient fait un Dieu d'un Maréchal de Vil- 
lage ; qu'ils l'invoquoient dans les flammes , où il les précipitoit : qu'ils 
fe faifoient une religion d'être nuds , comme Adam & Eve l'étoienç 
dans l'état d'innocence j & de commettre dans leurs Afiemblées les plus 
abominables inceftes. Si les Picards n'eulTent pas été Sacramntfaires , je 
doute fort que Theobalde eut inféré ces calomnies dans fon His- 
toire } ou s'u l'avoit fait, il les auroit critiquées & refutées. 

J' A 1 dit que ces maifacres , ces brûlemens de Moines & de Reli- 
gieufes, dans les années 141 9, & 1420, font des fables. J'ai ajouté 
que ce font des Légendes , Se afin que le Ledeur fâche, que je n'a- 
vance pas cela légèrement , il faut lui en donner quelques preuves. 

o a Lxxï. 



108 SUPPLEMENT A L'HISTOIRE 

LXXL Jp a I parlé ci-deflus de la défolation de la Cliartreufe de Pr*~ 
(«)G«er-£M*. Les Hulfites fe jetterent fur ce Couvent , parce que le Prieur (a), 
te dei Marquât à de WarîEMBERO avoit été un des plut grand ennemis & 
Hufllte$. accufateurs de Jean Hus. Balbin l'appelle le Fléau des Hérétiques. 
p ' 19 ' Cependant ceux-ci fe bornèrent à promener les Chartreux par les rues , & 
à les conduire en prifon à la Maifon de Ville. Qu'arriva-t-il ? Quelques 
(*) Ibid. Hiftoriens (b) dit Mr. Lenfant, débitent, que trois de ces Char- 
treux difparurent miraculeufement , à la. prière de leurs Confrères , 
que les Magijlrats , touchés de ce miracle , mirent les autres en liberté , 
& leur donnèrent bonne efcorte & de forgent , pour les conduire en 
Moravie. Les Hiftoriens, qui racontent ce miracle, font Ponta- 
»us, Hagec & Balbin: c'eft à dire les Hiftorien&des malTacres.. 

Second trait de Légende. Il y avoit dans la Nouvelle Pragtir 
(O îbid. un magnifique Monaftere de Servîtes, (c) Pendant qu'ils étaient ajfenu. 
p. «J. blés y les Taborites allèrent fondre fut eux , leur demandant , s'ils vou~ 
voulaient Jigfur les IV. Articles, Comme ils protejicrent de vouloir per- 
févérer dans leur Religion, on mit le feu au Couvent , on alluma des 
bûchers , pour brkler les Mornes , qui fouffrirent gayement le fupplice en 
chantant le Te-Deum. Il en périt 6*4. dans les gammes. Alors les Ames 
de ces Moines fortirent des bûchers, pour s'envoler vers le Ciel, & les 
Taborites eux-tnéme les virent. Si on me demande 

:, je répondrai que c'eft encore le Jéfuïte Balbin. 



(d) Ibid; Nouveau trait de Légende, raporté par le même Auteur (<J); 

p. ix y. ZlSKA attaqua le Monaftere de Cromlo» , Ordre de Oteaux. Rud- 
ger , qui en étoit Abbé, fe défendit vigoureufement ,• mais ne 
pouvant tenir plus longtems, il fe fauva -dans les Bois, avec ceux de fes 
Religieux qui purent le fièvre. Ceux qui rejterent furent pendus à des 
Tilleuls. Depuis ce tems , dit B A L B I N , les feuilles des Tilleuls de cet 
endroit-là , font comme des Capuchons de Moines. Et afin qu'on ne croye; 
pas qu'il raconte ce prodige fur des oui-dire j il ajoùte , qu'il m a vki 
lui-même, £2 qu'on les montrait comme me 



Voici un autre prodige, que Balbin ne (àvoit à la vérité 
C*) Ibid. que par le témoignage des Jefuïtes fes confrères, (e) Ziska s'é- 
p. 147- tant emparé de la petite Ville de Rockifane , fit pendre quelques Cha- 
noines Réguliers de S. Auguftin , & brûler dans la poix, un Prêtre 
vénérable par fon âge, autant que par fon car ad ère, Balbin, qui 
raconte ce fait , ajoùte , qu'il a ouï dire aux Pères de fa Société , que 
brfqu'ils ramenèrent les Hérétiques de cette Ville par leurs Prédications, 

r endroit 



Digitized by Google 



1 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. ro* 

tendroit , où ces Saints Hommes avoient fouffert le martyre, txhaloit 
me odeur Ji douce, qu'ils croyoient être flans le Gel. 

Que le Lecteur ne s'impatiente pas: Je ne lui raporterai plus 
qu'un trait de Légende du même Hiftorien. (a) Sept Heligieufes d'un ( a ) lbid. 
Monjjiere de POrdre des Frères de Ste. Marie Magdelaine , s'étoient fou. 
vées dans les Bois voifms de Brix ; mais n'y pouvant fubfifler , elles re- 
tournèrent dans leur Couvent. Mes y furent cruellement maffacréei au 
pied de V Autel. V Hiftoire dit , que la Terre trembla } que la fiatue 
de la Vierge Marie détourna la tête , Ç«? que t Enfant Jéfut qu'elle por- 
tât , lui mit le doigt fur la bouche. Cette Hiftoire qui dit cela, c'eft 
celle de Kalbin. Après ce trait de Légende je m'arrête : Je ne fau- 
rois- mieux finir que par là j laiflant au Lecleur à juger , fi des 
Hiftoriens , qui ont la hardie/Te de conter de pareilles fables , méri- 
tent autant de croyance , que Mr. Lenfant leur • en donne , 
fiir l'article des violences commifes par les Hujjites ou Taborites, con- 
tre les perfonnes Eccléfiaftiques de l'un & de l'autre fexe. 

LXXII. Mais eft-ce donc que les Taborites ne maflàcrerent 
point de Moines ? Je ne dis pas cela : Ils les hauToient trop , & ils 
avoient trop raifon de les haïr. Mais , fi cela arriva , ce ne fut 
qu'au milieu des fureurs de la Guerre. Je ne voi point dans notre 
Journal, qui ne s'étend que jufques vers le mois de Septembre de 
l'année 1420 , ces exécutions barbares. Mais comme je n'y voi point 
non plus les Expéditions de ZlSK A , qui fui virent le Siège de Prague, 
je ne faurois dire ce qu'il fit alors contre les Moines. Je. ne doute , 
pas néanmoins, qu'il ne les ait maltraités j & cè' feroit un miracle 
qu'il rte l'eût pas fait : Mais la queftion eft, de bien placer l'Epoque 
de ces mauvais traitemens. Si les cruautés Catholiques ont précédé 
celles de Z 1 s K A les dernières ne font que la vengeance des premières : 
ce qui en change bien la nature. Les Représailles font cruelles ; mais, 
elles le font incomparablement moins que ce qui les caufe. 

Monsieur Lenfant dit quelque part , que P Hiftoire de ces 
temj-là efi borgne-, une Hiftoire où il n'y a point d'ordre, où les 
Evénemens font placés hors de leur rang, où par ce dérangement 
la caufe devient l'elfet , & l'effet la caufe. Celle de Mr. Lenfant 
fe fent beaucoup de ce défaut, comme je l'ai remarqué en plus d'un, 
endroit. Je n'ai, ni le deffein , ni le loifir de la rectifier. Je veux, 
feulement rechercher la caufe & le commencement des cruautés impu- 
tées aux Httjites ; parce qu'on ne. peut, en juger équitablement fans 
cette coiuuioiiiànce. . 

Q £ S'il 



Digitized by Google 



no SUPPLEMENTfA L'HISTOIRE 



S' I L en faut croire Mr. Lenfant, ou fes Hiftoriens , ce 
(a)Gner. fut dès l'année 1419, & avant la mort de Wenceslas (a) 9 
des Hulu- que Ziska, ayant ramaffè un bon nombre de gens de toute forte , 
tes p. 91. çQuroit la campagne, & mettait tout à feu & à fang. Ces ex p rel- 
iions , mettre tout à feu à fang y ne coûtent rien à un Hiftorien; 
mais il ne fauroit trop les ménager : parce que fi elles ne font pas 
juftes , il devient le calomniateur de ceux dont il écrit l'Hiftoire. 
Pour moi , qui ai lu & relu le Journal des commencemens de cette 
Guerre , je n'y ai rien aperçu de femblable > & je ne comprends 
pas , pourquoi B Y z 1 N 1 U s auroit omis ces cruautés de Z 1 s K A. 
Le filence de cet Auteur me paroit une preuve très forte de la fauf- 
feté du fait : Mais j'en tire une autre qui ne l'eft pas moini , de la 
manière , dont S'gismond parla aux Députés de Prague , lort 
qu'ils lui firent leurs foumiffions dans la Diète de Brin , à la fin de 
(fi)ibid. l'année 1419. U leur ordonna (b) dit Mr. Lenfant, de laiffer 
p. 118. m Y epos les Religieux £9* Us i\eligieufes. Le Journal s'exprime de 
même : ( I ) // leur ordonna de ne plus molefier en aucune manière , 
les Moines & les s\eligieufes > mais de les traiter honnêtement , jufquà 
ce qu'il, vint lui-même à Prague. Cela prouve bien , que les HuJJites 
inquiétoient les Moines , les infultoient: Mais cela prouve en mè* 
me tem6 qu'ils ne les maffacroient pas , qu'ils ne les brkloient pas : 
Car en ce cas-là , l'Empereur leur auroit parlé fur un autre ton. Maf. 
facrer , brider des Eccîefiaftiques , & les molefier , les inquiéter , font 
des chofes bien diiférentes. Ce n'eft pas la coutume, qu'un Prince 
exténue les attentats qu'il reproche à fes fujets: Dans ce cas là 
l'exagération eft bien plus naturelle. 

Il eft donc certain, qu'avant le commencement de l'année 1420, 
on ne fit point mourir les Moines en Bohême. La queffion cil de 
(avoir , quand on en vint à cette extrémité. S'il en faut croire 
Stranski , qui ne raconte les chofes qu'en gros , ( 2 ) Ziska 
„ & les autres Capitaines des HuJJites , apprenant que SlGlSMOND 
„ levoit des Troupes de toutes parts pour leur faire la guerre, ju- 
„ gèrent qu'il falloit prévenir les ennemis , fe mirent en campagne , 
„ fe jetterent fur les Monajieres , £5? majfacrerent les Moines , qui ne 
„ purent fe fàuver par la fuite. " Mais comme je ne voi pas un feul 

mot 

(1) Diar. p. içj- Quoique Religiofos fc? Moniales non moltfitnt per amplii* 
modo quovk s ftd ad if Jim ufqut bonifie traâarent advmîum. 

(a) Steanski ubi fup. col. et\. Monacborum Clauflra btvadunt , e»fi- 
knt } vajiant, Mancbos, qms non fuga fermmt , trucidant. 



Digitized by Googl 



DE LA GUERRE DES HUSSITES. ni 

mot de ces maflàcres dans le Journal , quoiqu'il y foit fait mention 
de la dellruction des Monafteres ; j'en conclus , qu'ils ne commencèrent 
pas fitôt, & qu'il ne faut en mettre l'Epoque que depuis la levée du 
Siège de Prague , quand les Taborites , maîtres de la Campagne , fe 
Kvrerent au juite relfentiment que leur caufoient les maux , qu'ils 
avoient (butfèrts. Je prie le Le&eur de faire attention à tout ce qui 
précéda ces violences. 

O n fait îa part qu'eurent les Moines au fupplice de Jean H u s 
& de Jérôme de Prague, & combien toute la Bohème, qui avoit 
une extrême vénération pour ces faints hommes, en fut irritée. Ce- 
pendant , les Huflites n'en tirèrent d'abord aucune vengeance. Le 
Concile de Confiance ordonna, avant que de fe féparer, ( i ) que Pon 
feroit brûler tous les Hullites ç$ tous les Fauteurs du Huifitifme, 
comme Relaps, tant les Eccicfiajiiques que les Séculiers. Les Hujjîtes 
n'ignorent pas ces ordres, & pourtant ils demeurent encore tranquilles. 
Le Cardinal Dominique eft envoyé Légat en Bohême, l'année 
1418» & commence par (a) faire brûler un Prêtre un Séculier, (a) Guerre 
pour le feul crime de la Communion fous les deux Efpeces. De là des Huflï- 
il pafle en Hongrie, & dit nettement à Sigismond, qiCil Wf tes p. 88. 
faut plus balancer à employer le fer le feu contre les Httjjites. Ceux- 
ci le favent, & ne font encore aucun mouvement. Après la mort 
de. \v enceslas , le Peuple irrité commet quelque violence contre 
les Chartreux •> mais il n'en mafiacre aucun. La guerre s'allume entre 
la Reine Sophie &les Citoyens de Prague: Elle fait venir dans 
les ForterefTes de cette Ville , des Soldats Allemands , anciens ennemis 
de la Nation Sclavonne. Il fe donne des combats } mais on n'en, 
vient point à malfacrer les Moines. 

Dams Tannée 1419 , les Montagnards de Cuttemberg enlèvent 
tout ce qu'ils peuvent trouver de Htiflites, & en précipitent dans leurs 
Mines julqu'à feize cents. Leurs tètes font raifes à prix, & celle d'un 
Prêtre fe paye quatre fois plus cher que celle d'un Laïque. Pen- 
dant ce tems-là, les Hu jites , chailes de leurs Eglifes, s'aâèmblent 
dans des endroits écartés , pour y faire le Service Divin , mais com- 
me des Pèlerins, & fans armes. Les Grands fe mettent en cam- 
pagne 

. «• 

( 1 ) Grterr. des HuJJît. p. 77. Mr. t s m r a m t raporte le» 24. Articles dref- 
les par ce Concile contre les Hujites. Il les a tirés de Cochli's, & il re- 
marque qu'il ne les a point trouves parmi les A des. Mais ils font aullj dans la 
Colludion de Goudas r tut. fu£, Tom. IL £. IX$. in Apfendùti. 



Digitized by Google 



ni SUPPLEMENT A L* HISTOIRE 

pagne pour les attaquer. Alors la défenfe devient légitime , parce 
qu'elle eft néceflàire. On détruit quelques Monafteres : Mais on fe con- 
tente de mettre en prifon quelques-uns des Moines.. C'eft ce qui 
fe fit à Pifel^ 

Sioismond afiemble une Diète à Brin en Moravie, & y décou- 
vre alfez Tes intentions. Mais il ne permet plus aux Bohémiens d'en 
douter , quand il fait brûler K rasa à Breslau , & qu'au mois de 
Janvier , ou de Février 1420 , il mande aux Seigneurs & aux Ma- 

rats du Royaume , de perfécuier les HuJJites par toutes fortes de moyens , 
de faire tout leurs ejforts pour Us exterminer. La Croifade contre 
les Bohémiens fe prêche de toutes parts. Les Moines en font les Trom- 
pettes. Enfin elle fe publie à Breslau le Dimanche 16. ou 17. Mars 
1420. A cette nouvelle les Catholiques Bornants ne peuvent diffimuler 
leur joye & leurs efpérances. Ceft à cette heure , difen&-ils, que tout 
ces Hérétiques ^périront dans Us pommes , ou par les armes de SlGlS- 
mûnd. Ce Prince marche à Prague, & fait jetter dans Y Elbe les 
HuJJitts qu'il rencontre, Prague elt affiégée, & manque d'être prife 
d'aflàut le 14. de Juillet. Si cela fût arrivé , bon Dieu î quel Carnage 
n'eût-on pas vû ? Les Croifes fignalent leur zele Catholique dans la 
campagne, où ils brûlent & les Villages & les Perfonnes. Alors, la 
guerre étant allumée de toutes parts , faut-il s'étonner , que le Taborite 
irrité , furieux , brûle , iàccage , mallàcre à fon tour , & qu'il ne fuie 
quelquefois aucun quartier à des Moines , qui auroient fait brûler jus- 
qu'au dernier Huffite , s'ils avoient été les maîtres. Pour favoir au 
jufte , jufqu'où les Taborites portèrent la violence contre les Moines , 
il faudrait avoir une Hiftoire de leurs Guerres , écrite par quelqu'un 
d'entré eux, oû les Evénemens fuuent bien circonftanàés , & qu'on 
pût comparer avec les Hiftoires de leurs Ennemis. Sans cela , il eft 
impoflible de favoir exactement la vérité. Je dirai feulement, que 
tant que le Catholique Bgmain fera brûler les Hérétiques , il n'eft 
pas en droit de fe plaindre de ce qu'on le fait brûler à fon tour. 
On ufe envers lui de U même mefure , dont il ufe envers Us autres. 



F I N. 



EXAMEN 

DELA 

NOUVELLE HYPOTHESE 

DE MO N S I EU R 

M O S H E I M 

TOUCHANT LES 

NAZARÉENS, 

AVEC DES 

OBSERVATIONS 

S U K 

L'ORIGINE, LE NOM ET LES OPINIONS 

DE CETTE SECTE; 

PAR FEU 

V 

MONSIEUR DE BEAUSOBRE. 



.EXAMEN, 

DELA 

NOUVELLE HYPOTHESE 

DE MONS IEUR 

MO S H E I M 

SUR LES 

NAZARÉENS. 




E n'eft point du tout pour entrer en difpute avec Mr. 
Mosheim, (avant Profeneur de Kiel , que je vat 
examiner fa conjecture fur l'Origine des Nazaréens. 
J'ai un tout autre but Comme je fuis informé, qu'il 

- prépare une troilieme Edition de fon Livre contre feu 

Mr. TpLAND, j'ai crû qu'il ferait bien aife, qu'on lui proposât 
une partie des objections, qu'on peut lui faire. U aime la vérité, 
il la cherche i & je fuis fur qu'il ne me faura pas mauvais gré, que 
nous la cherchions enfemble. 

Mr. Mosheim croit que la Secte des Nazarénu n'a commen- 
cé que vers le milieu du IV. Siècle , & que ce qui la ht naître 
dans ce tems-là , c'eft que des Juifs , voyant la profpérité des Chré- 
tiens, depuis la converfion des Empereurs, commencèrent à croire 
que Jésus étoit le Messie. U a voit délivré de l'oppreflion des 
Paycns ceux qui avoient erabrafle l'Evangile. Il renverfoit de toutes 
parts les Idoles , par le Miniftere des Puiifances qu'il s'étoit fo u mi- 
les ; & ces fuccès , joints à l'abauTement où fe trouvoit la Nation 
Judaïque , perfuaderent à quelques Juifs , que J e s u s étoit effecti- 
vement le Christ. Mais ces Sectaires ne reçurent le Chriftianifme 
qu'à demi. Ils gardèrent leurs Cérémonies , & ne reconnurent ni 
la préexiftence , ni la Divinité du Seigneur. 

> P 2 Cl 



Motb. 
Vindicte 
antiqua 
CbriJHatn. 
rttm Difcu 
plina fcfc. 
Seiî. I. 
Caf. VI. 



Digitized by Google 



né DISSERTATION 

Ce qui a donné lieu à Mr. Mosheim d'invenjer cette nou- 
velle Hypothefe, c'èft qu'il n'a trouvé les Na^trénu dans aucun 
Auteur plus ancien que St. Epiphane; d'où il a conclu , qu'il 
falloit que cette Secte n'eût commencé que depuis Eus ebe , qui 
n'en a rien dit » & qui a précédé ( i ) immédiatement S. Epiphane. 
Voyez Mr. Cette conjecture lui a plu , & il s'y eft attaché i parce qu'elle <fé- 
Moîbnm xivk jufqu'au fondement, l'Argument de fon Adverfaire contre la 
P- " 8 - Foi Chrétienne. 

Cet Argument que Mr. Toland a mis en œuvie , eft em- 
prunté des Unitaires. Lorfqu'on les a attaqués par l'autorité de la 
Tradition, où, du confentement de l'Eglne Univeifelle, ils ont ré- 
pondu ; „ Que toute l'Eglife primitive étoit de leur fentiment : Que 
,, les Nazaréens y Difciples & Auditeurs de J. Christ en et oient : 
„ Que les Chrétiens , fortis du Judaïfme , gardèrent conftâmment 
„ cette Doctrine ; & qu'elle fe conferva même parmi les autres juf- 
„ qu'au tems de Victor, ou de Zephirin, c'eft-à-dire , juf- 
„ qu'à la fin du 1 1. Siècle , ou au commencement du III. : Que 

la Uodrine de la préextftence , & de la Divinité de J. Christ, 
„ trouva fon origine chez les Chrétiens d'entre les Gentils, accou- 
„ tumés à la pluralité des D^eux : Que Justin Mirtyr, qui étoit 
• „ Gentil de naûTance , & qui voyagea beaucoup, en fut le grand 
„ Promoteur : Qu'e'le fe répandit bientôt dans toute l'Eglife Chrè- 

tienne , & qu'il n'y eut prefque que lesJHébreux fidèles , qui gar- 
„ derent dans fon entier le dépôt de la 'Toi. " Ceft ce que difent 
les Umtaires , & ce qu'ils prouvent fort mal , n'ayant prefque rien 
à alléguer que le témoignage des Difciples de T H E o D o T E de fly- 
zance & d' A R TE M o N , qui étoient eux-mêmes Unitaires. On trou- 
ve ce témoignage dans Eu s EBE, Hift. Eccl. L. V. 38- 

: 

Voila donc l'Argument que Mr. Toland a tâché de faire 
valoir dans fon Nazarenm. Il a prétendu montrer , que la Doctri- 
ne Chrétienne n'étoit pas à fa fource ce qu'elle eft à préfent ; puis- 
que les Chrétiens d'entre les Juifs , ceux qui avoient ouï l'Evangile 
de la propre bouche du Seigneur, n'a voient reconnu en lui qu'un 
fimple homme , tout au plus un homme Divin , le plus grand de 

tous 

(t) Ëuiiu a précédé St. Efiphani pour l'Epifcopat ; car du refte 

ils étoient contemporains. 



Digitized by Ci 



SUR LES NAZARE'ENS. 



tous les Prophètes. ( i ) S p i n o s a a lait cet honneur à Jésus- Traff. 
Christ de dire, que les Prophètes n'avoient connu Dieu que par Tbto.Pol. 
ia, voye de l'Imagination , au lieu que J. Christ l'avoit connu c ' L * • 7* 
par la voye de l'Entendement pur. C'eft expliquer à fa manière 
ces paroles du Seigneur : Perfonne m comtoit le Pere, fmon le Fils, 

• • • • • . ' ' '• 

Mr. Mo s he i m ayant entrepris de réfuter Mr. Toland, 8c 

d'extirper , pour ainfi dire , l'Argument des Unitaires j il a tâché de 

montrer , que les Nazaréens étaient une Secle pofteripure à J. Christ 

de plus de trois cens ans. 

.. Le deflein de cet habile Profefleur elï très pieux À très louable, 
Il l'a exécuté avec beaucoup d'érudition. Mais on a crû trouver 
dans Ton Hypothefe deux défauts, qui paroiHènt tout-à-fait eiîèntiels. 
Le premier, qu'elle n'eft Ion tenue d'aucun témoignage de l'Antiqui- 
té ; & le fécond, qu'elle eft combattue par cette même Antiquité, 
& contredite par tous les Savans modernes. Si Mr. Mosheim 
peut fatisfaire à ces difficultés , il rendra un grand fervice à la Re- 
ligion, & je fouferirai de bon coeur à fon nouveau Syftème. Ce- 
ndant voici les reflexions que j'ai faites en l'examinant. 

Il me parut d'abord que fon Hypothefe étoit dangereufe , & que Ancienne- 
6 Mr.~ Toland vivoit encore, il en tireroit un grand avantage. tédesNa- 
ll'diroit que pour renverfer fon Syftème des Nazaréens, & en dé- zar ^ens. 
traire les conséquences , un favant Profeflèur a été réduit à inventer 
ion Principe nouveau , contraire à toute l'Hiftoire Eccléfiaftique , & 
defavoué par les Savans de tous les Siècles. Or , fi je ne me trom- 
pe , os préjugé feul feroit grand tort à la caufe que Mr. Mo s HE i M 
défend, & aifiircroit prefque le triomphe a fon Ad ver faire, qui lui 
reprocheroit d'avoir violé la Règle qu'il a établie lui-même: In an- Ubi fitpra 
tiquù rekm , fine ttjtimomk fcriftorum, nihil flâne àectmi poteft , aut Seû.l.ç.y, 
iirinù. . i- h 

Iï. Je confiderai enfuite, que pour avancer en matière de faits 
une Hypothefe contraire au témoignage de l'Antiquité , & au. con- 
sentement unanime des Modernes , il faudrait des démonftrations , 
& non des probabilités. Si Mr. Mosheim pouvoit montrer par 

P 3 . des 

(i)Spinoia n'ave-it pai encore raanifefté fon Aihcilme , quand il publia 
ce Livre. 



gnage de 
St. En. 

PHASE. 



des autorites inçoilteftablea , qu'il cft impoflible qu'il y ait au de» 
Nazaréens du tems des Apôtres , ou immédiatement après eux , com- 
me on montre par des témoignages de l'Ecriture , qu'il eft impotlî- 
ble que St. Pierre ait été vingt-cinq ans Evêque de Hpnu : en|ce 
cas-là, dis-je, Mt.Mosheim poun-oit s'jnfcrire en faux contre 1» 
Tradition , quelque unanime qu'elle (bit. Mais le témoignage des 
Ecrivains Eccléfiaftiques , fur le long Epifcopat de St. Pierre à 
Rpme , eft détruit par celui des Ecrivains Sacrés , au lieu qu'il n'y 
a rien dans les Ecrivains Sacrés qui détruife l'exiftence des Nazaréens» 
Au contraire , on y trouve des chofes qui femblent la fuppofer. i 

Te m oi- 1 1 1 . J' E x A M i n a i , eu t roifieme lieu , les témoignages que St. 
Epiphane & St. Jérôme rendent à l'antiquité des Nazaréens , 
& je trouvai qu'il étoit comme impoltible de fe perfuader que ces deux 
Pères euifent pris pour une Sede du premier Siècle , une Se#e qui 
fe ferait formée de leurs jours, & prefque fous leurs yeux. 

S T, EpiphaNË naquit , vers ( I ) le commencement du IX, 
Siècle , dans un Village de la Falefiine. Il fut élevé dans cette Prot 
vmec, où étoit le Siège des Nazaréens, & pana le refte de fa vit 
dans l'ï le de Cypre, où il fut Evêque de Salamine vers l'an 36*6*1 
ou 368. Le voila donc fur les lieux , & -dans les tems > où s'é- 
leva cette Secle , & il va en tranfporter, l'origine trois fiécles ai*t 
paravant. On pourrait foupçonner un Evêque des Gaules, ou de 
Gnntanie , d'avoir fait une pareille faute ; mais le moyen d'en foup^ 
çonner St- Epiphank ? Car, bien qu'il en ait fait plulieurs 
S/m. Jftft. ^ on Article deS Nazaréens; Mr. Simon reconnoit néanmoins, 
Crit. du qu'il en a parlé avec alfez d'exa&itude i & Mr. Mosheim coo-» 
y. T. T.T. yient lui-même , qu'il a traité cette matière avec plus de arçoiifpec, 
Ub V }u\ tion < l ue . tbcaU .? ûu J? d'autres. In bac caiifa confiderasius egiflei 

S.l.Cap.V C .E s T . ce qui parok en 'effet, non feulement lorfqu'il s'agit de 
* '* déterminer l'opinion des Nazaréens fur la nailfance de J. Christ, 



- ( 1 ) Je ne fid pourquoi Mr. Du Pin, Bibl. Eccl. T. IL pas. 194. fait naî- 
tre St. En m an t en |;x. Cela ne l'accorde point avec PHiftoire £cclè> . 
uuflique , qui témoigne qu'il vécut extrêmement vieux , & qu'il mourut à l'âge 
de 100. ans, ou même de itç. s'il en finit croire Polykb, fon Difciplc. Mr. 
Bu Pin met avec raifdn la' mort de ce Pere à l'an 402. ou 409. mais il 
talloit au moins mettre fa naiffnncc au commencement du IV. Siècle Vui. 
Fttav. m vit. fyifb, J. 6j. T. IL /. }7"« t 



Digitized by Google 



SUR LES NAZAREENS. 



mais lors qu'il faut déterminer le tems de leur origine. „ Après les 
t> Cérmtkiens , dit St. Epiphane, fuivent les Nazaréens, qui ont 
t9 été dans le tems de Cerinthe > foit qu'ils ayent commencé tpipb. H>* 
plutôt, ou plus tard , ou qu'ils ayent été tout-ï-feit contempo- réf. XXIX 
a rains: Car je ne faurois dire précifement qui a précédé, ou fuivi} *" *• 
ic tout ce que je puis affiner, c'eft que les Cèrbtthiens & les Ntu 
zaréens ont été du même tems , & ont eu les mêmes opinions. " 
XvyzçofOi ija-eu «AAifAwç, *m oftotec KtKTtfrreu rct Qçovtiftar*. Ce 
récit marque beaucoup d'examen , & d'attention à n'avancer rien de 
douteux. 

Qtî a K T> je confidere d'où St. Epiphane a tiré fon Article des 
Nazaréens , je n'en puis imaginer que deux fdurces, ou d'anciens 
Mémoires qu'il a confultés , ou des converfations qu'il a eues avec ces 
Sectaires , pendant qu'il demeuroit dans la PaleJHne. Comme il étoit 
Juif de naiflànce , il pou voit fa voir la Langue Hébraïque ; du moins 
jf cntendoit le Syriaque , qui étoit la Langue de fon Païs. On le 
dit pofitivement dans fa Vie : St Jerom e qui l'ayoit connu, con- fat» /* 
firme ce fkit , & ces témoignages me paroilfent préférables aux con- «**. Epipb. 
lectures de quelques Modernes ( I ) , qui prétendent qu'il ignoroit $ & 
jufquaux Elément des Langues Hébraïque, Lh aidai que & Syriaque. Je K* fly 1 * 
eroi donc que St. Epifhane avoit pû s'entretenir avec les Naza- Hierony. 
téensy tc même Kre leurs Livres : cat il femble qu'il en avoit lû des Apvl. i. 
ïbianites. j'ai néanmoins deux nrifons de douter qu'il ait pris dans cvm.Ruf. 
ces fources fon Hiftoire des Nazaréens. La première eft , qu'il n'au- ^ 
roit pas ignoré leur fentiment fur la Naiflànce de J. Christ i & p^l'. 
la féconde , que ce n'eft pas eux certainement qui lui ont appris , Èpiphan. 
qu'ils avoient commencé à PeBa , depuis que les Chrétiens de Jéru- H*ref. 
[aient s'y Rirent retirés. Ils pretendoient être auffi anciens que h XXX, 
Prédication de J. Christ, & defeendre de fes premiers Difciples. $• *• 

Il faut donc que ce que St. Epiph a NE raconte des Nazaréens, 
de leur Origine & de leurs Dogmes, foit tiré des Mémoires de fes 
Prédéceffeurs : & c'eft en effet ce qu'il témoigne lui-même, quand 
pour confirmer ce qu'il avance , que les Ebkmitcs étoient fortis des 
Nazaréens, & qu'ils avoient commencé dans le Village de Kofott , fl -.\-' x 

alltgué 

C » ) Obftrvandum ç/?Epiphanium ne gujlaffi quidtm Hebr** , Cbal- 
date* £f Sjriac* Ungps Uemema. Croiiw Spccim. Coojetfur. in Ori»n. & 
ap. lien*. Grabii p. x*. - J . . «T ) 



taq , ;OI S S E* T A? J <? j . 

allègue une ancienne Tradition, qui étoit parvenue jufqu'àjui vu* 
EfâèJbid, eAS-ifret aç tjfutc y>ûi<n< rtçtt%H. Le Pere Petau a , ce me 
i'cmble, trop limité le feus de St. Epiphane, lorfqu'il a traduit : 
Qi'.emadmodwii vêtus ad nos ufqne rama pertitlit. Le Groç admet éga- 
lement une Tradition écrite, & une. Tradition de vive voixi & la 
première paroit plus vraifemblable. Mais de quelque nature que fpit 
cette Tradition, elle étoit ancienne, & par conftquent les, Nazaréens] 
n'étoient point du milieu du IV. Siècle, tems, ou St. Epiphan* 
a voit cinquante ou foixante ans. 

Je remarquerai ici, que l'on fait fouvent tort à St. Epiphane. 
Je conviens qu'il paroit avoir été prévenu, crédule? qu'il, n'étoit 
pas fort judicieux , ni excellent Critique ; qu'il a bien fait des fautes. 
Mais il faut avouer aufli qu'il étoit lavant , & qu'il avoit beaucoup lu. 
St. J E R o M E qui l'appelle yrerrayAmrei , témoigne qu'il fayoit l'Hé- 
breu, le Syriaque, l'Egyptien, le* Latin, & le Grec. U peut y avoir 
de l'exagération dans cet éloge , & apparemment que , fi pn en^- 

v < -, çepte r lc Grec, ou [peut-être le Syriaque, il n'entendoit guère s ces 
autres Langues, Mois il n'cll pas ju lie aulfi de mettre fur fon. comp- 
te toutes les fautes, qu'on trouve dans fon Livre y qui, contient 
d'ailleurs d'excellentes chofes. Les Hiitoriens font Copiftes, & St. 
Epiphane i'eft comme les autres. _ Ce qu'il raporte des Heréfies» 

' A : . il l'a lu quelquefois dans les Ouvrages des Hérétiques (r^ qu'il a 
poiifultés, & qu'il cite ; quelquefois aurïi, & peut-être le plus fou-» 
' . r vent ,{;.%iàns les Quvrages des Orthodoxes : De forte qu'on ne ^>eut 
lui reprocher fans injutlicc des inexa&itudes qu'il ne faut imputer 

2u'à fes Auteurs. Car du refte , quoique fon zèle foit un peu vio- 
nt, & qu'il foit fujet par là à outrer les chofes , je croi qu'il avoit 
de la droiture & de la fincérité. i 

Tëmoi- IV. Ce qu'il dit fur l'antiquité* des Nazaréens eft confirmé en gè- 
gn;j K e de néral par St. Jérôme. Ce Pere vint au monde vers l'an 34°- 
ScJuoMK. & mourut en 420. Il pana les plus beaux jours de fa vie, ces jours 
qui l'ont immortalife , dans les lieux où étoient les Nazaréens, & fut , 
non feulement en commerce, mais en confidence avec eux. HiE- 
ub.fup. ronymum, dit Mr. MOSHEIM, qui optime Nazaraos nojfe debe^ 
bai, cum qnibm fe famiUariter verfatum ttfatur. Ils lui communiquè- 
rent 

r 

(1) Voyez par exemple jUtaf, XXVI . f 18. XWU : h 



I 



SUR LES NAZAREENS. 'm 

rcnt leur évangile félon St. Matthieu , & d'autres Livres fecrets \ 
comme une Apocryphe de Jérémie , où Ton trouvoit en propres ter- 
mes , ce que St. Matthieu a cité fous le nom de Jérémie , Ch. XXVI. V* Wtm 
9. Cependant ce Pere n'a point crû , que les Nazaréens fuflent nés 2?" Jj^* 
de fon teras. Au contraire , il les a pris pour une Scde très ancien- 6a * *" 
ne. „ Il y a , dit-il , parmi les Juifs , une Sede , qui fubfifte en- 
„ core aujourd'hui ( ufque kodie ) dans toutes les Synagogues de Hierony. 

l'Orient. Elle eft condannée jufqtfà préfent ( uunc ufque ) par Ep- 
„ les Pbarifiens. Elle fe nomme communément la Sede des N*- I-XXXIX. 
„ zaréens. a II allègue ailleurs l'Evangile félon les Hébreux, dont 
les Nazaréens , dit-il, fe fervent encore aujourd'hui {ufque hodie). On Hierony. 

ne peut parler de la forte que d'une Scde fort ancienne. Lib. III. 

coni. Pela. 

J E fai bien , que Mr. M o s H El M croit , que St. JEROME gu C ' 
s'eft laifle trompé par les Nazaréens , qui lui vantoient leur antiquité ; 
& cela ne feroit pas impoffiblc , fi St. Jérôme étoit moins favant , 
s'il étoit éloigné des tems & des lieux , où l'on place la NahTance 
de ces Sedaires. Mais qu'il vive dans les tems , & fur les lieux 
où ils viennent de naître , & qu'on lui rafle accroire qu'ils ont trois 
cens ans d'ancienneté > c'eft tout ce qu'on pourroit préiumer d'un 
homme ignorant & fimple, caradere qui ne convient point du 

tOUt à St. JEROME. 

Notre favant Prorefleur obferve encore , que ce Pere parle 
des Nazaréens dans une Lettre , où il difpute contre St. Augus- 
tin, &,que, lorfqu'il difpute, il ne penfe qu'à vaincre, & n'eft 
point du tout fcrupuleux fur le choix des moyens. Rien n'eft plus 
vrai , c'eft le défaut de St. Jérôme; mais on n'en peut tirer au- 
cune conféquence contre (on témoignage : Car outre que l'ancienne- 
té des Nazaréens ne fait rien à la qu eft ion , qui eft entre St. A u- 
o u s tin & lui, c'eft qu'il en parle ailleurs comme dans & Lettre 
à St. Augustin, & que St. Au g u s t in & lui étoient de même 
fentimént là-deûus. 

» 

V. ( 1 ) E N effet , ce Pere a crû les Chefs des Nazaréens con- Temoi. 
temporains des Apôtres, de St. Pierre & de St. Paul. C'étoit ces gnagesde 

• Q. Chefs, St - Au. 

CUSTUff * 

( 1) VU. /îugujl. de Harts. Cap. IX. erntr. Faujl. LXIX. Cap. 18. Dr 
Sapt. contr. Donat. L. VU. Cap. I. Ajoutons ces mots de l'Ep. XIX. à St 
JtnoMs: In btrefin H 1 1 1 ô n 1 s , tel eorum , quoi vu.go Nazarxos 
font | vel qu&mlibet * Iwm k dam vetere m . 



Digitized by Google 



iai DISSERTA TIO N 

DiSTw**" Ch e ^ s » <l u ' vouloîcnt contraindre les Gentils à judaïzer. Prjf.de S* 
tus&c! T I N A T u s témoigne de-mèmc , que c'eft contre eux , que St. Paul 
Pré.Uf}. a écrit, & qu'il on trouva dans la Gilatir. Je n'alléguerai point 
Cap. IX. des Ecrivains poflérieurs : Je dirai feulemnt, qu'il n'y a point de 
Tradition plus confiante , ni plus univeifelle que celle , qui met les 
Nazaréens & leurs opinions aux tems Apoftoliques. Tous les Pères 
■ confirment > que les Auteurs de cette Scde ont vécu avec les Apô- 
Eppb. très , comme le dit Se Epiphame : Tm Juroçotov *KoAx$-oi' 

XXI A. 

$-i«fcf y. vi. D n'eft donc pas poflUUe de s'imaginer, que $t Jérôme 
ait été la dupe de la vanité des Nazaréens. Auilt n'e(t-ce pas fur 
leurs récits qu'il a parlé d'eux , & de leur ancienneté. Il avoit lû 
leurs Livres , leurs Commentaires fur l'Ecriture , puifqu'il les a cité 
très fou vent dans les fiens, & fur-tout en expliquant les Prophètes. 
On peut confulter en particulier le Commentaire de St. JEROME 
fur les 0)ap. VIII. çef IX. d'Efaie , & l'on y trouvera des preuves 
de ce que j'avance. Ces Interprètes Nazaréens étoient connus de St. 
Jérôme, quoiqu'il ne les ait pas nonv.ués i & il pouvoit juger 
par la de l'ancienneté, ou de la nouveauté de la Sccle. Je ne doute 
point, qu'il n'eût vu en particulier le Co mmentaire de S Y M M a q_u e 
fur St. Matthieu, foit fur notre Evangile Grec , foit lur l'E- 
vangile Hébreu des Naza)-éens , ou des Ebiomtes. 
ù ' . ' .< 

Preuve de VI I. Pour connoitre l'antiquité d'une Secle , il faut examiner 
n«é des ce ^ c ^ c ^ CS ^* vres ^ acr " > de fes dogmes , & , 1 1 l'on veut , celle de 
Naza. ^ ou norn ' ^ r tous 0(8 Caïuâerei conSrment , que les Naztréem 
réens, ti- font des tems Apoltoliqucs. L'Evangile félon les Hébreux, qui étoit 
rce de ecl- proprement le Livre facre des Nazaréens , eft de ce tcms-lâ. il cil d- 
je de leur t $ par p a p i a s , par St. IGNACE, par He'GE'sippe, par 
dewBede Cle'MENT d'Alexandrie, par O R I G EN E ; & il pa!lc conftam- 
Icuts doR ment pour un des premiers de tous les Evangiles , comme je le 
mes & de dirai dans la fuite. % 
leur nom. 

A l'égard de la néceffité de garder la Loi , & la Grconcifion, qui 
étoit un des Dogmes des Nizaréens , il elfc certainement du tems 
des Apôtres : Et pour celui que J. Christ n'a point exitté avant 
que de naître de Marie , qui éto*it un autre de leurs Dogmes , il 
paroit avoir la même ancienneté. Ifaac Vossius l'a crû, & l'a 
dit, en traitant du célèbre paiTage de Josephe touchant J. 

Christ. 



Digitized by Google 



S U R LE S NÂ2ÂR F EN S. il* 

Christ. „ U ne croit pas rrtême , que perfonrie puifle mer, 

„ que , lorfque le Seigneur étoie encore au monde , plufieui s ne 

„ fulfcnt perfuadés , qu'A n'éroit autre chofe qu'un homme : Que 

„ c'étoit là dès le tèms des Apôtres , le lèntiment des Ëbionites , & 

„ celui des Nazaréens, qui, étant Juifs de nailfance, ne différaient 

„ des autres Juifs, qu'en ce qu'ils croybient en Jésus le Meiïie, 

„ né d'une Vierge, & reifufcité d'entre les morts. w Voici les pa- 

ro'es de Vossius: JosEPHUM quidem credidijïe Donimtm Jt- Ifaa. Vof. 

fitm fuijfe Mejjiatn , five Clrrijinm , jed bomiuent tamen, five nature ex- D'I} ert - de 

cellentioris quatn fit humaua , non tamen Detatt , qttemadmodwn Cbrif- f^^'J*" 

tiatù fentitmt. Sic multos exijiiméjjè , vivcnte etiant inter hommes Chrif- ^ôwo/. 

to , nemo , ut puto , injicias iverit. Apojtoiorttm , & ipfins J o s E P H I Sacra, p. 

fiectdo , fie [entichant Ebioniu Nazarai , & ipfi Judà , hoc ww a 164. xtfç. 

CéUeris Judaiis difcrepatites , qtiod cum rittit Judaicos obfervarent , o e~ 

derent tamen ÛJrijtutn ex Vrrgine nation , & refutrexijfe. 

On fe confirmera dans cette penfée , qui n'eft pas particulière 
à V o s s 1 u s , quand on fera reflexion , que les panages les plus 
formels, qui fe trouvent dans les \ pitres de St. Paul, fur lefujet 
de la préexiftence & de la Divinité de J. Christ, font dans PB» 
pitre aux Colojjiens , & dans l'Epitre aux Hébreux. Or dans ces 
deux Epitres l'Apôtre enfcigne , contre les Judaïzans, l'inutilité, & 
l'abrogation des Cérémonies Légales*: d'où je conclus, & rien n'eft 
plus vraifemblable , que les Doéleurs , qui jûdaizoicnt, ne croyoient 
pas la Divinité du Seigneur. Je ne puis concevoir de raifon plus 
naturelle & plus fimple , pourquoi dans l'Epitre aux Cobjjiens, & Coloffl /. 
dans l'endroit , où St. Paul prouve l'inutilité des Cérémonies Judai- »<• «6. «7- 
ques , il exprime en des termes très forts la préexHlmce de J. Htlr ' 
Christ, fi ce n'etfc que les Judaïzans nioient cette préexiftence. 
De-mème , l'Auteur de l'Epitre aux Hébreux commence par établir 
la Divinité de J. Christ dans une Lettre, toute deftinée à mon- 
trer l'infurfifunec & l'abrogation des Sacrifices Mofaïques. Cette ob- 
fervation eft confirmée par celle de LlGTFOOT: Nemmi ignotum Ugtf.Hor. 
eft , qua pertiuacia Jttdà negent Deitatem Mejji*. Vude Apofiolus , Hebr. in 
cum Hebrés agent , hoc prhmm jacit Dijfertationii ftt£ fundamentum , J 0 **' V ' 
Mejjiatn ejfè Dcttm. Heb. I. La reflexion de ce favant Anglois eft * 7 * 
jufte; mais il falloit remarquer, que l'Auteur facré n'écrit pas à 
des Juifs incrédules , mais à des Juifs fidèles , comme cela eft 
vrai. 

0- * Il 



Digitized by Google 



I 



134 .-DISSERTATION 

Il feroit imiti'e d'oppjfer^à ces réflexions, qu'il n'eft pis croya- 
ble, qu'il y eut dj cems des Apôtres, des Chrétiens, qui enfei- 
gnaifent une Doctrine contraire à la leur , touchant la Divinité de 
J. Christ. Car fi malgré la décifion claire & unanime des Apô- 
tres, & de toute l'Egîife de Jerufalem, il y eut des Docteurs, qui 
ne laiflèrent pas de prêcher partout , & de maintenir , que les Gen- 
tils dévoient recevoir la Circoncifion , & garder la Loi, peut- on 
être furpris qu'il y en eût, qui, en reconnoiffant Jbsu s pour le 
Melfie , refufaifent de reconnoitre fa préexiftence & fa Divinité , qui 
ne parohTent pas avoir été confirmées par un Concile, comme le 
fut la queftion , s'il falloit foumettre les Gentils à l'obfervation de 
{Wr*; la Loi. En e,fet St. Epiphane témoigne, que Denas & 
tvï.t Hermogene ' dont il ett P arf é //. Timotb. IV. IO. ne tenoient 
417. J- Christ que pour un (impie homme, i-iàcv top w&ourow 
K*Tt<r%ov. Outre ces deux-là, St. Epiphane nomme Cleo- 
bule&Claude, perfonnages , qui doivent être du même tems 
que les premiers , mais qui font inconnus. Ajoutons le témoignage 
de Cyrille iTAlexmdrie , qui raconte , fur la foi de quelques 
Auteurs très exaSs & très diii/ens , ®i\o*wm<tT6n , „ qu'après la 
„ mort de notre Sauveur & fon afeenfion dans le Ciel, il s'éleva 
„ de faux Pafteurs , qui aiftiroient que le Fils de Dieu n'avoit 
Cyril. Al. „ point exilté avant que de naître d'une Vierge : " r* uœvoymi 
up. Mtih. T}/ ^ Aflyw roTe rpxrw k?*\it3-*4 yrooç wV«/>|/* 

P-?4°- Enfin, pour ce qui regarde le nom des Ktztréens , il eft dans 
l'Ecriture, oîril déiignc les Chrétiens, & l'on verra dans la fuite, 
comment & à quelle occafion il eft devenu le nom propre d'une 
Secte Chrétienne , m.u's Judaïzante. Ainlî tout ce qui conftitue une 
Secte, les Livres fucrés , les Dogmes , le Nom même étant anciens* , 
étant des tems Apoltoiiques , je ne puis acquiefeer à la conjecture 
de Mr. Mosheim, & malgré toutes les bonnes intentions de 
. l'Auteur , je crains qu'elle ne commette la Doctrine Chrétienne , 
bien loin de la défendre. Les Unitaires , fi je ne me trompe , ne 
demanderoient pas mieux , que de nous trouver retirés dans un pot 
te , ou il elt fi malaifé de le maintenir. 

1. 

La Reli. . Vffi. Ce qui me détourne encore de cette conjecture, c'eft que 
gion ne j e ne V oi pas dans le fonds ce que la Religion y peut gagner. Il 
rSacr 11 eI * vra * 9 ^ ue ^ es Nazaréens feront plus nouveaux , que Ton ne croit ; 

, » . mais 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. i2f 

mais les Ebionites, qui font bien pires que les Nazaréens , confer-de !o* 
veront leur ancienneté. Ils feront toujours des tems des Apôtres. J ns la " aiC " 
Je ne m'arrêterai point à lp prouver : c'eft un fait dont notre fa- N "£i. 
vant Auteur ne difeonvient pas , & fur lequel je me contenterai recng * 
de raporter ces mots des Conjiitutions Apofloliques , où l'on fait dire 
cru Apôtres , „ que les Ebiomtes avoient paru de leurs jours CvM. A* 
EQ'iIIlum E@tw*40i vvv QaHnif» W°C*pi 

Mais fi les Nazaréetu font auffi anciens, qu'on vient de le Si les Pe- 
dire , & qu'on le croit généralement , comment eft-ce qu'on ne les res , qui 
trouve , ni dans St. Irekeb, ni dans Tertul lien, ni dans JpJ^J^ 
Or i g e ne, ni dans Eu s eb E. C'eft la difficulté , qui a frappé J C Q « j 
Mr. Mosheim, & que je vai tâcher de réfoudre. St. E p u 

( ? H A M H, 

/.Je conviens d'abord avec lui , que dans les Ouvrages , qui ont parle 
nous reftent de ces Pères, il n'eft fait aucune mention d'une Secte ^ es ,^ a " 
Chrétienne , mais Hérétique , ou Schifmatique , qui foit appellée les ^ rc ^™j 
Nazaréens. Les Juifs ont donné ce nom à tous les Difciples de J. f em blabîe 
Christ, & Jesus a été, & eft encore félon eux , le Ben-Net- qu'ils l'ont 
zer , ou le Nazaréen. Mais il faut avouer auffi , qu'il nous man- ta 't. 
que beaucoup d'Ouvrages des premiers Pères i ce qui ne nous per- ^1, tor ^' . 
met pas d'alfurer , qu'ils n'ayent point parlé des Nazaréens. J u s- bj ^ 
tin Martyr avoit écrit contre les Héréfies , & fon Livre eft ijgj. 
perdu. Nous en avons perdu de St. Iren e' b, Il nous en man- 
que beaucoup d'O rigene. Clément £ Alexandrie avoit com- 
pote un Traité contre les Judaïzans, qu'il avoit intitulé, Hggk Ec- 
clefiajlique, Kamv EK*Atio~n*ciw, & oe Traité ne fubfi lté plus. On 
ne paît ailùrcr , qu'il ne fût point parlé des Nazaréens dans tous 
ces Livres : Il eft même prefque certain , que quelqu'un de ces Pè- 
res i ou d'autres , avoient fait l'Hiftoire de cette Secte. Car où 
eft-ce que St. Epiphane, TheoDORET &c. qui ont traité 
des Hércûcs , auraient pris ce qu'ils nous en ont dit , s'ils n'en avoient 
rien tiouvé dans les anciens Auteurs ? 

Theodoret a fort brouillé l'Hiftoire des Judaïzans. H dif- Tbeod. 
tingue avec raifon deux fortes d'Ebionites : il parle enfuite des Na~ Hartt. Fa. 
zaréens comme d'une Secte différente des deux autres. Il a pris fes J Jb - 
Ebiomtes dans Orïgene, dans Eusebe : On les y trouve. U À £ 
dit qu'il a pris auifi les Nazaréens dans Justin Martyr, 
dans St. Irene'e, dans OâIGENE; & on ne les y trouve pas. 

Q, 3 Mais 



Digitized by Google 



126 DISSERTATION 

Mais il faut bien qu'il Ls ait rencontres quelque part, & la faute 
( I ) qu'il fait de les diitinguer des Ebionites les moins hétérodoxes, , 
m'en puroit une preuve. Quelle ration peut-on rendre de cette dit / 
tindion , finon que trouvant des Ebionites de deux efpeces en quel- 
ques Auteurs , & des Nazaréens en d'autres , il a crû que c'étoit 
trois Sectes dirFérentes, quoiqu'au fond ceux-ci ne fuflent qu'une 
Efpcce # Ebionites? 

Le filcncc //. Mr. Mosheim a mis entre fes preuves le filenqe d'HE- 
d'H b g f- gesipfe, ancien Auteur Chrétien , qui a écrit , ou fous C u M- 
cft equîvo- M 0 D E » ou f° us A N t o N I N fon Pere , c'eft-à-dire , vers l'an 
que, & né ou 170. Il ctoit Juif, & félon les apparences Nazaréen «0- 
prouve déré , je veux dire , attaché Amplement à l'obfervation de la Loi , 
point que fans vouloir y affujettir les Gentils. Ce qu'il dit de St. J a Q.U e S, 
les Vaw* q U j fouffrit le Martyre à JéruftHttn vers l'an 62. de notre Seigneur, 
dm exifté. ^ c al ^ u ' c ^ ^ ans ' c Temple , & de fon efpece de Sacerdoce , 
Rimoty. feillblfi infinuer qu'H E G E s 1 p p E gardoit encore la Loi. C'eft au 
iu c*tal in moins ma penfée. Or cet Hiftorien n'a point fait mention des Na- 
J a c 0 h o zji écits , en parlant des Hérétiques , qui avoient corrompu la purc- 

H P 'Ë?d b ' té de !' E g lire » & furtout & PE g lire dc ,a Mr.ToLAND 
£. IV. 'ii. en a conc ' u > qu'HEGESlPPE ne croyoit pas les Nazaréens Hé- 
Conf. L. rétiques & Mr. Mosheim, que les Nazaréens n'exiftoient pas. 
111. li. Je n'approuve pas la conféquence de Mr. Toland; mais je ne 
puis adopter non plus celle de Mr. Mosheim. Car H E G E s 1 P* 
p e n'a rien dit , ni des Ebionites , ni des Cérbithiens , quoique ces 
Sectes exilfcuTent 80. ou 100. ans avant qu'il écrivit fon Hiltoire 
Eccléfiaihque. Ainli n'appuyons pas trop fur le lilence de cet Au- 
teur. Les conféquences en feroient très équivoqiu s. 

Anciens j// j E lle f^j p as grand cas , non plus que Mr. Mosheim» 
haztrtctis ( j e ce s A N D 1 u s raporte des Obfervations mmuferites de B LON- 
1 ndes^ del fur Baroni us ) & dont Mr. T O l a n d s'eil fervi. Blon- 
Mosb.ub. DEL dit, qu'un voyageur, nommé Jean d'&npoli (2J , trouva 
fup.p.iz6. dan» le Royaume de Canton, proche de la Cochme , des Chrétiens, 
fondu q U j r- ont appelles Nazaréens , & qui aifurent , qu'ils font dans ce 
Si Mi P avs -l a > depuis I e t*™* de St. Thomas. Cependant Eusebe ra~ 
f .* 4 U. " P orte > 



( O On montrera dans fon lieu , que les Nazaréens étoient une Seéle d'JS. 
bionitet. 

( » ; Joamus Einpolius. Il ctoit d'Empli, Ville de Topant. 



SUR LES NAZAREENS. 127 

porte , que Pantenus, étant aile dans les Indes , y trouva l'E- Enjeb H. 
Vangile de St. Matthieu , qui étoit écrit en caractères Hébreux , & t» V* 
qui, à ce qu'on dit, s'y étoit confervé depuis le tems de St. Bar- 10, 
nabé , qui l'avoit laifle aux Chrétiens des Indes. Cet Evangile Hé- 
breu , & le nom de Nazaréens , pourroient bien défigner des Chré- 
tiens defeendus de la Secte , dont nous parlons ; quoiqu'à l'imitation 
des Juifs , les Orientaux appellent tous les Chrétiens Nazaréens. 

IV. On parle d'une Secte en deux manières, ou lorsqu'on la On parle 
defigne par Ton nom , ou lorfqu'on en décrit la Doctrine. Quelque- d'une Sec- 
fois le nom eft un ligne équivoque , parce qu'on donne le même 
ftom à plufieurs focietés , qui conviennent en quelques points , & cr j t j a £ 
qui difeonviennent en d'autres. Toutes les Eglifes Evangéliques ne trine,quoi- 
font connut s en Efpag)ie , que fous le nom de Luthériens. C'eft qu'on ne 
donc la defeription de la Doctrine d'une Secte, qui n'eft point équi- k nomme 
voque, fi cette defeription eft jufte. linfique 



lesl 



'cres 



Justin Martyr, par exemple n'a point nommé , ni E- ont parlé 
110N, ni les Ehionites , dans les Ouvrages que nous avons de des Naza. 
luii mais il n'a pas laiile d'en parler fort diftinctément, lorfqu'il a ritns - 
dit: „ Qu'il y avoit des Chrétiens (r),ufTtoa ytvxç ), qui, croyant 
„ que J E s u s-C H R I s T étoit le Mcllîe , ne croyoient , ni qu'il J u s t ih 
„exiftàt avant fa naiilàncc, ni qu'il fût né d'une Vierge. Car il Martyr 
Élut donner toute cette étendue aux paroles de ce Pere, avS-panroy P ar Jcdes 
*£ wSrpanr*» ytytmifxnov > puifqu'il s'agilfoit de tout cela entre lui, fc^les' 
& le Juif Ton adverfaire. Il eft vrai qu'un Savant moderne * a pré- nomtner. 
tendu , que Justin Martyr parloit des Juifs dans cet en- 
droit , & qu'il falloit lire vutrepu yevnç > au lieu d'qfUTepit. Mais jujf, 
fa Critique n'eft point fondée fur les Manufcrits , & d'ailleurs elle Mnrt m 
ne s'accorde pas avec toute la fuite du raifonnement de J u s T 1 N. Diai - P- 
Au relie, je traduis ces mots, art rmt tt-ro tk muttftt w - ao 7- 

par ceux-ci , // y a des Clirètiens ; car on trouve dans la même •Bullus 
page , t* ytwi vfiw , pour dire , la Se&e , ou la Religion /«- 
daïque. 

Pour favoir donc \ fi les Pères qui ont précédé St. Epi r n a n e 
& St. JEROME, n'ont point .parlé des Nazaréens , il ne faut 
pas feulement examiner , s'ils les ont nommés , ou non , mais s'ils 
ont raporté leur Doctrine; & pour favoir ce dernier point, il faut 
fixer les fentimens des Nazaréens. C'eft ce que je vai tâcher de 



m Digitized by Google 



128 DISSERTATION 

foire. Je montrerai en même tems , que les Anciens ont bien parlé 
des Nazaréens, mats qu'ils les ont nommes Ebiomtes, à caufe de 
la conformité d'opinions , qu'il y avoit entre ces deux Sedes. 

Sent». V. I L y a eu certainement , parmi les Chrétiens d'entre les 

mens des Juifs , deux opinions fur le fujet- de la nécelfité des Cérémonies 

^ u2a - Légales. Les uns, croyant que cette obfervation étoit néceflàire au 

Pères en" falut , 0Ilt cru »ulfi, <l ue ^ J u 'k & ^ es Gentils y étoient égale- 

parlcnt ment obligés. D'autres au contraire fe contentoient de les prati- 

fous le quer , parce qu'ils en croyoient la nécelfité par raport à eux , qui 

nom d'E- étoient Juifs j mais ils ne prétendoient pas y afliijettir les Gentils. 

j°f" & J'appellerai les premiers des Judaïzans rigides', & les féconds des 

jîidaïzans JuAmv™ modérés. On trouve même, au tems de la naifiance 

de deux du Çhriftianifme , des Juifs rigides , & des J uiis modérés fur le fu~ 

fortes: des jet des Cérémonies j comme on le voit à l'occafion d'I z a te, 

Rôties , Roi des AJiabétùens , qui avoit embrafie la Religion Judaïque. 
& des Mo- l c j u if A N a N I a S foutenoit , que ce Prince pouvoit le difpcn- 

jnff 'pb ^ er ^ e ' a Circoncifion , parce que le principal Culte , que Dieu 

Anùq.L. exige, cil intérieur. Mais Ele'azar foutenoit au contraire 9 

XX. t. qu'lzATE étoit obligé de fe faire circoncire. 

JhP- Justin Martyr infinue , qu'il y avoit de-mème de fon 
Mart. ub. tcms faux lortes de Chrétiens Juifs -, & il met une grande difFé- 
m. 206. rence entre les uns & l es autres. A l'égard des Modérés , il veut 
qu'on les traite comme des Frères, & qu'on les admette à la com- 
munion de toutes chofes. K«i xpoçXHu&utrB-tu, KcuKotvww 
ton, û* onoo-TTteyxm **u cwtKPxc. Mais il n'a pas la même 
indulgence pour les autres, qu'il exclud du falut. Ces deux Por- 
tes de Judaizans fubfittoient encore du tems de St. Jérôme. Il 
Kierony. appelle les derniers Ebionites, & les autres, amis, confédérés des 
inEfù. Ebionites. Audiani Hebionà , qui , pofi pajjionetn Clmjli , legem pu- 
Cty' /. tant ejfe fervandam. Audiant Hebionitarwn focii , qui Judas tantwn , 
& de Ji'trpe Ifraelitici generis, hétc euftodienda decernunt. Mais St. 
lxxix J E R ° M E n'a pas la tolérance de Justin Martyr. Il livre à 
tous les Démons , quiconque a la foibleife de garder la Loi , foit 



Juif, foit Gentil. Ego e contrario loquor , ǣ reclamante mundo , 
libéra voce pronttntio , cerimonias Judaorttm, Ç$ pejiiferas ejfe, {' 
tnortiferat Ôjrijiianis i Ç£ qtùcunque eas obfervaverit Jive ex Judais 



five ex Gentibus, eum in barathrum Diaboli ejfe drjolutum. Il m 
chape de le dire : C cil dommage que Su Jerome ait manqué 

le 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. 129 

le Pontificat après la mort de Dama». Il étoit né pour être 
Pape, & il auroit tranché à merveilles de l'Infaillibilité. On en 
peut juger par ce réclamante tnwtdo. J'avoue qu'il y avoit aulfi du 
tems de Justin Martyr des Chrétiens intolérans , qui ne 
vouloient avoir aucune forte de communion avec ceux qui jud.u- 
zoient , ce que J u S T I N n'approuvoit pas. &*|9 **< f*qJ)n Koivmew 
•fuKteuc y ij e*ri*n , totq roatroïc roKfMùrctç y eu; f>u n rvwvoç 
eiiu. Cependant , ce uif ToA/Aêtneç > ils riofent , infinue , que • 
c'étoit foiblejfe , crainte fuperfiitieufe , & non dureté , ou fierté -, paf- 
fions, qui font d'ordinaire les fources de l'Intolérance. 

VI. Je ne croi pas que les Nazaréens fuuent des Judaizans ie. Erreur, 
moâéï-és , qui gardoient la Loi , fans y obliger les Gentils. Car des 
autrement tous les Apôtres auroient été Nazaréens. St. Pierre , St. jftjjJ 
Jaques & St. Je.m (l), qui , au rapott de St. I R E N e'e , obfer- ^J ariS 
verent la Loi toute leur vie auroient été des Sectaires , & l'Eglife Rigides. 
entière de Jéntfiilem une Eglife Schifmatique. Elle eut quinze Evè- 
ques, qui la gouvernèrent jufqu'à l'année 135. que (a) Jérufalem 
fut profanée par Adrien ; & tous ces Eveques , qui étoient Juifs 
de naillànce , avoient gardé la Loi. Les Fidèles de la même Eglife, 
& en général prefque tous les Juifs convertis au Chriltianifme, la 
gardoient auffi , comme le témoigne Sulpice Severe. Qtàâ Su/p. Se- 
tum , dit cet Hiftorien , pane omnes Cbrijium Detm fié legis obfer- **r- Hifl. 
vatione credebant. „ Sulpice S e V t R e dit , c'efi Mr. de T IL- f^jj. f 
,, , L E M O N T qui parle , que jufqu'au tems qu'A O R 1 1 N ruina en- xi lient. 
„ tierement les Juifs , prefque tous les Chrétiens de cette Nation dans Ce- 
„ adoroient Dieu fous Pobfervation de la Loi. „ Je ne fai pour- rhstbt. 
quoi cet habile Hiftorien a mis, adoroient Dieu t au lieu que Sul- r « lI ' 
pice Severe dit, croyaient J e s u s-C h r i s t Dieu. Si une 
pareille allégation étoit ancienne, elle feroit croire, que l'on a alté- 
ré le texte de Sulpice Severe. Quoiqu'il en foit , il eft 

R vrai 

( 1 ) Apnfioïi .... Pttrus , Jacobut , fcf Joamus religiofe agebant circa dif- 
fofitiotttm Legii , qu* ejijettmdttm Moyfem. Ircn. L lïl. 12. in fine. 

(a) A d r 1 v m la trouva encore toute ruinée , excepté quelque peu de maifons , 
Çi? parva quidem Cbrijiianorum Bcc'tflk, Pagi. ad an. uy. est Epipb. de Pond. 
& Mettfu. Cup. XIV. Pitau dans fes notes, dit qu'A d i i b n ruina ce 
qu'il y trouva de maifons & bâtit une ville nouvelle : non dans la même pla- 
ce que l'ancienne, mais aflez près. Ahli £tL\ fut commmencéc à bâtir 
en l'année iiy: ce qui fut dans la fuite la caufe de la ievohe des Juifs. 
A o a i s n la dédia , & lui donna fon nom en i j6. Pag. ad an, i j z. n°. V. 



Digitized by Google 



130 DISSERTATION 

vrai que la ruine des Juifs entraîna celle de la Loy dans la Judée , 
mais non pas ailleurs : car au terns d'O rigene il n'y avoit en- 
core que peu de Juifs Chrétiens, qui euûent renoncé à la Loy. 
En effet le Juif de Celsus leur ayant reproché de l'avoir fait» 
Origene répond d'une manière fort générale , „ que les Juifs, 
Origm. n uui avoient cm en Jesus-Christ, continuoient encore à 
tout. CtU. n garder la Loy , „ o t ctiro ïgAum tu rot Xf^ 0 *, wtçwotmnH 
L II. mi- x *«T<*A*Aei5rflW7 tc* wmtm voftov. (ètwt y<tf naxwv. 

UQ. 

Les Nazaréens , dont il eft queftion , étant donc des feclaires , 
féparés des autres Eglifes Chrétiennes , il faut qu'ils ayent été de 
td> f Si "gides obfervateurs des cérémonies , & que , non contens de porter 
c vT.toô. j ou S » ^ s voulurent l'impofer à tous les Fidèles. Mr. Mosheim 
Àuguji. ' croit aulîi , que c'étoit là leur erreur , & le confirme par le té~ 
tent.faujf. moignage de St. Augustin. Or fi cela eft , comment fe per- 
L. XIX. fuader , que cette Secte n'ait commencé qu'au I V. Siècle , pui£ 
,8, qu'on la trouve des le tems des Apôtres ï 



„ Voila quelle etoit la première erreur des Nazaréens : mais 

ie. Erreur . n r , F J . „ . 

des Nom. " s cn avoient une leconde plus importante, comme je lai déjà 

rèem. remarqué. Ils nioient la préexiftence & la Divinité de Jésus- 
11$ nioiem Christ, & étoient encore Ehionites fur cet article i d'où il 
la Divinité s ' en f u j t f q UC p e res qui ont parlé des Ehionites , ont parlé 
Cbrij}"' ^ Nazaréens. C'eft ce que je vai prouver : mais on me pardonne- 
ra , fi , en traitant cette Queftion , je mêle quelques Obfervations 
Deux Ton critiques, fur des fujets qui y ont du raport. 
tes d'Ebio. 

quoTiu" O RI GENE nous apprend, que les Ehionites étoient partagés 

differoient. en deux Sectes , zélées l'une & l'autre pour la Loy , rigides fur fon 
Origm. obfervation , & croyant également que J E s u s-C hrist n'etoit 
cottt. Ceù. qu'un fimple homme. Le principal article qui divifoit ces deux Sec- 
if 1 fcfli tes 9 ceft que l unc cr °y oit J E s u s-C H r I s T fils d'une Vierge , 
V p.x 7 a & ^ u ^ E *P rit » * l'autre prétendoit au contraire, qu'il étoitvenu 
fc? 274. ' au monde par la même voye que le refte des hommes : ytymif 
a-3-eu uç thç Aorriff ctvS-puTrxc,. P'ufieurs Savans du premier ordre 
Gnt. Ah- ont .crû trouver les Nazaréens dans la première efpece d'£&/o- 
not. in Us ne f e trompoient pas à un égard i mais ils fe font 

tio^vlm' fort trom P és à un autre « Les MweVw fout là i mais ce n'eft pas 
vif de' lcs Nazaréens qu'ils s'imaginent, c'eft-à-dire, des Chrétiens Juifs, 
Gmert qui 



Digitized by 



I 



SUR LES NÀZARE' ENS. 131 

qui ayent crû que J E s U s-C H R 1 s T étoit Dieu. „ H femble , dit cbn. CM. 
„ le P. P E T A u , qu'O R I G l N B a pris le nom à'Ebiottites dans h « 8 - G - 
„ un fens étendu , & qu'il l'a donné à ces Chrétiens , qui ayant %JJJ"\ 
„ d'ailleurs des fentimens orthoxes fur le fujet de la Divinité de J E* V*^ 0 \j 
„ su s- Christ, croy oient , qu'il falloit unir les Cérémonies Orige.cont. 
„ Judaïques avec la Religion Chrétienne. „ Cels. bùtio. 

VeUvui. ad 

J'e T o 1 s prêt à céder à Pautorite de ces grands noms , de ^vv- 
Grotius, deVossius, de Petau, de Spencer, p. 
lorfqu'ayaiit confulté l'Homélie d'O R 1 G E N E fur les deux Aveugles , ^ 
je me fuis convaincu , que ces Savans fe trompoient. Voici le paf- 
fage d'O r 1 G E N E , dont je vai donner une traduction un peu Erreur de 
différente de celle de Mr. H u E T. (1),, Quand vous confiderez bien, Giothjs » 
dit Or igehe, quelle eft la foi des Juifs touchant le Sauveur; ,„ s os j e 
que les uns le croyent fils de Jofepb & de Marie , & que les p ETAU ! de 
autres , qui le croyent à la vérité fils de Marie & du St. Efprit, Snncex , 
n'ont point des fentimens orthodoxes fur fa Divinité } quand , fur les 
dis-je , vous ferez réflexion la - deflus , vous comprendrez , Numnfaff. 
comment un Aveugle dit à Jésus: Fils de David ayez 
de moi. 



I L eft bien certain qu'O R 1 G e n e parle dans cet endroit des ^nér^ne 
deux efpèces d'Ebionites, comme Mr. HuEîPa remarqué. (2) Mais reconnoif- 
je m'étonne, que ce favant Evèque n'ait pas exprimé plus diftinc- fent point 
tément , dans fa Verfion , la penfée d'O R I G E N E , ou qu'il ait ,a Divinité 
néglige de l'expliquer dans fes notes. Voici les propres paroles **** 
d'O R 1 G E N E , parlant de la féconde efpèce tfFbiomtes : K«u «c M<*- P 
p»04 fiev pem > Ktu tKTX fax •xvsvfM.Toç , a ptv xeti fura rt\ç irept Eclairoit 
«vtk (x 3 'rx) toeoAoyizç. Mr. Huit a rendu ainfi ces paroles: (èment 
Eutn e Maria J'ola , çf? Sptritu fan3o natter» , at neutiquam cum Théo- d'un e n- 
logka cognitione , exifthnabastt. Cette verfion eft obfcure , & ne don- droit dc ■ 
ne aucune idée de ce qu'O R 1 G E N E veut dire } c'eft que les JqJJJo*. 
tbionites , qui font orthodoxes fur la naûTance dejESUS-CHRlST, K8 par Mr. 
ne le font point fur fa Divinité. Voila ce que lignifient ces mots , H vit. 
y fMv furet retç TTEOi avra QfoAcyjaç. E u s E B E a dit tout de 
même en parlant de J E s U S-C H R l s T , irtpi wth &toAeymç : ce que 5v» 
Mr. V a L O 1 s a fort bien traduit , Qu* tâ Drvmitatem illius pertinent. W 

(0 V. Origen. Huet.T. L p. 417. De duobus cœcis. Matth. XX. jo. 
(*) Huet. dmtot.aà Hotntl. Origen. in Maitb. T. IL p. 7J. 



Digitized by Google 



i 3 2 DISSERTATION 

Euftb. ub. Av relie , ce qu'O ri qene fuppofe dans cet endroit, que 
fup.L.IIL ces deux branches d'Ebionites s'accordoient à nier la Divinité de 
2? * J E s U S-C H R I s T , eft confirme par Eusebe. On poui roit mê- 
me foupçonner , que la branche , qui croyoit Jesus-Christ fils 
F r , de Jofeph & de Marie, étoit beaucoup plus nombreufe que l'autre, 
fup ù VI P uis £ u s E B E attribue ailleurs cette opinion à toute la Setfe. 
i 7 . ' C'cft la conjecture de Mr. de Tillemont. Mais il me pa- 
Tilltm. roit plus vraifemblable , qu'E u S E B E , qui , dans le premier endroit 
dans les ( Liv. 111. 27.) a compiis les Nazaréens avec les Ebionites , n'a 

TuT' vou,u paiIer da,ls Ie ^ econi1 C^* v ' VI * J 7* î 4 ue des Mionitespro- 
1 1 S. " prement ainfi nommés. 

r ■ 

St iRBNi't n. Quelques Savans ne font pas d'accord fur la Queftion 
" fJ^Jf ^ St I b n e'e a parlé des Nazaréens , ou non ; & le paflTage de ce 
Pere , qui donne lieu à la Queftion , mérite qu'on s'y arrête , à 
caufe de l'illufion , qu'il a caufée à de très habiles gens. 



qu» 

Eb 



je des 

tes en 
général. 



cricitjue 



G R O T I U S , qui a crû (i) que les Nazaréens , dont parle St. 
Jérôme, étoient la Poftérité légitime de ces premiers Chrétiens, 
qui fe retirèrent de Jerufalem, avant qu'elle fut alftégée par les 
Armées Romaines , Grotius , dis-je , a crû auifi , que St. 
Irene'e n'avoit point pai lé -des Nazaréens dans fes Livres con- 
tre les Héréfies , & en a thé cette confequence , qu'il fàlloit que 
ce Pere ne les crût pas Hérétiques. Mr. H u E T en a jugé de-mè- 
me (2). Rien ne ièroit plus vraifemblable que cette penfée du 
judicieux Grotius, s'il étoit vrai, (3) comme il en paroit per- 
fuadé, que les Nazaréens n'avoient d'autre erreur, quedefe croire 
obligés à garder la Loy. 

Spencer a relevé cet endroit de G r o t i u s. Il prétend , 

que 

( 1 ) Cette Waaatti ifli Berotnfet ( Ce font ceux dont parle St. J B 1 0 M I , 
& qui lui prêtèrent l'Evangile» Hébreu, qu'ils attiibuoientà St. Matthieu) ge- 
màna treott progemes eortan qui primi m Pultjlina CbriJH Jidtm omit ampltxi. 
Grot. ub. fun. Annot. ail Matth. inicio. 

(i) Pntior videtmUwmi/enttntia^qui inter Hsrefes Nazartotum dogmata 
non recenfft. Huet. Annot. ad Origen. T. 11. p. 74- 

(?) Cette Wazatéi non probaitlttt in fitUi negotio a catetit Cbrijïanit difire- 
patj'c , quamqmm tittu Judaiioi , tradita a majoribuf cwtfuttudme , obfervabant, 

Af 'Jioiiimn probibtniibut. Grot. ibid. 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. 133 

que St. Ir ene'e a parlé des Nazaréens , fous le nom d } Ebionifes. mal à P ro. 
„ Prenez le Livre de St. I R E N e'e , dit Spencer, & vous y pos G r 0- 
., trouverez ces paroles : „ Qtti aittetn dictmtiar EbioniU , conjéntinnf T 1 u s - 
qu'idem mimdimi a Deo faction. Ea aut< m qu.c fiait erga Dom'.nttm , y' euC , 
non fimiliter h/Cerinthus £«f CARPOCRATES opinantur. Je "i'o>ig°>t 
pondue ce partage comme il Pell dans Spfncer, de-mème que £.//.;. 3}, 
dans les éditions de Feuardent, & de Mr. GrabEî & fé- 
lon cette ponctuation , St. I r e n e'e a dit ; „ Ceux que l'on nom- 
„ me Ebionites , reconnoilfent bien avec nous , que c'elt Dieu qui 
„ a créé le monde j mais , par raport à la perfonne de Jésus- 
„ Christ, ils n'ont pas les mêmes fentimens que Cerinthe 
„ & Car p ocra te. " Ces deux Héréfiarques ne croyoient Jé- 
sus-Christ, ni Dieu, ni Fils d'une Vierge. Spencer con- pafftge de 
clud de ce paifage , que St. Ir ene'e a parlé des Nazaréens, & Sfc Irrnje'b 

qu'ils étoient Orthodoxes fur ces deux articles. Mais S P E N c e r mn ' P onc * 

tue. Er- 




tout le défaut foit dans la ponctuation. l'ont mal 

ponftuc. 

Danhauer a jugé qu'il falloit lire, Jïmiliter, & oter la né- jj. 
gative non : P e a r s o N , qu'il falloit lire confimiliter. Mr. G r a B E Jvr 
a approuvé la première de ces deux corrections & s'clfc appuyé de fnt.de H*. 
('autorité de Mr. Cottelier; puis il a propofé la conjecture *£/Sw*fc 
jle P E A r s o N. Partiadam negativam expungendam bene animad- c f?' ^* 
yertit Cottelerius, in notis ad L. V I. Conji. Apoflolkarum g£j A 
Cap. VI. Qiùd vero fi confimiliter, pro non fimiliter legatnr. g ratm £ j t 

26. p 10a. 

Voila des Critiques bien embarralTés pour une diftinction mal , 
placée. Ils favent , & St. I r e n e' E le témoigne , que les Ebioni- lïntlV 
tes étoient dans les erreurs de Cerinthe & de Carpocra.îj.^. 
T £ , fur les articles de la naiiïance de J. Chr i st & de fa Divinité* 
& aveugles par une mauvaife ponctuation ils fe mettent en tète, 
que le partage de St. Irene'e, que je vien de raporter, con- 
tient tout le contraire. G'elfc un fort petit miftere , que je vai dé- 
velopper. 

St. I r e n e' e , après avoir expliqué les fentimens de Carpo, 
CRAte & de Cerinthe, qui enfeignoient , que le monde n'a 

R 3 pas 



Digitized by Google 



134 



DISSERTATION 



Les Juifs 
ne cro- 
yoienc 

Îtoint que 
e Médit 
duc ccre 
Dit 11. 
Jttjl. in 
D/4/.jp. 
107. 



pas été créé par le Dieu Souverain, expofe les erreurs des Ebioni 
tes. Qtù autem dicunttar Ebionita , dit ce Pere , confenthmt qiùdei 
tnundum a Deo faShtm. A cet égard les Ebionites ne font point dan. 
l'Hérélie de CERINTHE. Ea autem qtu ftott erga Domiman non 
fimiliter. Il faut mettre un point dans cet endroit-! à, où le fens 
fuiit , & lire ces dernières paroles a part. 17/ Cerinthus 



eft entier , & le fens eft clair. „ Sur le fujet de la création du 
„ monde, les Ebionites font d'accord avec nous. lis croyent que 
„ c'eft Dieu , qui l'a créé. Mais pour ce qui regarde la perfonne 
„ du Seigneur , ce n'eft pas la même chofe. Ils font fur cet arti- 
„ dedans les fentimens de Cbrinthe & de Carpocr ate." 
Cela eft vrai en effet, comme St. Irène' E le dit ailleurs , & 
après lui Tertullien, Ewsebe, &St.EpiPHANE. 

Pour revenir à Grotius, fa réflexion feroit très jufte , fi 
l'on fuppofoit avec lui, que l'unique erreur des Nazaréens étoit d'avoir 
crû , qu'étant Juifs ils dévoient garder la Loi. St. 1 rene'e n'a 
point mis ces gens-là au rang des Hérétiques , puifqu'il ne les a 
point compris dans fon Catalogue des Héréfies. Justin Mar- 
tyr juftifiera la penfée de G R o T I U s dans le paffage que j'en ai ci- . 
té. Mais la vérité eft que les Nazaréens avoient une autre erreur 
que celle-là. Ils nioient la préexiftence & la Divinité de /. Chrifi, 
Ils étoient cette efpece à' Ebionites, qui croyoient J. Christ fils 
d'une Vierge , mais qui ne le croyoient pas Dieu i & il y a de l'ap- 
parence que St. Irene'e n'a pas fù cette différence entre les Ebio- 
nites , ou qu'il n'y a pas fait attention. 

II L Je remarque d'abord, que c'étoit JJopinion générale des 
Juifs , que le Melfie ne devoit être qu'un fimple homme. Au 
moins le Juif Tryfhon le dit pofitivement à Justin M a r. 
T Y r , & ce Pere ne le contredit pas. „ Tous nous autres Juifs , 
„ dit Tryphon, nous attendons un MefTie , qui ne foit qu'u» 
„ homme , & qui foit fils d'un Pere & d'une Mere. " K<u y** 
x-etneç TfP ZW* wS-ponrev e£ cuS-puwuv irpotrJoxuuiv yt**- 

rer$-<u. Ainfi il eft bien probable , que des Juifs , qui avoient cru 
que Jéfus étoit le Mellie , avoient gardé J'ancienne croyance de leur 
Nation fur la perfonne du MefTie : Et c'eft fans doute ce qui fait 
du-e k Justin, „ que les Chrétiens d'entre les Gentils étoient , 




Digitized by Google 



SUR LES NAZAREENS. I3f 

' n non feulement en plus grand nombre , mais de plus véritables 
„ Chrétiens que ceux , qui étoient fortis des Juifs , ou des Samari- 
„ tains. Ettvntt nu*ç epurreç TrXncvxt, ts juu eiAifS-t^epi/i tkç JuJl.ApoL 

t% fS-VW j TUV CV7T0 IxJctiUV Kctl "ZetpUtptiUV %0l<ït(ï»iH (têonc,. Je UfMfo 

Cas qu'il y a des Savans, qui ne font pas du fentiment de Jus- 
tin , ou de Tryphon: mais fi les Juifs avoient crû que le 
Meflîe devoit être Dieu , tous les Juifs , qui auroient reconnu Jé- 
fus pour le Mcllie , auroient par conféquent reconnu fa Divinité. 
Et Ton voit que c'eft chez les Chrétiens Juifs, que cet article n'a 
pù paifer qu'avec peine , & parmi un petit nombre , pendant qu'il 
a été reçu fans contradiction de tous les Gentils. 

IV. Qju o i Q.u'il en foit , Theod ORE t témoigne , que les Les Jfaa*- 
Nazaréens ne croyoient J. Christ qu'un fimplc homme. Les riens ne 
Nazaréens , dit-il , font des Juifs , qui honorent J. Cbrift comme un «g? 
homme jujie. Ot Je fmtaMUêi intact a tiTtt , t» Xpi?o\> Tt/MWTtç uç £fc r ift ' 
ttvS-ponrw JtKXicv. Il fcmble , que Theodoret ait eu dans Dieu. Té- 
Fefprit les paroles d'Eus EBE , raportant les fentimens des Ebioni- moignage 
tes. „ Ils le croyent un fimple homme , un homme comme les de Tli *°* 
„ autres , mais oui s'eft élevé à une mftice parfaite , par les pro- ^-J^*' 
M grès , qu'il a faits dans la vertu. Atrev iuv yap avrev > xeu koi- H^ret. 
90V iryarro j Karct irpoKOTrw ifittt «*no fMvov m&fêmn Muuut*- Fab. L IL 

>">"■ y» „. 

V. Lorsque St Epiphane explique les dogmes des Naza-fy' ^ 
riens , il ne dit nulle part , qu'ils reconnoilfent la Divinité de Jéfus- Témoi- 
Cbriji, & il infinue évidemment le contraire, foit lor [qu'il les accu- gnagede 
fc d'être dans les erreurs de Cerinthe ofietet xtKrvyncu t* 0po- St « E p u 
ptlfiara ; foit lorfqu'il leur reproche de n'être que de purs Juifs, jjj 

Les Nazaréens , dit-il , font Juifs en tout , & rien autre choie. Ils ™ e çl jeU 
n'ont point d'autres fentimens que les Juifs. Ils ont en tout la Epifb. 

, , même foi que les Juifs , fi ce n'elt qu'ils croyent en J. C h r I s t. H*w. 

T« Tturct êt têo-tf lyJeiiot , ko* xftv trepov utfa rt trt- XXIX. 

pov avroi Qpovxrtv , «AA« xecret ro K^pvyfAd tk vepu, xxu *% ji.C7. 

ufeuu xawT* ôftoAoyiso-i , Z u f*i T * XfW irnriçtv- 

Xtvett. 

On peut être afluré, que St. Epiphanb veut dire par la, 
que les Nazaréens ne reconnoiflbient , ni la Divinité du Seigneur , 



Digitized by Google 

» 



13* ' .DISSERTATION 

ni la Trinité des perfonnes Divines ; car lorfqu'il parle des erreurs 
de Paul de Samofate & de Photin, il Ce fert des mêmes ex- 
prelTions. „ Les Difciples de Paul de Samofate , dit-il y n'ont rien 
„ de plus que les Juifs. On peut les 7 appeller d'autres Juifs : ils 
Ep/rh H*. „ ne font rien autre chofe. mftv irepttrrortpov rm InJcam xgxrip- 
rej. LXV. fjuvoti J'evrnost \\tà«tioi K^Sfirevreti , fA,i\êtv erepov ovreç- De - mè- 
* z * me , quand il parle de la Doélrine de Photin, touchant la 
perfonne de notre Seigneur , il dit , „ qu'elle ne contient rien de 
Epipb. n P lu s q ue ce ^ le J ui * s <l ui ont rei »c J. Christ. y*p -xeptr- 
H*rcf. roTtpov tuv «tfvijTct/jU¥uv cwrov IvJatw avTtç Atyti. 
L\ XI» 

II ne faut pas oppofer à ces preuves, que St. Epiphane 

Karl"*' <*it dans la ^ uite » 1 u ' u ne ^ ait " les -Mw&w croyent /. Cbriji 
XXIX.j. un fimple homme , \J/*AflK <*v$-pu7rov ; ou , s'ils le croyent fils do 
Marie feulement par la vertu du St. Efprit. Le fens de St. Epi- 
phane eft , qu'il ne fait fi les Nazaréens font entièrement dans 
l'erreur de CeriNT he fur la perfoime de J. Christ, & s'ils 
le croyent tout- à-fait un fimple homme, foit par raport à fa na- 
ture , en niant fa Divinité, foit par raport à fa naùTance , en niant 
qu'il foit né d'une Vierge. „ Je ne faurois dire, ce font les paro- 
„ les de cet Atitew , fi les Nazaréens elliment que J. Christ' 
„ n'eft qu'un fimple homme , où s'ils le croyent fils de Marie feu- 
„ lement par la vertu du St. Efprit. " Voilà fur quoi rouloit fon 
incertitude. Elle venoit de deux fourecs : la première , de ce que 
( I ) les Hérétiques , qui ne croyent pas la Divinité de J. Cljriji , 
ne croyent pas en général qu'il fut né d'une Vierge \ ces deux fen- 
timens ayant quelque liaifon enfemble ; comme on le peut voir en 
ll*vtf LI. coufultant l'article VI. de l'Héréfic des Alogiens : La féconde , qu'il 
y r/.v'd. ne f a vo i t pas fi l es Nazaréens avoient ôté de leur Evangile la Gc- 
ethm A* néa]ogie & pHiftoire de la naiflance de J. Christ, qui né fe 
XXVIL trouvoient pas dans celui des purs Ebionites. Ovk o.Jct Je et kou r<tç 
§. i. ym*Aey/«*> toç <txo ru AQpctttpt, etxpt tu XP-r* irepieiAov» Après 
cette déclaration , Mr. SiMON & quantité d'autres , ont mauvaife 
grâce de dire , fur le témoignage de St. E P i P H A N E , que les Naza~ 
réens avoient en Hébreu l'Evangile félon St. Matthieu t>-ès complet 
irfypeçctTov. St. Epiphane n'en favoit rien, puifqu'il n'avoit 
pas vu cet Evangile : car s'il l'eut vû , il n'auroit pas été en dou- 
te , fi la Généalogie de J. C H R I s t y étoit , ou non. 

Il 

(i) Carpociatb, Ebion, Cs&inthe & autres. 



V-ntf. 
XXIX. 
$. y. 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE' ENS. 137 

Il y a une autre raifon du doute de St. Epiphane* c'eft 
qU'il faut que les Nazaréens euflent changé de fentiment fur la con- 
ception de J. Christ, ou qu'il y en eut au moins qui l'euflènt 
fait. J'ai découvert cette raifon dans St. Jérôme: Ce Pcre cite 
ces paroles que l'Evangile félon les Hébreux fait dire à J. Christ, 
Le St. Efprit ma Mere m'a pris par un de mes chrjeux , ^ nia 
porté fur la Tabor. Il en conclud que fclon cet Evangile , /. tinifl 
avoit été conçu par le St. Efprit, puis il ajoute, ,, Cependant les 

,, Hérétiques , qui croyoient auparavant aux Ecritures paf- 

„ fent à de nouvelles Doctrines > au levain des Pharifiens , & aux 

„ ordonnances humaines mais afin que vous ne doutiez 

„ pas , que le Verbe & le Fils de Dieu foit né du St. Efprit , con- 

„ îiderez ce que l'Ange Gabriel dit à Marie : Le St. Efprit viendra ÇrJ* ** 

fur vous &c. H&retici ergo , aan ante crediderim ht feripturit yjj 

transferunt fe ad nova s do&rhias , fermentum Pharifeorum £«f mon» ^ 
data homhtwn , dtimque fermonetn Dei contemmmt focrui fut facitmt 
injuriant & ne forte dubites verbttm & filium Dei nafci de fp 'mtu 
fan&o t Gabrielis ad Mari a m verba confidêra ç«jV. On voit par là 
que les Nazaréens , du tems de St. J e R 0 M E , & peut - être bien 
auparavant, étoient devenus purs Ebiomtes & voila ce qui a cau- 
fé l'incertitude de St. E P I P H A N E , qui ne peut dire s'ils croyent 
J. Christ fils d'une Vierge , ou s'ils le croyent fils de Jofeph. 
Cela fait voir pourtant que St. Epiphane n'a pas parlé légèrement 
de cette Sedfce. 

VL L'Auteur du Commentaire fur les Epitfes de St. Paul, Témoi. 
attribué à St. Ambroise, témoigne dans la Préface fur l'Epitre dc 
aux Galates, „ Que tous ceux qui croyent en J. C H R 1 s T & qui obfer- du °Q^ lm 
„ vent encore la Loi des œuvres , ont des erreurs fur la perfonne du mentaire 
„ Seigneur : Que tels font les Syntmaihiens , qui gardant toute la Loi , fur les 
„ prennent mal à propos le titre de Chrétiens j puifqu'ils ne le font ^pitres 
„qu'à la manière de Photi n, & qu'ils definiflènt J. Christ .^l K '^ 
„ comme lui , non un Dieu & un homme , mais un homme fim- StAiL 
„ plement. Omnis oedens in Chrijttmt & obfervans legem faâorwH, irois'b. 
maie hitelligit Cbrijlum fiait & Symmachiani , qui ftrvata ornni le- 
ge } maie Chrijiianos Je dicunt, more Photini , Omjhm, non 
Dcum & hominem, fed boumum tantummodo dejinitntes. 



S» ïmma chiens eft un des noms , qui ont été donnés aux 

S Nazaréens, 



J 38 DISSERTATION. 

Les Kata. Nazaréens , comme on le voit par plufieurs endroits de St. A u- 
pdîés aP " ° u s T 1 N C O- On les appella de la forte à caufe de S Y M m a- 
Symma. QUB> Autcur d ' une Verfion Grecque du V. Teftament. Les Sa- 
tbiens de vans paroiffent quelquefois en doute, fi SymmaqjJE étoit fimple 
Symma- Nazaréen, c'eft-à-dire , s'il croyoit J. CHRIST fib d'une Vierge, 
oj;i£&,.. pu s'il etoit pur Ebionite , & le croyoit hls de Jofeph. Pour moi 
v'' Mb JC ne , dome P oint qu'il ne fut pur Ebionite , & ce fait me paroit 
H. Ec. * P^uve par le témoignage d'E usebe: Mr. Mosheim eft de 
L- VI. 17. mon fentiment Cela étant, les Sytwnachiens dévoient être propre- 
Mosb Mb. ment Ebionite,. Mais puifque St. Augustin témoigne , que les 
Cap vi n ^ ints etoient a PP cll « aulfi Symmachiens, c'elt une preuve cer- 
J. 20 ' tam J e, que ,cs Pcrcs confondoient ces deux Secles, quoiqu'il y eût 
quelque diverfité de fentimens entre elles. Ainfi , on ne doit pas 
être furpris , qu'ils ayent parlé dts Nazaréens fous le nom d'Ebio- 
mtes, puifqu'ils en ont bien parlé fous celui de Syntmaclntns. Rien 
netoit plus naturel que de donner le même nom à des Sedcs, qui 
s^accordoient à garder la Loy , & à rejetter la Divinité de /. Chri/i : 
Car c'eft ce que dit l'Auteur du Commentaire , que je viens de ci- 
tcr - » Tous aux ( onmis) qui croyent en J. Christ, & qui 
„ obfervent la Loy des œuvres , ont des erreurs fur la perfonne de 
J. Ch r 1 s t " : Et ces erreurs font celle de Photin, qu'on 
fait avoir nié fa préexiltence , & fa Divinité. 

IrVWott .X 11 ' 1 L v a néanmoins des Savans en grand nombre , qui ont 

point crû 

' cru les Nazaréens orthodoxes fur cet article. Ils fe font fondes prin- 



J. Chrilt cipalement fur St. Jérôme, qui dit , que ces Sedaircs croyoient 
Dicu,quoi- en J Omft , Fils de Dieu , & né de la Vierge Marie ( Qui credunt 

3ënt er?," m T'j™"' fi liltm D "> mtum devir g ine Maria). St. Augustin 
\ ils de FCn e mème témoignage à leur f oi. 
Dieu , par- 

ce qu'il P o u r la naiffance miraculeufe de J. C H R 1 s T , il n'y a point de 
avoit été doute , ils la croyoient i & cela ell prouvé par deux pallàges de leur 
concû par Evangile , que l'on nous a conferves. Dans l'un J. Christ ap- 

duStEf- Pelle le St * £fprit fa Mtre ' U 3 W ' é *»a Mere, m'a 

prit. prù 
h '/r Fp. 

t#?îl C I' f tmt i <P l0S F«i«/?«/ SjmmacbianwMm , tW Vatar, 



J' gu.H de ptontimvit. Aug cont. Fault L XIX. iS 



„ Si mibi Nazartorum objiceret ambiant, quoi alh i Sjmnuubiattos appellent. 
Cap. IX. Ib . , v ^ rn 

Xnzarti a nonmiUit Sjmnmbùiui apptllautur. Aug. cont. Crefcen. L. j 1. 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. 139 

pris par un des cheveux , & m'a porté fur le Tabor &c. Ds faifoient Hierou. m 
parler le Seigneur de la forte , parce que Bguach , Efprit , eft fé- Eaecb. 
miiîin dans leur Langue. Il eft raconté dans l'autre paffage que Ca ?-X1Y- 

Jéfus étant forti de l'eau , après fon Baptême , la fource du St. /„ '^j; 

Efprit defcendit fur lui , s'y repofa , & lui dit , mon fils , je vous cap. LX. 
„ attendois dans tous les Prophètes, afin qu'étant venu je me re- p. ij 
„ poraue fur vous. Vous êtes mon repos , & mon fils premier né , ^. on J" 
„ qui régnez à jamais. " £ •' ^,, • 

Ces témoignages ( 1 ) prouvent clairement que les Nazaréens 
croyoicnt J. Christ conçu du St. Efprit , furtout , H on les 
joint avec ce qu'O KIOENE & Eusebe difent du fécond ordre 
d'E b 1 o mit e s , & fi St. Jérôme en a jugé de la forte. Mais 
ces mêmes témoignages ne prouvent point du tout , que les Nazaréens 
cruifent la Divinité du Seigneur ; & l'on ne fauroit le conelurre de 
ce qu'ils le reconnoilToient pour le Fils de Dieu , comme Mr. M os- Mosb. ub. 
H E 1 M l'a fort bien montre. H suffifoit pour lui donner ce titre , %*'J'J' 
de croire qu'il étoit né par la vertu du St. Efprit Je n'allègue- ' *' '* 
rai , pour le prouver , que cet endroit de Prjedestinàtus, 
cité par Mr. De Tillemont, „ St. Luc trouva des Ebionites Tille*. 
„ à Antioche , & les condanna , en fbutenant que J. Christ ejl Ebionites. 
„ né fis de Dieu par l'opération du St, Efprit» " ££ Z * 

Ainsi la différence qu'il y avoit entre les Ebionites & les Na- ' 
Zaréens , c'eft que ceux - ci reconnoiffoient Je su s-C HRIST pour 
ic Fils de Dieu , foit à caufe de fa conception miraculcufe , foit à 
caufe de fa million divine , & de fa confecration par le St. Efprit : 
au lieu que les premiers ne le rcconnouToient pour le Fils de Dieu 
qu'à caufe de cette confecration. (2) „ Voila, difoient-ils , m 
„ parlant de l'Evangile félon St. Marc , voila un fécond Evangile , 

S 2 «qui 

( I ) Qui erediderit Evangelio qttod fecundunt Hebraos tditum nuftr trots. 
W.lhnui m quo tx perfoun falvatorîs dicitur , AJodo tulit me mater mea 
fattÛut fpiritut in uno caytHorum me or Km ) , non duNtttvit diwe Jermantm Dei 
ortum ejje de fpiritu. Ilieron. in Mich. VI. T. V.p. 167. 

Si 

( 2 ) Epîph. Hatre*. LI. $ 6- Aeyonuv avruv ( (avoir les Ebionites ) 
Tt tfx Jivrepov EvayyeAtov, %tpt %fi<î* cr^aiych kou tA^ ecyû&tv 
*\tyot> rtjv yent\ri¥. &c. 



Digitized by Google 



I 



140 DISSERTATION 

„ qui ne dit rien de cette génération celefte , ( Il s'agit de la con- 
n ception miraculeufe du Seigneur ). Tout ce que nous apprend ce 
„ fécond Evangile , c'eft que le St. Efprit eft defcendu fur Jésus- 
„ Christ dans le Jourdain ,• & qu'aiors une voix , qui veuoit 
„ du Ciel , lui dit , Celui-ci eji mon jils bien aimé en qui je me fuis 

pM> H*- » "* 11 y avoit ^ e P' us < * ans l '^ va "g' ,e dtt Ebionites, Tu es mon 

ref fi* t J e ?*> **£fnÀrê aujourd'hui-, paroles, qui leur fervoient à ex- 

XXX pliquer les précédentes. Dieu avoit engendré fon Fils , en lui confé- 

$• '4* raoït Ton Minittcre , & en le confacrant par le St. Efprit. C'étoit là , 

T - , f félon les Ebionites , la filiation divine du Seigneur : en quoi ils con- 

llor. in venoient avec les Juifs , „ qui ont bien crû que le Mcflie feroit 

Matt »Fils de Dieu, par adoption, & par vocation, mais non par na- 

XX ^ IL „ ture Me Jim, dit Lightfoot, pro filio Dei agnovermtt, 

/.1KH. 'Judaei), non nattera qu'idem, je d adoptions £-f deputatione. Je con- 

^j'bï^i" c ' urra ' donc, que ies Nazaréens n'ont point cru la Divinité du 

f 6iz. XJ Seigneur; & c'eft le jugement qu'en ont porté plufieurs Savans : 
pvaf Vin- V o s s i us, que j'ai cité , en convient i & P e a r s o n ne fait pas 

du. Jytat diiiiculté de leur attribuer les erreurs de Theodote & d'A R- 

P.II.Ca? temon. Mr. Mosheim n'en ju*;e pas autrement. 
II. p. îjo. 

Motb.SI. 1 L s'enfuit de là , que St. J E R O M E , a u(e d'équivoque , quand 
C.6/U71. il a dit, que les Nazaréens croyoient en J E s U s-C H R I s r fils de 
Dieu-, & l'on fait, que c'eft allez fa méthode, quand il difpute. 
11 vouloit rendie les Nazaréens orthodoxes à que' 1 que prix que ce 
fût, & faire croire, qu'ils n'avoient d'autre erreur, que de mêler 
les cérémonies de la Loi avec l'Evangile. C'eft là fon buts & 
c'eft ce qui lui a fait dire une infigne faulTeté : Je ne veux pas 
dire un menfonge , parce qu'il n'a peut être pas penfe* à ce qu'il di- 
foit. Il atfure qu'E bion & Cerinthe n'avoient été ana- 
thémarizés, que pour avoir voulu aifocicr la Loi à l'Evangile. 
Prnptcr hoc folum, dit-il. Il favoit pourtant fort bien le contraire, 
Hieron. in lui qui témoigne ailleurs , que St. Jean avoit écrit fon Evangile con- 
Catai. in tre Cerinth e, mais fur-tout contre le Dogme des Ebionites , qui af- 
J° Mt - furettt, que Jesus-ChRIST n'a point exijié avant que de naître de 
Marie. 

DiRrefTion VTIL J E ne fai fi St, JEROME ne s'eft point trompé ici : Du 
fur I'Rvan- moins il n'eft pas fur , que les Ebionites ayent été l'obiet de St. 
gilc fdon Jean, St. I RENEE dit, que c'eft CERINTHE &les Nicolaïtes, 
St. Jean. lUiis 



xi by Google 



SUR LES NÀZARE'ENS 



141 



fans ajoûter un feul mot , ni des Ebionites , ni d'E bi ON. C E r i n- Pourquoi 
THE prctcndoit , que le monde n'avoit point été créé par le Dieu il nomma 
fouverain , & faifoit deux perfonnes du Cimft , & de Jeftu. Le Nature 
commencement de l'Evangile félon St. Jean porte directement con- sêïgncur* 
tre cts dtux opinions , cet Apôtre établifîant d'abord , que Dieu a * 9 
créé le monde par fon Verbe , & que ce Verbe a été fait chair. Or j rm . l, 
le Verbe, ou le Xoyoç, eltla même chofe que IcChrift, com- ///. n.> 
me cela paroît en conférant le Chap. XXV. du I. Livre de St. »«•• 
Irene'e avec le Chap. XI. du Livre III. C'eft ce qui me donne ç^ 1 *^ 6 
occafion de propofer ici une penfée , qui n'eft pas indiffé- T H E 
rente. 

On eft furpris d'entendre St. Jean parler, au commencement de 
fon Evangile , du Logos , ou du Verbe , & même fans expliquer ce 
qu'il entend par un terme fi nouveau , qui ne fe trouve , dans 
le même fens , en aucun autre des Ecrivains du N. Teftament. 
On voit bien par la fuite, que St. Jean a défigné par ce nom la 
Nature divine de notre Seigneur i mais quand on cherche l'origine 
de cette cxprelïion , quoiqu'on dife des chofes raifbnnables , elles 
n'ont pas cet air de fimplicité , de naïveté , qui cl t propre au vrai. 
J'ai donc penfé , que St, Jean écrivant contre Cerinthe, com- § t- j eaH 
me le témoigne St. I R E N E' E , & voulant combatre fes erreurs , il réfute C t- 
aura employé les expreflions dont Cerinthe & fes pareils fe » 1 m t «■ 
Jcr voient , pour fignifier la Divinité , qui , félon eux , n'avoit ré- & . era ", 
fidé en J E s u s-C H R I S T , que pendant le cours de fon A limite- £ r °{fi OQ CX " 
re. Mais comme les opinions , & les expreflions de Cerinthe dé Cerin. 
étoient bien connues de ceux , pour qui St. Jean écrivoit , il ne t h e. 
s'eft point arrêté à les expliquer , & il s'eft contenté de réfuter 
Cerinthe, enfe fervant de fes termes. 

St. J F a N dit, Au commencement étoit le Logos , ( c'eft le Verbe , 
ou la Parole). Le Logos étoit avec Dieu, & ce Logos étoit Dieu. 



Il étoit au contmencentent avec Dieu. 11 n'y a rien dans cet Exorde, 
qui fut contran e à la Doctrine de Cerinthe, au moins (i) dans 



les termes. 



S 3 



Cet 



( 1 ) Je dis dam les termes , parce qu'au fond , le Logis de Cerinthe étoit 
le St. Efirit , çtii dHcc»dit fur Jtjus dans fon Baptême, & que cet Héréfiar- 
lue àppclluic àufli le ibriji. 11 ne reconnoiflbit point d'autre Divinité do 



Digitized by Google 



142 DISSERTATION 

Cet Héréfiarque , & les Valentiniem , avec lefquels il fympa- 
thifoit beaucoup , croyoienc divers Cieux , ou , pour aînfi dire , le 
Ciel partagé en divers étages. Le Dieu fouveraiu occupoit le pre- 
mier , & le plus élevé. C'étoit fon Plerome , comme ils parlent. Le 
Créateur du monde n'etoit qu'un Ange d'un Plerome , ou d'un étage 
inférieur , qui ne connoiiïoit pas même le Dieu fouverain , parce 
que celui-ci ne s'étoit point manifefté. Il étoit demeuré caché dans 
ton immenfe profondeur : Aufli Pappeiloient-ils QvJa, le Profond , 
ou la Piofondeur. 

A V commencement donc le Logos exifioit bien , mais il étoit avec 
Dieu , dans fon Plerome , & n'en étoit point forti. Ce Logos étoit 
Dieu. Tout cela paroiiibit il conforme à la Doctrine de C E R I N- 
T H E , que les Alogiens en prirent occafion de dire , que l'Evan- 
gile félon St. Jean étoit l'ouvrage de cet Héréfiarque. Cet Exorde 
de l'Apôtre les choquoit : „ Que fignifient ces paroles , difoiejtt-its , 
F.tivh M* » ^ U comraencement étoit I e Logos : Le Logos étoit avec Dieu , 
m' /. » & ce Logos étoit Dieu. K.*/ rt , <p>j<r<> ( Alogi ) tnrev ( Jomnts ) 
$. ou tv apxn n» 0 Aayot t Kieu « Aoycç ip irpe-ç tov ®tov- &c. 

Mais fi les deux premiers verfets de St. Jean fembloient con- 
tenir les fentimens de Cerinthb, ce que l'Apôtre ajoute y étoit 
directement oppofé. St. Jean enfeigne l *. Que ce même Dieu fou* 
vendu, auprès duquel étoit le Logos , cft le Créateur du monde , 
& C|U*il l'a créé par ce Logos , qui étoit au commencement avec 
lui. 2°. Que ce Logos n'a pas feulement habité en Jefus, pour 
l'alMer pendant fa vie , mais qu'il a été fait chair, ou fait homme, 
en lut te que le Logos & Jefus ne font point deux perfonnes , mais 
une feule. 3*. Qu'en vertu de cela Jefus a été véritablement le 
Fils de Dieu, dont les Apôtres ont vûtla gloire. Il faut remarquer, 
Vul.Jrai. q Ue ( fe\ Qn j a Théologie de CbrimTHE & des Valentbuens , Je- 

btnhT $ m :toit ** ,s » ou crcamre de l'Ange, qui avoit formé le monde, 
Vt C.Xl. m -' s * e Lhrifi-, qui avoit refidé en Jefus, étoit fils, (0 on petit- 
p.nSÏ Éis du Dieu fouverain. 4 0 . St. Jean dit encore, que le Logos n'eft 
point venu dans un monde étranger, créature d'un autre Dieu , 

mais 

( 1 ) Je dis , ou Pctit-fih , parce que CixiNtHi lei Valentiniem di- 
fo ent, que le Dieu louvcr-in ^voient eu premièrement le Mmtogmtt , ou le 
/>. . wvqut , & que du Momgtmt étoit né le Lo&ui. T«ut cela étoit 



Digitized by Googl 



SUR LES NiZ ARE'ENS. H3 

qu'il eft verni chez lui , dans fon propre bien, tient J t ct, & 
que ces hommes , dont il eft le Créateur , ne l'ont point reconnu , 
au moins le plus grand nombre. f°. Enfin comme Cerinthe 
étoit zélateur de la Loi , St. Jean ajoute , que U Loi a été donnée 
par Moyfe , nuis que la grâce & U vérité viennent de J E s u S- 
Christ. 

J E ne croi pas qu'on doive traiter tout cela de pures conjedtu- St. Jean 
res. On voit dans le commencement de St. Jean , une allufion f d,t a""- 
manifeftc aux principaux Aeones des Gnojiiques , à ceux qui defeendoient ^|^| 
en ligne direde du Dieu fouverain. Il paroit même que St. Jem y a i„ U i. 
a voulu les raifembler tous dans le Logos. Apxn > Aoycç , pevoye- n.em. 
mt X«p*t> «Ajf£«*> étoient autant cV Aeones , que St. 

Jean a tous reunis en J E s u S-C hrist, Fils du Dieu , qui a 
créé le monde, & qui a été lui-même le divin Organe de la 



Q_UE fi l'on demande d'où Cerinthe, & les Valentbùens 
avoient pris cette exprelfion , le Logos , je ne doute point que ce 
ne fut de la Philofophie des Juifs Hélléniftes ; comme on le peut 
voir dans PHILON, qui appelle en cent endroits e Xeytt , le 
Logos par excellence, une Intelligence fupérieure à toutes les au- 
tres, celle qu'il qualifie du titre de Fils de Dieu, & qu'il diftingue 
de Dieu en ce qu'elle eft ye v\ >jr cç > ou 7 nnrrci , au lieu que Dieu 
eft ayewpcç* ou ttyevtrroç. Le nom de Logos ne fignifie en gé- 
néral, dans ces Philofophes, que les Intelligences pitres: De-là vient vUebttn 
que le mêmePHiLON appelle les Anges de la forte, Ayy#A*ç cotera 
kbu Àtfy*$.D'autres ont nommé ces Intelligences , Aeones , atmeç , MM de 
terme qui défignoit leur immortalité, & qui répond à celui d'/w- çllegoriis 
mortels. Aufll etiuytç & &eoi font des termes fynonimes : Mais des " L, f ' $ 
Philofophcs Juifs évitèrent celui de Dieux, parce qu'il fentoit trop 
le Paganifme. T'ai un grand panchant à croire , que St. Paul s'eft 
fervi du mot à'Aeone dans le même fens, lorfqu'il a dit Ephes. 
1 1. 2. kcltol 7cv aton* Tit Kca-ua thtx , félon tAetme , ou , le 
Dieu àe ce monde : Cette exprelfion repond à celle de Dieu de ce ij. ç or . 
Jtécle, qu'il employé ailleurs. IV. 4. 

Ma . 



Digitized by Google 



144 DISSERTATION 

M A conclufion eft donc , que des Philofophes Juifs , qui avoient 
embrafle la Religion Chrétienne , la corrompoient en l'accommo- 
dant à leur Philofophie : Que Cerinthe , qui étoit un de ces 
Philofophes , pourroit bien être forti de l'Ecole de Pkilon; au 
moins THEODORET témoigne qu'il avoit été longtems en Egypte : 
Que ces gens là , employant le mot de Logos pour déligner la Di- 
vinité , qui a habité en Jefut , St. Jean , qui a écrit contre eux , 
n'a pas fait difficulté d'employer le même terme, parce qu'il pou- 
voit en avoir d'ailleurs de bonnes raifons : Qu'il a admis ce qu'il 
y avoit dans leur fyftème , qui pût recevoir un bon fens , & cor- 
rigé enfuite les erreurs, que ces gens-là y ajoutoient. Ainfi ce 
n'cft pas St. Jean , qui platomfe , comme certains Savans fe le font 
imaginé : Ce font des Hérétiques , qui platonifoient ; & l'Apôtre n'a 
fait , en les réfutant , que fe fervir de leurs termes , & rectifier 
les idées , qu'ils y attachoient. C'eft au moins ma penfée ; & il 
me femble qu'elle a un grand air de vérité. Il y a dans le N. 
Teftament beaucoup d'endroits, qui ne peuvent être expliqués , 
qu'en découvrant les anciennes Héréiîes , qui en ont été l'oc- 
cafion. 

Les Ctrin- O n ne fera pas fâché de trouver ici une obfervation , qui con- 
tbimt fub. firme ce que les Pères nous ont dit de la Doctrine des Cerinthiens , 
au <l u » fubfiftoient encore dans le I V. Siècle , comme le témoigne 

Julien YApoJlat. Il dit , que parmi les Impies ( c'eft ainfi 
Ju!i*n n ^ u ^ ( î aa ' u ^ e ^ Chrétiens ) , il y en avoit , qui prétendoient , 
Ap Cyrill. » t l uc J e f tts & I e V n 'b e étaient deux perfonnes. " AoKet ruri tup 
L. X.p. tho-a-sQuv , etAfav fttv Utrav etvat Xptrov >, ttAAov Je viro loetnv Ktfpvr- 
m - refuvov Xvyov. Il ajoute au même endroit, „ qu'il avoit ouï dire 

•Jfc j} à des Chrétiens, que le Dieu Fils unique, & le Dieu Verbe 
? ' étoient deux pcrfomies. " A\\o<; e<rt o ftcvoyevitç Qtoç , 'erepeç Jt o 

Gsoç Aoyoç , eya nvuv awcjjxe* rt^ tiuertpccç eupsereaç. Voila 

précifément les erreurs de Cerinthe, & il eft agréable de voir 

que les Pères ne nous ont pas trompé. 

IX Apr'es cette Digrcflion, je reviens à nos Nazaréens. Je 
ferois ravi qu'on pût bien montrer, qu'ils ont reconnu la Divinité 
de J e s u s-C h r I s t i mais je crois cela très difficile ; & les Au- 
teurs , qui le difent , les confondent avec les Chrétiens d'entre les 
Juifs , qui n'avoient d'autre erreur , que de fe croire obligés à gar- 
der 



Digitized by Google 



SUR LES NAZAREENS. 14$ 

der la Loy. Bullvs, dans fon Jugement de tEglife universelle , 
n'a pas fort bien reulîi à prouver leur Orthodoxie > & l'on ne fait, 
en l'entreprenant qu'afToiblir une Caufe, qui fe foutient par l'E- 
criture. Mr. M 0 s H E 1 M en a fort bien jugé , & je fuis tout-à-fait 
de fon avis. 

X. J E fuis aulfi d'accord avec lui fur le fentiment , qu'il foutient Mosh. ub. 
contre Mr. Toland, que les Ebionites & les Nazaréens ( 1 ) fi'P- S. I. 
étaient deux Sedes diiférentes. 11 le prouve , premièrement , par- j^"^^' 
ce que les Ebionites , c'elt-à-dire , les purs Ebionites , cro voient n - ttl g [ c8 
J E S U s-C H R I S T fils de Jofeph , & les Nazaréens fils de Marie Nazaréens 
feulement : En fécond lieu , parce que l'Evangile des Ebio- font deux 
nites & celui des Nazaréens n'étoient pas tout-à-fait les mêmes ; Seé *cs. En 
comme on le voit en comparant ce que St. Jérôme nous a j^g 1 ^ 1 * 
raportc de l'Evangile des Nazaréens , touchant le Baptême de Jésus- M eron y, 
Christ, avec le fragment parallèle de l'Evangile des Ebionites , /« Efai. 
que St. Epiphane nous a confervé. On allure de plus que la XL Voyez 
Généalogie de J E s u s-C H R 1 s T , & l'Hiftoire de fa naillànce » ^sS*** 1 
qui étoient dans le premier , ne fe trouvoient point dans le J^JJ 
fécond. res.XXX. 

$■ »!• 

J'A j o U T E r A 1 à ces différences , remarquées par Mr. M o 8- 
H 1 1 M , que les Nazaréens condannoient les Traditions Pharifaï- 
ques : ce qui paroit par le"s palfages , que St. J e r o m E a rapor- 
tés de leurs Livres , dans fon _ commentaire fur les Chap. VIII. & 
IX. â'Efaie ; au lieu que les Ebionites maintenoient ces Traditions. ^"j' Cam 
Ccft au moins ce qu'on voit dans une ^ Lettre de St. Pinre à St. 
Jaques , que Mr. Fabricius a inlcrée dans fes Apocryphes , & //.^ 90 j[ 
qui femble fuppofcc par un Ebiouite. Cet Auteur prétend , qu'on 
ne peut entendre l'Ecriture fans la Tradition : mais les Nazaréens 
foutenoient , que les Pbarifiens avoient perdu la Loy par leurs 
Traditions. 

J E remarquerai encore , que les Ebionites rejettoient tout-à-fait ^' 
St. Paul , & qu'il y a des Savans , qui ne çroyent pas que les vilL p. 

T JSfa- ?2. Eufeb. 

H.Ec.L. 

(1) Ceci doit s'entendre conformément à ce que i'ai dit ailleurs, que le» M' *7 # 

Nazarctm éroient une efpcce Ebionites , l'efpèce la moins hétérodoxe. Ce 
font deux Scétcs , mais à qui les Pères ont donne le même nom. Il y a eu 
de-méme Pèlagiens & Demi. Pèlagiens. Aritm & Demi. Ariens. 



Digitized by Google 



I4 ç DISSERTATION 

Nazaréens l'ayent fait. Ils fe fondent fur ces mots de St. Epi- 
p H A N E : Les Nazaréens fe fervent , non feulement du N. Tejiament , 
mais aujji de P Ancien , tout comme les Juifs, xwrttu Jt xrot , a 
Epipb ub. ^ J l(t $. ritr} , <tAA«>uw 5r*AflW«, K*$-<iirtp 9t \no*maot. H 

xxix faudroit'favoir ce que ce Pere a entendu par le Nouveau Tejtament, 
t 6. & s'il y a compris St. Paul. Je trouve dans St. Jérôme une 

Ereuve plus forte , que les Nazaréens ne rejettoient pas cet Apôtre, 
raporte une de leurs explications , & leur fait dire , „ que l'Evan- 
Hieron. m „ gile a été porté aux Gentils par la prédication de Paul , qui a, été 
Efiù.ix. „ le dernier des Apôtres", Qw noviijimtts Apojtolontm fiât. Cepen- 
f- %h dant, St. Jérôme peut avoir cité dans cet endroit , le Com- 
mentaire de quelque Nazaréen modéré, qui étoit dans le fentiment, 
que les Gentils étoient difpenfcs de garder la Loi. Il y a tant 
de pour & de contre fur cette Quettion , qu'il cft malaifé de 
la décider. 

J.Cleric. - tj N Savant moderne croit, qu'au commencement les Nazaréens & 
Sîf/^S les Ebiomtes étoient tout-à-fait les mêmes. Cela fuppofe qu'/m coin. 

mencement , tous ces Judaizans croyoient J E $ u s-C H r 1 s T fils 
Tous les d'une Vierge, & qu'enfuae ils fe partagèrent fur cet article. C'eft 
Ebiomtes au ifi ce que St. Efiph ANE infinue , quand il fait fortir E B I o N 
n'étoient de j a jj e<ae d es Nazaréens. Il le repréfente comme un Novateur, 
pas £/«'- . introclu i t un nouveau dogme : nouveau par raport aux Naza- 
réens , mais ancien par raport au Cerintbiens -, quelques Ebionites 
ayant corrompu leur Doctrine par le mélange de celle d'un certain 
El K A I > qui parut fous Trajan , au raport de St Epiphane. 



réf. XIX. p avo it tirée des prétendues Homélies de St. Clemlst. Ces per- 
u fonnes-là difoient , que ces Homélies étoient d'un Ebienite Elcéféen , 
& non d'un pur Ebiomte, & que c'eft faire tort à ceux-ci, que 
de leur imputer en général les Héréfies des Ekéféms. Symmaque 
& TheodOTIEN, qui étoient Ebionites , ne donnoient pas dans 
% ces erreurs-là. St. Epiphane a trop confondu les Ebionites 8c 
les Elcéfeens \ mais Eufcbe ne l'a pas fait. U n'a point chargé les pre- 
miers des erreurs des autres. 

XI. Mai» 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. 147 

XI. Mais bien que je convienne- avec Mr. M o s H 1 1 H , que Les Pères 
les Ehionites & les Nazaréens ont été deux Sectes différentes , je ne ont corn. 
lauTepas de croire, que les Pères , qui ont précédé St. Epip H A NE *J ,S J? 
& St. Jérôme, ont parlé des Nazaréais , fous le nom d' Ehionites , çj^'i™* 
à caufe de la grande affinité qu'il y avoit entre les uns & les au- nom d*£. 
très. Ces deux Sectes fortoient du Judaifme : Elles étoient égale- bionitts , à 
ment zélées pour Pobfcrvation de la Loi , & nioient la Divinité de caufe d . es 
J. Christ. Ebion, que les uns mettent fous le Régne de J? n 
Domitien, &lcs autres fous celui de Tr ajan , étoit forti y eS a voit 
de ia Secte des Nazaréens , & commença à dogmatifer dans le Villa- entr'eux. 
ge de Kolybé, où il demeuroit des Nazaréens. Tous ces Sectaires Epipb. 
fe vantoient d'être Difciples de J. Christ, & de St. Matthieu H * r '/ 
fon Apôtre. Ils fe fervoient d'Evangiles hébreux , qu'ils prétendoient 
contenir la prédication de St. Matmitu ; & les Chrétiens d'entre les 
Gentils n'avoient point de communication avec eux. Toutes ces 
conformités ont été caufe, que les Pères les ont tous appellés Ehio- 
nites , & c'eft de quoi il me femble qu'on ne peut plus douter , 
après le témoignage d'O rigene. „ Ebion, dit-il , lignifie 
„ pauvre ^ dans la Langue des Juifs , & l'on appelle Ehionites ceux 
,, d'entre les Juifs , qui reconnouTent Jeflis pour le Meffie. " T.Gtm Origen. 

oi ttxo IxJcuuv tov Ietrxv aç X?t<ïov 'jrttpaJg^afjitvet ( I ). Ainh les f\ f • 
Porcs appelloient indirféremment Ehionites tous les Chrétiens fortis mitt0 * 
du Judaifme , qui continuoient à obfcrver la Loi , quoiqu'il y eut 
de la différence dans leurs dogmes , & que ces Pères ne Pignoraf- 
fent pas. St. Jérôme lui-même en a ufé de la forte , dans la lettre 
à St. AUGUSTIN : Qtùd dicam de Hebionitis , qtù Chrijiianos çj&jffa, £p t 
fe fnnulxnt. Ujîjue hodie fer totas Orientis Synagogas tnter Judtns ad Aug. 
Hœrejîs eji , qtu dicitur Mineorum , £ff a Pburifœis mme ufque danu. f . »u 634. 
natitr , qttos vulgo Nazarxos mmeupant. C'eft ce qui me détermine 
à croire , que "l'argument du lilence des Pères , contre l'exiftence 
des Nazaréens avant le milieu du IV. Siècle , n'eft pas concluant. 
Es eu ont parlé fous le nom d' Ehionites, & ils ont eu des raifons, 
pour n'en pas parler fous celui des Nazaréens. Je déduirai ces rai- 

T % fons 



( 1 ) II y a une faute dans la verfton latine de cet endroit d'O iigini, 
le Trackfteur fiiiûnl dire à ce 1 erc , que les Juifs appellent ktionitts ceux qui 
croyent en ./. Cbrtji Le lavant Ueculis y a ac uompé; Vo>e2 & 
Dijjm. Ut tviib. Tvtuit. £fc. /. 2J9« 



\ 

* 



Digitized by Google 



148 DISSERTATION 

fons tout à l'heure , après avoir fait trois ou quatre obfcrvations , 
qui concernent leur Hiftoire. 

Corretfîon XII. La première eft, que St. Epiphane femble être tombé 
d'un palfe- dans une contradiction bien groifiere , fur le fujet de Kokabi. Dans 

fe de bt. l'Héréfic des Ebionites , Kokabé eft un village de la Bafwitide , ou du 

E?>pb P av ? , de **i m '» ffr Tft &curetnrJt x*P* '• Et dans 

jl^-tf. l'Héréfie des Nazaréens , Kofybé eft un pays , une partie de la Bs- 

XXX. fanitide , tv t*j /SxrttMTtJ't > rrj Acys,u(»i YLaKxQt- Mais cette con- 

a - tradition pourroit bien venir des Copiltes , & non de St. Epipha- 

xl'IX K E ' A P ai ' e,Tirnent ce P ere avoit écrit , tv Tri Q<t<rct.vniJoç , tyi Af- 
$ 7- ' ' yotievy KcokocGs : Il faut foufentendre xenij. Il n'eft pas julte de 
mettre fur le compte d'un Auteur tout ce qui peut venir de la né- 
gligence d'un Copifte. Le Père P E r a u n'a pas pris garde à cela. 

Ceric. ub. L a féconde Obfervation roule fur une Remarque critique de Mr. 
fup. Le Clerc, qui croit , que St. Epiphane a mis mal à pro- 
&'cuL P ° S *°^~P° ur Choba. 11 *è fonde, fur ce que St. JEROME 
ne font ^ » ^ u '' ? avo ' t des Nazaréots , ou des Ebionites, à Choba , villa- 
pas le nié- g e f ur ' a gauche de Damas. Choba , villa babens accolas Hebrxos , 
me lieu, qui, credentes in 0)rijtttm, omnia legis prœcepta cujrodiwit , & a prin- 
Hnrony c ipe Harefeos Ebionitae nuncupantur. Je doute néanmoins de la re- 
De toc. m3r q U e de Mr. Le Clerc. La raifon en eft , que l'on trouve 
T V III. aul ^ Kwb'Mr &vx*Qz, dans le fragment d'A fricanus, ra- 
p. 26a. P ort é par E u s E b E Htji. Eccl. L. I. 7. C'étoit dans ce Village qu'a- 

voient demeure les parens de notre Seigneur , qu'on difoit avoir con- 

fervé fa généalogie. 

Origine - L A troificme Obfervation roule fur la Qucftion nouvelle , s'il y 

du nom a eu un Ebion, Chef de la Sec"le des Ebionites , ou fi c'eft un 

d' Llnuti. 




Chef de puis. Pour moi, je n'en doute pas, & je m'étonne que tant d'ha- 

Ja Scde. biîes gens ayent adopté l'oJinion de quelques Unitaires , qui fe font 

Mo>b ub. avifes , dans ces derniers tems , d'anéantir E B 1 o N , fans en avoir 

Cap VU quc d " s riU ^ olls > me Semblent bien frivoles. 

o.yhv. 

S^r HiJ}. Ces raifons f out> jo que St Irene'E, qui a parlé des 

Cap. V. Bfamtes , 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. 149 

Ëbionites , n'a jamais nommé E BION. Cela n'eft pas fur. Il cft 
vrai feulement, qu'on ne le trouve point dans les Ouvrages qui 
nous relient de St. Irene'e. Mais on le trouve dans Tertul. 
LIEN, qui a fuivi ce Pere de fort près , & dans les Ecrivains 
Eccléfiaftiques , qui font venus depuis. St. Ikene'E n'a point 
dit , qu'il n'y a pas eu d'E BlON ; & T E R T U L L I E N dit , qu'il 
y en a eu un. Le témoignage de Tlrtullien doit l'empor- 
ter fur le filence de St. IrENE'e. 

2. On allègue, qu'O R I G E N E a dérivé le nom & Ëbionites , qui 
fignifie pauvres , de l'attachement de ces Hérétiques pour les pau- 
vres Elemens de la Loi, & des idées pauvres & objets, qu'ils 
avoient de la perfonne de J. C h r i s t. Il eft vrai qu'O R IG EN E 
trouve , qu'ils font fort bien nommés pauvres à caufe de cela. Mais 
ce n'eft qu'une allufion , qu'il fait au nom à' Ëbionites : il ne pen- 

fe nullement à en donner l'ctimoloeic. Cela eft fi vrai , qu'E u s E- „. 

o. t-« r» w • « , . * nier, in 

be , St. Lpiphane, St. Jérôme, qui ont cru qu'E b i o N a E f^ Çaf , 
exifté , n'ont pas lairié de copier , ou d'imiter la penfce d'O R I- XVI. j>. 
GENE. Je ne raporterai que les paroles de St. Jérôme. Ju- **8- 
daici erroris hœredes Ebioniu , qui pro htimilitate fcnftu nomen pau- ^ /T? . 
perwn fufceperunt. Cependant St. Jérôme n'a pas douté , qu'il SjXj; 
n'y ait eu un E B I o N , Chef des Ëbionites. XXX. 

$• 17." 

3. On dit enfin, que les premiers Chrétiens cmbnuTant une 
pauvreté volontaire , ou étant la plus part des pauvres de Judée, les 
Juifs les nommèrent tbionites par mépris. Cela pourroit être , mais 

il faudrait en trouver quelque trace dans le N. Teftament, ou dans %"'J? U t 
les Livres des Juifs \ & l'on n'en trouve nulle part. Les Juifs yffc 
n'appellent jamais les Chrétiens Ëbionites. L l G H T F O O T dit feu- p. 88. 
lement , qu'il a trouvé dans le Talmud un Hérétique , nommé E- fcf autres. 
BlON, & fi cet Hérétique étoit Chrétien , la Remarque de L*tt*f. 
Lightfoot favorilèroit l'opinion , qu'E b I on a exifté. Mais ce f'U* 
qui achevé de montrer , que le nom d' Ëbionites n'a point été donné 14 ' 
aux Judaizans à caufe d'une pauvreté Evangclique , c'eft qu'il n'y a 
que les Chrétiens Grecs, qui les appellent de la forte. Or, il fe- 
roit abfurde.de fuppofer , qu'ils leur eulfent donné ce nom à cau- 
fe d'une pauvreté dont ils s'honoroient eux-mème> & il n'eft pas 
vrai-fembiable , que des Grecs , qui n'entendoient point ou très ra- 
rement la Langue Hébraïque , fe foient avifé de les appcllcr d'un 

T 3 nom 



Digitized by Google 



ifo DISSERTATION 

nom Hébreu. Je ne fai fi ce n'eft pas Qmjophlc Ostorodus, 
qui a le premier efiaïé d'anéantir Eu ion , par un petit intérêt de 
Secte. Il ne vouloit pas qu'il fut dit , que les Unitaires euflènt eu 
pour Chef, un homme , qui n'a exifté que depuis les Apôtres. 

Tenu de Ma quatrième Obfervation regarde le tems de l'origine des Nid- 
l'origine zaréens , qu'on place d'ordinaire à l'an LXX. ou LXXII. de notre 
réens R** Seigneur, après que les Chrétiens de Jerufaletn, avertis de la ruine 
marque *" prochaine de cette Ville , fe furent retirés à Pella , dans la Pérée. 
fur St. E- On fe fonde fur St. Epiphane: mais St. E P I P H A N E n'eft 
i i uane. pas fi précis qu'on le croit. Voici fes paroles : „ La Secte des Nê- 
fr'^r » wéens eft établie dans le territoire de Béroé , en Célé-Syrie , aux 
XXIX " env "" ons ^e ftlld j dans la Décapote , & dans ( I ) la Bafanitide , 
$.7. * » nommée Kolybé. Ce fut là que commença cette Secte, depuis 
„ que tous les Difciples du Seigneur eurent quitté Jerufalem , pour 
„ aller habiter à Pella : skiiS-sv yeto tf mfXfi yeyovt, prrx Ttjv ax» 
ruv leporotMfjuiv fAtret»cttreta-ty. Cela ne veut pas dire que cette 
Secte commença auilîtôt , que les Chrétiens furent fortis de Jeru- 
falem : Car le même St. Epiphane marque le tems des Ebiomtes 
par des expreffions toutes femblables. Il dit, que cette Secte com- 
Hfref. mcnça depuis la prife de Jerufalem, fA.tr ci rt}v ruv lepoa-oAvptw 
j 2 a\u<r$v> & lorfque tous les Chrétiens s'ctoient tranfportés dans la 
Ville de Pella ; to rtviKocvrct e*et pwçcoctq-ctyrm. Cependant , les 
Ebiomtes n'ont commencé que depuis les Nazaréens , félon le témoi- 
gnage de St. Epiphane, les uns difent fous DowiTiEN,les 
autres fous Ta a j an. 

Apre's ces Obfervations , je vai examiner d'où vient que les 
Ecrivains Eccléfiaftiques , qui ont précédé St. Epi PHANE & St. 
JEROME n'ont point parlé des Nazaréens fous le nom propre de 

OriRine Nazaréens. Je rechercherai en même tems, quelle eft l'origine 

du nom de ce nom i parce que cette recherch* eft tout-à-fait néceûaire à 

de Ma» mon but . 

rems. 

/.Jésus ayant été élevé à Nazareth, petite Ville de Galilée, 
H fut appellé le NaUréen , comme on le voit par quantité d'en- 
droits 



C 1 ) Je traduis le texte deSt Efiphami comme il eft , mais Gins pré- 
judice à la correction , que j'ai marquée ci-delïus. 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. ifi 

droits du N. Tcftament. Pilate le qualifia de la forte , dans Pinf- Voyea 
cription qu'il fit mettre à fa Croix , apparemment , pour marquer Mmb X. 
fon origine. Mais je croi que les Juifs affe&oient de lui donner \t' XVT 
ce titre , pour perfuader au Peuple , qu'il ne pouvoit être le Meflîe, ï JJr 
puifque le Meflîe devoit être de Bethlehem, & non de Nazareth en xxiv' 
Galilée. i*. Atf. 

1 121.111. 

II. St. Matthieu, écrivant fon Evangile, voulut montrer ^.fj/., 10, 
que bien loin , que le titre de Nazaréen fut une preuve que J. y c . £ 
Christ n'étoit pas le Meflîe, c'étoit au contraire un des noms, XIX. 19. 
que les Prophètes avoient donné au Meflîe. De-là cette reflexion , Remarque 
qui fe trouve à la fin du Chap. II. de l'Evangile félon St. Mat- Mat- 
thieu. ,, Jésus demeura à Nazareth , pour accomplir ce qui avoit "* 

„ été prédit par les Prophètes , qu'il fèroit appellé Nazaréen. " Par 
les Prophètes , veut dire , far quelqu'un àes Proplxtcs. L'expreflion 
eft Ample & commune. 

III. Je n'examine point l'ennuyeufe & fcrupuleulè critique des 
Grammairiens fur cette allégation de St. Matthieu. Je pourrois la 
conflderer comme une de ces explications myftiques , qui ne fe font 
point félon les règles de la Critique , ou de la Grammaire i & di- 
re , à la façon de Mr. Simon, Ceft un déras. Quiconque pren- 
dra la peine de lire Philon, y trouvera une infinité d'exemples 
de pareilles explications , qui paffoient , non feulement pour fort 
heuieufes & fort ingénieufes, mais pour des penfées fublimes, & 
pour de grands myfteres. 

J B ne fuis pas néanmoins obligé d'en venir là , & je croi l'allé- 
gation de St. Matthieu à l'abri de la Critique. Si on prend bien 
le fens de St. Matthieu , on trouvera qu'il ne veut pas dire que ces 
mots , Le Meflîe fera appellé Nazaréen fe trouvent dans les Prophè- 
tes j mais que le nom de Nazaréen eft un des titres , que les Pro- 
phètes ont donné au Meflîe. Ce Nazaréen eft le Nctzer d'Efaie 0Jap. 
XI. J. comme je le montrerai dans la fuite. 

* 

IV. T O U T le monde fait , que les Nazaréens avoient leur Evan- L'Evangi- 

gile, écrit en Hébreu vulgaire, qui eft appellé, tantôt V Evangile le des M* 

félon les Hébreux , tantôt l'Evangile des XII. Apôtres , tantôt VEvan- *»r«*x. 

gile félon St. Matthieu j noms , qui ne lui conviennent cas mal , & Scs divert 

noms» 

que 



Digitized by Google 



ifa DISSERTATION 

Hitro». que St. JEROME a réunis dans ce partage : Evangelio juxta He- 
L. III. bracos , qiiod Çhaldako qui dent , Swoque fertnone , fed Hebraïcis lit- 
tout. Pe- te) .- f jcyjptutn ejl , quo uttmttar ufque hodie Nazarœi , fecundum Apof. 
ag.tnmo. ç tve m plaque mtttunant , juxta Matthaeum. Cet Evangile 

étoit félon Us Hébreux , parce qu'il étoit à Pillage des Chrétiens Hé- 
heux , qui le préféraient à tout autre , & qui n'admettoient pas 
nos Evangiles.Grccs , ou ne leur donnoient pas la même autorité. Il 
étoit félon les Xll. Apitres , parce qu'il contenoit un mélange de 
chofes qui avoient été prèchées par les Apôtres, ou qui paflbient 
pour l'avoir été. Peut-être aulTi , qu'on l'appelloit de la forte , pour 
lui donner plus d'autorité qu'aux autres Evangiles , qui n'a voient 
été écrit que par un feul Apôtre. Il étoit enfin félon St. Matthieu , 
parce qu'il avoit une grande conformité avec l'Evangile Grec de 
St. Matthieu , & qu'il étoit principalement recueilli de la Prédication 
de cet Apôtre , qui avoit prêché aux Juifs de la Palejime. 

L'Evangile y, O N a fort difputé dans ces derniers tems, fur la Queftion, 
des Xaza. £ cct Evangile étoit l'Original de St. Matthieu , & fi le nôtre n'en 
toit'point ^ toit ^ unc Verfion. Les Théologiens & les Critiques fe font exer- 
l'Original cés fur cette matière. Les Protejians en général ont défendu la né- 
de notre gative , & prefque tous les Catholiques Romains l'affirmative. Un 
Evangile ] C g er intérêt de Parti a produit cette controverfe, dans laquelle je 
r££jjr~ fuis perfuadé que les Proteftans ont raifon , tout prêt à la donner 
aux Catholiques Romains , fi je croyois que cela fût jutte. 

I. I L me femble évident , que notre Evangile Grec de St. Mat- 
thieu n'eft point une Verfion faite fur l'Hébreu. Je ne comprens 
pas , qu'un Critique , qui ufe de Ion -difceinement , puiflè fe le 
perfuader. Les anciennes Traductions étoient littérales , comme 
on le voit par toutes celles qui ont été faites de la Bible. La Ver- 
fion des LXX. plus libre que les autres , ne laifle pas d'être tou- 
te Hébraïque pour la phrafe. Les exprclfions Greques , & les • ex- 
prcllions Hébraïques font très différentes. Il y a quelques Hébraïf. 
mes dans St. Matthieu , mais le tour & l'expreflion eft Grec. 
On fent que c'eft un Original. 



2. Il eft vrai, que les Anciens s'accordent à dire, que St. Mat- 
X)« Tin. thieu a écrit fon Evangile en Hébreu. „ Il y a, dit Mr. Du Pin, 
T)f' fatat. n une nuée de témoins, qui le dépofent, ■ .Mais quand on re- 
pè-ùn. monte 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. ifî 

monte à la fource, on trouve , que cette tradition vient de P A- L.IIC.II. 
p I a s , Auteur léger & fabuleux , s'il en fut jamais , origine de Art. III. 
je ne fai combien de fàuiîës traditions. C'eft de lui que St. Ire- p^'j^ 
N e' e a pris celle-ci j & c'eft de l'un & de l'autre qu'O R I e E- ^ uteur de 
NE & EusEBE l'ont tirée. Joignez à cela que P API A s à in- UTradi- 
inféré dans fon récit une circonftance évidemment fauffe. 11 dit , don, que 
que St. Matthieu a écrit fon Evangile , loifque St. Pierre & St. Paul St. Mail ^ 
etoient à Hpme, & y fondoient l'Egîife. ( I ) t* ntrpv tuu m £^ngii c ° n 
IÏ«uA* tv Paifitt tvayyeAtÇofuvav > xat SeutAjHm-uv Tifv eKK\t]Tteu. en \{^ 
Or quand eft-ce que l'on fuppofe , que St. Pierre & St. Paul ont breu. 
été enfemble à Bgnté ? C'eft dans les dernières années de Néron, Voyez St. 
vers l'an 66. Et fi cela eft , l'Evangile de St. Matthieu n'eft point K 
le premier des quatre Evangiles i ce qui eft contraire au confente- ^ 
ment unanime des Anciens. Car fans contredit , l'Evangile félon 
St. Luc eft antérieur au fécond voyage de St. Paidi Rome , qui eft e. L III. 
celui que l'on prétend qu'il y a fait avec St. Pierre. Quoiqu'il en za. L. IV. 
foit, la nuée de Témobts de Mr. Du P i N fe réduit à Papias, àlajwfê 
qui a été fuivi par St. Irène' b; & St. Irène' e & lui l'ont L ' y VI '^' 
été par tous les autres. Je n'étends pas cette obfervation : mais D J p , " K 
il ne me feroit pas malaifé de la prouver dans le befoin (2 ). ub. fup. p. 

3. Per- ao. 

( i ) Irtn. ub. fup. St. (iini'i a pris cela de Papias, comme le re- 
connoit Mr. Giaïi, dans fa note fur ces paroles : mais il ajoute , je ne 
-foi fur quel fondement, aiiifve fenioribus. Vit. £? Pro/egom. MM. p. Vit. 
col. z. 

( z ) 11 ne fout pas toujours compter fur ce que nous difent les Anciens. 
Ils aifurent hardiment, que l'Evangile de St. Matthieu a été écrit en Hé- 
breu. Ils nous difent avec la même aflurance, qui en a été le Tradu* 
leur. St. Athanasb nomme St. Jaques , d'autres nomment Sl Jean 
l'Evangelifte , comme on le voit dans la vie de St. Matthieu & dans Thio. 
»hylacti: d'autres St. Barnabe , d'autres St. Luc , d'autres St. Paul. 
Vid. Çafattb. Exeriit. XV. Diatrib. XII. p. 179. Casaubon le dît dan» 
l'endroit où il relevé la Critique de Bakonius, qui a ofé aceufer l'Inter- 
prète Grec de St. Matthieu, de n'avoir pas bien exprimé ce que J 1 s u s- 
C«m«T dit à Simon Matth. XVI. 18. parce qu'U folloit traduire cv i tÇ 
Ter**, & non pas ev es wrrfc* , vous êtes la pierre, & non , vous été» 
Tserre. Ajoutons ici une Obfervation que fait Caiauiom au même en- 
droit : C'eft quç la paraphrafe Arabe de St. Matthieu corrige le texte de l'E. 
vangelifte comme IIarokiui; mais il fout lavoir auffi , que cette paraphra- 
fe a été publiée depuis peu à Rome , & qu'elle romanife en plus d'un endroit. 
11 en eft de cette Paraphrafe , comme des Canons Arabefques , publiés pat 
Turhin & par Echillcni is & attribués au Concile de Huit , où 
fe trouve la fouveraine autorité du Pape. 

V 



Digitized by Google 
; ; i i 



If4 DISSERTATION 

Pluficurs 3. Personne ne peut nier , qu'il n'y ait eu un Evangilé , 
Evangile» & même plufieurs Evangiles, écrits en Hébreu vulgaire , & dans 
Hébreux. j a Langue fa Juifs de la Pale/line: rien n'eft plus raifonuable : af- 
furément l'Hiftoire de notre Seigneur a été écrite en la Langue de 
ApEufeb. Jndée, &à Pufage des Chrétiens de Judée. He'ge'sippe parle de 
L. IV. 32. deux Evangiles , l'un qu'il appelle félon les Hébreux , & l'autre , le 
Syriaque. D y a de l'apparence , que le premier étoit celui des 
Nazaréens, & le fécond celui des Ebionites. Mais ni l'un ni l'au- 
tre n'ont été l'Original de notre Evangile félon St. Matthieu. La 
preuve en eft claire : C'eft que les fragmens qu'on nous a confer- 
vés de ces deux Evangiles, ne font point conformes à notre 
Evangile Grec : ce qui fuffit pour montrer qu'il n'en eft pas la 
Verlîon. 

4- Il fàudroit donc fuppofer un troifieme Evangile écrit par 
St. Matthieu. Mais fur quel fondement appuyer cette fuppofition ? 
Sur le témoignage de P a p i a s : Voila une belle autorité. Je ne 
voudrais lui oppofer que cette feule confédération : c'eft qu'il n'eft 
point croyable que PEglife orthodoxe de Judée eut laide périr l'u- 
nique monument Apoftolique , qu'elle eut en fa Langue , pendant 
que les Eglifes grecques ont conlervé religieufement les leurs. Si 
l'on dit, que l'Evangile des Nazaréens , & celui des £foo»i/e/ étoient 
l'Original de St. Matthieu, mais altéré ; je demande la preuve 
de cette propofition. Je demande, pourquoi l'Eglife de Jérufalent 
n'a pas confervé cet Original dans fon entier , comme les Chrétiens 
Grecs ont confervé fans altération TEvangile félon St. Luc, qui 
avoit été corrompu par Marcion. 

Les Evan- 
giles He- g voyant donc aucune raifon folide de croire que St. Matthieu 
toicntdcs ait écrit fon Evangile en Hébreu, & ne pouvant difeonvenir qu'il 
Recueils n'y ait eu phifieurs Evangiles dans cette Langue i j'ai pris le parti 
de la Pré- que je vai propofer. Je croi que St. Matthieu ayant prêché aux Juifs, 
dication j es chrétiens de Judée avaient recueilli de fes Prédications , ce qu'ils 
Mrtt'bttr nommèrent fon Evangile, & que c'eft de là que viennent & les 
' * différences, & la conformité, qui fe trouvoient entre le leur & le 
nôtre. C'eft le même Auteur i mais ce n'eft pas un Auteur qui ait 
écrit lui-même. On a rédigé par écrit ce qu'il difoit i & les di- 
vers mémoires qu'on en a drelic, ont produit l'Evangile des Ebio- 
nites , & celui des Nazaréens. Ils paflbient tous deux pour être de 

St. 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. iff 

St. Matthieu , parce qu'ils contenoicnt d'une manière plus ou moins 
exacte , la prédication de St. Matthieu j & il eft bien vraifembla- 
ble , que c'eft de ces Hiftoires de J E s u s-C hrist, & de leur 
inexactitude , que St. Luc a voulu parler dans la Préface de fon Evan- 




ces gens-là pouvoicnt bien être des Chefs des Nazaréens, quoiqu'ils 
n'euflènt qu'une partie des erreurs des Cerinthe. 

Puis q_v E j'en fais fur ces Evangiles , je dirai auflî ma penfée Les Ebiu 
touchant l'accufation que les Pères intentent aux Ebiomtcs d'avoir n'a. 
retranché du leur , la Généalogie de J e s u s-C h r i s t , & l'Hif- vo ! nct 
toire de fa naiflance. On eft toujours prêt à aceufer les Hérétiques M ^ n | C u|?" 
d'avoir fuppofé ou falfifié des Livres facrés , comme fi les Ortho- Evangile, 
doxes avoient été beaucoup plus religieux. Je ne croi donc point 
du tout que les Ebiomtcs emlcnt mutilé leur Evangile. Car pour- 
quoi cet attentat ? C'eft dira-t-on , parce qu'ils ne croyoient pas 
J e s u s-C H R I s T né d'une Vierge. J'ai cru aufli que c'étoit leur 
raifon: mais j'ai changé de fentiment, quand j'ai vù dans St. £- Efipb.Jia- 
piphane, que Cerinthe & Carpocras fe fervoient r jf^ x u 
de la généalogie de J E su s-C h r i s T raportée dans St. Matthieu, 
pour prouver qu'il étoit fils de Jofeph. o uer Kjjpiv&oç > k<u 
VLctpiroKpciç rsa «ut» xpupisvoç Jbfrev Tc*p'a.vToi$ ti/ctyysAia , aura 
T>JÇ *fXK Kxret MaS-S-euov evetyytAiif , Jt* tijç yrrioA^ 
/SxAxyTcu ir*pi<r<iv , ck rircpuaroi I«rq0 K<u Mzptaç uyeu top 
Xptirov. D c & vnu c î uc St. E P i P h A N E dit au même endroit, que les 
Ebiomtcs n'avoient pas laine de retrancher de leur Evangile la 
Généalogie de J E s u S-C H R l s T : mais je croi qu'il fuit fon pré* 
jugé , qui le porte à aceufer les Hérétiques : car les Ebiomtcs pou- 
voient aulR bien que les Cermthiens , tourner à leur avantage , cette _ . , 
partie de l'Evangile de St. Matthieu. St Efifhake dit même 
ailleurs, qu'ils le faifoient, & qu'ils en preno;ent occafion de fou- l. 1.6. 
tenir , par l'autorité de cet Evangelifte , que J e s u s-C h r i s t 
n'êtoit qu'un fimple homme f ^Aw avS-pet-rer. Voici fes paroles : 
Aire rtif Ketrec rev AUpcutfx ko* A*&/ y*v«Aey/*ç rtfv avruv ctvo- 
petv rapt^ot» iirupwne. Puis donc qu'E Bio», Carpocras 
&Cekinthe trouvoient , ou prétendoieut trouver dans le com- 
mencement de l'Evangile félon St. Matthieu , des preuves de leur 

V % erreur 



Digitized by Google 



i{« DISSERTATION 

erreur fur la naiflance & fur la Divinité de J E s D 3-Ch r I ST , 
il n'eft pas croyable qu'E BION eût retranche ce commencement 
par malice. Il vaut bien mieux dire, que les deux premiers Cha- 
pitres de St. Matthieu ne fe trou voient point dans l'Evangile des 
Ehionites , parce qu'ils n'étoient pas dans un des recueils que l'on 
avoit fait de la prédication de St. Matthieu j & qu'ils n'étoient pas 
dans ce recueil, parce que les Apôtres ne s'arrètoient gueres dans 
leurs prédications , à raconter ni la généalogie de J E s u s-C HRIST, 
ni le miracle de fa nailfunce. Au refte , ceci me confirme dans la 
la penfée où je fuis , que St. Luc a eu en vue ces Evangiles , où 
la généalogie & la conception miraculeufe de Seigneur n'étoient 
pas , & que c'eft ce qui l'a obligé à inférer l'une & l'autre dans 
Je fien. 

de St a(Ta8C Vl Cette defeAuofit é <k l'Evangile des Ehionites n'etoit pas dans 
Matib. II. celui des Nazaréens. Ils y avoient la Généalogie de Jésus- 
aj. étoit Christ & l'Hilloire de fa naiifance: ils y avoient en particulier 
dans cc paflage , qui fe trouve à la fin du Chap. II. de St. Matthieu , 
l'Evangile y a gfe - fa p lY fe /y 0 f,/,;/ w qu'il feroit appellé Nazaréen. St. T E- 
des Na2a- _ , r - n îi -Z v 1 1 j 

réem. Le R0ME témoigne, que ce raiuge y etoit, & que les paroles du 

Prophète Prophète y ctoient rapportées lèlon l'Hébreu ( I ). Mais quel paC- 
quiyeft fage des Prophètes y a voit-il ? Le même St. Jérôme nous Tap- 
ette cft£- prend ailleurs. Il y avoit au moins une partie de ces mots d'Efate 
Hinon *' ^- a P' ^1- v.'i. que je raporterai en latin, comme ce Pere les a 
mCtttetI.it at ées. Ecce Virga de radicc Jejfe, & NTZ traut de radice ejus af- 
MattlJo. etndet. Il y avoit certainement le Netzer d'Efaïe, terme que les 
Werwt. m LXX. ont rendu par une jteur , que d'autres traduifent un re- 
Mattb. : ettm & d U q U el étoit dérivé le nom de Nazareth. 
Cap. H. ^ VII Si 

«d. Synu 

inacb. j e ne faJ comment un j, a bîle Profeûeur d'Allemagne ( Thomas Itti. 

C i u s apfend. ad difert. de lltrcjlarcb $. a8. ) a cru que St. J e K o m k a 

yf***! . voulu parler de l'Evangile grec de St. Matthieu , & des paflages du Vieux 
** Teftaruent , qui y font cités. Voici les paroles de St. J s » o m b. Porto iffitm 
Jitbraicum babttur ufqiu bodie in C*)aricnfi Biùliotbeca, . . . Mihi quoqite m 
yazardii , qui en Beroea urbe Sytix, hoc tolnnùnt utttntur , dëfcribendi 
facilitas fuit. In quo aumuùvertenAnm , qttnd ubicunqut Evangcif- 

ta rtteris Ttjiammti teftimbitiit rttitttr , non jeqmmtur ( nempe Nazaraci ) 

LXX. Translatorum aufloriwcm , fed hebr.ùcam , ex quibns ilài duo finit : ex 
iEgypto vocavi filium meum » fef * quoniatn Nazaracus vocabitur. Binon, in 
CataL in fifattb*). 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. ïf7 

VIL S I je ne me trompe , nous avons à préfent la véritable raifon, Pourquoi 
pourquoi ces Chrétiens de la Palejime adoptèrent le nom de Na- les Judaï- 
zaréens , & le conferverent comme un précieux héritage , comme M " s s ' a P" 
un titre de conformité avec Jesus-Christ, qui , félon les jj a ^£j, t 
Prophètes , & félon St. Matthieu , l'Apôtre & l'Evangelifte de la Pa- 

. leftine , devoit être appelle Nazaréen. Ce nom étoit pour eux , ce 
qu'cft aujourd'hui en Occident pour les Chrétiens de la Commu- 
nion du Pape , le titre de Catholique , ce titre dont on fe pare fi 
fuperbement , mais que je n'entens jamais vanter non plus que Y An- 
tiquité , la Succejjïon &c , fans me fouvenir de la Satire de B 0 1- 

x L EA u contre la Nobleflè , & de ce Vers en particulier : 

Chacun, pour fes vertus , n'offrit plus que des noms. 

Il y a néanmoins cette différence entre Nazaréen & Catholique , que 
Nazaréen étoit un nom d'origine divine , au lieu que Catholique eft 
d'origine purement humaine , & comme difoient les Donatiftes dans 
la Conférence de Carthage , jigtnentwn hwnamon. Ainfi St. E P I P H A- 
N E peut bien ne s'être pas trompé , quand il a dit , „ que les 

Nazaréens fâchant que J E s u s-C HRIST avoît été conçu à 
„ Nazareth, qu'il y avoit été élevé dans la maifon de Jofepb , qu'à 
„ caufe de cela , il etoit nommé dans l'Evangile Je/tu le Naza- 
M >éen, que cet Chrétiens, dis-jc , s'étoient impole* à eux-même le 
», nom de Nazaréens ."iVr« to ovoyut rsrtrtB^ettctt etvTotçro xxtXeia-B-eu 
yetÇuçcuvç- Mais St. Epiphane a furtout eu raifon de dire , Epipb. 
„ qu'ils ne s'appelloient pas Nazaréens à l'imitation de ces perfon- ÇjSf- 
„ nés , qui fe confacroient à Dieu par le vœu de Nazareat \ mais ?¥ 
„ parce que J E sus-Christ a été nommé Naza>éen à Poccalion * 5 " 
„ de fa demeure à Nazareth. 

J e corrigerai ici en paffant , un endroit de la Verfion du P. Remarque 
P E t a u. St. Epiphane dit, tv y*rp iyxvfMvfrtntt , ce [ ur ,e lerc 

Î|ue je traduis , conçit. P t t a u l'a rendu par , ht utero genitum : B T A u * 
ort bien ; mais il a ajouté fort mal à propos , Vrrginis , mot qui 
n'eft pas dans le Grec , & qui embarraflèroit beaucoup le Lecteur, 
parce qu'il met St. Epiphane en contradiction avec lui-même. Car 
ce Pere avoue $. VII , " qu'il ne fait pas , fi les Nazaréens croyent 
„ Je su s-Ch r i s t fils d'une Vierge " j & le P. P e t a u lui 
fait dire > » que les Nazaréent favoient que J E S U S-C H R I s T 
„ avoit été furmé dans le fein d'une Vierge . C'eft ime licence 

V 3 per. 



Digitized by Google 



M8 DISSERTATION 

pcrnicieufe , que d'ajouter ainfi dans les verfions , des idées étran- 
gères. Cependant , nous fommes bien heureux , quaud cette licen- 
ce ne va pas jufqu'au texte. 

Pourquoi VIII. L E s Difciples de J E s u s-C h r i s T commencèrent à 

les. Mai'- Antioche à fe nommer Clirètiew, & ce fut aulîl à Antioche , que 

»ans ne commença la difpute touchant la Loi. Ce fut là que St. Paul ré- 

kientmi ^ a en ^ ace a ^' Pierre - ^es zélateurs de la Loi fuccomberent 

Choient. ^ aDS cctte difpute, la Quellion ayant été jugée à l'avantage de 

Douce né- St. Paul & des Gentils. 11 ne faudroit donc pas s'étonner fi des 

nnmoins Juifs, qui croyoient en J E s u s-Chr i st , mais qui étoient zélés- 

^i*'!"/' pour la ' ne P rirent P as un nom V" ^ toit Grec > eu * °/ u * 
%6 A8 P ar '°' ent Hébreu ou Syriaque j un nom qui avoit pris fon origino 
XiV. 16. a Antioche , où les Chrétiens d'entre les Gentils avoient prévalu ; 
£«? fuiv. un nom enfin , que les Grecs , qui refufoient de garder la Loi , 
XV. i. £f arfectoient de porter. Ainfi St. E P 1 P H a n e peut bien avoir eu 
f*» G*t> taifon de dire, „ qu'ils ne fe nommoient pas Chrétiens , mais 
Ep'pb ub. " Nazaréens, are Zêt<jt*»ttç tctvTttt eirovofteiretv > «ÀÀ<* vct^afHuits. 
J'u^. $.6. * À cft fort vraifemblable qu'ils préférèrent ce dernier nom, parce 
qu'il étoit Hébreu ; parce qu'il avoit été confacré par les Prophètes , 
qui s'en étoient fervis pour déligner le Meiîîe ; parce que Jésus- 
Christ avoit été nommé , & s'étoit nommé lui - même le 
Nazaréen: Et ils s'y attachèrent d'autant plus dans la fuite, qu'ils 
haufoient les autres Chrétiens, & qu'ils en étoient v 



ht Vroenu I L ne faut pourtant pas difiimuler , que l'Auteur du Cornmen- 
Ep. ad taire attribué à St. Ambroise témoigne , „ qu'ils gardoient la 

„ Loy , mais qu'ils ne lailfoient pas de fe dire Chrétiens \ Et 
ToNtEh. St. AUGUSTIN, " ils s'appelloient Chrétiens Nazaréens , qui 
nati'jl »fe Omjlianos NazarMiosvocant. w D'aillours St. Epi P H ANE dit, 
Eripb. „ qu'EBlON vouloit être appelle Chrétien, ^ç/aw»» (èutexcu 
hsrtC. m f^fu TTçca-tfyoçw. Et O R I G E s E parlant des Ehionites , " Ils 

„ fe glorifient d'être Chrétiens , xoiçwoi aveu Kecv^ovrett. Ainfi on 
Or/èflf P cut ^' en ^' re » qu s'appe" 0 * 611 ^ Nazaréens i mais qu'ils ne vou- 
eont. Ct/t. loicnt pas fourlrir que les Gentils les privaifent du nom de dire'. 
/.K.p.272. tiens, dont Us fe croyent dignes. 

Pourquoi /X. L E s Gentils - fidèles ne les appclloient pas ordinairement N*. 
les i'exei . Car en quel fens l'auroient ils pu faire ï Les Juifs qua- 

Uhojent 



Digitized by Google 



SUR LES NAZARE'ENS. i<9 

lifioîcnt de la forte tous ceux qui reconnoiiîbient Jesus-Christ n'appcl- 
pour leMeific. C'étoit félon eux un nom d'Héréfie, & le don- loientpas 
ner dans le même fens à des Scalaires , c'étoit flétrir un nom que ,cs Judaï. 
J E s u s-C H R 1 s T avoit porté , & par lequel il s'étoit fait connoi- 
tre à St. Paul , depuis fou afcenfion dans le Ciel. Qiic fi les Chrc- 
tiens d'entre les Gentils avoient pris ce nom dans un fens hono- 
norable, & comme délignant les vrais Difciples de Jesus-Christ 
le Nazaréen , ils ne pouvoient non plus l'attribuer à des Sectaires. 
Ils les appellcrent donc Ehiomtes, parce qu'ils fàvoient, qu'un cer- 
tain E b i o N avoit été Lhef de la Secïe Judaïque , qui nioit la 
prcexiftence de J E s u S-C H R I s T , & maintenoit la néceflité des 
obfervances légales. Ils diftinguerent feulement deux ordres d'Ebio- 
nites , à caufe de la divcrlité de leurs fcntimcns fur la naiflance 
de notre Seigneur. Mais dans la fuite , & au tems de St. E P I- 
phane, & de St. Jérôme, ces Pères ne firent pas difficulté 
de fc fervir du nom de Nazaréens , quand ils voulurent diftinguer 
les Ebionites orthodoxes Jur la nauîance de Jesus-Christ, 
d'avec les purs, ihiomtes. 

Voila ce que )'ai penfé fur l'Origine de ce nom. Si je me 
fuis trompé fur cet. article , ou fur les autres que j'ai traité par 
occafion , je recevrai avec plaifir & avec reconnoûfance , les int * 
trustions qu'on voudra me donner. Mr. Mosheim & moi 
fommes d'accord prefqu'cn tout, & je me fuis félicité plus d'une 
fois de me rencontrer avec une perfonne , qui a beaucoup d'EP» 
prit & d'érudition. 




Digitized by Google 




\ 



OBSER. 



Digitized by Google 



OBSERVATIONS 

» 

CRITIQUES 

SUR 

L'EXTRAIT, 

que Mr, DU PIN a donné 

DES 

LIVRES DOPTAT. 

Biblioth. Tom, II, p. xoy.tfjûtv. 



x 



• Km 
1 



Digitized by Google 



OBSERVATIONS CRITIQUES 

S V K 

L'EXTRAIT, 

que Mr. Du Pin a donné 

DES 

LIVRES D' OPTA T. 

ipi ipi ion ii »<» iQ Oi <|> '<» i*n >0 O O» 

P T A T , Evèque de Milcve , écrivît contre les Dona- 
tiftes , fous l'Empire de V a le n t i n i I N , vers l'an 
370, ou 37f , dans l'intervalle de ces deux années. 
Il réfuta Parmenien Evèque de Cartbage , du Parti 
des Donatifies. 

Le Schifme des Donatifles avoit éclaté environ 60. ans aupara- 
vant , comme Optât le témoigne. Pendant la perfécution que 
Diocletien fit à l'Eglife > laquelle fut très cruelle en Afrique , 
Mensurius, Evèque de Cartbage , fut accufé d'avoir été Trcu 
diteur, ou d'avoir eu communion avec eux. Do M AT Evèque de 
Cafés noires ( de Cafts nigris ) fut le plus conûdérable de fes adver- 
saires. Comme il ne fut point dépofe de fon Epifcopat , & que les 
Evèques du Parti de Donat ne vouloient point communier avec Val. Dj/1 
lui , il y eut dès lors un Schifme à Cartbage. Les Donatifies y éta« fers, de 
Mirent un Eccléfiaftique , à qui St. Augustin donne le nom %£jf m : 
d'Interventor. C'étoit comme un Coadjuteur, qui gouvernoit TE- 
glifc pendant la vacance du Siège , & qui étoit comme l'Evèque des V itLAu. 
Donatijles de Cartbage. guft. Ep. 

44- «° 8. 

Mensurius étant mort, (1) en Tannée 311, le Schifme B Ub - 

X a éclata** 0 *'*" 

tu. CVflt. 

Petil. col, 

(t) Babonivs, après Baudouin, qu'il a coutume de Cuivre , met i<jn 
la mort de MiNivtivi, & réletfion de Cecilivn à l'an 306. Va- 
lois 




Digitized by Google 



i*4 OBSERVATIONS CRITIQ.UES 

« 1 * 

éclata à Poccafion de l'éleéfaon de Ton Succeflèur. Cfcilien, 
qui avoit été dans la communion de Mensurius, fut élu à 
TEvèché de Carthage , & ordonné par Félix Evèque d'Apttou 
giie. La Fadion des Donatijies fe fouleva contre cette Ele&ion. Un 
Concile de feptante Evèqucs , & même, Ci je ne me trompe de 82. 
Evèques , s'auèmbla à Cartbage , & condanna Cecilien, qui ne 
Vou'ut pas comparoitre devant eux. On lut objedtoit , que Félix 
fon Ordinateur étoit Traditeur , & qu'il avoit lui même , étant Dia- 
cre, empêché qu'on ne portât des vivres aux Martyrs prifonniers. 
Il fut icfolu, que l'on ne communiquerait point avec lui ; & M a- 
jorin fut élû Evèque de Cartbage. Ces deux Evèques eurent 
chacun leurs Partifans. Majorin étant mort , Donat fur- 
nommé le grand , homme d'efprit , éloquent, de moeurs féveres , 
mais allier & fupcibe , lui fuccéda. Ce'ui-ci donna le nom à tout 
le Parti , qui s'accrut tellement en peu de tems, que l'on comptort 
en Afrique jufqu'a 400. Lvèques Don.itijîes. Voila l'origine & îa 
date du Schifme des Donatijies \ q'u montre, qu'en erFet OptaT 
écrivoit environ l'an 370, ou 37?, puifqu'il marque la naidànce 
du Schifme à 60. ans , ou un peu plus , avant qu'il écrivit. AiM 
annos fexagbita c# qnod excurrit ( I ). 

L'Ouvrage d'O p t at (2 ) eft divile en 7. Livres. Mr. 
Du Pin avoit crû que le feptiéme étoit fuppofé. il avoir appuyé 
fon opinion , fur la divilion qu'O p t a T fait lui-même de fa ma- 
tière , fur le témoignage de S. Jérôme, fur la dive* llté du Stile 
du feptiéme Livre, où il ne trouvoit pas P élégance - l'élévation 
dé celui des autres, & enfin fur une contradicu'on entre un palfage 
du I. Livre , & la matière du VIL Mais Mr. Du Pin, travaillant 
fur Optât, a trouvé par le moyen des Manufcrits, la foîution de 
fes deux premières difficultés , & , fi je Pofe dire , la réfutation des 

deux 

» m 

— * / • 

lois les réfute très bien , & montre qu'il faut placer ces événement à l'an j 1 1. 

Dijfert. At Scbifm. Vonat. C. z. 

( 1 ) Mr. D u P 1 1» dit fur ces mots (p. 1*. edii. efur Optati > , que la Fer. 
(ecutinn de Diocutiin. commença au mois de Février de Tannée xo\. 
Il s'eft trompé , puirque l'Edit de Dioclstiim n'eft que du mou de Mars. 
ëuiibi le dit potitivement Lib. VllL C. IL 

(a) Je me fers de l'édition de TAwisifins. 



Digitized by Googl 



S U R O P T A T. 

deux autres. Il a donc reconnu , que prefque tout le feptieme Li- 
vre n'eft que des morceaux détachés de quelques-uns des Livies 

Î>récédens , Se qu'ainti l'Ouvrage n'étoit en effet compofé que de 
ix Livres i & qu'on avoit fait un feptiéme de ces endroits déta- 
chés , qu'on avoit liés enfembîe. Il refte quelque partie de ce mê- 
me Livre, qu'il rejette, parce qu'il ne l'a point trouvée dans fesMa-. 
nuferits ; & il ajoute , que c'eft le ftile de cette partie-là , qui lui avoit 
paru durèrent de celui d'O P T A T. Mais pour la raifon de la con- 
tradiction , il eft obligé de convenir qu'elle eft nulle. La voici i & 
je Pavois bien fentie en lilant cet Auteur. 

Optât dit dans fon I. Livre , que „ quelques Evêqties furent f" tfr 
„ alfez impies ppur livrer les Livres facrés , & pour racheter quel- 
„ ques jours d'une vie incertaine par la perte de la vie éternelle u 
( I ). Cependant , dans le VII. il s'attache à exténuer le crime des 
Traditeitrs avec tant d'exagération , que peu s'en faut qu'il ne Pa- 
néantirfe tout-à-fait. Cette contradiction elt {enfible , mais ce net oit 
pas une raifon pour ôter à Optât ce feptiéme Livre. Les Au- 
teurs les plus fy lthématiques font fujets quequefois à fe contredire: 
Que fera ce de la plus part des Pères , qui aflurément ne le font 
pas ? Pour Optât, le Jurifconfulte Baudouin a obfervé 
( 2 ) , qu'après avoir diftingue entre le Baptême des Hérétiques 8c 
celui des Schifmatiques , rejette le premier & admis le fécond , ou- 
bliant enfuite fa diftindion , il difputc comme St. Augustin, 
contre la réitération du Baptême employant des Argumens, dont 
la conc'.ufion eft univerfelle. Je remarquerai en paiTant , que Bau- 
douin a toit de traiter la diftindtion d'OPTAT de fentiment 
nouveau & inouï : novam ǧ infolcntetn faitentiam. D avoit été au- 
torifS par le Concile d'Arles , 6o. ans auparavant Je doute fi ce 
n'étoit pas même l'opinion de S. Cyprien; & je pourrais bien 
foupçoniur, que , fi St. Augustin s'en eft éloigné, c'eft parce que 
les Domtijhs étoient dans une extrémité oppofée. Auroit-il abandon- 
né £ins cela un fentiment canonifé dans VAfrique '{ 

X 3 Mr. Du 

( i ) Tpfi Aficet £*? Principes omnium , aliqui Epifcnpi Mit tentporibus , ut 
iamno ûtertue vi's , ijfius mort* hteis menas brevijjinut comparurent , inftnu 
met/ta dii vu iegit impie trediderunt. 



( : ) Annot. p. m. i<6. Pojfea tamen Optatus , vehtti oh!: tus fus UHus 
dijtittSiouis , gmcruUtcr tiij'puuu de un no Bapifmo , ut Âugujlinus. 



Digitized by Google 



\66 OBSERVATIONS CRITIQUES 

Lib. I. Mr.Du Pin raporte le précis du récit , que fait Optât, pour 
P- !9- 40» montrer que les Donatifies , qui accufoient les Catholiques d'avoir 
livré les Livres facrés , étoient eux-mème les defcendans des 7V*. 
ditews. Il raconte donc , que la Perfécution ayant celle , douze 
Evèques s'aflemblerent à Orthe ( I ) > & que plufieurs étant coupa- 
bles du crime , dont on vient de parler , SecundUs de Tigijis , 
qui prélîdoit , & qui craignoit pour lui-même , fut d'avis qu'il fal- 
loit remettre à Dieu le jugement de ces Evèques , & qu'il leur dit , 
fedete ânmes. Mr. Du Pin crojt que cela veut dire, que tous 
ces Evèques auraient Séance dans le Concile. A mon avis , Bau- 
douin le prend mieux , -qui croit que ces mots , fedete omnes , 
étoient une efpece d'abfolution tacite. Les aceufés fe tenoient de- 
bout i & en leur difant de s'aûcoir , c'étoit les abfoudre ( 2 ). Je 
raporterai à cette occafion une note de L'A u b e s p i n e , fur ces mots 
Xot. m d'O p T A T , fedendi licentiam. Les Evèques , Prêtres , dit-il , 

lv ' avoient le privilège d'être ajjis dans fEglife , & non pas fe Peuple , 
qui prioit debout , ou à genoux. Cejl pourquoi cLms les Anciens le 
Sacerdoce ejl appelle , Homr confejfus. J'ajoute que les Diacres n'a- 
jipiiaWa- voient pas cet honneur i & l'Auteur des Qilejiions du V. ÊS? du N. 
les.mnot. Tejiatnent raporte, qu'encore que les Diacres de B$nie fujjènt moins 
p— /WWÎ mo ^' w > V u Mitres ( inverecundiores ) , ils w 1 'avoient pourtant pas 
174. k préemption de s\ijfeohr dans tEglife ( 3 ). Au refte les Donatif- 
V. Indi. tes , dans la Conférence de Carthage , s'inferivirent en faux con- 
Cayitulo- tre ce Concile de Orthe , & par conféquent contre le crime de 
^aTcar" Tra ^ tetcr > dont te Catholiques accufoient leurs Prédécelfeurs , & 
tbàçi. die l' a bfoIution qu'ils s'étoient doimée. Entre les raifons , qu'ils allégue- 
}.»°.j88. rent » il y en a une aflez remarquable } c'eft que ce Concile étoit 
daté du jour & des Confuls de cette année-là (4}. Or ils preten- 

doient 

( 1 ) Il s'agiflbit d'établir un Evêque dans cette Ville là. 

( » ) Sicuti reortan tjji dieitur fiart , Jîc fejjto , qu* Judicum ejje fokt , inteU 
Bgatur ttiam ejfe abfolutorum , qui rti ejje dtjxerunt. Anno. in hune 



( O Le Concile de Laodicée Can. 10. défend aux Diacres de s'afleoir de- 
vant les Prêtres, à moins que les Prêtres ne le commandent. 

(4) S. Auguji. in Brevic. Collât. ?. dieic. dit que la date de ce Con- 
cile de Cirtbe étoit le ç de Mars , Tertio Nonat Mtriias , poji Diocletia : IX. 

Maxunianum VI II. Conful. Ce qui tombe à l'année 905. fous les Confu. 
lats de Constant. Chlo&ui & de Galhiui. 



Digitized By Googlj 



SUR OPTAT. 167 K 

doîent que c'étoit contre la coutume Eccléfiaftique Ç# Apoftolique de 
dater ainû les Conciles. Ils deBent les Catholiques d'en produire 
un exemple. S. AUGUSTIN, dans le récit abrégé de cette Con- I» Brevie. 
férence , avoue , que les Catholiques furent furpris d'une telle de- c . oll * t ' '* 
mande , ne pouvant s'attendre qu'on alléguât , pour révoquer un ' f * i ** 
aéte en doute , ce qui fervoit pour en prouver la vérité. Quoiqu'il 
en foit, il y a de l'embarras dans ces dates. St« Augustin dit 
ailleurs , que les acles de ce Concile étoient datés (l ) du VIII. 
Confulat de Diocletien, &du VII. de Maximien, du Ub. III. 
4. de Mars ( IV. Non. Martiat ). Optât les date du 13. de cmt - cv ^ 
May ( III. Id. Maji), & allègue les Aéles du Diacre Nundi- cw,,U7 ' 
Narius, & les anciens Exemplaires de ce Concile. Vttujlas 

E N jetrant les yeux fur la Chronologie de Sethtts Cal vis 1 l s, 
pour (avoir l'année du I X. Confulat de Diocletien, j'ai 
lit ces mots : Félix Evéque en Afrique , fut envoyé à Hpme , oit 
il mourut , pour n'avoir pas voulu livrer les Livres facrés. Il arriva 
environ ce tems-là une Eclypfe de Lune. Voici comment cela eft 
raporté dans les A&cs ( 2 ) du Martyre de Félix, publiés par 
V. Tierry Ruina k r : Et duclus eft Félix ad pajjionù la ci on ( cton 
triant ipfa Lima- in fanguinem converfa eft ) Me 3. Kal. Septemb. Il 
feut remarquer cet endroit , pour connoître l'efprit des compofiteurs 
de ces Actes i & l'on y voit comme ils convertirent en miracles les 
évenemens les plus naturels. Qu'on juge par là de la fidélité de 
leurs relations. 

Mr. Du Pin raporte, après Optât, que Mbnsurius 
ayant donné retraite dans fa maifbn à un Diacre nommé Félix, 
qui avoit compote une Libelle contre Maxence, les Magiftrats 
de Cartkage ordonnèrent à Mensurius de leur remettre ce Dia- 
cre. M E N s u r 1 u s nia qu'il fut chez lui ; & fur les plaintes que 
les Magiftrats portèrent à la Cour contre cet Evèque , il eut ordre 

d'aller 

( t ) Ce ft Pan ;o). On verra for la date de ce Concile la note de Y a u 0 1 ■ 
<ur Euftb. Lib. VttL C. //. 

( * ) jip. Du P 1 s Momtm. vtter. ad Tkmat. Hifl. pertin. f, iço. D'autres 

Aftes publics par M. Baluzi, raporte ne ce Martyre au 18. des Cal de 
Février. 

X 



Digitized by Google 



i<?8 OBSERVATIONS CRITIQUES 

f. m. d'aller à %p»u. Il y avoit dans P Eglife , dit Mr. Du PlN, quan- 
tité eConiemens d'or & d * argent , qu'il n'ofoit enfouir dans la tare, ni 
porter avec lui. Il les confia aux plus anciens de [on Eglife , les cro- 
yant fidèles. Je ne veux pas relever ces mots , il y avoit dans YE- 
glife , qui n'expriment pas ce que dit Optât, Iront Ecclefut , 
c'cft-à-dire , que ces ornement appar tenaient à f Eglife : Mais je ne 
faurois pafier à Mr. Du Pin l'affectation , avec laquelle il rend le 
mot feniores par les plus anciens , ou les vieillards ( I ). Le mot 

In not. feniores ne marque point l'âge , mais une charge dans l'Eglife. L'A U- 

f. i»}. b E s P I N E le reconnoit. Outre les Eccléfiaftiques & les Clercs , il y 
avoit des Anciens du Peuple, perfonnages d!une vie approuvée , qui 
avoient foin, des a f aires de F Eglife i £s* c'efi de ces perfonnages Jà qu'il 

In AU. f tJU f entendre cet endroit d'O p T A T. H en allègue une preuve , ti- 

fU i gatC *6 r ^ e ^ ^ es ^ e ^ J u ^ ncat ' on de Cecilien &de Félix: 
a ** ' Purpurius dit à S 1 L v A I n , Evèque de Cirthe : Adhibete Coru 
clericos & feniores plebis Eccleftafiicos viros. D veut que ces Anciens, 
qu'il appelle Eccleftafiicos viros, terminent l'affaire, qui étoit entre 
lui , À N u N d 1 N a R 1 u s un de fes Diacres f 2 j. Il y a une 
autre lettre aux Clercs ç<? aux Anciens de t Eglife de Cirthe (Clericù 
£5? femoribus Cirtbenjîum ) , dans laquelle on les prie de juger de 
cette affaire fcns partialité , & de l'accommoder , s'il cft poffible : Ec 
ces Anciens étoient d'une fi grande confidération , qu'ils font com- 
parés à ceux qui affiftoient Moyfè dans le Gouvernement du Peu- 
ple d'IfraeL Apparemment ces Anciens étoient femblables aux Dia- 
Voyez les cres des Maronites du Mont Liban. Ce font des Laïques d'une gran- 
Rcni "" de confidération dans la nation : Ils affilient aux Synodes , ils y 
WrSi- °P ment > & us reçoivent & administrent les Biens Eccléfiaftiques. 
mon far L'Auteur des Remarques fur le Voyage du Mont Liban obferve , 
lcCh.XVI. qu'autrefois les Diacres ont eu l'adminiftration du Temporel des 
du voyage EgUfes , & que cela les rendoit fort confidérables. Il y avoit ap- 
î;/, M ° n d P aremraent des Laïques du même Ordre & du même caractère dans 
Jefulte " ^ cs Eglifes d'Afrique. On les appelloit Minifires , qui eft le même 
Jérôme nom que celui de Diacres , qui raifoient des fonctions Eccléfiaftiques. 
D a n dini. Optât partageant les divers Ordres de perfonnages dont l'Eglife 
f- ett 

(1) Ck ci lien quifuccida à Mihi v mut, fit venir Us vieillards. . . 
Confirmé par favarice des vieillards. 

(s) Ce Diacre, qui fe plaignoit de ion Evèque , l'accufoit d'avoir été 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. 169 

eft compofee, dit quelle a fes membres, qui font les Evéques, les 
Prêtres , les Diacres , les Mtnifires , & la troupe des Fidèles ( i ). 

Mr. Du Pin fait dire à Optât ces mots : Toute PEglife t> 
itoit pleine de peuple , la Chaire Epifcopale étoit remplie, F Autel étoit eo1 ' % ' 
en fa place , cet Autel fur lequel tant d'Evéques pacifiques avoient of- 
fert &c. Il y a dans Optât: Confcrta erat Ecclefta, populis pie- 
na-y erat cathedra Epifcopalis ,• erat altare loco ftto. Mr. Du PlN n'a 
point pris la penfée d'O P T A T : La voici. Il veut prouver que 
ce ne it pas CECILIEN, qui se (t féparé , qui eft le le h i i mati- 
que i mais M A J 0 R l N , & ceux qui l'ont ordonné : Et voici la 
preuve. Tout le peuple , dit-il , étoit avec Celui en dans PEgli- 
fe Epifcopale : Ceji dans cette Eglife qu'ejl ta Chaire des Evéques : Cefi 
là qu'ejl P Autel , dam la place ou il doit être , au - deffus des Reliques 
des Martyrs i ce même Autel, fur lequel ont offert avant C E c i L i E N , 
les Evéques légitimes , £ff pacifiques , CïPRlEN, LucienÇ^ <P au- 
tres. C'eft donc Cecilien, qui eft l'Evêque légitime , le Suo 
ceifeur de S. Cyprien. Voila le raifonnement d'OPTAT. B 
n'eft pas fort fblide : car le plus fort des concurrens fera toujours 
le maître de l'Eglife Epifcopale, de la Chaire & de l'Autel. Mais 
enfin , c'eft ainfi qu'O p t A T raifonne î & il s'eft plû même dans 
ce raifonnement : Car quand il a voulu montrer que les Evéques 
Donatijies , qui étoient à Hpwe , n'étoient pas Evéques de Rome \ 
il a allégué, qu'ils n'étoient point aflis dans la Chaire de S. Pier-P'**' 
re , qu'ils n'ottroient point fur l'Autel, fous lequel font les Reli- 
ques de S. Pierre ; & que de quarante Bafiliques , qu'il y avoit alors 
à R$me , ils n'en avoient pas même une feule. L'A u b E s p I N I inmu 
a bien vû cela i & il a remarqué auffi , que PEglife , la Chaire Ç$ f. ia* 
P Autel étoient les marques de P ordination légitime. 

Il me femble qu'il feroit tout-à-fait digne d'un habile homme, 

Y comme 

(i) Cette numbrafua babtt Secte/ta, Efifcot, Presbytères , Diaconos , MU 
Vtjlros , turban fideiium p. *j. 

In act. Purgat. Caccil. & Felic. Qmntt vos Efifcopi. Senior et ftitis , de 

quadringottit jbitibus Lncillm çlarijjînut fitmitt* , pro qtto vobit coujuraJHs ut fie* 
ret Majarima Epifcopus. 

On peut voir fur ces Anciens les Notes de Cbrijlopbk J u s t e l fur le Gode 
des Canons de l'Eglife d'Afrique ad Cm. ioo. f. 43 8- Tom. L Bibùotb. Jttr. 
Can. Veter. 



t 

170 OBSERVATIONS CRITIQ.UES 

« 

comme Mr. Du Pin, donnant l'extrait d'un Auteur EceléfiafH- 
que , de s'attacher plus à raporter fes raifonnemens que fes propres 
paroles, afin que le Lecteur en pût juger. Il me femble même, 
qu'il ne fàudroit pas laifler paner fans une critique modefte , des 
preuves qui ne font preuves que par le bénéfice des conjonctures. Car 
fi LuciLLE cette Dame Espagnole , qui gagna par de l'argent le 
Concile de Cartbage , avoit fait un parti allez puisant pour fe met- 
tre en poifelfion de l'Egiife Epifcopale , de la Chaire & de l'Autel i 
c'étoit Majorin, qui étoit le fucceifeur légitime de S. C Y- 
p r 1 E n , & Cëcilien eût été l'Intrus & le Schifmatique. 

Lib. I. Corrigeons ici en panant M o R e r i. O p t a t raconte que 
p. 40. les Donatijies de /(o ne ne pouv.uit avoir auoune des Rafiliques des 
Chrétiens, avoieut tté ob'igés de prendre une caverne hors de la 
Ville , pour y faire leurs Conventicules , & que c'eft de là qu'ils 
furent appelles à Hp»te , Montenfes. Baudouin, dans fes Anno- 
tations , relevé Erasme, qui a pris ces Montenfes pour des Montu- 
nijles ; & St. Epiphane, qui les a pris pour les 24ovatiem , 
qui furent, dit-il, appelle a Rome it,o\Ti\<r'i oi- Pour Moreri, 
qui eft tout plein de faulfetés dans l'article de Donat & des 
Donatijles , il dit que ces derniers fe divifrent en plulieurs. Sc<3es , 
comme de Circumceihons , de Montugn.tr As &c. Les Circum.elliom 
étoient , comme on fait , des Donatijies fcmb'ab'es aux Juifs de Jé- 
rtifulcm , qu'on appella les Zclés , & non une Secte paticuliere : Les 
Montagnards étoient les Donatijles de B^ome. Il elt vrai que la Sedte 
fe divifa bientôt en deux branches, par une avanturr toute pareil- 
le à celle qui l'avoit féparée de l'Egiife. M a X i m i e n Diacre de 
Carthage , fe fit élire Evèque , & difputa l'Fpifcopat à P r i m i e n, 
Succeueur de Parmenien, contre lequel écrit Optât. De 
là la Secte des MaximianijUs : il n'y en eut point d'autres. 

Mr. Du Pin, reportant la fubftancc du II. Livre d'OPTAT, 
dit en parlant de cet Evèque : // prouve , que -hs marques de la 
véritable Eglife ne conviennent fat aux Donat: Ites : La première de 
ces marques eft la Chaire, c'eft-à-dire , la Succejjhn des Evcques. Il 
y a dans Optât: Viâendum ubi Jtnt qiùnque dotes EccleftA, .... 
inter qttas Cathedra ejl prima , ubi , nifi federit Epifcopm , conjungi 
mitera dos non poterit , qw eft Amtulut. Mr. Du Pis appelle Tes 
marques de l'Egiife , ce qu'O P T A T appelle Dotes. Ce font pro- 
pre- 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. 



171 



prement les grâces dont J. Christ, a orne fon Eglife , & com- 
me la Dot, qu'il lui a donnée en l'époufant. Voici un paflage Lib. h 
qui le prouve. Interea dixijli ( nempe Parmeniane ) apud Hdtre- t- 17- 
ticos dotes EcclefiA ejfe non pojfe ; feimus enim Hœreticortmi Ecclefias 
fingulorum prqjiittitas , millis legalibm facramentis , & fine jure ho- 
nefti matrhnonii ejfe. Au refte le Stile Eccléfiaftique a changé & ce 
ne font plus les grâces de J. C h r i s t qui font la Dot de F Eglife } 
ce font les riches Domaines, qu'elle poflède. 

I l faut nous arrêter un peu à cette Chaire , qui eft la première 
partie de la Dot de F Eglife , & qui ne fe trouve point chez les 
Hérétiques, ni chez les Schifmatiques. Mr. Du Pin l'explique 
de la Succejjion des Evêques ; l'ÀUBESPINE, de la Puijfance des In no/, f . 
Clefs , de la Mijjîou. Je ne les blâme pas: Us voudroient donner M** I U» 
aux paroles d'O P T a T un fens raifonnable , & quelque apparence 
de folidité à fes preuves: Mais aflurément ils lui prêtent du leur; 
& il eft effentiel dans un extrait fidèle , de donner les penfées d'un 
Auteur & non pas les fiennes. Cette Chaire eft véritablement la 
Chaire matérielle de St. Pierre , que l'on prétendok avoir à Rfime 
dans la Ballliquc de St. Pierre: U faut le prouver. 

„ Vous ne pouvez nier , dit Optât à Parmenien, Lib. IL 
„ que vous ne fâchiez , que la Chaire Epifcopale a été placée dans p. 48. 
„ la Ville de Hptne , dans laquelle St. Pierre a étéalîis le premier, 
„ lui qui eft: le Chef des Apôtres : c'eft pourquoi il a été appelle 
Cephas. In qua federit onmium Âpajiolorum caput Petrus , nnde $9 Ce- 
phas uppeUatus ejf. Il y a là une plaifante ignorance d'O P T A T. 
Il a crû que Ctphas étoit le mot grec **<P<»A>j , & il en a conclu 
que S. Piètre cioit le Chef des Apôtres. Il continue : " Cette Chai- 
„ re dans laouellc S. Piètre a été allis , eft unique , afin de confer- 
„ ver l'Unité dans l'Eglile, de peur que les autres Apôtres ne 
„ prétendirent avoir chacun des Chaires particulières. Ne c&teri 
Apofioli fmgulas quifque defenderent. Il eft clair qu'on ne peut en- 
tendre par ces Chaires la fuccelfion des Evêques , puifque les autres 
Apôtres, ont laiifé des fucceffeurs auffi bien que S. Pierre. La fuite 
réfute encore cette' gloze de Mr. Du Pin. Optât dit de M a- 
CKOBE, qui étoit alors Evèque des Donatijies à Home, que (1 
on lui demandoit , dans quelle Ctyaire il eft aiîls , il ne pourroit 
pas répondre que c'eft dans la Chaire de S. Pierre , laquelle , pour- 

Y % fuit- 



I7a OBSERVATIONS C R I T I Q.U E S 



fuit-il , il ri a peut-être jamais vue. Pouvoit-il avoir vû la Succeflîotl 
des Evêques de Rome ? H ajoute que Macrobe n'a pas même 
approché de la Mémoire de S. Pierre parce qu'il ejl fchifmatique , en 
quoi il eft contraire à P Apôtre, qui ordonne de communiquer ouk 
mémoires des Saints. Il y a encore ici une plaifante erreur , mais 
commune à plufieurs Pères de ce tems - là. Il y avoit dans leurs 
Verfions du Ch. XII. v. 13. de l'Ep. aux Rom. Memoriis fanSo- 
rum communicantes j au lieu de ces mots , qui font aujourd'hui 
dans tous les Exemplaires grecs , r£tç x tttet *i ttymr koivo*- 
tSvreç. H faut que leur Interprète eût lu fMtttuc i & ils enten- 
doient par les Mémoires des Saints leurs Reliques ( 1 ). Il eft remar- 
quable qu'une faute d'un Copifte , & un Interprète mauvais Criti- 
que ait donné occafion à la fuperftition , en introduifant dans 
l'Epitre aux Romains ce précepte , qu'il faut avoir Comunion avec 
les Saints , par le moyen de leurs Reliques. 

Il ne faut point le nierj Toute la fuite du difcours d'O pt AT 
montre, que la Chaire de S. Pierre , qiu eft un des privilèges de 
PEglife , & le premier de fes privilèges , eft une Chaire matérielle , 
qui étoit dans la Bafilique de S. Pierre , où avoient été aflîs , & l'é- 
toient encore les Evèques fes fuccefleurs. Optât prétend qu'il falloir 
avoir Communion avec cette Chaire , & avec ceux qui y étoient 
aflïs j & que les Domtifies ne l'ayant pas , ils étoient évidemment 
fchifmatiques. Cela s'accorde avec fa Théologie. Il a raifonné de 
même , quand il a voulu montrer que Cecilien étoit l'Evèque 
légitime de Carthage, & que Major in étoit intrus & fchifma- 
tique. H fuit la même méthode pour convaincre Macrobe de 
Hpme 9 d'être dans le fchifme. Il n'cft point ailîs dans l'Eglife Epifl 
copale de Rpme , qui eft la Bafilique de S. Pierre } dans la Chaise 
de S. Pierre ; il n'offre point fur l'Autel , où font les Mcntoires de 
S. Pierre & de S. Paul \ il n'a point de Communion avec 
elles (2). 

( 1 ) Ces Mémoires de* Martyrs au refte , ne font pas proprement leurs Re- 
liques , mais les Monumcn9 dreflesaulieu où étoient leurs Reliques \ & l'A u- 
a ë s p 1 m t. abufe de ce mot , félon la Remarque deCAS auiom : mais je 
ne fai fi cette Remarque eft bien fondée ; & il femble qu'O ïtat prend les 
Mémoires pour les Reliques. 

( a ) Denique Ji Macrobio dicatttr , ubi illic fedeat , nsmtquid poterit die ère , 
in Cathedra Pétri ? Quam nefeh Jt vel oculh novit , ad affût memoriam 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. i 7 j 

h cft vrai qu'il paroît bien abfurde de faire de cette prétendue 
Chaire de S. Pierre , qui étoit à }\gme , une des grâces , & même 
la première des grâces, que J. Christ a faites à l'Eglife, à l'ex- 
clufion des Hérétiques & des Schifmatiques. Mais que voulez-vous 
qu'on y falfe ? Opt AT l'a dit , & apparemment il l'a crû , & 
l'on croyoit avant lui qu'effectivement S. Pierre avoit eu une Cto/ri- 
re à Petite , dans laquelle il avoit prêché , & dans laquelle il avoit 
inftallé Clément, fon Succeflèur immédiat \ s'il en faut croire 
la fauffe Clémentine, adrelïce à S. Jaqttes. Quoique cette pièce (bit 
fuppofée , l'a première partie en eft ancienne , puifque Rupin l'a 
traduite , & le favant Blondel l'attribue à l'Auteur des Conf- Blond. In 
titutions Apoftoliques , qu'il fuppofe avoir écrit vers l'an 200. Cet pfeudo-Ifi. 
Impofteur tait parler Clément en ces termes : ( O „ S. Pierre fe***' 
„ m'ayant parlé de la forte, m'impofa les mains en préfence de " td *t' l<i > 
„ tout le monde , & tout couvert que j'étois de confn( Ion , il me 
„ porta lui-même dans fa Chaire, & après m'y avoir fait a£ 

„ feoir , il me tint ce difcours S. Jaques recevra beaucoup 

„ de consolation en apprenant que celui , qui eji ajjts dans ma Ûiaire 
„ après moi, n'eft pas un ignorant " (2). Au refte s'il falloit ex- 
pliquer figurément la Chaire , dont parle Optât, il faudrait le 
foire de la Doctrine de la Prédication de l'Evangile ; parce qu'en 
effet c'eft de la Qiaire , que les Evêques l'annonçaient. Ainfi dans 

cette Epitre fuppofée, Ad docendi Cathedram Clementem hune lb.p.%.^9. 

Epifcopum vobis ordmo , eux foli me* pradicationis & do&rinx Ca* 
thedram trado : Et encore , H<ec Cathedra eton , qui cttpit eam , £5? 
audaBer expetit , non requhit eton. Voila un bon mot pour les 
Succeffeurs de S. Pierre. 

I L eft raifonnable d'épargner Optât, dont le caractère parait 
aimable dans fon Livre ; mais il nous fera permis de ne pas épar- 
gner des raifonnemens , dont les fiécles fuivans ont eu la hardief- 

Y 3 fe 

• 

mn accedit quajî Scbifmaticus. Ecce ptdfentet fient ibi tntmarU Apojhh. 

rum. Dicile Jî ad bas inpredi pntuit , ita ut obtulerit UHc , nbi fanÛorum 
numorias ejie confiât. Opt. Lib. II. 

( 1 ) In Cathedra fua ingtnti verecundia fatigatum ftdtre me compuHt , euftu 
que fcdijfem , b*c ad me rurfum locutus eji. 

( 2 ) Qttod poft me mn imperitus vir aliqtàs fufcepU Cathedram 



V 



Digitized by Google 



174 OBSERVATIONS CRITI Q_U E S 

fe d'abufer : H fuppofe donc, que „ la Chaire dans laquelle S. 

Pierre a été allls , cil unique , afin de confcrver l'unité dans 

l'Eglife, de peur que les autres Apôtres ne prétendaient avoir 

chacun des Chaires particulières ". Je m'étonne , qu'il n!cut pas 

lû , ou plutôt , qu'il ne fe fouvint pas d'avoir lû ce qu'a voit dit 

Tertullien, Afriquain comme lui , que tous les Apôtres 

Ttrtul de avoient eu leurs àia'ires , & qu'on les gardoit encore dans les E- 

Vrtfcrïp. gljfes , où ils avoient prêché. Percurre Ecclefias Apojlolicas , apuâ 

H*reti. C. jpj- a a jl ni£ ÇatbeJr* Apojhlorum fuis locis prafident. C'eft dans 

5 ' le même endroit où Tertullien dit , que l'on avoit encore 

dans les Eglifes , à qui S. Paul avoit écrit , les originaux de fes 

Epitrcs , & j'en fuis fâché car ces Chaires des Apôtres gardées 

dans les Eglifes , me parouTcut fort fufpectes. Cependant E u s ebe 

Hift. Eccl. dit , que l'on confervoit encore à Jérufalem la Chaire de S. Jaques : 

Lib.VU. rot titrer i vvv exurt 7re<pu\ecyfji,tvov Atcoç-oïukov. > . . Qçovov> Il 

f -? 2 - ?• dit encore la même chofe ailleurs, où il ajoute, que S. Jaques fut 

28 '* -, ordonné Evèque de Jérufalem par le Sauveur F# par les Apôtres. 

voyez auJJi _ r , r r ,r * r 

f # t « Valois, dans la note lur ce paliage en rapporte un autre 

Epipb. ht de S. E P l P H A N E , ou cet Evèque parle ainfi de S. Jaques : Il 

H*ref. ejî le premier, qui a reçu la Chaire de PEpifcopat, le premier à 
Antidi. 




y a une autre Chaire que 
celle de S. Pierre, favoir celle de S. Jaques; mais outre cela la 
Chaire de S. Jaques elt la propre Cliahc de J. Christ, tcv 
etiiTH Qoovov y dans laquelle le Seigneuf avoit été aiîïs , qu'il a lui- 
même confiée à S. Jaques, & à lui le premier de tous les Apô- 
tres. Aulfi eft-il à noter, que l'Infcription de l'Epitre, attribuée à 
S. Clément, ciï conçue en ces termes : Jacobo Fratri Domini , & 
Epifcopo Epifcoporton , regenti Hebr&orum fanSlam Ecdcftam Hierofo- 
ApB'ond. b mis i & omnes Ecclefias , qiu ubique Dei providentia fnndata fimU 
in Pfeudo- Ces titres conviennent fort bien à l'Héritier immédiat de la Chaire 
Ifi.p. î9. de J. Christ. On peut voir les Remarques de Blondel 
fur ce titre (i). 

Mais 

( i ) Quoique l'Anti quîte paroitte partagée fur la queftion , fi S. Jaques I. 
Evèque de Jérufalem eft Jaques Frerc du Seigneur , ou un autre Jaques du 
nombre des 70. Difciples ; celui dont parle S. K p 1 p n a s f crt pourtant le 
premier. Voyez , fur cette Queftion. Val. ai Eufeb. Lib. I. C. XII. Et 
Blondel Obftr. ad Epiji. Clessuutu. 



Digitized by Google 



S U R O P T A T. I7Ï 

Mais outre cette Chaire de S. Jaques gardée fi precieufement 
à Jérufalem jufqu'au tems d'E U s E B E , on prétend qu'il y avoit Ap. Val. 
aulH à Alexandrie , la Chaire où S. Marc étoit affis , quand il in imùsad. 
écrivoit Ton Evangile. Les Ades de la Palfion de S. Marc difent, ' 
qu'elle étoit faite d'un ancien y voire bien travaillé & bien poli, & ub.VlL 
qu'aucun de fes Succcifeurs n'avoit jamais oie s'y aifeoir , parce r< Ja< 
qu'ils la rcfpedoieiit trop pour cela. Les Evèques de Hpme n'ont 
pas eu le même refpcd pour celle de S. Pierre. 

J E m'étonne qu'un auflî favant homme que Mr~ Valois, 
raporte cela fans un mot de critique. Je ne fai pas la date de ces 
Aâes ; mais j'ai un argument négatif, que du tems de S. A T H A- 
N ase, cette Chaire n'étoit point à Alexandrie. S. Athanase Epifl. ad 
faifant l'Hilioire d'un grand defordre , qui fe commit à Alexandrie , ^ 0<r,/ - 
dans L'Eglife Epifcopale , raconte que l'on prit les bancs , la chai- T^J* 
re de l'Evèquc , la table de l'Euchariltie , & qu'on les brûla de- 
vant l'Eglife. Il ajoute , qu'un jeune homme infolent , que les 
circonftances font croire avoir été Paye» , car les Payens fe joi- 
gnirent aux Arriens dans ce defordre , brifant ou trainant la Chaire 
Epifcopale-j un éclat de bois lui entra dans le ventre, & le tua. 
Sur quoi il fait cette reflexion : eém /f Mx* rqv wwnlm txtuv 
steyre, kou o-runov rt /Atyet xxtt e£cttatrev et^yaa-ajo. I Inter- 
prète a traduit : Cxferum divinum j'upplnium eorum [cèlera declaravit. 
Je ne fai pourquoi il n'a pas rendu les paroles de S. Athanase: 
Elles figninent à la lettre, Divma autem vindiïla eorum fcelus re- 
dargiùt, çf? mhaculum magnum atqtte infigne operata ejl. Voila fans 
mentir , des exprelfions bien outrées î & il me femble que cette 
envie, de transformer en miracles des événemens très naturels , 
ôte bien de la croyance à PHiftoire que S. Athanase ajoute : 
qu'un jeune Paifan étant entré dans l'Eglife avec des branches d'ar- 
bres , qu'il agitoit , il fut tout d'un coup frapé d'aveuglement. 
Ce que je veux conelurre de ce récit, c'eft que, fi la Chaire de 
S. Marc avoit été dans l'Eglife Epifcopale à' Alexandrie , aflurément 
elle n'auroit pas été épargnée par cette troupe de Payens , qui em- 
portèrent & briferent tout Or c'eut été un beau champ à S. A- 
thanase, pour déclamer contre les Arriens, auteurs d'une fi fa- 
crilege violence. 

Revenons à Mr. Du Pin. Optât, dit-il, w Mendias 

6 



Digitized by Google 



\fé OBSERVATIONS CRITIQ.UES 



fi fort fur les tiares marques de tEglife , qui font fort obfcures. La 
féconde c'eft X Anne tu. I'Aubespine n'a fû ce que vouloit dire 
cet Anneau. Il cite un partage de TERTULLIEN de pidicitia , 
un autre des Gjnftitutions Apoftoliques Lib. II. C. 41. Et ce qu'il 
y a de plaifant , c'eft qu'en citant ces Auteurs , il ne cite que le 
v. 22. du ch. XV. de S. Luc, où il eft dit, que le Pere de l'En- 
Ap. Optai, font prodigue lui mit un anneau au doigt. CasâUBON, qui a 
Du'pùt v " ' re ^ ute l'A u P E s P I NE avec un grand mépris , & il le 
f _ ' mérite. Mr. Du Pin paroit fort incertain fur ce que lignifie cet 
JN.'l.p. xo. Anneau. Fer fontem , dit-il , OPTATUS Intelligere videtur fidem ; 
Lib. de per anntdim , fymbolum aut Baptifma , quod, ut ait TERTULLIA- 
Voenit. nus, obfignatio eji fidei. 11 valoit mieux dire , que le Baptême 
étoit la Fo)itaine , & que Y Anneau étoit la foi. Cela eft plus vrai- 
femblable, & elfeétivemcnt cela eft vrai. Y Anneau, c'eft la Tri- 
nité, ou h foi de la Trinité, qu'OPTAT appelle ainfi , parce que 
fans cette foi , la fontaine du Baptême ne peut être ouverte ; c'eft- 
à-dire, pour fortir des figures embarraflées d'OPTAT, que le 
Baptême des Hérétiques , qui nient la Trinité , ne vaut rien. C'eft 
fon fentiment : Je le fuppole > & j'aurai lieu d'en parler dans la 
fuite. Il faut cependant montrer, que YAwieau n'eft autre choie 
que la foi de la Trinité. 

Optât dit à Parmenien : „ Vous avez raifon d'ôter l'An- 
„ neau aux Hérétiques , à qui il n'eft pas permis d'ouvrir la Fon- 
„ taine. Mais pour vous , qui êtes fchifmatique , quoique vous ne 
„ foyez pas dans l'Eglife Catholique , on ne peut vous refufer , 
„ ni la Fontaine ni l'Anneau, parce que vous avez confervé les 
„ véritables Sacremens , qui nous font communs , & que vous avez 
„ pris de nous " ( 1 ). L' Anneau eft donc deftiné à ouvrir la Fontai- 
ne , c'eft-à-dire à rendre le Baptême légitime. Or qu'ell-ce qui rend 
le Baptême des Hérétiques nul & fans vertu '< C'eft qu'ils n'ont 
pas la foi de la Trinité : Et ce qui fait que le Baptême des Schif. 
matiques eft bon & légitime , c'eft qu'ils ont confervé cette foi. Je 
conclus donc que l'anneau n'eft autre chofe, que la foi de la Tri- 
nité. Voici un paflàge, qui mettra cela dans tout fon jour. Nam 
& fontem, c'eft-à-dire le Baptême, confiât tmam ejfe de dotibut , 

wide 

( 1 ) Bette fubdixijii Anttulutn iit , quitus aperire non licet ad fontem >• Fo- 
frit vtro Scbifmatkis , qnnmvis in C«tbo!ica non Jhit , bac negari mn poffwtt , 
quia nobifeum vera & communia facr ameuta traxijiis. L.1. p. 39. 



Digitized by Google 



5 U R OPTAT. 177 

taule Hœretici non poffunt , vel ipfi bibere , vel altos potare , quia fi~ 
gilhan integrum , ( Remarquez ces mots , voila Y Anneau ) id eji Jyrn- 
bohtin caihohcum non habentes, ad fotttem verwn aperire non poffunt. 
C'cft une cxprelîion d'OPTAT que de dire, aperire ad fontem , 
pour aperire fontem. Cela eft donc éclairci. Le Sceau & Y Anneau 
font la même chofe i & le Sceau entier c'cft le fytnbole Catholique , 
c'clt la foi delà Trinité, que les Hérétiques n'ont pas: ce qui 
les empêche de pouvoir ouvrir la Fontaine du Baptême. 

I L ne faut pas s'arrêter à une légère difficulté : C'eft que Pu. 
fagc des anneaux étoit de fcceler , ou de fermer , & non pas d'où- > 
vrir i furquoi on peut confulter le favant Traité de Kirchman 
de Annula. Mais outre que cette difficulté tomberoit fur O p- 
tat, c'eft qu'il n'étoit permis d'ouvrir, qu'à celui qui avoit 
l'Anneau. 

Une troificme grâce de l'Eglife eft ce qu'O ptat appelle IJb. II. C- 
YAnge. Cathedra eji prima dos Ecclefiac, que ditcit ad fe Angelum. VI.Edit. 
Mr. Du Pin croit, que Y Ange lignifie YEvêque. L'A u P E s P I N E f^fj"' 
l'explique du S. Efprit. L'un & l'autre fe trompent , parce qu'ils r^ t ^" 
veulent accommoder la Théologie Africaine , & la rendre raifon- 
nable. L'Ange d'O PTAT eft un Ange véritable , qu'il croyoit 
venir dans la Pifcine du Baptême , & en préparer l'eau , pour la 
rendre capable cle purifier le Cathéchumene. Unde vobù Angelum , 
dit O PT AT, qtà apttd vos poffit fontem movere. C'étoit le fenti- 
ment de TERTULLfEN , qui dit, dans fon livre du Baptême, 

r: ce qui fe faifoit dans la Pifcine de Bethzaïde , par le miniftere 
l'Ange , & pour la guérifon des maladies corporelles , figurait ce 
qui fe devoit faire dans le Baptême , pour la guerifon des maladies 
de l'ame. Angelum aquis httervenire , fi novum videtttr , exemplum Tertul de 
futuri pr&cucurrit ££c. Mr. D u P 1 N dans fa note fur ces mots d'O p- Ba P f - a * 8 - 
T A T , Lib. II. C. X. Qtut apud alla conjicitur Angelorum , où il s'agit de ffj~\ v* 
l'opération des Anges dans le Baptême , obferve que Tertullien 
a crû, qu'un Ange intervient dans l'eau du Baptême: Aquis lujha- 
iibus Angelum interveniri. Cette note eft aifurcment contraire à la 
précédente. 

Dans l'extrait du troifîeme Livre , Mr. Du Pin fait dire à Ub. III. 
OPTAT , que s'il y avoit eu quelques violences coinmifes par Por- 

Z dre 



Digitized by Google 



178 OBSERVATIONS C R I T I Q_U E S 

dre de M A C A R I U s , les Donatiltcs en avoient été caufe. Mr. D U 
Pin me pardonnera , fi je dis que cela n'cft ni aâez exact , ni 
aflez fidèle. Optât avoue franchement , que Paul & Al a- 
Caire avoient commis , ou fait commettre beaucoup de violen- 
ces. Ab operariis unitatis milita qiùdem afpere gefia fwit. L'Auteur 
de l'Extrait arFc&e trop d'exténuer le récit d'OpTAT touchant les 
perfecutions laites aux Donatijies. Car au lieu que cet Evèque ra- 
conte , que tous les Evèqites Donatiftes s'enfuirent avec leur Clergé , 
qu'il y en eut qui moururent, & que les courageux furent pris ǣ 
relégués datis des lieux éloignés j Mr. Du Pin lui fait dire, que 
les Donatijies s'en étaient fuis d'eux-name , qu'il n'y avoit que ceux, 
qui avoient été les plus objinis , qui avaient été relégués. Il fupprv 
me ces mots, aliqui fiait mortui. L'honnête homme a honte de 
la perlccution , & je fuis perfuadé que Mr. Do Pin ne diiîimu- 
le un peu celle-ci , que parce qu'il la hait : Mais apurement cette 
CttUat. perfécution fut grande , & ce qu'O put en avoue , me fait croire 
Canb i. ce que les Donatijies en difent dans la Conférence de Cscrthage. 
Diei. m". Ecoutons les. 

„ Ne parlons point, difcnt-ils à M ARC ELL IN , qu'H O N O R I U S 
„ avoit établi Juge de leurs controverfes avec les Catholiques > 
„ Ne parlons point de tout le ffng Chrétien répandu par Leon- 
„ ce,Ursace, Macaire, Paul, Taurin, R o- 
„ main, & par les autres Exécuteurs , que nos adverfaires ont 
„ obtenu des Princes : Ne parlons point de tant de vénérables Prè- 
„ très aflalïînés , d'autres envoyés en exil ; du peuple Chrétien 
„ tourmenté de toutes parts , des Vierges violées , des riches pro- 
„ ferits , des pauvres dépouillés, des Bafiliques enlevées, des Pré- 
„ très contraints d'errer fugitifs : Laillbns tout ce qui s'ell fait 
„ autrefois , & ne parlons* que de ce qui s'elt palTé de notre temps, 

& dont tout le monde cil témoin. Ils ont proferit les Evèques , 
„ poulie dans des précipices les Chrétiens cherchant leur falut danç 
„ la fuite > ils ont opprimé les peuples , pillé les Clercs ; ils fe font 
„ emparés par force des Bafiliques , & ont couvert de playes ceux 
„ qui s'y font oppofési ils ont été caufe que le fang d'un grand 
„ nombic de Chrétiens a été répandu dans la feule Ville de Ex- 
„ gaïa". Une plainte fi grave * donnée par écrit au Juge com- 
mis par l'Empereur , & en préfence des Parties , eft une préemption 
bien forte qu'elle eft véritable ; & ce que dit Optât, ne per- 
met 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. 179 

met gueres d'en douter, au moins à l'égard de ce qui s'étoît paf. 
du tems de Léonce, dePAUL&de Macaire. 

Il eft vrai qu'il defavoue ces perfecutions ; Nibil *3um eft an» 
voto nojiro , nibil cum confilio , nihil cum confcientia , nibil cum opère : 
Mais les Donatiftes n'en conviennent pas i & franchement je ne fai 
qu'en croire. On nous a donné un Sermon fur la Pajpon deDo- 
K at & d'K d v o c A T Martyrs Donatiftes ( i ). L'Auteur de ce 

Sermon parle ainfi : Hçs apud Cartbagmem gefta eft , Qtciliatio 

biftante , ajfentiente Leontio comité , duce Vrfatio , Àfarcellino tnnc Tri- 
bttno y Diabolo tante» onmium iftorum confiliatore exiftente. Voila C JE- 
ciliem un des principaux Acteurs de la Tragédie: Et d'ailleurs, 
fi les Evèques Catholiaues n'avoient pas demandé aux Empereurs 
qu'on obligeât par la force les Donatiftes à fc réunir, eft - il vrai- 
femblable que ces Princes eufient envoyé des Officiers en Afrique 
pour cela ? 

y A I remarqué , en lifant les A&es de la Conférence de Cartba- 
ge, oue les Donatiftes militèrent extrêmement fur la communica- 
tion de la Requête , préfentée par les Catlwliques , pour avoir cette 
Conférence. Les Donatiftes foupçonnoient , que leurs adverfaires 
avoient eux-mème nommé le Juge, & démandé des peines contre 
eux. Les Catholiques refuferent cette communication. St. A u c, u s- 
TIN répondit, qu'il y avoit peut-être dans leurs inftruèlions des cho- Coll 
fes qtCilx ne voulaient pas que les Donatiftes fujfent. Adeodatus niei. n\ 
Donatifte releva cela. St. Augustin répliqua ; mais fes répon- 160. 
fes lailfent du foupçon : Et quand Petilien, s'adrenant au Ju- 
ge , lui dit, „ que les Catholiques avoient Theatius & & /Mi. 141. 
„ VODIUS, les Couriers de leurs fureurs, qui couroient perpé- 
„ tuellement les terres & les mers , pour demander leur fang & 
„ leur profeription n ; les Catholiques ne répondoient point à cette 
aceufation. Il eft vrai que PossiDius répliqua : Quid tergi- 
verfantur? Quid nefeio quoi forenfia rhnantur? Mais évidemment il 
joue le porfonnage qu'il attribue à fon adverfaire. Il élude , & 

Z 2 il 

( 1 ) Serm. de Yajf. S. S. Pona. & Adv ap. Optai. Edit. de Du Pin. p. 191. 
Mr. Du Pin remarque dans fa note çe. que ce Sermon eft mel intitulé : 
Faf. S. S. Donati fcf Advocati ; & qu'il feut dire flwwrutf. C'ctok Bn£yéque 
Doaaufte de Stàtibt ( Sidubtufis ). 



Digitized by Google 



igo OBSERVATIONS CRITIQ.U ES 

il a raifon: car dans le fonds, ce que difoicnt les Doruitijies 
étoit vrai. 

In Cod. L A preuve s'en eft confcrvée dans le Code des Canons de l'E- 
Cu/$.EccL glif e d'Afrique. On y trouve l'initruétion donnée à T H e AT iu s 

iulfrLBr. & à Ev0DIUS P 21 le Co llcilc de CiQtha i e » datée du z6 - J uin - 
bhotb. jû. 4°4- ^ a 31X5 avant ^ a Conférence. Le Concile ordonne à fes Dé- 
rii càm. putes , de demander à l'Empereur , qu'il oblige les Donatijies d'a- 
veter. voir une Conférence avec les Catholiques» qu'il envoyé des ordres à 
Tom.î. l'Armée d'Afrique de derfendre l'Eglife -, qu'il renouvelle, & faû*e 
exécuter la Loi dominée par Theodose, qui condauuoit à une 
amande- de dix livres d'or, tous ceux qui ordonneroient des Hérétiques , 
ceux qui feroient ordonnés par eux , & les propriétaires des mai- 
fons , où ils auroient fait leurs affembtées ; que tous les Hérétiques 
foient privés du pouvoir de tefter, & de recevoir aucun leg par 
teftament. Enfin le Concile donne à fes Députés un plein pou- 
voir , de faire & mander à la Cour , tout ce qu'ils jugeront utile 
à l'Eglife. Ajoutons à cela, que les diverfes loix, qui furent don- 
nées contre les Donatijits , ne le furent qu'à la réquilition des Evè- 
ques d'Afrique. C'ell ce qu'on peut voir dans les obfcrvations du 
Jurifconfulte Godefroy fur les Loix d'H o N o R I u s contre 
les Hérétiques. En voici , par exemple , une terrible donnée le 
2f. Aoull 410. peu de mois avant l'Edit , qui ordonna la Confé- 
rence : Sciant omues fioi3jt legis inimici , pleBendos fe pma proferip- 
tionis Ç£ fanguinis , fi ultra convetùre per publicum , exeaanda fee- 
Ap. Optât, ler'u fui tetneritate , tentaverint. Godefroy dit là - delfus : 
Edu.de Du Gacrum hdc le* , ut indicio funt fuperiora e codice Africano , 
* iu P' "4* atque ipfa infuper temportmt ratio , ad Patrmn Africanorum pojiuhtio- 
nem Ut a videtur. Le même Auteur nous fait remarquer au même 
endroit une infigne fourberie d'H o N O R 1 u s. Sur la fin de 409. 
il révoqua les loix pénales contre les Hérétiques d'Afrique. La rai- 
fon en étoit qu'A T T A L E , qui s'étoit faifi de l'Empire , avoit en- 
voyé une Armée dans ce païs-là , & qu'H ONO R I U S craignoit 
que les Hérétiques, contre lefquels il avoit donné tant de loix, 
ne priuent le parti de fon concurrent. Mais dès qu'H eraclien 
eut défait l'Armée d'A ttale, Honorius révoqua cette Loi , 
& donna celle dont on vient de parler , le 2f . Août. 410. 

APRES ces éclaircùTemens , je ne faurois m'empècher de dire un 

mot 



Digitized by Googl 



S M R OPTA T. > ifti 

mot fur le chapitre de St. Augustin. Faifant PHiftoire de la 
Conférence de Carthage, il dit, fur le fujet des perfécutions , dont InBrevic. 
les Donatiftes fe plaignent , qu'il eft vrai que les Catholiques ont de- Collas, j. 
mandé quelque chofe aux Empereurs en faveur de rEglife \ parce que Dui Cm 1U 
les Crcnntcellions des Donatiftes , fous la conduite de leurs Clercs , cotn- 
mtttôkttt ^horribles maux. De Ftrfccutionibus \ quod aliquid ab Inu 
feratoribus po Ecclefia catholica fêtèrent. Qui fauroit ce que c'eft 
que cet aliquid , fi on n'en avoit le Commentaire dans les Loix 
des Empereurs ? De - même , je ne puis foufFrir fans quelque in- Ibid. c.%\. 
dignation , qu'il infulte fes adverfaires , jufqu'à dire , que les morts, 
dont ils fe plaignent , viennent moins de ce qu'on leur a fait foujfrir , 
que de la coutume qu'ils ont de fe précipiter. Mortes autem illorum 
magis ex confuctudmc , quam habent ut fe ipfi p'xcipitent. Cela elt- 
il vraifemblable i Et qui n'en croit pas plutôt le récit des Donatiftes, 
quand ils difcnt,que, pour éviter la perlecution, de pauvres fu- 
gitifs étoient tombes dans des précipices, ou y avoient été poulies 
par les Soldats qui les pourfuivoient. Epifcopis ingejferunt exilia , 
Cliriftianis fugicntibtts pr<ecipitia. Le Pere Mabillon nous adon- 
né la Pajjion de MARCULE Martyr Donatifte , qui fut précipité 
parles ordres de M A CAIRE, dit l'Auteur de cette pièce, du t*F-M»r- 
haut des rochers d'un Château nommé Pierre - neuve , Nova-Petra. ^j^g ' 
S. Augustin ofe dire , qu'apparemment MAR-CULE fe pré- jy^,-// 
cipita lui-même , & cela fous prétexte , que les Loix Romaines n'or- T. IV. p» 
donnoient point de pareils fupplices. Mais des gens de guerre , qui ioç 'Ap. 
perfécutent , ne font-ils rien que ce que les Loix ordonnent. H Optât. Ed. 
femble que la Providence fe foit jouée de ces violences , que l'E- * m 
gHfe Romaine a enfuite approuvées & autorises. Car elle a per- 
mis que cette même Eglife ait honoré la mémoire des Martyrs 
Donatiftes , qui ont été inférés dans fes Martyrologes , & vénérés 
comme des Saints. Le titre de la Pallion de Marcule porte daru 
le Manufcrit de Mabillon: Incipit PaJJio beneditli Martyr /> 
Marctdi. Vlll. Kalen. Decembris. Difons en paifant , que lorfqu'on 
oppofoit aux Donatiftes les violences commifes par les Circumcellions , 
ils répondoient, comme les Catholiques, que les Evèques n'avoient 
aucune part à ces defordres. Qtiod circumcelliones faciunt ad Sacer- Indic. Ctu 
dotes minime pertiuere. Ils m en toi en t apparemment auffi-bien que les P*- Col.\% 
Catholiques. Au refte cette efpece de Milice ou de Bandits Donatiftes, ^ an • 
étoit appellée Circumcelliows , parce qu'ils couroient les ' villages } a ' 7 * 
circum ceUas rujîicatuu, dit St. A u g u s t i n. 

• • • Z 3 Voyons 



18* OBSERVATIONS CRITI Q.U E S 

Votons ici , comme les maximes changent en peu de terri*. 
La Faction des Do)tatijies étoit apurement une {action violence & 
opiniâtre. Constantin devoit en être convaincu. Ils préfen- 
terent des plaintes contre Cecilikn (i), & demandèrent pour 
Juges des Evèques des Gaules. Corrigeons en paflant Calvisius. 
Il raporte, (2) qu'OPTAT a écrit, que les Evèques Catholiques 
d'Afrique , demandèrent à CONSTANTIN pour ]uges , des Evèques 
d'Italie , des Gaules & de Germanie. Il y a là deux fautes : Ce 
furent les Donatijtes , & non les Catholiques , qui demandèrent ces 
Juges i & ils les demandèrent des Gaules feulement , parce qu'il s'a- 
gtllbit d'un crime dont les Gaules étoient exemptes. U n'y a voit 
point de Traditeurs dans ces Provinces de l'Empire ( 3 ). Cons- 
tance Chlore, qui en avoit le département , les avoit ga- 
rantis de la perfecution. Constantin accorda des Juges aux 
Dofiatijtes i mais il les prit auflî-bien d'Italie que des Géodes. Il eft 
malaife de favoir pourquoi. Quoiqu'il en foit , ces juges furent 
Melchiadb, ou Miltiade, Evèque de Hpme , où fè tint 
le Concile , Marin à' Arles , Maternus de Cologne , R h e- 
t 1 c 1 u s à'Autun , & quinze Evèques Italiens. C e c i l i e n ayant 
été abfousj & le Jugement envoyé à l'Empereur, les Donatijies en 
appelèrent. Une de leurs raifons étoit , que Miltiade lui-mê- 
me étoit Traditeior : ce qui fut obje&é dans la Conférence de Car- 
thage'y & les Catholiques ne l'en juftifierent , qu'en fuppofant, qu'il 
y avoit eu des perfonnes, qui s'appelloient St raton. L'Em- 
pereur accorda l'appel , & ordonna le Concile A'ArUs , compofë d'E- 
vèques des Gatdes. Ce Concile juftifia de nouveau Ceci lien. 
Mais les Donatijies n'ayant pas voulu acquiefeer, l'Empereur refo* 
lut de prendre lui-même connoûTance de l'affaire. II manda les par. 
ties, & les ayant ouïes a Milan, Ce ci lien fut juft#é pour la 
troifiéme fois. Nonobftant tous ces jugemens, les Dotiatifies ne fe 
rendent point. Comme ils étoient puiilàns en Afrique , les Catho- 
liques 

(x) Le if. de May 313. 

( a ) Hinc Oftatus Milevitam* Jcribit , quod Epifcopi CatboHci in A/H. 
ea fttierint a Constanti no» ptdicet Jtti Epifcopos dari tx Itaiia , Galba 
fcf Germania. Set. Calvis. ad a a. 313. 

( | ) Pttitnus , ut de Gallia nobk fudiees dari pracipiat fietas tua, 

Galli* ab boc facinenre ( tradition» ) umnunit e/f. Dans la Requête des Dwm» 
ujitt préfentée à Amuunu.j pour Constantin. 



Digitized by Googl 



S U R O P T A T. i83 

liquet en foufïroient, & s'en plaignirent' à l'Empereur. On a en- 
core la réponfe de ce Prince adreflée aux Evèques & au Peuple 
d'Afrique , dans laquelle il les exhorte à la patience , & à ne point 
rendre injure pour injure. C'eft là qu'il leur dit , que ce feroit V- Epifl. 
„ être infenfé que d'ufurper la vengeance , que Dieu s'eft refervée, GjjSf 
„ d'autant plus qu'ils étoient aflurés par la foi que les maux , qu'ils pjcb' Jtfri 
„ fouflriroient de la part de ces gens-là , leur tiendroient lieu de Cét ^ Jru 
„ martyre devant le Seigneur: Que c'eft vaincre fes ennemis au Opt. Edis. 
„ nom de Jcftis-Oiriji , que de les vaincre par la patience : Que * Du 
,, c'eft en obfervant cette douceur Evangelique, qu'ils verront, avec 
„ la bénédiction do Dieu , fe ralentir & s'éteindre la fureur de ceux j^jr^ 
„ qui portent l'enfcîgne de la difeorde , & les peuples , revenus de sebif. Do. 
„ leur aveuglement, abandonner un petit nombre de méchans , naîiji. 
„ qui 1er féduifent & qui les perdent. " 

On voit dans ce Rcfcript de Constantin l'efprit & les 
fentimens d'une Eglife , qui fortant à peine de delTous la Croix , 
n'a voit pas encore renoncé aux maximes Evangeliques , qu'elle a voit 
employées pour fa confolation, fous les Perfecuteurs. Il cft vrai 
pourtant , que St. Augustin fait mention d'une Loi de Cons- 
tantin > qui ordonnoit au Fifc de s'emparer des Bafiliques des 
Donatijies : mais cette Loi fut mal exécutée , & révoquée bientôt. V. Réf. 
Ce ne fut que fous le Régne fuivant que les chofes changèrent , jfjjj 
& qu'OPTAT & St. Augustin furent bien montrer aux Do-*?"!!- 0 * 
nstijies , que la Puiifance temporelle avoit le droit de châtier les Hé- m jj C 'Jp U ' 
rétiques & les Schifmatiques , & qu'ils avoient tort de fe plaindre Optas, Èâ, 
d'une fevérité , qui ne tendoit qu'à leur falut. Les Ariens viendront Du Fin ' 
bientôt les obliger à changer de langage. p- 189. 

* - 

Passons à d'autres matières. Mr. Du Pin fait dire à O p. 
T A T , que Paul Macairb mVwwVw/ pas été envoyés par 
CONSTANTIN pour perfécuter Us Donatiftes mais pour apporter 
des aumônes. Il falloit dire par-tout Constant, & non C o n s- 
t a n T 1 N , qui étoit mort plufieurs armées auparavant que Paul 
& M A CAIRE furent envoyés en Afrique. Je remarque cette fau- 
te parce qu'elle revient plufieurs fois. Mr. Du Pin raporte en- 
fuite la longue déclamation d'OPTAT, fur ce que Don AT de 
Carthage avoit rejette les aumônes de l'Empereur. Qtteut répondu 
D 0 n a t , dit-il , fi Dieu hù eut dit: è Evcque / que croyois-ttt de 

CONS- 



184 OBSERVATIONS CRITIQ.UES 

Constantin? Ou tu Pas prû pou>- m innocent , ou pour m 
pécheur. L'expreifion que Mr. Du Pin met dans la bouche de 
Dieu eft, fi je l'ofe dire, allez plaifante. Tu ras pris pour toi in- 
nocent. En général , je voudrais bien qu'il ne fe fût pas donne la 
peine de traduire la déclamation de fon Auteur contre la prétendue 
dureté de Don at, qui s'oppofa au fecours que Constant 
faifoit donner aux pauvres. Car , outre que c'eft amufer un Lcc- 
■) i teur , qui demande des choies plus loi ides, c'eft que tout ce dit. 
cours n'eft que le plaidoyer d'un Avocat chicaneur & artificieux. 

E N lifant cet endroit d'O PTAT, je foupçonnai d'abord fà fin- 
cerité. Il n'eft point naturel qu'un Eveque , quelque méchant qu'il 
foit , querelle un Prince & un de fes Officiers , pour faire des au- 
mônes aux pauvres, j'etois dans cet efprit , quand je tombai fur 
ces mots : Vemebant PauluS Macarius qui pauferes uni- 
que difpioigerent , Ç£ ad wùtatem fingtdos hortarenttar. Ils venoient 
payer les debtes des pauvres , & les alTifter , mais a condition de 
fe réumr. Voila le fecret de l'affaire. C'étoient des aumônes com- 
me celles que le Roi de France faifoit faire, peu de tems avant 
ia révocation de l'Edit, & dont Peluson étoit l'Intendant. 
J'apprens d'un Auteur Donatijie , qu'on avoit deja ufé de ce mo- 
yen pour gagner les pauvres de leur parti , Cous Ursace & pen- 
■Ser. de dant la vie de C E C I L I E N ( I ). Mittit peamias , dit cet Auteur, 
JPalf. S. S. quibxs vel jidem caperet , vel profeijione legà occajîonem faceret avari- 
«f fj^ Ainfi toute la déclamation d'O pt AT devient un pur artifice. 
'«/ 0 tu "Don AT fait fon devoir en bon Pafteurj & il n'y a point d'E- 
EJU.Du "vèque, qui ne s'opposât à des aumônes, qui ne feraient qu'une 
Pin.p. 191. tentation aux pauvres de fon troupeau de quitter leur religion. 

Nous aurons de même à critiquer le Portrait que notre Eve*, 
que Africain a fait de Donat, & que Mr. Du Pin n'a pas 
adouci. Don AT, dit Mr. Du PlN , avoit joint l orgueil à la 
dureté : il voulu: t fe faire confiderer comme le Prince & le Souverain 
de Carthage > il s'élevait au dejfus de F Empereur i il mép-ifoit fes Con- 
fines i il faifoit jto'er par fon nom comme s'il eut été Dieu i & il 
voulait enfin , que ceux de fon parti portaient fon nom au lieu de celui 

de 

( 1 ) Ceft avant le tems de M a c a 1 ft 1 , & enKe 540. & J47. que C s- 
. 1 j. 1 1 n mourut. 



Digitizôd by Googl 



SUR OPTAT. igy 

de J. C. Toute l'eftime que mérite Mr. Du P I N , ne peut m'cm- 
pècher de fentir quelque indignation , de le voir copier & augmen- 
ter des exagérations, certainement calomnieufes , & de les donner à 
fon Lecteur comme des vérités. Il me prend envie de faire l'A- 
pologie de Don AT, tant je hai l'artifice & la calomnie. 

• 

Il vouloii fe faire confidertr comme le Prince & le Souverain de 
Cartkige. Qu'eft-ce qui foutient cette aceufation d'orgueil ? Ceji dit 
Optât, que le Peuple rappelle rarement Evèqtte , Ç«f que À ordi- 
naire on le nomme Donat de Carthage. Dcuique £9* in ore populi p. 66. 
rai-o ejl appeliatm Epiftopus, fed D ON AT US Caithaginis dicebatur. 
Sans mentir la France ell bien pleine de Rois & de Souverains i 
car on n'y entend plus parler que de Monfeigueur de Paris, Mon. 
feigneur de Rçuen &c. Le titre d'Evèque s'eft converti en celui de 
Monfeigueur. 

Don at vouloit, dit Mr. Du Pin après Optât, que ceux 
de fou parti portajfent fon nom au lieu de celui de Jefus-Chrifi. On 
peut hardiment dire que c'elt une infigne calomnie. Il n'y a qu'à 
examiner la preuve. La voici. Les Eveques oppofés à Cecilien, 
fignerent la Requête , qu'ils prefenterent à Anulinus Proconful 
A y Afrique, & le qualifièrent du Parti de Don AT, Partis D ON A- 
Tl. D'abord cela e(t faux: ils fe qualifièrent du Parti de M A J O- Jr \Jf aI ' 
RI N j a parte M A J O R I N I. Valois le montre i & B A LU Z E fi^ rf JL 
le confirme. D'ailleurs cela doit être ainfi. La querelle étoit pro- c jy 
prement entre Cecilien & M A J O R IN , qui fe difputoient Baitu. in 
l'Evèehé de Carthage. 2*. Suppofé qu'ils fe fuffent qualifiés du Par- not. ad 
ti de D O N a t , ils auroient parlé de Donat de Cafés mires , & dÊ, Pig- 
non pas de Donat de Carthage , qui n'étoit pas encore Eve- 
que en 313, & qui ne parvint à l'Evèehé qu'après M A j o R I N. 
3°. Mais quand il s'agiroit de Donat de Carthage , eft-ce donc 
quitter le nom de J. C. que de fe déclarer pour un Evèque con- 
tre un autre , qu'on regarde comme un Ufurpateur. Les Evèques 
du Parti de M a j o r 1 N étoient fi éloignés de renoncer au nom 
de J. C. qu'ils fe qualifient dans leur plainte, Evèques de PEglife 
Catholique du Parti de M A J 0 R I N. Enfin ces Schifmatiques étoient 
fi éloignés de vouloir renoncer au nom de J. C. pour prendre ce- 
lui de Donat, que les Carthaginois les ayant appelles Donatif-Col.f.Diet 
tes, dans la Conférence de Carthage, Petilien leur dis, qucP-H*>& 

A a s'ils *♦* 



Digitized by Google 



i8<J OBSERVATIONS CRITIQUES 

s'ils continuoient , il ne les appellerait plus que Menftcrifies & Ceà- 
liens. Dans la fuite, un Evèque Catholique , dans lequel on voit 
beaucoup d'aigreur , ayant encore prononcé le mot de Donatiftes 9 
Adeodatus répliqua d'abord : Vos ejfe Ctàlianijlas fcriptumfit. 

Voici une accufation plus atroce. Don AT, dit Mr. Dw 
PlN, faifiit jurer par fin mm , comme s'il eut été Dieu. O P T A t 
s'étoit contenté de dire, que Don AT avoit foufert, qu'on jurât 
par fin nom, & que devant l empêcher , & ne rayant pas fait, il 
s'enjnivoit de là qu'il s'étoit regardé cormne un Dieu ( I ). Cette 
accufation n'eft foutenue d'aucune preuve : il faut s'en raporter k 
Optât, que je croi de très bonne foi , mais fort crédule fur tout 
le mal qu'on pouvoit dire d'un Schifmatique. Je lailfe donc le fait 
à part , & demande compte de la codequence aux Eveques Catho- 
liques , qui ayant fouffert qu'on jurât en leur préfence, par les Em- 
pereurs , quoi qu'ils dulfent l'empêcher , font coupables d'une ap- 
probation criminelle de l'Idolâtrie. Marcellin, Juge de la 
Conférence de Carthage , voulant affurer les Eveques de ion impar- 
tialité , & confirmer en particulier , les fauf-conduits qu'il ayoit 
donnés aux Donatijies , ne fe contenta pas de jurer par la Trinité s 
il jura encore par la vie des Empereurs -, fer faluteni memoratorum 
. Trincipum fans qu'aucun Evèque Catholique l'en ait repris. 

Remarions ici en panant , avec quelle légèreté & quelle 
rapidité les Chrétiens prennent des ufages , pour leiimels peu d'an- 
nées auparavant ils auraient fourfert le martyre. On leur deman- 
doit de jurer par la Fortune , ou par le Génie de l'Empereur. v o/*«- 
V. EpiJI. rm ri» K<i«r*fcc fifep> , dit le Proconful VAfie au Martyr P o- 
Eccief. LYCARPE. Celui-ci n'en voulut rien faire: Mais dans la fuite 
Sntym. ab Chrétiens jurèrent par la vie des Empereurs, par leur vertu 9 
L ^"° parleur vitfoire. On trouve dans le Concile à'Epbefe., l'abjuration 
tdit ' d'un nommé Zenon, qui renonce à l'Hércfie des Qttartodecimans, 
& qui confirme fon abjuration par ce Serment : Je jure par la foin- 
te l§ coufubjiancielle Trinité y par la Pieté, & par la ViBoire des 
Maîtres de la Tore Flavius Theodose & Flavius V A L E N T I- 

N 1EN, 

( i ) Paftu eft bomhtet per fe Jk jurare , taitauam fer Deum , in quo Jt 
Kmtfquifaui bominum en avérât , ipfe probibere dtbuerat : cum hou prohibait , 
Dr*, m ufut 



K 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. i87 

N I EN, éternellement Augufies. EÇeftnv pivoç • . « tij r V. fatr. 

ivréQtiw Ktù yliap rêSv atnrorùv rfa ôtXMfitnn, Voulez - vous -dpojhf. 
voir quelque chofe de plus ? Constantin fe fit faire avant c ^! ttl T t ' 
fa mort une Statue dorée , oui portoit dans fà main droite la For- t ^ 6 ' r * 
ttote de Conftantinople. H ordonna que tous les ans , le jour de l'an- 
ni ver faire de la fondation de cette Ville, fa Statue feroit portée 
fur un Char dans le Cirque , environnée de Soldats , avec des Cier- 
ges allumés , & que là l'Empereur régnant adoreroit la Statue de V. Cbrtm. 
Constantin, £•? celle de U Fortune de Confîantinople : nrn irtor- ^ le * att - 
Kwem rtfv çq/w th ccvtx (icwtAeuç Kovç-etrrivt/ xeti tijç tvxW 
rî{ç etvTfff iroAiw. Afluiément cela eft bienpayen, & il faut avouer 
que le monde a un furieux penchant à l'Idolâtrie. 

Retournons à Optât. Sa Thefe eft, que Don at a 
ufurpé la Divinité. Pour le prouver il allègue ce paflàge â'Ezechiel. 
Fils de l'homme déclare au Prince de Tyr, que c'eft ici ce que dit le 
Seigneur : Parce que ton coeur s'ejl élevé , Çff que tu as dit, je fuis Dieu. 
Optât, qui n'ignoroit pas , que Cartbage eft une Colonie Phe- 
niciemie , fe met dans l'efprit , que Donat eft ce Prince de Tyr, 
& que cette Prophétie défigne, dans le fens littéral, l'Evèque de 
Cartbage. Ce n'eft point une application ingenieufe de la Prophétie ; 
c'eft une explication , qu'O P T A T tâche de prouver , &„qu'il croit 
avoir été l'intention directe du St. Efprit. U faut prouver que D o- 
N AT a dit, Je fuis Dieu. Voila un des argumens d'OPTÀT : 
Voyons ceux qui fuivent. 

Premièrement, Donat a dit dans fon cmtr, qu'il étoit 
Dieu, parce qu'il a voulu s'aifujettir les Evèques fes Confrères ; 
fub fe omnes focios fuos habere voluit: parce qu'il aifectoit la primau- 
té -, quia frimus Epifcoporum , quafi plus effet ipfe qttam cateri : parce 
qu'il exigeoit des foumiiTions des Evèques , lefquels ne dévoient fer- 
vir que Dieu ; cum Epifcopi debeant Deo famulari 9 tantum ftbi de Epif- 
copù exigit , ut omnes non mbwri mettt eum veneraroitur , qtiam Deum : 
parce qu'il ne vouloit point être Evèque entre fes Coevèques , & 
qu'il étoit forti de l'égalité -, quia Epifcopm tnter Coepifcopos fuos non 
fuit. De tout cela Optât conclut, qu'encore que Donat 
n'ait pas dit en propres termes, qu'il étoit Dieu, il l'a dit affez 
par fes actions. Quamvk non fit ufus bac voce , Ego Jim Dem , ta- 
mat aut fecit aut p affût eft , quod defeèium hujm voeù explcret. Je fuis 

A a % furpris 



Digitized by Google 



i88 OBSERVATIONS CRITIQUES 



furprîs que Mr. Du PlN n'ait pas inféré dans fon Extrait toutes 
ces raifons, qui ne devroient pas déplaire aux Evèques de PEfïïft 
Gallicane. Mais quoiqu'il en foit , s'il en faut croire ce récit d'O P- 
T A T , il faut avouer que Donat avoit toutes les qualités Papales, 
& qu'il ne lui a manqué que le fecours des conjonctures, pour 
relever Carihage de fa défaite , & la rendre encore une fois la Riva- 
le de Hgme. 

L a féconde preuve que Donat a ufurpé* la Divinité , c'eft 
qu'il s'eft élevé au deifus des Empereurs, quand il s'eft oppofé aux 
Miniftres de la réunion, & qu'il a demandé, pourquoi l'Empereur 

mèloit des atfaires de l'Eglife : Qttid ejî Imperatori cum Ecclefi*. ? 
Je laiife à Mr. Du PlN à examiner, fi tout Evèque , qui prétend 
que le Prince ne doit point fe mêler des affaires de l'Eglife, af- 
fecte d'être Dieu , en s'élevant au dellus des Empereurs. J'aurois 
feulement fouhaitté, qu'il n'eût pas fupprimé dans fon extrait, la 
reflexion qu'O ptat ajoute pour foutenir fa thefe. Comme il n'y 
a que Dieu fetd qui crée les Empereurs , il n'y a atuji que lui qui foit 
au dcjfus de ces Primes ; Çff par confequent , lorfque D O N A T s'élève 
au dejfm de P Empereur , il excède les bornes de la native humaine, & 
ne fe croit plus homme, mais Dieu. Cum fuper Imper atorem non fit , 
wfi foins Dem , qui fecit Imperatorem , dam fe Donatus fuper 
Imper atorem extollit , jam quafi bominum excejferit metas, ut fe , ut 
Dewn , non bominem ajimurret. C'cft grand dommage , que ce pat- 
fage ici ne fe trouve pas dans un Auteur Donatifie\ car il fent fu- 
rieufement l'Héréfie. // ny a que Dieu feul, qui crée les Empereurs: 
Il ii y a qtie lui qui foit au dejfm des Souverains. Cette parole de- 
vrait être fortie de la bouche d'un Schifmatique : Et en revanche , 
il foudroit faire dire à Optât, Quid ejl Imperatori cum Eccle- 
fiaj afin qu'au moins l'un fût tout orthodoxe, & l'autre tout 
hérétique. 

'Remarquons ici, les variations que caufent, dans la con- 
duite & dans les jugemens, les divers intérêts & les diverfes con- 
jonctures. Dans le fonds, ce qu'avoit dit Don AT étoit très ca- 
tholique. Ce n'eft point aux Princes de fe mêler des affaires de 
l'Eglife j &fi Constantin l'avoir fait, il s'en étoit repenti. 
C'eft Augustin qui le dit. Après l'avoir exeufé , fur ce qu'il 
étoit à peine Chrétien quand il jugea de l'aifeire de CECI LIEN à 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. 189 

Milan , & qu'il ne favoit pas les Droits de l'Eglife \ il ajoute , qu'a- Ap. Valtf. 
vaut que de mourir, cet Empereur demanda pardon aux Evèques Dijf. de 
d'une telle entreprife. Si cela eft , Donat avoit raifon de dire, ZfZ?ç\ 
Qtùd eft Ivtperatori cum Ecclefia, & Opt AT grand tort de lui fài- xill. 
re un crime de cette parole. Mais voici un nouveau tort des Ca- 
tholiques , plus grand que le premier. C'eft qu'ayant demandé à 
l'Empereur la Conférence de Carthage , ils le reçoivent pour Juge 
entre eux & les Donatijies , dans une Queftion purement Eccléfiaf- 
tique , où il s'agillbit non feulement des queftions de fait , qui con- 
cernoient CECILIEN, mais des queftions de droit , fi c'eft une 
propriété de l'Eglife d'être répandu? par tout le monde j fi elle com- 
prend les méchans : ils reçoivent , dis-je , pour Juge un Laïque , 
Tribun à latere & Notaire ou Secrétaire de l'Empereur. Il* s'enga- 
gent même par écrit de fe foumettre à fou jugement, fans aucune 
limitation ; & les Donatijies , qui reculoient , furent obligés de le 
faire a leur exemple. On voit par les Sommaires , qui nous reftent 
de la troifiéme Séance , que ceux - ci s'appercevant bien , que le s 
Juge ne leur ctoit pas favorable , demandèrent à Marcellin, 
fil étoit donc J. CHRIST, ■pour juger d'une affaire Eccléftajiique , d'u- 
ne affaire entre des Evèques de J. Christ. Mais les Catholiques 
défendirent l'autorité & la compétence du Juge \ & ce même St. 
Augustin, qui pardonne à l'ignorance d'un Prince , qui n'é- 
toit encore que Cathéchumene , d'avoir ofé juger la queftion de fait, 
entre Cecilien & Majorin, approuve & fou tient qu'un 
Tribun de l'Empereur eft Juge légitime & compétent de la quef- 
tion de fait, & de celle de droit. Omm pro tempore ,• mhil pro 
-veritate. fc'eft un mot d'OpT a T. 

Cet Fvèque remarque , pourfuit Mr. Du P I N , que les Dona- 
tiftes avoititt fait courir le bruit , quand Paul Ç«? Macaire vin- 
rent en Afrique , que ces deux Officiers dévoient mettre dans le tems 
du Sacrifice une Image de F Empereur fur l'Autel. Mr. Du PlN 
fuppofe à OPTAT, d'avoir dit, que les Donatijies firent courir ce 
bruit , & que cette Image fut wie Image de V Empereur. Optât 
ne dit ni l'un ni l'autre ( i ). Mais ce bruit, de quelque part qu'il 

A a 3 vint, 

( i ) Dicebalur tnim illo tempore venturos tjfe V av lv m Macaiiun, 
ut cum altaria folemniter aptartntur , proferrent illi inutginem , quant primo in 
al tari portèrent s fie facrifiçium ojerretur. 



Digitized by Google 



190 OBSERVATIONS CRITIQ.UES 

vint , eifraïa tout le monde T & Catholiques & Don xtifles , tous di - 
fuient , que qtuconqtie participerait au Sacrifice de timon , feroit cenfé 
participer au Sacrifice des Idoles : Et ils avoient raifon , pourfuit O P- 
T A T , de parler aaifi , fi ce brtàt eût été vrai. Et rede diâum erat t 
fi talem fasrum veritas fequeretur. 

Comme Optât ne dit point de qui devoit être cette Image, 
Mr. Du Pin a pû croire , après Baudouin, que ce fut une 
Image de P 'Empereur > mais il ne falloit pas le faire dire à OPTAT: 
Cette explication eft même très peu vraifemblable. Car bien que 
les Princes envoyaient leurs images aux villes confiderables , étoit- 
il croyable qu'un Prince Chrétien voulut faire mettre la Tienne dans 
un Temple & fur l'Autel ? L'Aubespine a mis dans {à note 
fur cet endroit : AHi , Dei imaginent. On ne fait s'il veut dire , 
que quelque exemplaire porte , Dei imaginem , ou que quelque In- 
terprète l'explique ainfi. Quoiqu'il en foit , on voit que le bruit 
d'une image , placée fur l'Autel , feandalife fi fort les Catholiques & 
les Donatifies, qu'ils s'écrièrent tous : quod qiù gujiaret aut acciperet de 
facrificio adventantà wtitatù , de facro gufiare videretur. Il n'y avoit 
point alors d'images dans les Eglifes, & Optât nous en donne 
encore une bonne preuve. Car raportant en Orateur , les defox- 
dres que les Donatifies avoient commis dans les Bafiliques , les Au- 
tels brifés, les morts lavés ou exorcifés, l'Euchariltie jettée aux 
chiens ; il n'auroit pas oublié les Croix & les Images , que les Do- 
notifies auroient eu moins de raifon d'épargner. 

lib.IV. Dans l'extrait du IV. Livre, Mr. Du Pin raporte ce que 
dit O P T A T touchant l'Exorcifme : mais il me permettra de dire 
encore que i'exadtitude y manque. 

f. ti6. TOUT homme, qui vient au monde, dit OPTAT, ce font les 
toi. ». paroles de Mr. Du Pin, quoiqu'il naijfe de parens Clirëtiens , efi 
rempli de te/prit immonde , qu'il faut chajfer par le &iptéme. Cejk 
ce qui fie fait par l'Exorcifme , qui chaffe cet Efprit. On fent d'abord 
qu'il y a là quelque chofe , qui n'eft pas jufte. Optât parle au- 
Lib. IV. trement. // n'y a perfonne , dit-il , qui ne fâche , que tous les fiotn- 
h 79- mes , qui naijfent , quoiqu'ils naiffent de parens 0)rètiens , ne peuvent 
4tre fans t efprit du monde , qu'il faut chajfer de Fhomme , avant que 
de lui adminifirer le Baptême falutairi. Cefi ce qu'opère PEmrcifme 9 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. 191 

par lequel Pefprit immonde eft chaffé dans les lieux déferts. Cela eft net. 
Mr. Du Pin ajoute cette reflexion : Cet endroit d'O ptat très 
exprès pour le péché originel, & l'antiquité des Exorcifmes. 

J e croi que les deux obfervations de Mr. Du P 1 N font fauf- 
fes. Le péché originel confifte, ou dans l'imputation du péché 
d'Adam } ou dans la corruption originelle , dans rimpuiiFdiice 
morale. Si Optât ne croit ni l'une ni l'autre , il ne croit point 
le péché originel. Or il y a preuve qu'il n'a crû ni l'une ni l'au- 
tre. A l'égard de l'imputation du péché d'Adam , H la nie formel- 
lement dans le VII. Livre. H prétend prouver que les crimes des 
premiers Donatiftes , qui avoient livré les Livres facrés ne pou voit Lib. VIL 
être imputé à leurs dcfcendans. Il allègue le palfage d'Ezechiel : t' 10 h 
Il n'y aura que tante qui aura péché qui fera putne. Puis il ajoute : 
res jam & antiquis feculis m ipjts natalibus mundi , comproba- 
ta ejli namnon perthiuit ad Seth filium Ada, Patris adtniffum. Quoi- 
que ce partage foit dans le V 1 1. livre d'O ptat, il ne laîfle 
pas d'être de lui , & il fe trouve dans cette partie de ce Livre , 
que Mr. Du Pin a reconnu par fes Manufcrits apartenir légiti- 
mement à Optât. 

Quant à l'impunTance morale, cet Auteur ne la reconnoit Ub. 1 1. 
point i & il enfeigne , qu'il eft dans le pouvoir de l'homme de p. 16. 
vouloir le bien & d'y travailler i qu'il n'y a que la perfe&ion qui 
foit au denus de fes forces. Nojtrum eft velle , nojirutn eft currere , 
Dei eft perficere. Il faut obferver au refte , que ce perficere ne li- 
gnifie pas dans cet endroit , achever une bonne eeieure dont on a 
formé le delfdn par les forces du libre arbitre , mais parvenir à 
une parfaite Sainteté. Il eft vrai que le bon O p T a T prouve fon 
opinion par un palfage de l'Ecriture, qui prouveroit mieux le con- 
traire ; c'eft par ces paroles de S. Paul : Neque volentis , neque ciar- 
rentis , fed ad Dei gratiam pertmentis : car c'eft ainû qu'il cite ce 
palTage , au lieu de ces mots , fed miferentis Dei. 

Mr. Du Pin ayant trouvé dans Optât PExorcifme des pe- 
tits Enfans, avant que de les baptifer, en a conclu V antiquité des 
îxorcifmes. h n'y a point de doute qu'ils ne foient plus anciens 
qu'O PTAT, puisqu'il dit pofrtivement , qu'/V n'y a perfonng qui ns 
fâche, que tous Us hommes, qui naijftnt, quoiqu'ils vaijfent de pa- 
rent 



' Digitized by Google 

1 

1 ' — 



193 OBSERVATIONS CRITIQUES 

reus Chrétiens, ne peuvent être fans Pefprit du monde (i), qu'il faut 
chajfer de l'homme avant que de lui adnùnijWer le Baptême : c'ejl ce 
qu'opère PExorcifme. Une Opinion qu'on fuppofe fi univerfelle » 
doit avoir précédé les tems d'O P T A T. Je voudrois en pou- 
voir trouver l'ancienneté : C'eft ce que je veux tâcher de 
découvrir. 

Il eft conftant que l'Exorcifme & les autres Cérémonies /ty- 
ntaines, qui fe pratiquent dans le Baptême, n'ont point une Anti- 
quité Apoftolique. Le témoignage de Rigault eft là- deflus 
d'un très grand poids. Il recomioit qtte ces Cérémonies venoient 
In Cyfri. des Juifs Chriftianifés ; Mais , ajoute-t-il , fi quelqu'tot s'avifuit au- 
Epiji. 64. jourdhui de les négliger , on l'accableroit auljitbt Suite autorité de 1 5 OO. 
l6 *' ans. On ne voit point A'Exorcifme , parmi les Cérémonies du Bap- 
tême, dans la II. Apologie de Justin Martyr. On n'en voit 
point non plus dans la defeription , que Tertul LIEN nous a 
donnée du Baptême , dans fon Livre de Coro>ia Militis ; quoiqu'il 
traite précifément des ptatiques , qui , ne fe trouvant point dans 
htm, adv. l'Ecriture fainte, n'étoient fondées que fur la Tradition & fur la 
H*rtJ.Lib. Cow/wh*. Dans St. Iren e'e , on ne trouve l'Exorcifme qu'avec 
20, les enchantemens des Difciplos de Simon le Magicien. En un mot, 
on ne voit nulle trace de cette fuperftîtiou dans le Baptême, au 
commencement du III. Siècle. Aulfi ne croyoit-on pas alors, que 
tous les hommes qui naiflent , ne puifent être fans Pefprit immon- 
de. L'Exorcifme n'étoit en ufage que pour les Encrgumencs j & 
ceux qui croyoient que le Diable, ou les Efprits immondes habitoient 
fièjlantiellcmen» dans les mechans , ou dans les infidèles , étoient des 
Hérétiques. 

CLEMENT d'Alexandrie nous apprend, que les Bafilidiens s'i- 
maginoient , qu'il y avoit de certains Efprits , attachés à la fubltan- 
$tr<nn.lib. cède Famé » dont ils étoient comme des appendices , irportipTqiLcévci. 
II. p. 408» n>tuu.ctTcc Ttv* 1 dit Clément, kikv ùrlm» vxaox^* irporrip- 
rtifjcsva tÎj ~*VXV - des Ejfrits attachés à la fubjianct de to- 

me raifonnable. Ils croyoient de plus qu'il y avoit d'autres Efprits, 
qui naûîoisnt avec l'homme , les uns de loup , les autres de Jînge , 

les 

( 1) Cet Efprii du monde eft VEfprit immonde ; comme Oft at l'appelle 
immédiatement après. Liù. IV. p. 79. 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. i?3 

les autres de lion , les autres de bouc, rftlyy. Il y a dans la verfion 
d'HERVET, Urfi: Ce& une faute d'impreflîon pour Hirci. Ou- 
tre ces Efprits d'animaux, ils attribuoient auili aux ames des Ef- 
prits ou des propriétés de plantes: A« ro mois Qxruv 'Mutret Ibid. 
rporrirnintv* Qtpesv. Quapropter flantarum etiam proprietates t> 4<>9- 
appenfas fecum ferre. Il y avoit pcut>être là dedans de l'allégorique 
& du myftique. 

Clément d'Alexandrie réfute cette opinion , & nous fournit 
par là une bonne preuve , & un argument affirmatif , que l'on 
n'exorcifoit point les enfans au commencement du III. Siècle , puit 
qu'on ne croyoit pas qu'ils eu lient le Diable. Voici là-deilus un ibid.f. 
fort beau paiîage. Je n'ai pas befoin , dit-il, de beaucoup de paroles, 410. 
pour expliquer quelle ejl t opération du Diable , dont nous parlons , ç# 
comment les Efprits impurs jettent leur fentence dans tante des pécheurs. 
J'alléguerai feulement le témoignage de Barnabe, homme Apoitolique, 
compagnon de St. Paul , & un des foixante dix difciples. Voici fes 
propres termes. ,, Avant que nous euflions crû en Dieu, le domi- 
„ cile de notre cœur étoit corruptible & infirme i c'étoit véritable- 
„ ment un Temple bâti de la main des hommes , car il étoit plein 
„ d'idolâtrie , & la maifon des Démons , parce que nous faifions 
,, tout ce qui étoit contraire à Dieu : «A<* ro tromr oo-a iv imv- 
rta ru &tu Ce qui fuit eft la reflexion de C L E M E N T. Bar- 
nabé ait donc , que les pécheurs font Jet meures convenables à celles 
des Démons , mais il ne dit pas que ces Ejprits habitent dans tome 
de / 'infidèle, 'xx* AS» mtevfjutrtt ô rn '*Tt<nt KtvroiKtlr *vx,n 
\éyet. Et dans la fuite il raportc ces paroles de Barnabe: Car 
Us Démons ne font pas chaffés de nos tterfomtes , mais ce font nos 
péchés, qtti nous font pardonnes , ces péchés que nous faifions à P imi- 
tation des Démons, avant qtie nous eujjions crû. bu yolp àt Jett- 
fê*H JM*» '«xe*.*worr*t, '«AA* àt '«fuiprUt , Qnrlr , '«< o'fto's- 
uç tKttveiç tirtTtAiiu** , vur rj wtçtvo-cu. Ces dernières paroles 
ne fe trouvent point aujourd'hui dans le texte grec de S. Bar n A- Ef.Um. 
BE, ni dans l'ancienne verfion latine: Mais Menard remarque * Cotuk 
avecraifon, qu'on doit les fuppléer de Clément d'Alexandrie , ^ X L'£ 
qui les raporte, & qui a fidèlement cité les premières. * V 



O N n'étoit donc pas alors affez fuperftitieux pour s'imaginer , 
que les Enfans des Chrétiens vinifent au monde pofledés du Dia- 

B b ble : 



i»4 OBSERVATIONS C R I T I Q_U E S 

ble : Car fi on ne le croyoit pas des Infidèles & des Idolâtres , & 
par conféquent de leurs Enfans, on ne pouvoit afurément le croire 
des Enfans des Chrétiens. Le Diable n'etoit point chafle des Infi- 
dèles , mais les péchés qu'ils fàifoient à l'imitation du Diable. C'é- 
tait l'avoir que de l'imiter : Or ces vices , qui imitent les œuvres du 
Diable, ne fe banniiTent pas par des Exorcifmes. 

O n trouve à la fin des Oeuvres de Clément des Extraits 
fous le titre de 'ek ruy %toàorx tTtrofAai- Quelques-uns foupçon- 
nent qu'ils font tires des Hypotypofes de CLEMENT d'Alexandrie, 
ouvrage perdu , dont Photius a donné un Extrait. Mais ap- 
paremment ou cela elt faux, ou il y a beaucoup d'altération. 
Ces Extraits ne font qu'en grec-, peut-être parce les Interprètes 
firent quelque fcrupule de les traduire , à caufe des erreurs que l'on 
y trouve. Quoiqu'il en foit , on y Ut ces paroles , où il n'y a 
Af.Clrm. certainement point d'erreur. ïlvevftar* ^.éytreu rot "jrâSn 
Airxan. ' gv T ^ ^ç^f , gg r£w/«{ *>*i»/a«t«. Eirei içeu 'e/tirctS-jt w&pca- 
° 7 * ttsç ?.ryfujv JhcufjL0¥tu9. Cupiditates , qiut fiait in anima, fpiritus ap. 
pellantttr , non autan fpiritus potrjlatis } qnapropter homo cupiditati- 
bus dedittu erit Legio Damoniorian. Voila les Diables , qui pof- 
fedent les hommes î ce font leurs pallions: Et encore une fois, 
elles ne fe guériiiènt point par YExorcifme, 

I L y a dans ces mêmes Extraits ou Abrégés , une forte d'Ex- 
orcifme fort étonnant: c'dl celui de l'Eau, par lequel on la ren- 

lbii.f.%Q. doit propre au Baptême. ''outc*ç ri uA>«, xau ro i£opiu£o- 
(ùftrt \o Q<tfrrtTUA> yivôfjuvovj è i»im x°p** X'wC 1 )* 
ctAAa Kcct 'ayieta-pey * ootA<zu.Q>Ô,;u. Ita G? aqua , cwn exor- 
cizata fiurit , £<? Baptifina faéf* fit , non Jblum qnod malum ejl , non 
tanplius admit tu , jed & fanélijkationtm recipit. H paroit par ce 
patfage, qu'il y avoit des gens, qui exorcifoient l'eau, avant que 
de s'en fervir pour baptizer. Mais aflurément cela n'étoit point 
en ufage du tems de CLEMENT d'Alexandrie , au moins parmi 
les Orthodoxes ; & dans les Annotations , que Sylburoe a re- 
cueillies 1 , on a remarqué , que cela eft contraire à la Doctrine de 

p. g s a. CLEMENT. De Exorcifmo, qnod fequitur , non congnùt ctarn eo 

. quod 



(i) Annot p. |fft. To %etfw 
Cela peut eue. 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. r* 

quod fuprs docuit Cl E mens. Voila d'étranges fuperftitions , ou 
bien exorcifer ne (igninoit pas dans ces Auteurs - là chaffer le Diable. 
Il eft vrai qu'on a depuis exorcife dans l'Egltie Hpmabte , le fe l , 
Veau &c. Et on trouve les formulaires de ces Exorcifmes dans 
l'Ordre Kpmain. Exorcizo te creatura faits &c. creatura aqu& &c. 
Et OPTAT nous apprend , que les Donatiftes exorcifoient les murs 
des Eglifes, où les Catholiques avoient célébré leur culte : ce qui 
fait voir que la fuperftition d'exorcifer des chofes inanimées eft 
aflèz ancienne. Je m'étonne feulement qu'on ne fè foit pas avif? 
d'exorcifer le pain , le vin , & l'eau de l'Euchariftie : Il y a tou- 
jours de l'inégalité dans les fuperftitions. 

J' a I trouvé dans Tertullien un paflàge , qui pourrait 
pai oitre contraire à celui de Clément, dont Tertullien 
étoit contemporain. Il dit en parlant de la Magie & de l'E- 
vocation des morts , que ce font les Démons & non les morts , 
qui apparoiiTent , & même apparemment les Démons , qui ont ^ & t 
pofTédé ces morts, lorfqu'ils étoient envie : puis il ajoute, Nam «m. £57. 
& f lt gl e JJ' nnm mdlwn p<ene hominem carere tUtnonio. Voila deux 
Africains, qui écrivent prefque en même tems, & qui ne pa- 
roillent pas de même avisj l'un à Alexandrie, Se l'autre à Or- 
thage. Mais je vai leur donner pour Arbitre un autre Africain 
très favant homme : C'eft le fameux D ydime, qui étoit aveu- 
gle, & que St. JEROME appel I oit font Voyant. D Y DIME, à /tp.Hiero.. 
la fin de fon Traité du St. Efprit , que St. Jérôme a traduit "9* Tonu 
en latin, fou tient que le Diable n'eft dans les hommes, que par Vl ' 
opération , & non par la fubjlance. C'eft ainfi qu'il explique 
l'entrée du Diable dans Judas. Introivit ergo non fecundum fubjlm- 
tiam , fed feamdwn opérations». En général , il nie l'habitation du 
Diable dans les mechans. Mais quelle qu'ait été l'opinion de 
Tertullien, il eft certain qu'il n'a voulu parler que des A- 
dultes: Car il étoit fi peu d'humeur à vouloir exorcifer les petits 
Enfans, qu'il ne trouvoit pas même à propos de les baptizer, 
parce qu'il n'eft pas raifonnable, difoit-il , de donner la remiflîon Ub.de 
des péchés à des innocens. Qiud fejiinat amocens éttas ad remijjio- Baptif* 
netn peccatorum'i Ceux qui liront ce Livre de Tertullien e ' 1 *' 
y verront que le Baptême des petits Enfans étoit une pratique [ 
qui ne faifoit que commencer à le mettre en vogue. 

L'Exorcisme n'étoit donc point dans le Baptême, ni des 

B b 2 AduU 

S 



Digitized by Google 



19* OBSERVATIONS CRITIQUES 

Adultes ni des Enfans , au commencement du III. Siècle. Des 
Auteurs très Catholiques reconnoiflent qu'il y a été ajouté par l'E- 
glife. Valafridus Str abo, ou Strabus, Auteurdu 
IX. Siècle , après avoir reconnu , que le Baptême étoit fort (impie 
tibderth dans fon inftftution , dit que les uns y ont ajouté les Exorcifmes , 
EctlfJîaJH- lei autres la consécration des fonds , les autres le [tl ou la falive , 
$fL,. & "htfi du refte. Durand, de divinis ojjiciis, a nommé les 
Êîjfiii Auteurs de quelques unes de ces Cérémonies : Il dit que ce furent 
i nC rc LEON, DaMASE & St. AMBROISE, qui introduijtrent VEx- 
mento. orcifme , les benedidions , £•? les autres foletmités dans le Baptême. 
L- i't l Si cela eft, nous fommes bien loin des Apôtres. Damase étoit 
5f* : «]l contemporain d'OPTATj Léon tenoit le liège de Ftgtne vers le 
Lib°vï milieu du cinquième Siècle: J'ai vu dans Mr. Daille' un paf- 
c. 8z foi. fage de lui , où il fait venir VExorcifme de la Tradition A- 
a22.» Q . poitolique j mais les Papes ne font pas infaillibles dans les 
»8. faits. 

Cependant, il n'eft pas vrai que Damase foit l'Auteur 
des Exorcifmes dans le Baptême, fi ce n'eft qu'il les ait introduits 
dans les Eglifes d'Occident , où ils n'étoient pas ; Car je fbupçonne 
fort que VExorcifme des petits Enfans eft originaire à? Afrique. Cette 
fuperltition vient du pais des moullres i & il faut l'avouer , elle 
étoit digne d'y naitre. 

• 

Je trouve les Exorcifmes dans le Baptême du tems de St. Cy- 
p r i E N , c'eft-à-dire , au milieu du troifiéme Siècle. Cela eft évi- 
dent par les Actes du fameux Concile de Carthage, compofé de 
87. Evèques, & tenu l'an 256* } où l'on décida, qu'il fàlloit re- 
V. AS. baptizer les Hérétiques. Ceci Li us de Bilthe appuyé fon avis 
Concil. par ces raifons, qu'/V tty a partni les Hérétiques, m efpérance , ni 
Cartb. ap. fa. que tout ce qui s'y fait, eft vain fans vertu i 91a c'eft un 
C f ypn ' F ... homme , qui a le Diable, qui exorcife le Catéchianene. ÛbifpesnuU 
j'ço' " M es f a V a > onuùa per mendachtm aguntur j ubi exorcifat Daw 
momacus. Crescens de Cirthe ne veut point qu'on admette 
tes Hérétiques ni les Schifmatiques fans les avoir exoreizés Ç$ baptu 
ïjs: uiftexorcizati& baptizati fuerint. EtVlNCENTde T H IB A R 1 : 
ErgO primo per manus impofitionem m Exorcifmo , £<f feenndo per 
baptifmi regcneraùoM» t$c. Voila l'Exorciime par tout avec 

le 



Digitized by Google 



> 



SUR OPTAT. 197 

le Baptême , comme une Cérémonie , qui en précédoit Pad- 
miniftration. 

J E ne fai comment le favant Mr. Daillb' femble avoir nié , 
que du tems de St. Cyprien, PExorcifme fut une des Céré- 
monies du Baptême. Il réfute Bellarmin, qui avoit cité un 
païïage de la lettre de St. CYPRIEN à Magnus: Je le repor- 
terai tout à l'heure. Là - deil'us Mr. D A I L L e' dit ces paroles : 
Exorcifmos vejiris finùles in Baptifmo , fuper Catechumenis , a Presby- ^ 
teris quibuslibet , etiam nullo dono praditis , jatn tune faSos fuijfe J c j/ryj 
non lego. Toutes ces diftinc'bons à part , Exorcifmos vejiris Jhmles , p. 6ç. 
a Presbyteris mdlo dono praditis , diltincu'ons , qui dans le fonds ne 
fervent de rien à la queftion : Il eft certain par les paflages , que je viens 
de rapporter, que PExorcifme étoit en ufage du tt-ms de St. Cy- 
p r i t n dans le Baptême des Adultes. La queftion eft de deviner 
comment il s'y étoit introduit i car certainement il n'y étoit point 
pratiqué du tems de Tertullien, quarante ou cinquante ans 
avant ce Concile de Cai-tbage. 

Baudouin raporte, dans fès annotations fur Optât, 
que Pierre Martyr lui avoit dit autrefois une obfervation , Ba/ ^' ^J* 
qu'il avoit depuis fait imprimer dans fon Commentaire fur le /. *jy''p lg ,' 
Uv. des Rpis. C'eft qu'en examinant attentivement un endroit de 
St. Cyprien, il avoit découvert l'origine de PExorcifme dans 
le Baptême. Voici l'endroit : Qttod hodie etiam gerittar , dit St- . ^ M(u 
CYPRIEN, ut per Exorcijfas , voce bionana potejlate divina , ^ 
fiageiietur , ǣ uratur , & torqueattar Diabolus. Et cton exire FtlH. Ep, 
Je , & honunes Dei dinùttere fxpe dicat , in eo tamen quod *9- F anuL 
dixerit f allât , & id , quod per Pbaraonem prim gejhtm ejl , eodein E P' 
mendacio objlinationis & fr audit exerce it. Cum tamen ad aquam ja~ 
atque ad Baptifnti fanïlijicationem venitur, [cire debemus & 
julere) quia illic Diabolos opprimitur , & bomo Deo dicatus divina 
vididgentia liberatur. La penfée de M A R T Y R étoit , que comme 
on s'étoit apperçu que le Diable refiftoit aux Exorcifmes , & fai- 
Cbit femblant de s'en aller, quoi qu'il ne s'en allât pas} on avoit eu 
recours au Baptême, pour délivrer les poiîedés} & qu'enfuite peu 
à peu, on avoit joint PExorcifme au Baptême. Baudouin 
rejette la conjecture de Martyr fans la réfuter. Elle n'eft 
pourtant pas tout-à-fait fans vraifemblance : quoiqu'après tout, je 
doute s'il faut s'y arrêter. 

b b a com. 



\ 



Digitized by Google 



198 OBSERVATIONS C R I T I Q.U E S 

• ■ 



Comme il eft de l'équité de donner aux pratiques des Pères 
les meilleures interprétations , que l'on peut , j'ai perde que leur 
Exorcifme dans le Baptême n'étoit pas peut-être au commencement 
ce qu'il lut dans la fuite, & j'aurois bien voulu la réduire à 
quelque chofe de raifonnable. J'ai donc tâché de croire que ce 
n'étoit pas d'abord un adjuration faite au Diable de fortir d'un 
homme , comme du tems d'O PT AT > mais Amplement la deman- 
de que le Prêtre ou l'Evèque faifoient au Catéchumène , s'il ne 
renonçoit pas au Diable & à [es pompes > & la réponfe du Ca- 
théchumene , qu'il y renonçoit. Voila un Exorcifme railbnnable. 
Mais j'ai bien peur de me tromper ; & fans doute quelques-uns 
de ces bons Pères fe mirent dans l'efprit , en prenant trop à la 
lettre ce^que dit l'Ecriture de la préfence du Diable dans les In- 
fidèles , qu'en effet le Diable habitoit dans ces gens-là , qu'il fàl- 
loit les traiter comme des Energumeues > & exorcifer le Démon , 
afin qu'il taillât la place au St. Efprit, qui alloit être conféré par 
le Baptême. Souvenons-nous du mot de Tertullien, qui 
fut fi cftimé à Cartbage , & que St. Cyprien copie très fou- 
vent : Suggejjimus nullttm pwie hommem catere eUmonio. De-là fans 
doute l'Exorcifme, d'abord en ufage dans le Baptême des Adultes, 
& enfuite dans celui des Enfans. 

J' A I trouvé dans St. J E r o M e un petit mot , qui m'a fait pen- 
fer qu'une erreur grolfiere pourrait bien avoit contribué à cette der- 
nière fuperftition. Il fuppofe que Salomon, pouffé par une 
curiofité demefurée , avoit voulu étendre fes connoûTances au-delà 
des bornes, & favoir les fecrettes raifons de la Providence. Par 
liitr. exemple : Qttare parvuli corriperaitur a Danone. Il n'y a que ce 
Tcm. V. petit mot. On croyoit alors , & on avoit crû auparavant , que 
lnLt.c't- les petits Enfans étoient quelquefois pofledés par le Diable. Raifon 
fiîn- C- « d'exorcifer ces pauvres petites créatures, avant que de les baptizer. 
} * Vous verrez que quelques mouvemens convullifs , qu'on a pris pour 
des crfets du Diable , & peut-être l'envie de faire valoir les reftesmou- 
rans d'une puiflànce que l'Eglife avoit eue de chaffer les Démons , 
n'auront pas peu aidé à la fuperftition. Quoiqu'il en foit , on 
exorcifoit les petits Enfans en Afrique du tems d'O ptat, envi- 
ron fix vingts ans après St. C y p r i e n : On conjuroit le Diable 
avec ce terrible formulaire , MaladiSte exi foras : Et les Difputes 
Pélagiennes étant venues quarante ans après, cet Exorcifme eut 

fon 

i 



Digitized by Google 



S U R O P T A T. 199 

fon utilité pour combattre les Pélagiew, & l'on n'avoit garde de 

le négliger. St. Augustin s'en fervit pour prouver le péché 

originel : Quid ad hoc refpondeant , quod exorcifantur & exfufflantur Efift. ioç. 

infantes ? Hoc enhn procûl dubio fallaciter fit , fi Diabohts Us non <*d Sixt. 

dominatnr. Le Pape Celestin, qui étoit fort Antipélagien , di- ^fj^*' 

fbit de même: Cum fiveparvuli, five juvenes ad regenerationis ve- 

niunt facramentum , non prius fontem viu adaint, quant exorcifinis Tonul. 

& exfufflationibut Clericonon Spiritus ah Us immtaulw abigatttr. Voi- p. 279. 

la ce que l'on difoit au commencement du V. Siècle. 

Nous avons placé l'Exorcifme du Baptême dans l'intervalc , 
depuis le comencement du III. Siècle juiqu'au milieu. C'eft af- 
furément fa date , fauf l'Exorcifme des petits Enfans : car je ne fai 
fi on avoit encore poulfé la fupcrftition jufque-là. Pour confir- 
mer ce que Je viens de dire, j'avois fait une obfervation, que 
je vai raporter : C'cft qu'ayant pris garde, 1*. qu'au commence- 
ment du III. Siècle l'Exorcifme n'étoit point encore une Charge Ec- 
clefiaftiquei & 2*. Que les Exorcises en Charge ne paroiflTent 
que du tems de St. Cyprien. J'en ai conclu, que l'Exorcif- 
me n'avoit été joint au Baptême que dans ce tcms-là. Ma raifon 
eft, que le pouvoir d'exorcifer les Démons étant un Don extra- 
ordinaire , comme il fe pouvoit trouver des Eglifes où perfonne 
n'avoit ce Don , on avoit apparemment commencé de créer des 
Exorciftes , dans le tems que l'on avoit commencé de joindre l'E- 
xorcifme au Baptême : Car comme on ne pouvoit plus baptizer 
(ans exorcifer, il étoit nécefiaire d'avoir des Exorciftes en Charge, 
auflî bien que des Prêtres. Cette obfervation paroit allez vraifem- 
blable : Examinons en les fondemens. 

Premièrement, il eft certain que la fonction des Exor- 
àfies n'etoit point au commencement une fonction Ecclcfiaftique. 




„ Dieu, comme le don des guenfons. E7ropXi<rnç a xw^onneu. 7mm. /.f. 

Tijo-fi tjT «y tu TTifiiuctToç. ixorcijia non ordinatur : Hoc enhn lue- 
tamen eji donum bmcvolmtxét & gratis Dei, per Cljrijiwn, Spiritus 
fanSK ilhaninatiotte. Aufli les Laaques avoient ce don au&bien 

que 



Digitized by Google 



200 OBSERVATIONS C R I T I Q_U E b 

que les Ecclefiaftiques. Comme ce n'étoit point en vertu d'une au- 
torité conférée par l'ordination, que les Démons obéiiîbient aux 
Chrétiens , il furRfoit d'invoquer le nom de J E s u S-C H R I s T, 
pour les chafTer. TeRTULLIEN demande , comment un par- 
fumeur, qui prépare, ou qui vend des parfums pour les Idoles, 
pourra exorcifer des Démons , pour lefquels il prépare lui-même 
Tnful. de l'encens qui les nourrit. Quo ore Chrijlianm Tinararius , fi per teitt- 
IdoioL C. pi a tranfîbit , fiona>ites aras defpuet £«f exfufflabit , qtùbus ipfc profpe- 
xit ? Qtia conjiantia exmdzabit alumnos fuos , quibus domttm fitant 
cellariwn prœjlat ? Cottelier relevé une plaifante faute de 
In Codic. Justel, fans le nommer. J u s T E L a cru que ces mots , alunu 
t/efiVriv uos f nos 9 fig ni ^ oient les Enfàns du parfumeur Chrétien ; & il en 
Toi», i, a conclu que les Pères exorcifoient alors leurs entons. Mais ces 
p. 8a. alianni du Parfumeur font les Diables , qui fe nourriffent des 
odeurs de fes parf ums. Quem quotidie pafeit , dit T E R T u L L i £ N, 
en parlant du Diable. 

Secondement Cottelier obferve dans une note 
fur le ch. 25. du Liv.ll. des ConJiitHtions Apojloîiqnes p. 238- qu'on, 
ne trouve point entre les Charges Ecclefialtiques , ni les fou/diacres, 
ni les Exorcijies, ni les Acolytbes avant St. Cyprien^ le premier qui 
parle de ces Ordres dans fes Epitres. Hypodiaconi , ExorcijU & 
Acofytbi non comparent ante Cyprianicas Epijlolas 24. 28- 78- 79> 80. 
16. ff. J'ai pourtant toutes ces lettres, mais je n'y ai trouvé 
que les Soufdiacres & les Acolytbes. Il eft vrai que Cottelier 
Ap.Eufeb. c ite de plus une Epitre de Corneille Evèque de %pme, & 
VL contemporain de St. Cyprien, dans la quelle Corneille 
fait le dénombrement du Clergé de Home. Ce morceau d'Hiftoire 
eft allez curieux. On apprend qu'au milieu du II J. Siècle, U y 
avoit à S$me quarante quatre Prêtres, & par confequent autant 
de Bafiliques: Ce qui fe raporte à ce qu'a dit Optât; que des 
quarante Bafiliques qu'ily avoit à Hpme les Donatifes n'en «voient au~ 
cune. Il y avoit de plus dans le Clergé de Hpme fept Diacres & 
& fept Soufdiacres. Ce nombre , qui n'a point de rapport à celui 
des Prêtres , venoient apurement de ce que les Apôtres n'avoient 
créé que fept Diacres. Enfin il y avoit encore cinquante deux 
Exorcijies , Le&eurs , ou Portiers. On ne peut douter que ces E- 
xorciites ne fuifent des perfonnes en Charge, puifqu'ils fè trou- 
vent au rang des autres Miniftres de l'Eglife, Pour ce qui regar- 
de 



Digitized by Google 

J 



SUR OPTAT. 2or 

de St. Cyprien, après avoir confulté tous les endroits , qui 
me font connus, où il parle des Exoiciftes , je n'y ai trouve aucune 
preuve certaine que ce fulîènt des Ecclclîaftiques ordonnes expreiîc- 
ment pour cela. On ne voit que dans le quatrième Siècle des re- 
glemens fur l'ordination des Exorciltes. Dans le X. Canon du Ap.Jtiflel. 
Concile d'Antiocbe, on peimet aux Chorévèques de les ordonner : Biluio.Ju- 
Mais dans celui de Laodicée tenu l'an 364. 23. ans après, il eft I^-J^S 
deffendu d'exorcifer à tous ceux , qui ri ont pas été promut par fEr JçfxiSl* 
vèque. 

Voila donc les deux fondemens de ma conje&ure. Il n'y 
avoit point d'Exorciltcs en Charge au commencement du III. Siè- 
cle, lorfque PExorcifme n'étoit point une Cérémonie du Baptême : 
Il y en a vers le milieu de ce même Siècle, fi ce n'eft pas en Afri- 
que , au moins c'eft à Hpme , & c'eit dans ce tems-là que l'on com- 
mence d'exoreizer les Catéchumènes avant que de les baptizer. Ce- 
la m'a donné lieu de foupçonner que l'Exorcifme étant devenu une 
pratique néceflaire & perpétuelle , Se comme un appendice du Bap- 
tême , on avoit penfé à créer des Exorciftes , & à en faire des Mi- 
niftres perpétuels dans PEglife. La conjedure paroit jufqu'ici aifez 
vraifemblatte : Mais quand j'ai examiné par qui fe faifoit Pexorcif- 
me des Catéchumènes , & ce qu'étoient les Exorciltes, j'ai commencé 
de douter. ■ 



Premièrement, PExorcifme des Catéchumènes étoit une 
fonction Epifcopale , ou du moins une fonction des Prêtres : Car 
l'Exorcifme étoit accompagné de Vimpofition des mains , qui étoit une 
fonction Epifcopale ; per impojitiouem manuum in Exorcifmo , dit V I N- 
CENT de Thibari cLns le Concile de Cartilage. St. A M- 
| r o 1 s e fur St. Luc joint de-même Pimnofition des mains à PEx- 
orcifme , qui fe faifoit par PEvèque ; Jed cwr hic eos , qui pqjfunt fit Lu*, 
per mauus nnpofitionem intmundà bnperare fpiritibus &c. L'impoiition IX.Tonù 
des mains fe faifoit aulti par PEveque , quand il faifoit renoncer le m - 
Cathéchumene au Diable & à fes pompes. Aquam adituri , dit I24 ' 
TlRTULLIEN, ibidem , fed & aliquando prius , in Ecclefia , fié & Corott* 
Antijiitù manu contejiamnr remmeiare Diabolo , £«? pompx & Angcli» c ' 
ejut. Je croi donc que PExorcifme du Baptême ne fe pratiquoil 
point par- les Exorcijlet , mais par PEvèque même , ou par le Prê- 
tre i parce qu'il étoit accompagné de Pimpofition des mains , fono 

C c tion 



202 OBSERVATIONS CRITIQ.UES 

tion facerdotale , & qui apartenoit aux premiers degrez du Clergé , 
& non à celui d'Exorcillc , qui écoit des derniew ( i ). 

jn Coi. Justel cite un Scholiafte Grec êtHannsnopale t qui expli- 
Çan. E'd. q Ue f^ 30KiÇi lç par K«tT*x,i)Tcbç ; & Balsamon, qui dit de-mè- 

j 'p lz"' me fur le ? 6 ; Cmon <*e i,£ g ,,re de Ltoâkée, qu'^x/f,,, fignifie 
. KctTYjxîiv «t/Vkç. Felle cite les mêmes partages dans fus notes 
ftll in fur St. Cyprien. Si ces Grecs ont bien défini les Exorciftes leur 
Cypri. p. étabtidèment ell très raifonnable , parce que , li VExorciJine n'elt que 
30. mt. 6. YùiJruJiou des Catéchumènes , le voila réduit au bon fens & à la 
vérité. Cha.fer l'ignorance, c'elt ai partie chatîèr le Diable. Mais il faut 
que cette Charge n'ait pas été la même par tout ( 2 ). St. J E R o- 
M E parle des Exorci/hs comme d'un ordre inférieur , qu'il joint aux 
In Ef'ifl. Lecteurs & aux Concierges des Eglifes. Inferior gradin Exorcijl* , 
ad Tir C. Ledwes Aedittù. Mais il ne définit point leurs fonctions. St. 
III. Tom. A m b R o 1 s E , qui les a marquées , nous apprend qu'elles n'étoient 
vi*.*o 7 . ^ nnlh . udiou des ( 3 ), ^ de chalfer les Démons i 



( î ) Ap. Raban. Mim. Lib. de Injhtu. Clericorttm C. X. On trouve l'or- 
dination de l'Exorcifte en cet termes , en leur donnant le Livre des Exorcif- 
mes. Ai ci; ite , £•? commendate mémorise , £^ babete potejlattm im;<ouatdi nta~ 
M» fuper Energumenot , y Çatbecbmnems , ut imper etis immundit ~fpiritibw 

£ef nfijiciafit. 

Amalar. Fortunat de Ecclcf. offic. Liv. II. c. Vlll. jLxorcijht «ndit où Epif- 
copo, ut babeat potejïatem meumm impontndi fuper Energwnenton. Lorfqu'il 
cft ordonne. 

V. IJid. de Eccl. Ojjîc. Lib. II. c. 14. p. III. Bi- Pair. 

( l) Erorcifmus eji ferma inrrepationit contra intimai ln»i fpiri'um , in Etier- 
gnmenit Jtve Catbe< bumtnit faBiu , per qtum ab il 'tis Dudtoti nequijjîma virttu 
\<? invttnMa malitin vel violenta inairjto expulfa fugetnr. Uidor. de Ecclef. 
offic. Lib. IL c. XX. 

Dans la benédiétion du Cierge : «r in quibufeumque locit accenfa Jtve podta 
ftterit , difctdnt Diabo'w , Cùntrentifcat , £»? fugiat pafliditf cum omnibut mi- 
vijhh fuis de habttatimiibt* UBt , nec prtfrmtat a>nptitu iuqitietare vel iUuiere 
ftrvie>ites Jîbi. Ord. Rom de Offic. divin, p. 23. Bibl. Patr. T. X. Edit. 
i6î4- 

( î ) En voici un qui réduit l'office des Exorciftes à l'épard des petits En- 
fans à les catéchiser, & à L*s préferver du Démon. Exorci/he in Eec.'ejîa bo- 
itent ùfficittnt infantes tatbetbÎMUdi : exoreizare £e? per verba Dei , id eji , bap~ 
ti.unloritn eorpora (Umonibut iuterdicere. Gemma Animai de antiq. ritu mi(T. 
Lib. I. c 177. Ap. Btbl. l'atr. Tom X. col. 1216. Tous ces Auteurs des D/'- 
vin; Offices , qu'on trouve dans le 10. Volume de 1.1 Biblioth. des Pères édi- 
tion de Paris 1654. font venir les Exorcijin de Salomon. L'Hiftoire de Jofeyb 
a donne lieu à cette inftitution , fclon eux. 



Digitized by Google 



SUR OPTAT. 203 

lis proprement l'office "de nos valets d'Eglife.^Cc bonPcre, qui 
n'entendoit pas le Grec, expliquant ce partage du Ch. IV. de l'E- 
pitre aux Ephéiiens , Il a donne les tins pour être Apôtres &c. & 
ayant trouvé dans fa verfion le mot de Ma t r jfiri pour exprimer ce- 
lui de Docteurs , a crû que ces Maîtres pouvoient être les Exorcif- 
tes, dont la fonction étoit alors de châtier ceux qui faifoient du 
bruit dans l'Eglife. Magijhi vero ExorcijU funt , quia in Ecclejia cotn- 
pefcnnt & verberant iuquietos , five H , qui litteris & le&ionibus infan- 
tes folebant imbuere , fient mos Judœorwn ejl , quorum traditio ad nos 
tranjitum fecit , qux propter negligentùatt obfolevit. Il faut obferver 
qu'il diltinguc les Exoràjics des Catethijtes , five H &c , remarquant 
que l'inftitution de ces derniers, qui étoit venue des Juifs , ctoit 
nég'igéedans l'r:gu r e Latine. Voila donc quel étoit l'emploi d'Ex- 
orcille dans l'tg ife de Milan , & le voila furieufement déchu. 
Des gens, qui chatioient les Démons, qui les fiagelioient & les tow- 
Mtntoieut t fe trouvent réduits à borner leur juriidiction fur quel- 
que canaille indiferctte qui faifoit du bruit dans les Eglifes. Il me 
fcmble voir Denis le Jeune , après avoir gouverné une puillante 
République, réduit à régenter des Enfans à Coriutbe. 

Q_u o 1 Qu'il en foit , les Exorcifles en Charge , & ordonnés par 
les Eveques , n etoient point les anciens Exorcijhs , qui avoient le 
Don de çluifeL-les Déuum* » ^'«*t £a qui. me - fa i t «Uh u« t prefen- 
tement, qu'ils ayent été établis à l'occalion du Baptême. Je ne fau- 
rois dire d'où vient leur inltitution : Aîais apparemment le Aon rPex- 
orcijer ayant eelTé , on voulut le remplacer par une vaine Céré- 
monie i & ce que je trouve d'étrange , c'ell Ojii'on ait fait d'un des 
plus beaux dons de l'Eglifc Chrèticimc , une des plus baifes Char- 
ges de l'Etat Ecclélîaltique. 

E N examinant cette matière , je fuis tombé fur un endroit de J> $*' 
St. A mbroi se, où il parle des Cérémonies de l'Fxorcilme. Elles J^T/** 
ne font qu'une froide imitation de ce que fit J. C. quand il guérit le co f\^ 
Démoniaque fourd & muet , dont il elt parlé dans St. Marc. Ch. VII. f. IV. de 
comme J. C. toucha la langue de ce Démoniaque. St. A M B R o I- htitiandit. 
% e dit qu'il lui toucha la bouche s &' il demande pourquoi dans l'Ex- iMd.C.L 
orcifme TEvèque ou le Prêtre ne touche plus la bouthe , mais les to/ * M> 
narines : Il répond que c'eft parce qu'on ne baptize pas feulement 
des hommes, mais des femmes, & qu'il ferok dangereux d'expofer 

C c 2 les 



Digitized by Google 



ao4 OBSERVATIONS CRITIQ. SUR OPTAT. 

les Minières de l'Églife à toucher des femmes à la bouche. Quia 
milieres baptiz*ntur , £f? non eadem purit.it fervi , quanta Domini. 
Toucher des femmes aux narbvs, ou à la bouche , c'eftbien à peu 
près la même chofe : Si ce n'ell , qu'un railleur auroit eu lieu de 
dire , que ce n'eil pas une Cérémonie qui leur convienne , que cel- 
le de leur toucher la bouche , & de leur dire Efeta , comme pro- 
nonce St. Ambroise, & comme on le dit dans l'Exorcifine. Si 
elles ont le Diable , ce n'eft pas d'ordinaire un Diable muet. 

Pour revenir à l'Exorcifme des petits Enfans , dont parle O P- 
T A T , voiîa certainement , une des plus monltrueufes fuperftitions, 
que l'on puiife imaginer. Quoi, les petits En Fans des Chrétiens 
mi lient au inonde avec le Diable ? Peut-on rien concevoir de plus 
extravagant, & ms-ne de plus impie? A ce que je voi, les Diables 
ne font pas fans occupation : Ils roulent de corps en corps , par 
une perpétuelle metcmpfychofe , qui leur doit faire beaucoup de 
plaifir i car on peut croire que ces petits corps tendres font pour 
eux des demeures fort agréables, il clt vrai que depuis que les 
Chrétiens ont l'ufage des Exorcifmes, ces Diables ne font pas long- 
tems paifibles polfeifeurs de leurs petites maifons j car ils ne font 
pas plutôt logés qu'un Prêtre vient leur donner la chalTc : Et com- 
me il s'en peut trouver plufieurs h la fois, qui n'ont point de re- 
traite , je me repréfente ce qui peut arriver dans une Ville , où les 
maifons font rares, parce qu'il y a trop dliabitans. Quelles ba- 
tailles entre les Démons challcs , à qui s'emparera du premier En- 
fant qui viendra au monde. Ils doivent auifi être fort en colère 
contre les Prêtres, qui, pendant qu'ils les tourmentent par leurs 
Exorcifmes , ne leur laiifent aucun moyen de fe venger d'eux , 
puifqu'ils font prcfquc les feuls dans la Société, qui ne font rien 
pour la commodité des Dénions. Ce n'cll pas aifurcment le Dia- 
ble , qui doit avoir introduit le Célibat j car il feroit furieufement 
diyifé contre lui-même: Et voila un bon argument contre St. Paul, 
qui a oie mettre entre les Doctrines des Démons la deffence de fe ma- 
rier. Comment cela , puifque le mariage fert à préparer de jolies 
retraites aux Démons errans, qui feraient contrains de languir éter- 
nellement dans des lieux arides & deferts, fi les hommes s'accor- 
doient à garder , comme les Prêtres & les Religieux , une exade 
continence. Il faut l'avouer encore une fois , voila une épouvanta- 
ble fuperftition. 

/ TABLE 



Digitized by Google 




TABLE 

DES MATIERES. 



AColytbes ( Charge des ) , quand clic commenqa , pag. 200 

Atones : Lxprcflion Myftique des Gnoltiques employée par St. Jean, 141 
.Ajfrique: Patrie des Monftrcs & de l'Exorcifme , 196 
Allemands , voyez Montagnards. Lear acharnement contre les Huffitcs au 
Siège de Prague , $9. Ne pouvant prendre cette Ville , ils déchargent leur 
futeur fur fes environs, 6{. Ces cruautés eurent de facheufes rcprcfailles , 



68 
57 

roi 

St. Augustin: fon fentiment fur l'ancienneté des Nazaréens, 121. Il n'el^ 
pas finecre fur le Chapitre des Donatiftes , 181. 189- H fe fert des Exor- 
cifmes pour prouver le péché Originel contre les Pclagiens , 299 
A*fl. Prifc de cette Ville par les liuflitcs , 42. & fa ruine , 44 

• 



Ambboise, Prérre Huflîte , prend d'afTaut la ville d'Hradecz , 
Ancitnt , voyez Seniorcs. 

l'Ange t troifieme partie de la Dot de l'Eglife fuivant les Percs, 
l'Anneau, deuxième partie de la Dot del Eglife fuivant les Pères, 
AJhohgttes : raifon qu'ils rendent du foulevemenr des HufDtes , 
Av attmtn t de J. Onifl: Dans quçL(ggl igs Taborites " 
prefllim^ — 



BApttme: Quand il ne fera plus d'ufage fuivant quelques Prêtres Tabo. 
rites , . y ç 

Baptinte des petits En fats: quand il commenqa à être pratiqué, 19$ 
Baptême: étoit fort Ample dans fon inftirution , 190 
Baflidiens croyoient qu'il y avoit des Efprits attachés à la fubftatrce de l'ame 
.- raisonnable , J9X 
Béguines de Prague ne veulent recevoir la Communion que leurs Prêtres ne 

quitaffent leurs habits Sacerdotaux, 
Bètl'J'aida. Application que lertullien fait de la pifeine de Hethfaïda au Bap- 
tême , 177 
Bible : Les Taborites n'enfeignoient pas qu'elle feroit détruite , 94 
Biscorxc , voyez £ns con va. 

C c j 



Digitized by Google 



206 TABLE 

* 

grhtn. Diète convoquée dans cette Ville par Sigifmond , ) f . Elle eft mifc à 
l'interdit à caufe des Députés de Prague , 16 
Bull n'a pas hien reuiîi à prouver l'Othndoxie des Nazaréens , 14J 
Bydlin ( Jean de) l'un de ceux q'ii furprirent la Ville d'Auft , 4) 
B y 7. 1 n 1 u s , Auteur du Journ il , écoit Calixtain , 64. a la note , & parcon- 
féquent il ne flotôit pas le Tuborifme, 87. fin de Ton Journal, 10» 

CAlixtains , diffe>ens des Taborites , 18. Aflemblée de leurs Docteurs & 
de ceux des Tuborites , 76 
Carpocratb vouloit prouver pat h Généalogie de J. Chrift raportée dans 
St. Matthieu, qu'il n'éroit que fils de 'Jolepb,' IÇÇ 
CatWtquts Romains de Profite : comment ils appelloient les Hullîtes, 9. leur 
pertidie à l'égard de ces derniers , 47. leur ioyc à la nouvelle de la publi- 
cation de la Croifade , çi. modération des Hullîtes à leur égard, <£ 
Catholiques commettent eux- même les violences qu'ils reprochent à ceux qu'ils 
appellent Hérétiques , îoj. Miracles qu'ils débitent à l'occafion du maflâcre 
de leurs moines, . 10? 

Catholiques fc défendent mnl des reproches que leur font les Donatiftesde les 
avoir cr .tellement perfécuté , 178. 179. fuiv. Us honorent comme des 
, Saints , des gens que leurs Ancêtres ont martyrifés comme des Hérétiques , 
181. Ils jurent par le nom des Empereurs, 186. & en reçoivent un pour 
Juge dans une Queftion purement Ecclefiaftique , 189 
Ce'cilisn élu à l'Evêché de Carthage , 164 
C e p h a s : plaifante erreur d'Optat fur ce mot , 171 
ÇstlNTH i refuté par St. Jean , 141. d'où il a pris le terme d'Acomt, 14;.' 
U fe fervoit de la Généalogie de J. Omit iaporcce dans St. Matth. pouf 
prouver qu'il étoit fils de Jofcph , -, isç, 
téraubum fubfiftoient au IV. Siècle, 144 
Çbaire de St. Pierre : Première partie de la Dot de l'Eglife fuivant les Pères , 
171. Celle de St. Jaques confervée a Jérufalem doit avoir été la propre 
Chaire de J Chrift, 174. Chaire de Sl Marc, 17Ç 
Cbartreitfe ( la belle ) de Prague , pillée, non par le Parti des Huflites en géné- 
ral , mais par quelques gens du bas peuple, zz 
Chobsck, Prêtre Huflîte , pris par les Montagnards, 
ÇiïiWitcellioHi (Secte de* » 170. pourquoi ainti nommée,' 181 
Çhtbe. AflTemblée d'Evêqucs dans cette Ville, - 166 

C u e m 1 n r A* Alexandrie réfute l'erreur des Bafilidiens , 19) 
Clément, SuccefTeut de St. Pierre , inftallé par ce dernier à ce qu'on pré- 
rend , dans fa chaire , 17 j 
Clergé. Les T.borites lui interdifent toute poiTeflion des biens temporels , 8ç. 
: Celui de Bohême envoyé de l'argent à Conftince , pour faire' condanner 
( Jean Hjs, 9. U eft maltnié du peuple de Prague, 11 
Commentaire fur les Epitres de St. Paul attribué à St. Ambroife : où il eft dit 
- que les Nrziréens ne crovoient pis J. Chrift Dieu, 117 
Çtmwmion tous lis deux Efpeces introduite à Prague , f. répandue en Bohê- 
me CSc eu Moravie, 6. L'Univcrlité de Prague en prend hautement la dé- 

jc'J fcnfe, 



Digitized by Google 



DES MATIERES. 207 



fente , 10. adminiftrée aux Enfans , i_L 11 clt faux que les Huffites Payent 
fait confacrcr & adminiftrer par des Laïques , ibid. 
Concile de Conjtance dénombrement des perfonnes qui y affilièrent, 4. Date 
de la lettre que cette Aflemblée écrivit au Clergé & aux Grands de Bohê- 
me , 9_ 
Çonfijjton Auriculaire , n'eft point obfervée par les Taborites , &z 
Coujonttnation du Siècle : ce que les Taborites entendoient par là, 101 
Constantin ( l'Empereur ) jupe les différends entre les Catholiques & les 
Donatiftci , écrit une Lettre aux Catholiques d'Afrique pour les con. 

foler des perfecutions des Donaciftes , igi. 11 veut qu'on adore fa Statue , 

Coranda ( Wencetlat ) anime les Huflltes contre leurs adverfaires , 40. 

41. Caractère que lui attribue Byzinius , 64. 11 ruine les Monafteres à la r*. 

te d'une Troupe de Taborites , 72. Sa Doclrine , 89. Sa Putrie , 93 
Cokneilm, Lvéque de Rome fiiit le -dénombrement des Prêtres de (on 

tems à Rome , • - ■ 1 aoô 

Cour Royale ( Monaftere de la ) détruit par les Taborites , 7* 
Court ijîwii aflifterent en grand nombre au Concile de Basle , 4 
C x a s a ( Jean ) Huflite : fon martyre à Breslau , 46. Erreur des Auteurs de 

Mr. L'Enfant à fon fujet, 45 
CroiJ'ade de Alartin V. publiée à Breslau contres les Huffites , 43. Joye des 

Catholiques à ce fuiet, çi. modération des Huilites à leur égard , <,% 
CtutenU>n(>. Ses habitans perfécutent cruellement les Huflltes , 16. fc? fuiv. 

deviennent Huilites eux-méme, iS 
Czaph on, Prêtre des Huilites , compofe un Cantique en mémoire de la 

défaite de Sigifraond devant Prague , 63 



_ ■ 



DE§rez dit Univerjitis : fur quel fondement les Taborites les vouloient 
abolir , 2? 
D a m a s nie la Divinité de J Chrrft , 124 
Diaù/e: comment on le conjuroit dans les Exorciftucs, . 1 98 

Diacret: Leur Office chez les anciens Chrétiens , 

DiocLETisN.* Quand il commença à perfécuter l'Eglife Chrétienne , 164. 
à la note. 

D o n a t fuccede à Majorin dans l'Evéché de Carthage , 3 64. il eft aceufé 
d'avoir rejette les aumônes de l'Empereur, igï. Portrait odieux qu'en a fait; 
Optât , 1^4 Crimes qu'on lui impute fans fondement , i8ï- fiavs 

Donatijks s'inferivent en faux contre le Concile de Ctrthe , 167. Plaintes qu'ils 
font contre les perfécutions des Catholiques , 17g. 179. Ils ne laiflbient pas 
d'être une faclion violente & opiniâtre , 182. Ils ns vouloient pas être ap- 
pelles Donatiftes, » «•'*-' -rgç 

Dot de l'Eglife : ce que les Pères entendoient par là, 170 

DroiMs: Comment il entendoit que le Diable peut être dans les hommes , 



«og ■ ; T A B L E 

:• ..T •. • : )'«- E 

EB i o , Herefiarque. Quand il commenta à dogmatifer, & ou » 147. Dou- 
1 te des Savans, s'il y a eu un Ebion, éclutrci , 148. ë-f yio'o. 

Ebionites. Il y en avoit de deux fortes , en quoi ils différaient , i?o. Diffé- 
rence entre les Ebionites & les Nazaréen* 1 »?9- *4s- H< rejettoicnt tout- 
à fait St Paul, i},. Tous les Ebionites n'ctoient pas Elceiéens , 146. Ori- 
gine & lignification de leur nom, 148. Leur Evangile, 154. Us ne l'ont 
point mu aie , içç 
E&ifes Eixingeliqtus , fous quel nom connues en Efpagne, 117 
Ektjhut , Secte fortie de celle des Ebionites , 14.6 
£//«, Ville bâtie par Adrien fur les ruines de Jérufalem , 119. à la note. 
£lk ai, Auteur d'une Secte raonltrueufe qui porte fon nom , 146 
Dit'tatt communient en Bohême, 17. n'ctoient pas exorcifés au commencement 
du 111. Siècle, 19*. Quand on -commença à les baptizer, 10Ç 
St« E p t p h a n r : rems & lieu de fa nailTance , ng- fou témoignage fur l'an* 
cienneté des Nazaréens, d'où il l'a puifé, 119. Eloge que lui donne 
St. Jérôme , 1 20. PafTagc de ce Père qui prouve que les Nazaréens ne re- 
connoifToient pas la Divinité de J. Chrilt, itç. 11 a trop confondu les Na- 
zi r cens & les Elcéfécns , 146. Correction d'un paffage de ce Père , 148, 
Remarque fur un autre tooehant le cems de l'Origine des Nazaréens , 1 50 
Efiscopius ( Vivotas ) principal l'rétre des Tuborites , 100 




chez les Taborites , 80 
Exorcifmet: leur antiquité , 191. qui n'eft pourtant pas Apoftoliquc , 19a. on 
n'exoroifoit point les Enfans au commencement du III. Siècle, 19;. Par 
qui les Exorciûnes ont ete introduits dans le baptême , comment & quand , 

19*. &J«iv. 

Exorcifiet: leur établiffémcnt étott très raifônnable au commencement, 202. 
Etymologie de ce nom , ibid. Quelle ctoit leur fonction dans l'Eglife de 
Milan , aoj 

Evangile félon les Hébreux. Les Nazaréens s'en fer voient, 121. fon ancien- 
neté, laa 

Evangile det Nasaréens: Ces divers noms, içr. il n'éroit point l'Original de 
notre Ev«ngile grec de St. Matthieu , ija. La Généalogie de J. Chrift y 
ctoit , iç6 

Evangiles , plufieurs hébreux, 1Ç4. Ces Evangiles hébreux étoient des recueils 
de la prédication de St. Matthieu , 154. Les Ebionites n'ont point mutilé 
le leur , içf 

Eucbarijlit : manière de la célébrer chez les Taborites , 84. 8<t. Quelques-uns 

'. de leurs Prêtres en bornoient l'ufage jufqu'à un certain tenu, 95 



F 



El ix, Evéque d'Aptungue , aceufé d'être Traditeur, 164 
F il ix Evêque en Afrique, fon martyre, 167 



Digitized by Googl 



DES MATIERES. 209 

Ferdinand* Evéque de L«ques & Nonce du Pape, condamne Craû à 
une more cr utile , 4 6\ fait publier a fireslau la Croifade de Martin V. con- 
tre les Huffitcs, 47 

F mtmm ( ouvrir k ) ; ce que les Pères vouloient dire par cette expreffion , 17* 

G 

G A m r r ( Xi en lai ) & Nicolas de H u s font la même perfonne , 19 
Giotidi; fon erreur fur les Nazaréens , il eft critiqué mal à 
propos par Spencer, 13s 

H 

• • * - 

HE g 1 s 1 v « : fon Glence fur les Nazaréens eft équivoque , & ne prouve 
point qu'ils n'ayent pas exifté , 126. Tems auquel il a écrit, ibid. 
Hiimogini ne tenoit J. Chrift que pour un (impie homme , 124 
Honoiiui. Edit de cet Empereur contre les Donatiftes , z8o 
Mradiji ; Prife de cette ville par les Huflîtes , 44. Ç7 

Hkomadka furprend la Ville d'Auft , 41 
H u s ( Jean ) ne fut point l'Auteur du rétabliffement du Calice en Bohê- 
me , 7. Jour de fon départ de l'rague & de fon arrivée à Confiance , g. 
Celui de fon emprifonnement , ibid. Celui de fon fupplice, 4Ï- Verita» 
bles mou 5 de fa condannation , 9. Ce n'eft pas lui qui a fondé Tubor , 

12- 16 

H us (Nicolas de ) ; C'eft ainfi qu'il s'sppelloit & non de Hujmetz , 13. 
Soupçonné d'afpirer à la Royauté, ig. hft le même que Nicolas Gantz , 
19. Remporre une victoire fur les Royaliftes à la tête des Huffites jjo. 
Péfbmh .i fc . . unurLiu <wi IUI1UU "U hri t i dg-tftrttt BBg , 54. iX défait 

entièrement ce dernier, çc 

HuJJitet'. comment ils appelaient les Catholiques, 9. n. Leurs Aflemblées 
fur le Tabor, 14 On les aceufe d'avoir profané le Calice , u. De faire 
adminiftrer les Sacremens par des Laïques, 17. Circonftanccs odieufes 
dont on charge leur émeute dans la Nouvelle Prague , ao. £«? fi»v. Us 
brifent les Images & les Orgues, 2?. Les Maflacrcs & les brûlcmcns 
qu'un met fur leur compte font fuppofés, aç. 33. 43. ç*. ^4.72. roç. 
fuiv. Violences qu'ils foufroient , a6. Ç7. 60. 61. Circonftances de la 
Bataille qu'ils gagnèrent fur les Royaliftes mal rapportées par Mr. Lenfant, 

Jo. Ils ne portoient des armes à leurs Atfcmblees , que depuii que les 
oyaliftcs les inquiétoient , 31. Ils remportent une autre victoire , 3a Trê- 
ve conclue à quelles conditions, 31. Dans quel tems ils commencèrent a 
détruire les JYlonafteres , 40. lis chaffent leurs adverfaires de Prague , ibid. 
Prenent la ville d'Auft, 4?. Et le Château d'Hradift, 44. Se fortifient 
for le Tabor , ibid. Croifade publiée contre eux à Dreslau , 47. Us dé- 
font les Royaliftes qui les avoient attaqué contre la foi du Traité , 4g. 
Mauvaifc foi des Auteurs de Monûeur Lenfant à ce fujet , 49. Joye des 
ami . Huffues , & moderarion de ceux-cy à la publication de la Croiftde , 
3a. Mcfures qu'ils prennent contre cette Croifade, ibid. Comment ils fe 
vengent d'Ulrich de Rofènbcrg, $6. Ils prennent d'Affaut la ville cfHra- 

Dd deez 



«io TABLE 

decz, Défendent vif>oureufem*nt la Ville de Pragne contre Sigifmond , 
6a. Les femmes ne leur aient point, 6a. 6j. Conditions fous lefquelles 
ils ofrent de fe foumettre , 66. Ils ufcnt de répréfailles contre les Alle- 
mands, 63. La divifion fe met encr'eux, 87. Ce qu'on doit penfer au 
jtifte .les violences qu'ils ont faites aux Eglifes , aux Monafteres & aux 
Moines, _ 10} 



JAcosit introduit à Prague la Communion fous les deux Efpeces , f. 
O^ns quel t.ms, 7. Et celle des petits Enfans, 17 
j a ï s le Sc/nUfhqne & .faut C a a s a font le même perfonnage , 4f 
St J a ojj ■ s doit avoir traduit fuivant la Tradition , l'Evangile de St. Mat- 
thieu de l'Hcbrcu en grec, x ç |. à la note. Il y en a eu pluOeurs de 
ce nom, 174 
J a qjj s s de Mife voyez Jacobil. 

j s a n Duc de Bavière fait arrêter Jérôme de Prague , ç. Ecrit a ce fujet 
une lettre au Concile de Conftance, ibld. 
J a an de Waltenmd ; voyez Wàt liniod, 

Jean d'Empoli trouve des Nazaréens dans les Indes, iz< 
J ■ a n le Prèmontrè: c'eft ainfi qu'il s'appelloit & non de Primontré , jo. ac 
eufe d'animer Je Peuple a l'occifion du tumulte de la Nouvelle Prague , 
20. Portrait odieux qu'en fait Mr. Lentant, 49. Comment il appelle 
l'Empereur Sigifmond, y t. U fait dépofer le Sénat de la Vieille Pra- 

. gne 4 . *• 

S. j s a n : Pourquoi il nomma la Divinité du Seigneur le Verbe , 141. Il fait 
allufion dans (on Evangile aux Aeones des Valcmmicus , 144. Il n'a pas 
traduit de l'Hébreu en Grec l'Evangile de St Matthieu comme on le pré- 
tend , if ). a la note. 

St J brome: fon témoignage fur l'ancienneté des Nazaréens, rao. Défaut 
de ce Pere dans les Difputes, lai. 140. La tolérance n'étoit pas fa 
vertu, ia8 

Js roms de Prague, fa détention, %. Sa foiblefTe , 9. Nombre des arti- 
cles fur lefquels il fut examiné, 10. Ce qu'il faut croire de la Prophétie 
; qu'il doit avoir dite avant l'on fupplice, ibid. 

Jerufaletn profanée par Adrien, 12 j 

Jrsui-Christ: pourquoi appellé A*ycf ou le verbe par St. Jean , 

Z4« 

Jeunet des Catholiques Rom :ins : Les Taborites n'en vouloient point , 8a 
Manière de jeûner de ces derniers , 8? 
Jmxges n'etbienr pas en ufage d^ns les Eglifes du tems d'Optat , 190 
Jti s r p h l'Hiftoriert; Ce qu'il penfoit de Jefus Chrift, izj 
St. Irbne'e n'a parlé que des hbionites en général , 11a. PafTagc de ce Pe- 
re mal ponctue par quelques Savans , 113 
Ju lafzam : Pourquoi ils ne s'appelloient pas Chrétiens ; doute néaraoins là* 
ddTus, ijg. Pourquoi les Pères ne les appclloicnt pas Nazaréens, 1Ç9 

Judai. 



Digitized by Googl 



DES MATIERES. su , 

juin? m* rigides & modérés, ia8. Pourquoi ils fe firent appeler Naza- 
réens, i?7 
Juifs ne croyoient pas que le MciT.e dût être Dieu, 134. Ni qu'il prée- 
xiftàc, sa) 
J u itil: plsifarte foute qu'il a fai'e su fujet der Fxorcifmts, 200 
Justin Martyr parle des tbionites làns les nommer , 127, i*8 

I z a t ■ , Roi des Adiabenicns, converti. Dilpute entre les Juifs s'il devoit être 
circoncis ou non, la5 



KOenigtaal , voyez Cour Royale. 
K' kabi , Village où Ebion commença à dogmatizer, 147. faute dans St. 
Epiptune fur ce lieu, 148» H ne le faut pas confondre avec Choba, 

' ibid» 



LAiquts avoient anciennement le Don d'exorcifer luffi- bien que les Prê'res, 

LawtUy Ville des Vaudois en Bohême, 9» 
L 1 g h r f o o r ; fa Remarque fur les paflages formels de St. Paul fur la Di- 
vinité du Seigneur, 22} 
L O qju 1 s , voyez Martin. 

Loy : neceflité de la garder enfeignêe par les Nazaréens, ill 



M 



MTjô tiN, nommé Ëvêque à la Place de Ceci lien , 164 
M aicillin, établi Juge des Controverfes entre les Donatiftes & les 
Catholiques , ij8. jj& 

M a r c v i. 2 , Martvr Donatifte , martyrifé , & canonifé par les Catholiques , 

zii 

M A 2 K O L D , Taborice ; fa Doctrine , 29 

Jrfartin , furnommé ïjjqtàt y hêtre Taborke; fa Doctrine, go_. £^ fuiv. 

M aitti (Pierre) (a Conjecture fur l'oiigine des Exorcifmcs dans le ifop* 
te me , 122 

Se Ma r t h i s o. Remarque fur la Prédiction des Prophètes alléguée par cet 
Evangelifte, que le Meflie feroit appelle le Nazaréen , ifi. Ce pnOîtge eft 
dans l'Lvangile des Nazaréens , 156. Son Evangile grec eft un Original & 
non une Copie de l'Hébreu, iça 

Max tnianijiei. Origine de cette Secte, 170 

JVl a x 1 m 1 s n , Auteur de la Secte qui porte fon nom , 170 

Méritoires des Saisi r s , voyez Re/iques. 

Mïnsuiius, Evêque de Carthage , aceufé d'avoir été Traditcur , itfj 
MeJJ'e : comment les Tabôrites la célebroient , g* 
Mejjit : Les Juifs nioient fa prcexiftcncc, m. & fa Divinité, 234 

Dd~* Mtki. 



312 TABLE 

Mi Liez in, Officier du Royaume de Bohême cafTé pir Sigîfmond, ifj 
Miracles qui fe débitent au fujet des prétendus mafTacres des Moi es en Bo- 
hême > - tog 
Moines , n'ont pas été maltraités par les Huflltcs au point qu'on prétend , 24. 

Momicbijme: comment les HufTires l'envifageoient , 104 
Mont du CiUice , prés de Prague , pourquoi ainfi nommé , 64 
Montagnards (Secïe des ) 170 
Mont.xgnards de Cuttemberg: maffteres qu'ils commettent, Utltt ti* tft l "* 

rrenfonge inventé pour les exeufer, r*W<i. 
Moifi 1 Son Dictionnaire eft tout plein de rauffetés dans l'article de Do. 

nat & des Donatiftes, 130 
M o s h b 1 m ; Ce qui lui a donné lieu de difputer aux Nazaréens leur ancien. 

neré, 116. Défauts de Ton Hypothefe, 117. La Religion ne gagne rien à 

la recevoir, 114 

N 

NA a x u a s a '( Jean ) Prêtre Huflite ; Ton fupplice , jj 
Nazaréens : Tems de leur Origine , ico. Origine de leur nom , ibid 
pourquoi ils l'adoptèrent, 1(7. Différence entre ce nom & celui de Ca- 
tholique , ibid. Pourquoi les Pères de l'Eglife nedonnoient pas ce nom-là aux 
Judaïzans, 1 yç. Leur Evangile & fes divers noms, içi. Sentiment de 
Mr. Mosheim fur l'Origine de cette Secte, 11 Ç. Déifauts de ce fentiment, 
ill7, combattu par. le. témoignage des Sts. Pères, 1 1 « — 1 2 1. Preuve de 
l'ancienneté des Nazaréens tirée de celle de leur Evangile, de celle de leurs 
dogmes & de leur nom, 122. 124. Anciens Nazaréens dans les Indes , 
12.6. Il y a dea Per« , qui , r inclec nommer , pjrlent de leur Doctrine , 
127. Sentimens des Nazaréens , 12g. Vremiere Erreur des Nazaréens ; ils 
étoient Judaïzans rigides , 129. Deuxième Errreur des Nazaréens : ils nioient 
. la Divinité de J. Chrift , ijo. t\K. Erreur de pluOeurs Savans fur les Na- 
. zaréens, Nazaréens appelles Sytnmacbiens de Symmaque, 1)7. Ils 

n'ont point cru J. Chrift Dieu quoiqu'ils Payent crû fils de Dieu conçu par 
la vertu du St. Efprit, ifg- Différence entre les Nazaréens & les Ebioni- 
tes, 1^9. 14s • Ils condannoient les Traditions Pharifàïques , 14c. Ils ne re- 
jet toien t pas St Paul , 146 
"Nazaréen. Les Prophètes ont donné ce nom à ]. Chrift, »<; 7 

KomtiT, Archevêque de Magdebourg , lnftituteur de l'Ordre des Prémon- 
trés , $0 



Ol l c z 1 w , Prêtre Taborite : fa Doctrine , 
Optât, Evéque de Mileve.- dans quel tems il écrivit contre les Do. 
ratifies., i6£. Son feptieme Livre n'eftpas fuppofé , 164. 16c. Quels font, 
fuivant lui , les marques d'une ordination légitime , 169. Plaifante ignorance 
de ce Perc fur le mot de Cephas , ni. & fur les Reliques , rjr*. ExplU 

cation 



Digitized by Google 



DES MATIERES. ai? 

cation qu'il donne à un paflige d'Ezechiel , contre Donat, 187. Ilnecroyoit 
point le pcché Originel, 191 
légitime: Quels en font les marques fuivant Optât, 169. 170. 

fitiv, 

t: Les Taborites n'en foufroient aucun dans le Service Divin, 80 8 j 



PAwtinus trouve l'Evangile de St. Matthieu dans les Indes , 1 27 
P a p 1 a s , Auteur de la Tradition que St. Matthieu a écrit fon Evangile 
en Hébreu, i$î 
Parapbrafc Arabe de St. Matthieu imprimée à Rome, romanife , iç} 
lorrains & Marraines. Les Taborites en interdifcnt Tufage , 81 
TaJJions font les Diables qui pofledent les hommes & ne fe gueriflent point 
par l'Exorcifme, 19* 
Ptcfx Ortfiiitel : Optât ne le croyoit point , 191 
Telia , Retrjite des Chrétiens à la ruine de Jérufalem , iço 
Pères de l'Eglifc : Si ceux qui ont précédé St. Jérôme & St. Epiphane ont 

Eirlc des Nazaréens? 11 cft vraifcmblable qu'ils l'ont fait , 12c. 127. 128. 
s ont compris les Nazaréens fous le nom d'Ebionites à caufe de la con- 
formité qu'il y avoit entr'eux, 147. Pourquoi ils n'appelloient pas les Ju- 
daïzans Nazaréens, iço. Les Taborites reeufoient leur autorité , 77 
Pf tau; fon erreur fur les Nazaréens, iji. Correction d'un endroit de 
fa verfion de St. Epiphane , m 7 

Vbilofopbes Juifs qui avoient embraflë la Religion Chrétienne , la corrompoient 
en l'accommodant à leur Philofophie, 144 
St. Fieiri doft avoir inftallé Clément dans fa Chaire, "17} 

Htfm* r mini fT ,. ... p— h é m il fT . BB—fa 1 nuju r imii fam (bu 

ces, 41. évacuée par les Huffites en vertu d'une trêve, 4 g 
Psfeck, Monaftere, pillé & brûlé, aç 
Pleromey terme myftique des Cerinthiens : ce qu'il lignifie, i 4Z 
Frjsdiitinatui rend témoignage à l'ancienneté des Nazaréens , 12* 
Prague: Guerre entre fes Citoyens & la Reine Sophie, 29. terminée par 
une trêve, Les Députés de cette ville à la Diète de Brinn, y cele* 
brentla Communion fous les deux Efpeces , 36. Prague fe déclare ouver- 
tement contre fes opprefïeurs, ça. Erreur de Mr. Lenfant à ce fujet re- 
drefTée, çj. Siège de celte Ville par Sigifmond, ç8- Bravoure de fes 
Bourgeois , $9. & des femmes, 6z. 6). Sigifmond leur donne un affàut 
qui ne lui réuffit pas, 6t. Erreurs à corriger fur ce fujet dans l'Hiftoire 
de la Guerre des Huffites, 6;. Sigifmond leur propofe un accommode- 
ment, 6ç. Leurs Docteurs en drefTcnt les Articles, & les preuves de cet 
Articles , 66 
l'ragut la 'Nouvelle accepte les XH. Articles des Taborites, 70. Le Sénat de 
Y Ancienne n'eft pas fi facile , ibid. Il ett dépofé , 75 
Pritrts: Pourquoi ils ne tou choient pas les femmes à la bouche quand il 
s'agifîoit de les exorcifer, 203. Combien il y en avoit à Rome du tems 
de St, Cyprien , aoo 

' D d l Ir* 



214 TABLE 

fro r ondettr , terme myftique de Cerinthc ; Sa Ggnification , 11% 
Frophètiei : fauff'cté de celles que l'Hiftoire de la Guêtre des Huffites prête 

aux Taborites , y S- 

Pmgatoirt : Les Taborites ne le croyoient pas , 8$ 



REtrGtow (la) ne gagne rien à différer de $ 00. ans la naiflànce det Na- 
zaréens , iz$ 
Re'iet'es Partage de St. l'aul mal interprété pour autorifer leur Culte , *7» 
Repréfai'Us font cruelles , mais elles le font incomparablement moins que ce 
qui les caufe, 109. C'cft ainfi qu'il faut envifiger les mauvais trai- 
tent- -s que les Moines effuyerent de la part des Taburites , ibid. & ftdv. 
Refurrtâio» : Comment quelques Prêtres Taborites la concevoient , 9Ç 
Kits de l'EgliTe. Les Taborites vouloient qu'on les retranchât tous , 78. 79 
Rome : Combien il y avoit de Prêtres du tems de St Cyprien , 200 
RosRNitRG ( Ult'icb de ) grand Antigoniltc des H .alites , 4». On le fait 
maflacrer par les Huffites & revivre peu après pour affieger Tabor, «4. 
Battu par Nicolas de Hus, il décharge fa rage fur les Prêtres des Huffites, 



çj. Ces derniers en revanche ravagent fes terres, 

zepansky (Stgifmond) contribue à l'introduction du Calice, {.7 



Rz 



SAints: Les Taborites ne gardoient point leurs Fêtes, 81. Ne leur 
adreffbient point leurs prières , 86. Et ne foufroient pas leurs Images , 

ibid. 

Sct.ni C 1° ) •" C° c l ue Panifie ce terme cV>/>7 !«• Pères . 1 77 

Sen'ores. Mr. Du Pin a mal rendu ce terme , 168 
Seclt. On parle d'une Secte quand on en décrit la Doctrine, quoiqu'on ne 
la nomme pas, 127 
S 1 c v n s v s </( Tigijîs: Sa Decidon à l'Ail emblée de Cirthe, 166 
Stdtrc Signification de ce terme dans les Pères , 166 
S t g 1 1 m o nd, l'Empereur : s'il fut foible ou perfide dans l'afaire de Jean 
Hus , 8. H convoque une Diète à Brinn , » ç* écrit à ce fujet une Lettre 
au MagiJtnt de Prague , |& donne des ordres pour exterminer les Huffites , 
42. Se rend à Breslauoù il en agit de-meme , 4;. Les Et its de Bohême 
lui reprochent amèrement le fupplicc de Crafa , 46. Comment Jean le Pré- 
montre l'appelloit, çi. U fait une Guerre ouverte aux Huffites Ç2. af- 
fiege Iragtie, ç& Dénombrement de fes troupes, {9. U donne un Af- 
faut à la Ville qui ne lui réuffit pas , 61. Sous quel prétexte il levé le 
Siège, 6ç. Circonftances qui accompagnèrent cette levée, 69. Jour de 
fon Couronnement en qualité de Roi de Bohême , 68- U enlevé les tre- 
fors de Carlftein , & dépouille les Eglifes pour payer fes troupes , ibid. 
Slan , Ville de Bohême : ce qu'en dit le proverbe , 98 
S mol in ( Jean ) l'un de ceux qui furpriient Auft, 41 
Soj 8 1 k , Reine de Bohême fait la Guerre aux Praguois , 19. affilie à U 



opkif, Keine 
Dicte de Brinn , 



Digitized by 



DES MATIERES. 



Swu-Tsiacra ( Charges des ) quand elle commença , zoo 
SriNcti (è trompe au fu jet des Nazaréens , ni. critique mal à propos 
Giotius , ija. ponctue mal un partage de St. Ircnte , i%y 
Sn nos a.- Ce qu'il penfa de J. Lhr.it. 117 
Syiwnacbiens , eft un des noms qu'on donnoit aux Nazaréens, rj8 
S y m m a qju 1 , Auteur d'une Secte qui port» Ton nom , 1 18 



T 



TA* 01. Erreur de Mr. Lenfànt fur l'Origine de ce lieu, ia. fc? fuh. 
Byzinius la ra porte autrement , 14 44 

Taborifme ( Epoque du ) , £7 
Taboritct: Pourquoi ainfi nommés, 14. Font communier les petits Enfims, 
fur quels fondcmens , 17. En quoi ils diffcroicnt des Calixtains, i£. Leurs 
Prêtres prêchent un nouvel avènement de J. Chrift , ils ne veulent point 
entendre à aucune Trêve , 39- Ils ne fe mêlent pas de prophétifer corn* 
me le prétend Mr. Le niant, 40. 2<S. gÇj £s? f' iiv - Us préfcntcnt XII- Ar- 
ticles à la Communauté de Prague pour les accepter & s'engager à les dé- 
fendre , 22: H* veulent abolir le Droit Romain , 71. pillent & brûlent 
plulieurs Monafteres , -jt. Mais ils ne tuent point de Moines, 2». Ils 
échouent dans leur entreprife fur WifTegradc , ibid. Erreurs à ceTuiet à 
corriger dans l'Hiftoire de la Guerre des HuiTites, //•••./. Us dcpofcnt le 
Sénat de l'Ancienne Prague , 7; . Le récit que fait Mr. Lenfànt de cette 
action n'eft pas jtifle , 74. 11 ne faut pas leur attribuer en général 
les opinions particulières ù quelques-uns , 7$. 11 faut porter le 
même jugement à l'égard des excè s dont ont les charge > 7Q.J Lii 
A fT ewi W Li» — — Boiuuis S lie — cetnt — «tes — çniixtains , jo. Ar- 
ticles enfeignés pas tous les Taborites , 77- 8jL Comment ils jeunoient, 
S }. Ils detruifent les images , g*. Articles de Doctrine qu'on leur prê- 
te , Sj. Leur manière de faire le fer vice Divin , g£. Articles de Doctri- 
ne prophétique particuliers à quelques-uns de leurs Prêtres, go. Compa- 
rés avec ceux que leur prête le Manufcrit de lires iau , $4. Ce qu'on 
doit penfer au jufte des violences qu'ils ont commifes à l'égard des Egli- 
fes , des Monafteres & des Moines , xoj 
TitTVLii&N croit qu'un Ange intervient dans le Baptême à l'exemple 
du miracle de Bethfaïda , 177. Il ne vouloit point baptifer les petits En- 
fans 1 & encore moins les exorcifer , . 196 
Thsodoext a fort brouillé l'Hiftoire des Judaïzans, lie. 11 témoigne 
que les Nazaréens ne croyoient pas J Chrift Dieu, I_J5 
T H s o v o s k. Loi de cet Empereur contre les Hérétiques , 180 
Tound: Argument qu'il met en oeuvre contre la foi Chrétienne dans 
" fon yawemu , 116 
Tradition Pharifaïques condannées par les Nazaréens, 145 



V 



Alintiniins: d'où ils ont emprunté le terme d'Aeones ; 

«41 



216 TABLE 

Vaudou en Bohême, 98 
Unitaires: Argument qu'ils oppofent à la foi Chrétienne, txS 
Vos si us fè trompe au fujet des Nazaréens, Son fentiment fur le 

célèbre puflage de Jofeph concernant J. Chrift , I2| 
Wa ido( Pierre ) Retraite de fes Difciples en Bohême , 98 
Wauiniod ( Jean de ) Archevêque de Prague , maltraite Jérôme de 

Prague , f 
Wanczih, Prêtre Taborite , furprend la Ville d'Auft , 4? 
Wrncisi as tEchanfon , Taborite fort verfé dans l'Ecriture , 89 
Wincbsias, Prêtre Hufïï tique • fon martyre , 60 
Winceslas, Roi de Bohême s'allarme des aflemblées du Tabor, 16. 

craint qu'on ne le détrône , 18. Sa mort & les circonftances de fa fé- 

pulture , z* 
W:f)egrade , Place forte de la Bohême cedée par les Huflïtcs aux Roya- 

liftes , u 
Witkwxa hnra , Montagne proche de Prague fortifiée par Ziska, 60. Si- 

gifmond l'attaque fans fuccès , 61 
Woimich, Curé d'un Village de Bohême , brûlé par les adverGures du Ca- 

lice , 61 



A t k c z , Ville de Bohême habitée par des Vaudois , 
À ^ Zderaz , Monaftcre pillé & brûlé par une troupe du bas peuple , 2* 
Ziska, Chef des Mu dîtes , n'eft point fondateur de Tabor, m- 16. Ne 
veut point confentir à la Trêve conclue avec les Royaliftes, 5 -4. S'c reti- 
re de Prague , ibid. Chane les Hapiites de twue ville , 40. Eu afliegé 
dans Pilfen, 4t. Ce n'clt pas lui qui prit la Ville d'Auft, 5). il dé- 
fend rigoureufement la Ville de Prague contre Sigifmond , 60-63 

FIN. 



Digitized by Googl 



t 



Digitized by Google 



Digitized by Google 



_■, m.